04/02/2009 à 14h27

Malgré la guerre, le festival rennais Travelling zoome sur Jérusalem


Le festival de cinéma Travelling célèbre depuis sa création les villes du monde. Pour notre vingtième anniversaire, nous voulions découvrir une ville aussi cinématographique que symbolique. Très vite, nous avons pensé « Jérusalem ».

Nous avions en mémoire le ballon à l'effigie d'Arafat survolant la vieille ville et narguant les checkpoints dans « Intervention divine », les casseurs de pierres du premier film d'Amos Gitai « La Maison », l'histoire du Christ sans cesse revisitée par Pasolini, Scorcese ou les Monthy Python, ou plus récemment la vie du jeune Menahem dans le huis-clos du quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem de « My Father, My Lord ».

Alors que l'actualité immédiate déverse des images confuses, souvent identiques et difficiles à décrypter, le cinéma a cette puissance infinie de nous donner autrement à voir le monde. Nous voulions ouvrir le grand écran à des histoires intimes et des récits subjectifs que les cinéastes prennent le temps d'écrire et qui, par ricochet, racontent la grande histoire.

Nous étions lucides et conscients que Jérusalem est une ville divisée, fragmentée, que le travail ne serait pas sans embûches, que certains cinéastes pourraient boycotter notre manifestation. Malgré ces difficultés, nous avons persisté dans notre choix. « Le cinéma est une usine à rêves mais aussi un impitoyable miroir de la société », dit Jean-Loup Passek, et la salle de cinéma pendant un festival n'est-il pas le lieu idéal pour partager, comprendre et débattre ?

Aucune rétrospective n'avait été consacrée à Jérusalem au cinéma

Et qui connaît vraiment Jérusalem ?

Nous avons commencé le travail de recherche de films en avril 2008 et découvert qu'aucune rétrospective n'avait jamais été réalisée sur Jérusalem au cinéma.

Nous avons effectué un travail de fourmi et demandé conseil à de fins cinéphiles. Nous sommes partis en Israël et en Cisjordanie pour rencontrer les réalisateurs. A Ramallah et à Jérusalem Est, nous avons convaincu certains jeunes cinéastes palestiniens de venir accompagner leurs films à Rennes.

Juste avant Noël, notre sélection était faite : 53 films sur Jérusalem réalisés entre 1897 et 2009, complétés par des coups de cœur sur le cinéma palestinien et sur le cinéma israélien actuels, deux cartes blanches, deux ciné-concerts inédits et un nouveau concours, « le scénario d'une nouvelle », avec Etgar Keret.

Avec le début de l'offensive israélienne, l'équipe en plein doute


Puis le 27 décembre est arrivé. La guerre à Gaza.

Le doute : qu'est ce qu'on fait ? On arrête tout ? On continue ? On retire des films israéliens (pour une fois, nous aurions fait la une de la presse nationale ! ) ?

Certains nous ont traités d'inconscients ; d'autres appelaient déjà la préfecture. Mais où est le temps du soutien des institutions culturelles pour les grandes causes ? La ville de Rennes, elle, nous confirmait sa confiance.

Nous avons préféré prendre le temps de réfléchir et nous avons décidé d'appeler tous les réalisateurs invités. Palestiniens et Israéliens confirmaient leur désir de venir. C'était justement par le cinéma que nous allions mieux comprendre le conflit d'aujourd'hui et l'histoire de ces deux peuples.

« Pour dominer sa réalité », nous dit Hany Abu Hassan, « il faut la filmer d'en haut. On ne peut pas changer la réalité, on ne peut que la contrôler. La grue me permet de passer par-dessus la frontière que l'officier m'impose au barrage et de filmer au-delà. L'instrument cinématographique permet de dépasser les frontières.

Une image de la ville qui change avec les origines de celui qui la filme

Tous les films choisis révèlent des écritures cinématographiques singulières et des sujets qui diffèrent selon la carte d'identité de leurs auteurs. Quand ils filment Jérusalem, les cinéastes européens ou américains y cherchent leurs racines.

Les réalisateurs palestiniens mettent en scène une Jérusalem fermée, claustrophobe, une ville qui les sépare et leur échappe, dans des films piquants et souvent avec humour, tandis que les cinéastes israéliens ont un champ d'imaginaire et d'histoires beaucoup plus large et nous dévoilent tous les quartiers de Jérusalem dans un cinéma poétique et souvent engagé.

