06/04/2010 à 00h40

Polémique sur Les Infiltrés, devenus auxiliaires de police

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Une enquête sur la pédophilie passe ce lundi soir sur France 2. Le journaliste a dénoncé 23 personnes qui ont été arrêtées.

La « charte des devoirs professionnels des journalistes français » stipule qu'un journaliste « ne confond pas son rôle avec celui du policier ». Après avoir enquêté sur des pédophiles, le journaliste de l'émission controversée Les Infiltrés, diffusée ce soir sur France 2, devait-il les dénoncer à la police ?

Cité par Télé 2 Semaines, Laurent Richard, rédacteur en chef de l'émission et auteur du reportage « Pédophilie : les prédateurs », estime avoir « fait ce que tout citoyen doit faire » :

« Quand on est destinataire d'informations qui peuvent empêcher des tentatives de corruption sur des mineurs ou des viols d'enfants, c'est normal qu'on signale les cas à la police. [...]

On n'est pas dans une fiction, j'ai vu les images, j'ai vu ce qu'ils faisaient. [...]

J'aurais été plus mal à l'aise de ne rien faire. Ce sont des faits d'une gravité absolue, il n'y a pas à tergiverser. »

Joint par téléphone, Laurent Richard a refusé de s'exprimer avant que j'aie vu son reportage. Même réponse de la chargée de communication de Capa Presse, l'une des principales agences de presse télé en France, qui produit Les Infiltrés pour France 2 :

« Ça change tout de voir le document. »

« Soulagé que je ne sois pas policier, Julien accepte l'interview »

J'ai vu le document. Il est extrêmement choquant, comme tous les reportages sur la pédophilie. Derrière son ordinateur, Laurent Richard se fait passer pour Jessica, 12 ans, et donne rendez-vous à des adultes qui traquent leurs proies sur des forums pour adolescents.

Une fois au rendez-vous, le journaliste repère des hommes seuls et va parler avec eux, en les filmant en caméra cachée. « Vous avez rendez-vous avec Jessica ? », leur demande-t-il.

A propos de l'un d'eux, un homme de 35 ans, père de deux enfants, Laurent Richard a ce commentaire surprenant quand on voit les suites qu'il a choisi de donner à son reportage :

« Sans doute soulagé que je ne sois pas policier, Julien accepte le principe d'une interview. »

L'homme lui avoue ensuite avoir effectué des attouchements sur sa propre fille en lui donnant le bain.

Le reportage des Infiltrés nous emmène aussi au Québec ou dans des lieux de France non identifiés. Avec, à chaque fois, la même impression : que ces hommes agissent avec un sentiment d'impunité ou une profonde culpabilité, rien ne semble pouvoir les arrêter.

L'équivalent de la violation du secret professionnel ?

Pour Me William Bourdon, avocat de l'agence Capa Presse, le code pénal fait « obligation stricte d'informer les autorités administratives de l'imminence d'une agression contre un mineur », qu'il s'agisse « d'un crime ou d'un délit ». Il ajoute que c'est l'une des trois seules obligations présentes dans ce code, avec celles de témoigner et de dénoncer un crime :

« La charte des journalistes de 1918 ne dit pas qu'un journaliste doit violer la loi. »

Hervé Chabalier, patron de l'agence Capa, est allé plus loin, vendredi sur France Info :

« [La pédophilie] est le seul cas où la protection des sources [des journalistes] ne fonctionne pas. »

La décision de Capa suscite un tollé. Avocat d'autres agences de presse, Me Richard Malka conteste l'interprétation que « les infiltrés » font de la loi :

« Je comprends qu'ils soient mal à l'aise, mais cette obligation n'existe pas. »

Quand Capa invoque les articles 434-1 et 434-3 du code pénal, qui obligent quiconque à dénoncer des mauvais traitements sur mineurs et à empêcher un crime à venir, Me Malka rétorque que ces articles citent l'article 226-13 du même code, qui punit la violation du secret professionnel par une personne qui en est dépositaire :

« Les journalistes sont couverts par le secret des sources, qui est une disposition équivalente au secret professionnel.

