
Une seule salle pour toute la Palestine : « Le conflit a tué le cinéma »

La réalisatrice palestinienne Enas Muthaffar vit et travaille à Jérusalem. Dans ses films, elle aborde les difficultés et le quotidien des Palestiniens. Invitée dans des festivals à travers l'Europe et au Canada, elle reste cependant méconnue en Palestine. Dans des territoires où les cinémas ont presque tous disparu, la réalisatrice travaille à la sauvegarde de la mémoire collective palestinienne.
Jusqu'en 1987, avant le déclenchement de la première Intifada, les territoires palestiniens comptaient quelques 21 cinémas. En une vingtaine d'années, ils ont fermé les uns après les autres et sont laissés à l'abandon ou sont transformés en parking, en salles de mariage ou encore en entrepôts. Aujourd'hui, il n'en reste plus qu'un : le Al-Kasaba, à Ramallah :
« Le conflit a tué le cinéma. Certains ont été fermés directement par les Israéliens comme à Jérusalem et à Ramallah, d'autres par des Palestiniens qui considéraient qu'il fallait consacrer le temps libre à la résistance.
Les derniers ont fait faillite. Il faut de l'argent pour tenir une salle de cinémas. Les gens n'y vont plus. Ils sont pris dans les difficultés de leur quotidien, dans ce climat de tension et préfèrent rester chez eux regarder des DVD.
Derrière le conflit en lui-même, c'est une guerre culturelle qui se joue. On ne peut pas avoir un pays sans cinémas. Quand on présente des films, on amène du débat, des discussions. Ce ne sont pas des choses qui peuvent régler directement le conflit, mais elles sont importantes. Le cinéma sensibilise les gens. »
Le cinéma palestinien reste souvent méconnu dans les territoires occupés
Le cinéma palestinien n'a que peu d'échos dans les territoires occupés. Les quelques films distribués par de grosses majors, comme « Paradise Now », sont largement diffusés par la copie et la vente à la sauvette, mais la plupart des films palestiniens rencontrent des problèmes de diffusion.

Le cinéma n'a donc pas de lieu d'expression. Des séances ponctuelles sont organisées dans des théâtres, des centres culturels, des universités ou des salles de projection improvisées :
« C'est difficile pour les gens de s'y rendre. Il faut parfois pouvoir passer des checkpoints ou sinon avoir suffisamment d'argent pour se payer des tickets. »
Et le cinéma palestinien reste souvent méconnu dans les territoires occupés :
« En Palestine, le cinéma est vu comme un divertissement. Les comédies égyptiennes par exemple ont beaucoup de succès. Les histoires sont simples : un héros, une histoire d'amour et de l'action. Les Palestiniens vont au cinéma pour oublier leurs problèmes quotidiens.
Une partie d'entre eux ne veulent pas voir sur l'écran ce qu'ils doivent affronter tous les jours. De plus certains ne savent même pas que le cinéma palestinien existe. »

A Jérusalem Est, derrière une palissade, le cinéma Al-Hamra est laissé à l'abandon depuis 1975. Le sol poussiéreux est jonché de bobines rouillées.
« Pour moi, cette photo symbolise la Palestine, abandonnée à l'oubli dans la poussière. Les informations montrent des faits : les traités, les bombardements, les cessez-le-feu, mais elles ne montrent pas la vie quotidienne des Palestiniens. On énumère le nombre de morts mais personne ne dit si ils avaient une femme, des enfants ou comment ils vivaient.
C'est notre travail de cinéaste et de documentariste. Tout est documenté depuis les trente dernières années. Nos films parlent de notre quotidien, de la vie des Palestiniens. Un jour peut-être, la nouvelle génération pourra se pencher sur son passé. Ces films seront leur mémoire collective. »
Photos tirées du reportage « Que reste-t-il du cinéma en Palestine », réalisé par Aude Raux et Cédric Faimali du collectif Argos
- 3458 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque























13
(Pour réagir, connectez-vous)
De PIT LE CHIEN
21H04 | 10/02/2009 |
Palestine, vous avez tellement d'artistes, d'intellectuels, écrivains, poètes, scénaristes, réalisateurs, actrices, acteurs, musiciens, groupes de hip hop… votre cinéma est vivant, il vivra !
