24/03/2011 à 10h44

Docu : vivre avec la peine de mort quand on a contribué à la donner

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89


La chaise sur laquelle Sean Sellers a été exécuté en 1999 (Production Amip/Rue Charlot/France 2).

En 1999, le réalisateur David André a rencontré Sean Sellers. Condamné à mort à 16 ans, il était exécuté cette année-là, dans l’Oklahoma, aux Etats-Unis. Dix ans plus tard, David André est revenu interviewer le procureur qui a obtenu sa mort, les bourreaux qui l’ont exécuté, et ses demis frère et sœur qui n’ont pas voulu demander sa grâce.

A l’époque, le cas Sellers avait suscité une indignation internationale. Malgré les nombreux appels du monde entier (Union européenne, prix Nobel de la paix...), cet ancien adolescent satanique, plus jeune condamné à mort pour avoir tué un commerçant puis sa propre mère et son beau-père, avait été exécuté par injection létale, treize ans après ses crimes.

Gracier le demi-frère qui a détruit leur enfance ?

David André a accompagné Sean Sellers pendant les derniers mois de son existence. Ce journaliste free-lance, ancien d’Actuel et de l’agence Capa, ex-rédacteur en chef adjoint du Vrai Journal, produit et réalise aujourd’hui des films sur des sujets variés, tout en étant auteur et producteur pour les activistes américains The Yes Men.

Pour Arte, il couvre à l’époque les recours contre l’exécution de Sean Sellers. Soutenu par un avocat viscéralement investi dans sa cause, Sean Sellers, enfermé au pénitencier de McAlester, Oklahoma, s’est converti au christianisme en détention.

Il y a cette audience de recours en grâce, dans une petite chapelle rurale de cet Etat profondément religieux. Sean Sellers parle. Avocat et procureur s’expriment. Ainsi que les ayants-droit des victimes du meurtrier.

Noelle Bellofatto et son frère Lorne, enfants du mari de la mère de Sean Sellers, le couple assassiné par lui, doivent se prononcer sur une demande de grâce de leur demi-frère. Celui qu’ils connaissent depuis l’enfance, et qui a détruit cette partie de leur vie.

« Comment ai-je pu être si froide, si dure ? »

Ils disent non. Dix ans après, David André les interroge sur ce qu’ils gardent de cette décision, avec le recul. Lorne, dégaine de cow-boy et accent trainant sous son Stetson, n’a pas de regret :

« Assister à son exécution, c’était la seule occasion de pouvoir lui dire : “Tu vois, je t’ai eu. Tu ne t’en es pas tiré. Maintenant, nous sommes quittes.” »

Noelle, bourgeoise empâtée par les années, avoue ses états d’âme :

« Parfois, je m’en veux beaucoup. Comment ai-je pu être si froide, si dure ? [...] Ces sentiments de vengeance ne me ressemblent pas. Et je ne sais pas quoi en faire. »

David André rencontre aussi d’autres proches de Sean Sellers. Et les gardiens du pénitencier, qui se transforment en bourreaux pour les exécutions. Nombreux et exceptionnels témoignages face caméra, d’hommes et de femme ayant participé à 15, 35 ou 70 exécutions. Pénible.

Le recordman américain de la peine de mort doute

Le moment le plus fort du film est peut-être l’interview de l’ancien procureur Bob Macy. Il est désormais retraité, assis raide sur son fauteuil, diminué par l’âge et, sans doute, par une attaque. A l’époque, outre d’avoir fait condamner cet adolescent de 16 ans, Macy était connu comme le procureur ayant obtenu le plus d’exécutions capitales dans tout le pays.

Interrogé par David André, Bob Macy finit par reconnaître que rien ne prouve que la peine de mort soit dissuasive. Et il y a cette question du journaliste qui pourrait résumer le film à elle seule, dans ce coin des Etats-Unis où la sentence capitale est considérée comme de droit divin :

« Vous pensez qu’il y a une chance pour que Dieu soit contre la peine de mort ? »

Bob Macy, le recordman américain des exécutions capitales, laisse passer treize éternelles secondes avant de répondre :

« Je ne sais pas comment répondre à cette question. »

Sans remettre en cause la culpabilité de Sellers, David André s’attache à montrer cliniquement comment la peine de mort peut se graver définitivement dans des lignes de vie, qu’elle soit réclamée, exécutée, simplement acceptée, parfois regrettée. Soulage-t-elle le chagrin ?

Ce film sensible et humaniste nous emmène sur les routes et dans les âmes de cet Etat profond de la Bible Belt. Un road-movie un peu sombre, dont la beauté et la pudeur sont rehaussées par la superbe photographie de Jérôme Mignard et l’indolente musique originale de Moriarty.