L'article 4 de la nouvelle loi du 4 janvier 2010 sur la protection des sources des journalistes rappelle “la faculté, pour tout journaliste entendu comme témoin sur des informations recueillies dans l'exercice de son activité, de ne pas en révéler l'origine”.

Les textes que cite Capa n'ont jamais été appliqués, ils suffit de voir la jurisprudence de la Cour de cassation. »

Journaliste ou policier, il faut choisir

Au-delà de cette querelle juridique, le précédent des Infiltrés suscite beaucoup d'inquiétudes dans la profession. La secrétaire générale du SNJ, premier syndicat de journalistes en France, Dominique Pradalié, est aussi journaliste à France 2 :

« Il est très grave qu'un journaliste fasse ça dans l'exercice de sa profession. Journaliste ou policier, les deux professions sont respectables, mais il faut choisir. A cause de cela, les journalistes vont tout le temps être suspectés. »

Avocat d'une autre grande agence de presse, Tony Comiti Productions, Me Malka raconte qu'après la diffusion d'un reportage sur la prostitution infantile il y a quelques semaines dans Envoyé Spécial, la police a voulu saisir les rushes :

« Comiti a refusé, en invoquant le secret des sources. Maintenant les policiers vont nous dire “mais chez Capa, ils les donnent ! ” »

Et si Capa n'avait pas signalé les pédophiles ?

Patrons de Ligne de Mire Productions, une agence plus petite, Nicolas Jaillard et Valérie Montmartin se posent la question dans un communiqué transmis à la profession :

« En quoi des pédophiles seraient plus “dénonçables” qu'un braqueur violent, sinon au nom d'une morale déplacée ou de circonstance, et justifieraient que des journalistes rompent le contrat de confiance qui les relie à la société ? »

Me William Bourdon, lui, reste persuadé d'une chose :

« Si Capa n'avait pas agi comme ça, et si la preuve avait été apportée que des personnes figurant dans ce reportage avaient commis des agressions contre des mineurs, je pense que Capa aurait été clouée au pilori. »

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  • Hulk
    • Posté à 01h49 le 06/04/2010

    Espérons qu'on va retirer sa carte de presse à ce type peu respectable.

    La conclusion est effarante :
    Me William Bourdon, lui, reste persuadé d'une chose :

    « Si Capa n'avait pas agi comme ça, et si la preuve avait été apportée que des personnes figurant dans ce reportage avaient commis des agressions contre des mineurs, je pense que Capa aurait été clouée au pilori. »

    Il est probable qu'ils auraient été cloués au pilori, tout comme s'ils avaient fait un reportage sur des braqueurs qui avaient ensuite tué un employé de banque, ou des tueurs d'ETA qui auraient ensuite tué un policier espagnol.
    Cela fait partie du métier, ils le savent dès lors qu'ils choisissent de traiter ce sujet de reportage.

    Cette histoire est absolument lamentable. J'en viens à souhaiter que la justice ordonne la relaxe des pédophiles mis en cause en raison du fait que leur dénonciation est frauduleuse.

    Il se prend probablement pour un héros ce type. La corporation déjà bien amochée des journalistes n'avait pas besoin de ça, quelle misère morale...

  • personne
    • Posté à 01h57 le 06/04/2010
    • Internaute

    Comme le dénonçait un de vos confrère, c'est la totale hypocrisie de ces journalistes :
    « obligation stricte d'informer les autorités administratives de l'imminence d'une agression contre un mineur »

    « imminence » d'autant plus importante qu'ils ont bien pris le temps de terminer leur reportage avant de prévenir la police, non ?

  • Duc du Granlac
    Duc du Granlac
    Républicain
    • Posté à 02h32 le 06/04/2010
    • Internaute
      Républicain

    Soutient total à Capa et aux journalistes de l'émission « les infiltrés ».

    Pour moi la question est vraiment différente que celle de la protection des sources.

    Dans cette enquête les pedos ne font pas d'itv de leur plein grès, ils se font piégés avec la caméra cachée.

    Pour moi il y a une IMMENSE différence entre un journaliste qui construit une relation de confiance avec quelqu'un et qui va ensuite donner ses sources.