En France aussi, « le cinéma de quartier » est mort sous le joug des multiplex…
La vie est une lutte. La culture est un droit. Le divertissement un besoin.
« INTERVENTION DIVINE »… Elia Suleiman, refais-nous des films !
De unagi
Fatalitas | 21H12 | 10/02/2009 |
CONFLUENCES 190 bd de charonne - 75020 Paris (M° Alexandre Dumas) - Tél : 01.40.24.16.34 - Réserv
ation : 01.40.24.16.46 ou resa@confluences.net
Pour la 3e édition de son festival de films documentaires , Confluences soutient les cinéastes palestiniens et israéliens qui s'engagent contre cette violence insupportable.
Pour l'ouverture du festival Confluences propose la projection en avant première de Z 32, le nouveau film d'AVI MOGRABI (cliquez ici pour plus d'informations)
La programmation du festival s'articulera autour de quatre thèmes :
Gaza, un ghetto en terre sainte
Les mémoires bafouées
L'occupation encore et toujours
Les origines du cinéma israélien contre l'occupation
Confluences renouvele son partenariat avec l'école de cinéma Sapir à Sderot et propose de découvrir plusieurs films de ses élèves.
Aprés chaque projection, Confluence propose un débat avec un réalisateur, un historien, un journaliste…
BEYOND BORDERS
SOME ARABS AND SOME JEWS
Photographies de Hally Pancer
Travail collectif de jeunes palestiniens et israéliens
DU 12 FEVRIER AU 7 MARS
Vernissage Jeudi 12 février à partir de 19h00
en présence de Hally Pancer
http://confluences.jimdo.com/
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 21H19 | 10/02/2009 |
Pensez vous continuez ce blog au delà du festival ?
Cet article semble ouvrir vers d'autre horizons, cela semble prometteur et intéressant.
De jean breton
républicain laïque | 21H55 | 10/02/2009 |
Merci mael, je vais aller à l'expo.
De bloqué le 24.09.09
23H20 | 10/02/2009 |
Toute cette ignominie dont un bon nombre de français se sont rendus complices, ne serait-ce qu'en maintenant les liens avec Israël.
Merci madame de ce texte qui doit nous faire honte, si nous sommes encore capables d'avoir honte.
De chlefien
NO ONE IS INNOCENT | 00H44 | 11/02/2009 |
Le conflit a presque tué tout les figurants !
alors faire du cinéma avec qui ? et ouvrir des salles pour qui ?
Les Producteurs (sionistes) préfèrent investirent dans le cinéma de guerre ! Et ils invitent même les habitants VIP à assister au tournage du massacre des figurants en direct sur la colline d'Ebron
(Vu à la télé)
Moi personnellement je voudrais bien filmer le procès de ces criminels à la Haye et inviter les GAZAOUI à l'ONU L pour la projection
à chlefien
De bloqué le 24.09.09
16H40 | 11/02/2009 |
On peut aider à ce que cela aille dans ce sens :
http://www.europalestine.com/spip.php ? article3799
De Anita1945
retraitée | 03H42 | 11/02/2009 |
10 février 2009 - « La guerre n'est pas finie » !
publié le jeudi 29 janvier 2009.
Entretien avec Gadi Algazi.
Gadi Algazi, militant pacifiste Israélien souligne que la persistance du blocus maintient une situation d'agression.
Professeur d'histoire médiévale à l'Université de Tel-Aviv, Gadi Algazi a été en 1967 le premier refuznik [1].
Il milite pour la paix au sein de Tayyoush et a participé à la fondation de Tarabout [2].
Il répond à nos questions sur l'état actuel de l'opinion publique et la mobilisation des pacifistes en Israël.
Est-ce que l'opinion publique israélienne, après l'avoir massivement soutenue, commence à réaliser la catastrophe qu'a été la guerre contre Gaza ?
Gadi Algazi : Non, pas encore.