Une peine infinie - histoire d’un condamné à mort documentaire de David André, jeudi 24 mars à 22h50 sur France 2 dans « Infrarouge ».

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  • A déménagé le 1-6
    • Posté à 11h04 le 24/03/2011
    • Internaute 61755

    musique de moriarty...double peine.

    [ok je sors].

  • jmc06-
    jmc06-
    chasseur de gorille
    • Posté à 11h36 le 24/03/2011
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    quand on sait que lorsqu’on meurt c pour la vie, sur ça mérite réflexion

    • Keldan
      Keldan répond à jmc06-
      Now future & karpe diem
      • Posté à 17h50 le 24/03/2011
      • Internaute 5164
        Now future & karpe diem

      Dans la vie mon p’tit gars, y’a pas à tortiller : y’a rien de plus dangereux que de se faire tuer (Renaud, C’est mon dernier bal).

  • Gelone2010
    Gelone2010
    Sarkophobe
    • Posté à 12h03 le 24/03/2011
    • Internaute 99991
      Sarkophobe

    « Interrogé par David André, Bob Macy finit par reconnaître que rien ne prouve que la peine de mort soit dissuasive. »

    Si, si... Il y a le rapport des professeurs Hashem Dezhbakhsh, Paul Rubin et Joanna Shepherd, de l’Université Emory, d’Atlanta : « The Deterrent Effect of Capital Punishment :
    Evidence from a “Judicial Experiment”

    Lien

    • unagi-
      unagi- répond à Gelone2010
      卑語
      • Posté à 12h17 le 24/03/2011
      • Internaute 24252
        卑語

      Hashem Dezhbakhsh Economics Department at Emory University,

      Paul H. Rubin Economics Department at Emory University,

      Joanna Shepherd Bailey Law & Economics Workshop : Emory University,

    • PhiLyon
      PhiLyon répond à Gelone2010
      In tartiflette we trust !
      • Posté à 12h29 le 24/03/2011
      • Internaute 2729
        In tartiflette we trust !

      Et il y a tout autant d’études (ménées par des chercheurs en sciences sociales et pas des économistes) qui prouvent le contraire. Ne serait-ce parce que l’essentiel des crimes qui peuvent mener à la peine de mort sont le plus souvent commis dans des états dits d’influence (pulsion, colère, coup de folie, alcool, drogues…). Bref, des états où le sujet perd tout contact avec le réel et donc la conscience de ce qu’il risque. Bref, ça ne pourrait éventuellement avoir qu’un impact sur les meurtres planifiés et de sang froid, ce qui représente un pourcentage très faible des crimes.

    • SkippyleGrandGourou
      SkippyleGrandGourou répond à Gelone2010
      chercheur précaire
      • Posté à 16h14 le 24/03/2011
      • Expert 51768
        chercheur précaire

      Merci pour ce lien. Ce n’est cependant pas suffisant, il faudrait lire ce qu’en disent Lien — de toute évidence tous ne sont pas d’accord avec la méthodologie employée…

  • PhiLyon
    PhiLyon
    In tartiflette we trust !
    • Posté à 12h29 le 24/03/2011
    • Internaute 2729
      In tartiflette we trust !

    erreur… désolé

  • Waldeck
    Waldeck
    Le désenchantement, c'est (...)
    • Posté à 14h02 le 24/03/2011
    • Internaute 36864
      Le désenchantement, c'est (...)

    Un état qui pratique la Peine de Mort est un état barbare, et avec lui, son peuple !

    Ces états devraient donc faire l’objet d’un boycott systématique, ne faire partie d’aucune instance internationale, ne pouvoir postuler pour aucune manifestation internationale ( J.O. , expositions , festivals ... )

    Non à la Peine de Mort, sous toutes ses formes, sous toutes les latitudes !

    • metronum
      metronum répond à Waldeck
      VFX/Motion Designer
      • Posté à 14h35 le 24/03/2011
      • Internaute 134200
        VFX/Motion Designer

      So disagree !
      My only issue with death penalty is that too much innocent are being jailed and executed. Otherwise the ethical aspect of it doesn’t bother me at all...
      ...Therefore I would consider death penalty for rapist and child molester.
      Go get Gang-rape yourself and see if you still want them alive !

      Why Im writting in english, mainly because I have a UK keyboard and I’d rather that than make spellings ! Also i assumed everybody on that forum as good command in English.