    Et de l'autre un journaliste qui trouve une info sans ne rien demander à personne.

    Dans ce cas on est très clairement dans la deuxième situation.
    Si j'avais été à la place de Laurent Richard je les aurais dénoncés avec plaisir...
    Vous devriez vous réjouir d'avoir enfin quelques journalistes qui prennent des risques au lieu des lavettes habituelles.

  • Caniveau89
    • Posté à 06h35 le 06/04/2010
    • Internaute

    Les journalistes sont des citoyens comme les autres, il doivent respecter la loi quoi prévoit de prévenir les autorités en cas d'atteinte à des mineurs !

  • lambertine
    lambertine
    Nulle part... ou ailleurs
    • Posté à 08h41 le 06/04/2010
    • Internaute
      Nulle part... ou ailleurs

    Beau coup de pub.

  • frapadingue
    frapadingue
    assis sur ma chaise
    • Posté à 09h05 le 06/04/2010
    • Internaute
      assis sur ma chaise

    le travail de journaliste c'est de denoncer des scandales, alors pourquoi ne pas aller jusqu au bout en les dénonçant à la poolice
    BIEN JOUER CAPA

  • alexandre32
    alexandre32
    clochard céleste
    • Posté à 09h11 le 06/04/2010
    • Internaute
      clochard céleste

    Tiens, pourquoi ont ils flouté les visages des pédophiles ?
    C'est vrai quoi, aux yeux de capa ces salauds n'ont pas de droits, il aurait donc mieux valu nous montrer leurs tronches pour qu'on les reconnaisse et qu'on puisse nous aussi empêcher leurs crimes imminents !

  • Zoomental
    • Posté à 09h38 le 06/04/2010

    Le véritable problème est là :
    Les journalistes se lançant dans une telle « enquête » se substituent à la police.
    Ce faisant ils découvrent des « éléments d'enquête » tombant sous le coup de la loi et se retrouvent devant un dilemne :
    Ils font le travail de la police sans en avoir le pouvoir, et s'ils ont sérieusement « enquêté » ils sont tentés de se tourner vers la police pour ne pas se retrouver complices.
    Quand journaliste = police la confiance disparaît et le métier est en danger.

  • solstice
    solstice
    pigiste
    • Posté à 10h07 le 06/04/2010
    • Internaute
      pigiste

    Très difficile à juger :

    1/ le principe de la caméra cachée n'est pas honnête mais il permet une infiltration qui peut être salutaire aux victimes, cf les mauvais traitements dans les maisons de retraite qui ont du changer leurs pratiques, les familles sont désormais plus exigeantes. Lorsque les victimes potentielles sont privées de parole (enfants, vieillards) je trouve que tous les moyens sont bons.

    2/ Même si le milieu infiltré a été identifié et l'enquête acceptée, comment -humainement parlant- accepter de taire des horreurs aussi évidentes ? Perso, j'aurais craqué aussi car les victimes potentielles me hanteraient toute ma vie.

    3/ les mêmes qui hurlent au loup sur le silence de l'église catholique qui reçoit, en confession, les aveux de prêtres pédophiles s'offusquent de cette délation ? ? ? La délation EST une saloperie mais il y a des saloperies plus grandes encore...

    4/ la comparaison avec d'autres délits (braquages ou auto-radios) est d'un goût douteux. Non, un vol, même à main armée, n'est pas comparable : le voleur veut du fric facile, il n'est pas un prédateur. Les victimes éventuelles sont des dommages collatéraux, pas le butin convoité... C'est une différence de taille !

    Bref, j'aurais dénoncé aussi, mais je ne brandirais pas ma bonne conscience en étendard...