Les gens continuent à croire ce que leur raconte le Gouvernement sur la grande victoire remportée contre le Hamas.
C'est ce qu'affirment les médias à longueur de journée et même les sionistes de gauche du Meretz ont adopté cette ligne. Quelqu'un comme David Grossman, lui-même, n'a commencé à dire la Vérité sur ce qui s'est passé, qu'il y a quatre jours.
Comment expliquer ce phénomène ?
Est-ce le manque d'information dû à la censure ?
Gadi Algazi : Le manque d'information n'explique pas tout.
Je crois qu'il y a surtout l'incapacité des gens à comprendre que la guerre ne peut pas apporter la sécurité, même de manière temporaire.
Mais les résultats, le carnage, les destructions, le fait que le Hamas est toujours là ne rendent-ils pas évident que l'opération
« plomb durci » est un échec ?
Gadi Algazi : Ce n'est pas aussi simple.
Les gens ne perçoivent pas les choses ainsi.
D'abord, les buts de guerre étaient vagues.
Pour le moment, le sentiment général est qu'on a gagné.
Les roquettes ne tombent plus sur Sdérot et on ne leur dit pas que le Hamas reste avec son potentiel de violence.
Y a-t-il des organisations qui demandent des comptes au Gouvernement sur les crimes de Guerre ?
Gadi Algazi : Bien sûr.
Mais celles qui demandent une enquête sont les mêmes [3] qui avaient organisé la protestation pendant la Guerre.
Je rappelle qu'il y a eu jusqu'à 15 000 personnes dans les manifs à Tel-Aviv - en majorité des juifs -
et jusqu'à 30 000 à Sahnin - surtout des Palestiniens d'Israël qui répondaient à l'appel du Conseil supérieur de la population Arabe d'Israël.
C'est important, mais cela reste minoritaire dans la Société Israélienne.
Le fait que des accusations très graves sont portées contre l'armée Israélienne, y compris par l'ONU, a-t-il des répercussions dans l'opinion ?
Gadi Algazi : Non, car la plupart des gens ne le savent pas.
Et s'ils en entendent parler, ils ne prennent pas cela au sérieux :
-- jusqu'ici les Généraux Israéliens ont toujours échappé aux poursuites.
Olmert vient encore d'assurer que ce serait le cas cette fois-ci.
La presse est passée directement de la « victoire » à Gaza à la campagne pour les élections du 10 février 2009.
On s'attend à ce que la droite gagne.
La droite officielle de Netanyahu et Lieberman ou la droite cachée de Livni et Barak.
La mobilisation va-t-elle continuer ?
Gadi Algazi : Bien sûr !
Pour nous, la guerre est loin d'être terminée.
Elle continue aussi longtemps que le blocus contre Gaza reste en place.
Nous allons le dire haut et fort la semaine prochaine lors d'une manifestation réunissant juifs et Palestiniens d'Israël entre Tel-Aviv et Jaffa.
source : http://www.france-palestine.org/article10996.html
Posté par citoyen_sly à 09 : 50 - Gaza - Israel
De a.guillaume
07H45 | 11/02/2009 |
la photo parle toute seule : des mercedes benz dans une salle de ciné…gros symbole de ce qui nous attend a terme dans le processus de déculturation avançé qui commence a ronger TOUTES les sociétés
De Lemmy_Nothor
Mellow Yellow | 11H18 | 11/02/2009 |
Et si le cinéma tuait le conflit…. ? ?
Non, je rêve….une idée comme ça.
De parousnik
11H29 | 11/02/2009 |
Le conflit ? Y en a qui se font un cinéma pour éviter la vérité…
De TonyLibertaire
Lycéen section littéraire | 16H27 | 11/02/2009 |
J'aimerais beaucoup découvrir le cinéma palestinien, malheureusement trop méconnu.
à TonyLibertaire
De PIT LE CHIEN
22H36 | 11/02/2009 |
Commence par Elia Suleiman, Prix du Jury à Cannes pour INTERVENTION DIVINE. Un régal !
Et écoute les DAM (hip hop conscient)…