      • ydcl
        ydcl répond à metronum
        • Posté à 15h40 le 24/03/2011
        • Internaute 17421

        The problem is, the death penalty, had prove, is not the solution, for the crimiality ! Who we think, we are to give, this kind of solution ?

      • Piedo
        Piedo répond à metronum
        Assis
        • Posté à 15h49 le 24/03/2011
        • Internaute 43246
          Assis

        Vous faites cette éternelle confusion entre justice et vengeance qui n’a pas lieu d’être dans un pays moderne et dans une société civilisée.

        Relisez Foucault, Surveiller et punir.

         
        • Atlantis
          Atlantis répond à Piedo
          Etudiant apolitique
          • Posté à 21h27 le 24/03/2011
          • Internaute 39710
            Etudiant apolitique

          Et pourquoi la vengeance serait mal ? C’est quoi cette espèce de conception chrétienne (tu sais, tendre l’autre joue et tout ça ?)
          Personnellement, si un de mes proches était tué, je n’aurais aucun problème à l’idée que le coupable soit tué, ou pire peut etre, condamné à vie. Désolé, ce n’est pas noble, mais c’est humain.

          • amonhumbleavis
            • Posté à 08h47 le 25/03/2011
            • Internaute 93168

            Vous auriez du regarder le documentaire.

          • Piedo
            Piedo répond à Atlantis
            Assis
            • Posté à 14h04 le 25/03/2011
            • Internaute 43246
              Assis

            La vengeance est une affaire d’individu. La justice est une affaire de société.

            Lorsque justice est rendue et qu’elle emprisonne une personne, ça n’est pas pour « venger » la ou les victimes, il y a les dommages et intérêts pour ça. C’est pour protéger la société d’une personne considérée comme dangereuse.

            Pour être parfaitement juste dans votre raisonnement, une véritable vengeance nécessiterait que vous vous occupiez personnellement de tuer la personne qui a assassiné un de vos proches. Le fait de déléguer cette tâche à la société, comme c’est le cas dans les pays qui appliquent la peine de mort, déresponsabilise les personnes.

            C’est très facile d’être pour la peine de mort, puisque ça ne vous engage, en définitive, à rien. C’est une autre chose que d’accomplir la mise à mort.

            Enfin, je ne vois pas en quoi il s’agit d’une conception chrétienne de la justice. Ce distinguo entre justice et vengeance était déjà un question centrale de la vie de la cité athénienne.

        3 autres commentaires
      • Weatherboy
        Weatherboy répond à metronum
        v2=notes articles en moins...
        • Posté à 22h19 le 24/03/2011
        • Internaute 38063
          v2=notes articles en moins...

        Et ben encore heureux que tu n’ais pas un clavier chinois toi...

        Go get Gang-rape yourself and see if you still want them alive ! »

        Question : does « gang-rape » include persons who rape several persons at the same time ?
        You see, personnaly I’ve got gang-rapped in the backroom of the Fouquet’s in may 2007, and, since that day, I totallyagree with you.

         
        • metronum
          metronum répond à Weatherboy
          VFX/Motion Designer
          • Posté à 12h17 le 25/03/2011
          • Internaute 134200
            VFX/Motion Designer

          It does !
          I think that as long as nothing happen to you, you kind of against it, as soon as the situation turns around and you are the victim it seems obvious people have to be retired.

        1 autres commentaires
  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 14h41 le 24/03/2011
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    Donner la mort à quelqu’un qui a tué comme punition et en faire un exemple pour que l’on ne tue plus, m’a toujours, comment dire , posé problème.
    Je ne me sens pas capable de parler pour des proches de gens assassinés et ceux qui le font, s’érigent en juges ou en politiques, et veulent donc imposer leur point de vue, ce qui ne me semble pas défendable étant donné l’irréversibilité de la peine .
    Ils ne répondent en rien - sauf à croire en une stupidité émise par dieu sait quelle religion - à cette vaste question humaine qu’est la mort.
    Non, les pays qui utilisent encore ce moyen pour se débarrasser d’humains encombrants ne me semblent pas respectables, fussent ils démocratiques.
    Mort à la mort !

  • psych0Dad
    psych0Dad
    sociopathe
    • Posté à 17h38 le 24/03/2011
    • Internaute 81504
      sociopathe

    Le seul, l’unique probleme avec la peine de mort c’est que les erreurs judiciaires sont irreparables.

