15/04/2010 à 13h45

Séries télé : Dr. House n'est pas un bon médecin

Gaétan Pouliot | Journaliste

Il ne faut pas toujours croire ce que l’on voit à la télé. En voici un autre exemple : près de la moitié des premiers secours apportés aux personnes en état de crise dans les grandes séries médicales américaines sont inappropriés. Si répétés à la maison, ces gestes pourraient même être dangereux, à en croire une étude.

Ce travail a été réalisé par des chercheurs de l’université de Dalhousie au Canada. Andrew Moeller, étudiant en médecine et l’un des auteurs de l’étude, a passé 280 heures devant sa télé pour regarder tous les épisodes des séries américaines « Grey’s Anatomy », « Dr House », « Private Practice » et « Urgences ».

Erreurs médicales

Sur 364 émissions, il a recensé 59 scènes où un personnage se retrouve en état de crise, pris de convulsions. C’est la panique ! Que vont faire nos héros en blouse blanche ? Ils réagissent vite, mais pas toujours bien. Et ils oublient souvent les rudiments de leur « métier ».

  • Dans près de la moitié des scènes recensées (46%), les gestes posés sont inappropriés ;
  • Dans 29% des cas, les actions sont conformes aux pratiques médicales ;
  • Le reste des interventions est inclassable en raison de leur brève apparition à l’écran.

A plusieurs reprises, nos médecins préférés maintiennent une personne au sol pour tenter d’arrêter ses convulsions. Lors d’autres interventions, on tente de mettre un objet dans la bouche du patient durant sa crise. Deux gestes qui sont pourtant à proscrire.

On pourrait se dire qu’après tout, ce n’est que de la fiction. Pas tout à fait, répond Andrew Moeller, joint par Rue89. Cela peut avoir un impact dans la vie réelle. Ces représentations à la télé pourraient même être dangereuses, car elles alimentent l’imaginaire populaire. Surtout que ces séries connaissent ou ont connu une grande popularité aux Etats-Unis, et maintenant en France :

« Ces émissions de télévision sont regardées par un large public, dans le monde entier. Les personnes qui les regardent peuvent penser que cela est la manière appropriée d’agir en cas de crise. »

Mieux vaut s’abstenir que de singer la télé

D’ailleurs, le chercheur souligne qu’une autre étude a démontré que la moitié des gens qui regardent des séries médicales apprennent quelque chose. Et le tiers des téléspectateurs vont agir selon ce qu’ils ont appris.

Alors, si vos connaissances en premiers soins se limitent à ce que vous avez vu au petit écran, mieux vaut s’abstenir. « Si quelqu’un se base sur ce qu’il voit dans les séries médicales pour administrer des premiers soins, il pourrait blesser la personne plutôt que de l’aider », ajoute M. Moeller, qui a présenté cette semaine les conclusions de l’étude lors de la rencontre annuelle de l’Académie américaine de neurologie, à Toronto au Canada.

Alors exit la cuillère en bois dans la bouche d’un épileptique pour éviter qu’il avale sa langue. Si une personne a des convulsions, il faut simplement la tourner sur le côté, la tête vers le bas et éloigner les objets et meubles sur lesquels elle pourrait se blesser. Vous pouvez aussi glisser un oreiller sous sa tête.

Cette fois, le Dr. House aura eu tort !

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  • Pi.K
    Pi.K répond à sorry
    Vilain Parisien
    • Posté à 14h34 le 15/04/2010
    • Internaute 105016
      Vilain Parisien

    On s’en ficherait si la télé n’était pas, pour reprendre l’expression d’Ignacio Ramonet, un vecteur de propagande silencieuse (au même titre que le cinéma). La télévision, en l’occurrence les séries télévisées, vend du rêve. Et le spectateur, qui se trouve être aussi un consommateur, achète bien souvent. Les héros de cinéma utilisent des ordinateurs Machin en toc ? Le spectateur-consommateur commence à se tourner vers les machins en toc. Le héros ceci, le spectateur-consommateur cela.

    Ici, on est dans un cas plus grave encore, puisque la vie des gens est en jeu : le héros fait ceci, le spectateur-sauveteur du dimanche fera de même. Con ? Même pas, il n’y a nullement besoin d’être con pour se laisser avoir par cette forme de propagande. En revanche, il faut être diablement malin pour commencer à y échapper, et il ne fait aucun doute que ni vous, ni moi, ni les autres riverains n’y échappent complètement. D’autant plus que la mise en scène spectaculaire de la médecine dans les séries médicales est conçue pour accrocher le spectateur, pour abolir autant que possible la distance critique qui pourrait le séparer de ce qu’il voit, et faire entrer, sans en avoir l’air, les « vérités » de la fiction dans le monde, parfaitement réel, du spectateur.

  • Ranmisnoop
    Ranmisnoop répond à Albedo
    Pêcheuse de mouches
    • Posté à 19h33 le 15/04/2010
    • Internaute 109061
      Pêcheuse de mouches

    A priori, je suis d’accord avec vous : « La culture populaire véhiculée par les séries (entre autres) construit (entre autre également) notre perception du monde ». Je le pense aussi, clairement. On se construit par rapport à ce qui nous entoure, et les séries, pour certains comme moi, en font partie. Maintenant, je pense que vous sous-estimez le choc et le doute qui suit une situation d’urgence. Prenons un exemple concret : je ne connais de la méthode de Heimlich que ce que j’en ai vu à la télé. Il faut se placer derrière la personne qui s’étouffe et appuyer quelque part sous le sternum. Personne ne me l’a jamais expliqué, ni médecin, ni infirmière, ni même un ami. Je ne le sais que parce que je l’ai vu et entendu à la télé. Mais si je me retrouvais face à une personne qui s’étouffe, est-ce que je la tenterais ? Je ne pense pas. Parce que je sais la différence entre la théorie et la pratique, et que ce n’est pas parce que je l’ai vu que je sais le faire. Je serais en état de choc, de panique sûrement, et j’aurais besoin de me raccrocher à quelque chose de concret, de sûr et d’efficace, comme demander de l’aide, appeler les secours, que quelqu’un de compétent me dise exactement comment je dois agir. Il me faudrait ramener de la stabilité et de la certitude dans cette situation de panique et d’instabilité. J’aurais trop peur qu’une mauvaise action soit inutile et me fasse perdre un temps précieux (surtout quand on s’étouffe...^^), ou de faire plus de mal que de bien (il y a quelques organes sous le sternum que j’aurais peur d’abîmer). Alors si je suis d’accord avec vous pour dire que les séries télé participent à la formation de notre perception du monde, il me semble que beaucoup font la différence entre réel et fictionnel, d’autant plus quand la situation est grave.