Le programme se révèle dense et surprenant, comme autant de pièces d'un puzzle se complétant pour former un portrait, non pas d'une ville, mais “des Jérusalem”.

A l'heure où la paix si fragile semble persister, nous attendons Ron Havilio, Enas Muthaffar, Etgar Keret, Yaël Fogiel, Avi Mograbi, Nadine Naous, David Polonsky, Jackie Salloum, Asher Tlalim, David Volach, Muayad Alayan, Yonathan Avishaï et Michel Khleifi (sous réserve).

Le public est déjà au rendez-vous et nous espérons que les spécialistes du cinéma le seront, jusqu'au 10 février, dans toutes les salles de Rennes Métropole

Mirabelle Fréville, Anne Le Hénaff, Eric Gouzannet

A lire aussi sur Rue89
“Jérusalem, ville suspendue entre fin et début du monde”, le photographe de l'agence Vu David Sauveur commente quatre images de la ville.
Le blog Travelling89, à suivre pendant tout le festival

Ailleurs sur le Web
Le site du festival Travelling Jérusalem
Le site de Clair Obscur, l'association organisatrice

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  • bloqué le 24.09.09
    • Posté à 15h39 le 04/02/2009

    Photos :

    Lien

  • andriouchka
    • Posté à 16h08 le 04/02/2009

    merci pour avoir pu garder cette manifestation. Dommage que je sois trop loin de Rennes pour y assister, discuter avec les réalisateurs palestiniens et juifs israéliens (précision, car 20 % de la population israélienne n'est pas juive). Je pense que ce sera une réussite et une ouverture les uns vers les autres

    Salam - Shalom

  • bloqué le 24.09.09
    • Posté à 16h20 le 04/02/2009

    Pour dénoncer l'attitude de notre gouvernement pendant le pilonnage de Gaza :

    Lien

    • Ishtar
      Ishtar répond à bloqué le 24.09.09
       ? ?
      • Posté à 17h34 le 04/02/2009
      • Internaute
         ? ?

      Toujours utile de rappeler l'attitude de Sarkozy et de l'UE pendant les massacres de Gaza,de même rappeler que la trêve n'a pas été rompue par le Hamas mais par Israel en novembre 2008.
      Un peu hors sujet mais nécessaire .

  • leconcombrevert
    • Posté à 02h09 le 05/02/2009

    Étonnant que ce festival interesse si peu de monde ici, pourtant ça a l'air passionant !

    Je vous souhaite beaucoup de succès et un public plus interessé par ce que réalisateurs israéliens / palestiniens ont à dire à travers la caméra et hors caméra.

    • yoruk
      yoruk répond à leconcombrevert
      • Posté à 10h38 le 05/02/2009

      C'est bien ce qu'ils font...
      Ils sont bons ces bretons..
      Quel dommage que je sois si loin...
      Bravo..

  • dulconte
    • Posté à 19h02 le 05/02/2009

    Et pourquoi pas un festival en ligne, en v'la une idée pour les frustrés géographique dont je suis.

  • Al Martenot
    Al Martenot
    étudiant
    • Posté à 22h00 le 06/02/2009
    • Internaute
      étudiant

    Je voudrai tout d'abord féliciter Travelling pour son audace, son courage d'avoir élaboré une telle programmation dans un tel contexte. Bravo aux organisateurs, lorsque la plupart des festivals servent la soupe à l'industrie culturelle. Dans un monde sans cesse en évolution, elles sont rares les manifestations qui nous proposent, à travers le cinéma un temps de réflexion, une pause sur une région du monde au combien complexe... Sans parler de résistance, je reste persuadé qu'il faut préserver, maintenir ce type de manifestation indispensable pour l'esprit et aussi à l'économie. J'espère que les rennais seront curieux et assidus. Et l'année prochaine Istanbul, génial. C'est bien une des rares villes qui bouge aujourd'hui dans notre vieille Europe...

  • bloqué le 24.09.09
    • Posté à 11h50 le 07/02/2009

     ? ? ? ? ? ?

    Je cite l'article « A l'heure où la paix si fragile semble persister »

    Une population en cage, régulièrement soumise à de nouveaux raids, et vous osez appeler cela « la paix » ?

    Les assassins en liberté, qui tiennent la plume de nos journaux, les micros de nos télés et la signature de notre président et de nos sinistres.

    Vomir