    Le reste, tous les atermoiments pseudo-philosophiques sur le mode « quand c’est mal c’est pas bien » relevent d’une education chretienne mal digeree.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h48 le 24/03/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Vous pensez qu’il y a une chance pour que Dieu soit contre la peine de mort ?
    Cette blague. Cet enfoiré n’hésite pas à noyer toute l’humanité et tous les animaux, toutes les plantes et un sacré paquet de bactéries parce qu’il n’est pas content, alors un mec qui a assassiné sa propre mère, non seulement il le bute mais en plus il le fait revenir à la vie pour le buter à nouveau et ensuite l’expédier en Enfer se faire torturer pour l’éternité.

    Dieu c’est le mec qui a buter son propre fils afin de lui faire payer pour les conneries de ses contemporains.
    C’est un gros sadique qui sait bien que y’a pas dix sages dans Sodome mais qui laisse un type les chercher malgré tout avant de raser la ville.

    C’est aussi le conard qui choisit un peuple et le fais chier comme pas possible depuis cinq mille ans. Le peuple élu souffre-douleur...

    Et c’est même lui qui a tué la mère du mec de l’article. Vu qu’il sait tout et peut tout faire, il savait donc qu’il allait tuer sa mère, et au lieu de l’en empêcher, il s’est confortablement installé pour profiter du spectacle.

    C’est simple, vénérer Dieu, c’est encore pire que vénérer les plus horribles personnes de toute l’Histoire, à côté de ça un type qui est un grand fan de Pol-Pot est un mec bien.
    Ces gens sont tous complices de tous les crimes commis, et ils méritent tous d’être traité de la même façon qu’on traite ceux qui disent que les pires salauds avaient raison de faire leurs saloperies.

    • graou02
      graou02 répond à Keldan
      un diable qui s'habille en Prada
      • Posté à 18h12 le 24/03/2011
      • Internaute 138559
        un diable qui s'habille en Prada

      Voulant prier pour avoir de l’inspiration pour termnier son roman, il se décourage très vite et réalise une chose :

      Hamm - « Le Salaud ! (à propos de Dieu) Il n’esiste pas »

      Fin de Partie de Samuel Beckett

  • Air One
    Air One
    Corsaire de l » espace
    • Posté à 00h14 le 25/03/2011
    • Internaute 84964
      Corsaire de l » espace

    Aux partisans de la peine de mort, je proposerais que ce soit eux qui appuient sur les seringues quand le type est allongé sur la table plutôt que de déléguer le sale boulot. A mon avis, ça en ferait changer d’ avis un paquet.
    Ils n’ ont d’ ailleurs pas la conscience si tranquille puisque dans nombre d’ etats, la procédure est automatisée désormais, sans intervention humaine si ce n’ est de mettre 3 clés dans la machine, dont une est inactive.

  • jcb2142
    jcb2142
    cadre retraité
    • Posté à 08h52 le 25/03/2011
    • Internaute 150059
      cadre retraité

    Que la peine de mort ne soit pas dissuasive est une évidence : par-delà le rapport rédigé par d’éminents spécialistes, qui comme tous les experts du monde expriment leur conviction et ne trouvent que ce qui la conforte, il y a les faits bien têtus. Aux USA, il y a des états qui ont aboli la peine de mort et d’autres qui s’y accrochent encore comme des morpions là où je pense, il doit donc y avoir dans les états qui l’ont abolie une augmentation significative des crimes de sang (ceux qui encourent de façon systématique la peine de mort dans les états où elle existe encore). Or, on ne constate rien de tel !

    NB : les USA comptent 5 FOIS PLUS d’habitants que la France, ont une police spécialiste des actions coups de poings et pratiquent encore la peine de mort. Mais ils détiennent 35 FOIS PLUS de gens qu’en France (France = environ 70 000 incarcérés, y compris tous ceux qui ne sont qu’en préventive ; USA = environ 2 400 000 incarcérés sans la préventive qui est quasi inexistante avec le système des mises en liberté sous caution !). Aussi, n’en déplaise à ceux qu’ils fascinent, les USA démontrent qu’une politique sécuritaire brutale, libérale et privatisée est un échec complet.

  • amonhumbleavis
    • Posté à 08h54 le 25/03/2011
    • Internaute 93168

    Documentaire très intéressant qui vient bousculer notre idée de l’acceptation de la peine de mort aux États-Unis et surtout qui détruit le mythe selon lequel les proches de la ou des victime(s) seraient soulagés par l’exécution du coupable.

    Outre le risque d’erreurs judiciaires, la peine de mort :
    - n’a aucun effet dissuasif (même un procureur extra partisan le reconnaît)
    - ne soulage pas la famille (qui se sent responsable de la mort du coupable car elle participe au processus de condamnation)
    - fait porter aux bourreaux la responsabilité d’une exécution décidée par la société (et même les gardiens de prison du sud des States sont anéantis par ce poids...)

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