  • asselin
    • Posté à 13h03 le 06/04/2010
    • Internaute

    Je comprends que les premiers arguments en jeu soient des arguments de droits (et en l'occurrence d'engagements individuels liés à la pratique d'une profession). Mais le droit ne vaut qu'à concurrence du crédit qu'on lui porte : lorsque la règle est juste, on la brandit en étendards de ralliement ; lorsqu'elle est injuste, on la critique, on tends à montrer qu'elle n'est pas l'expression « du Droit » mais celle d'un intérêt, qu'elle est devenue un instrument, ou est victime de l'absurdité d'une incohérence formelle. Au besoin on la transgresse, et dans certain cas la transgression d'une règle ou d'une loi nous permet, paradoxalement, de rester dans notre « bon droit », voir dans le droit tout court (la résistance), ou même parfois simplement dans la dignité. C'est pourquoi on distingue ce qui est « légal » de ce qui est « légitime ». Le légal nous lit aux textes, c'est le maillage des hommes dans le champs de la vérité, le légitime, le maillage de la vérité dans le champs des hommes, nous lit aux autres. Et lorsque la cité est assiégée (que le texte montre ses limites et ses contradictions), seuls les arguments de légitimité peuvent nous aider à trouve une ou des réponses claires. C'est exactement le cas ici.

    C'est pourquoi dans le débat que les journalistes ont menés depuis quelques jours sur le sujet des « journalistes/auxiliaires de polices » de Capa, les analyses tendant à réfléchir votre propre rôle vis à vis de la société m'ont plus intéressés que l'interminable interprétation des livres saints. Je confesse que c'est lié au fait que je respecte les journalistes pour ce qu'ils font plus que pour l'affichage d'un statut.

    Avant d'en venir à mon idée, une choses me semble évidente. En démocratie, nul n'a besoin d'une carte, d'un engagement envers qui que ce soit, ou d'une quelconque déontologie pour « faire le journaliste », soit au plus basique, transmettre et/ou analyser des informations à destination de plusieurs récepteurs. Ce qui était déjà vrai en principe l'est devenu en fait avec internet (ce n'est pas le sujet). Autrement dit, en démocratie, n'importe quelle ordure, vendu, pourri, propagandiste, homme de mauvaise fois, pourrait être un journaliste et s'exprimer. Ceux qui s'acharnent à vouloir attacher le statut au meilleur de ses usages ont tords, parcequ'ils sacralisent une fonction -hors est journaliste d'abord celui qui est reconnu comme tel, qu'il en soit digne ou non ; par ailleurs qu'il soit reconnu ou non par ses « pairs ». Cela pour dire à quel point je préfèrerai que les débats sur le contenus du package lié à la carte de journaliste laisse un peu de champs au problème plus fondamentale de ce que l'on fait lorsqu'on est un citoyen qui à la lourde charge, la grave responsabilité d'informer.

    Voilà maintenant où je veux en venir : je ne suis pas journaliste, je n'imagine donc pas ce que peut être le cas de conscience qu'ont connus ces journalistes au moment de faire leur reportage sur la pédophilie. Si j'avais moi des informations sur un crime grave, je pourrais les apporter aux autorités sans autre cas de conscience que celui d'être vraiment certain que des faits graves eussent été commis ou en préparation sérieuse. Car comme je l'ai dit je suis un simple citoyen qui n'a de compte à rendre qu'à lui même, et qu'il souvent est légitime de tenter d'entraver les projets d'un réseau criminel (ceci n'est pas un plaidoyer mais un cas de figure). Hors en tant que simple citoyen, il serait aussi légitime que je partage une information que je détiens, sous réserve que sa connaissance éclaire un aspect particuliers de la vie de notre société, et que la méthode que j'emploie pour analyser et/ou mettre en forme l'information que je souhaite transmettre préserve la vérité, l'intégrité des faits, etc... L'existence des réseaux criminels est sans doute le genre de sujet qui méritent d'être traité en dehors de toute finalité judiciare (je pense particulièrement à Christian Poveda et la Vida Loca). Et dans tous les cas, j'ai le Droit d'en parler.

    En prenant l'exemple de n'importe quel citoyen, je laisse volontairement de côté ce qui est dans le champs de la responsabilité professionnelle, les engagements vis à vis de sa profession et de ses confrères (qui est sans doute plus importante encore que l'honneur individuel) du journaliste. Ceux des Inflitrés, en tant que citoyens et comme n'importe quels citoyens, avaient une double légitimité à informer la société (ce qui se trouve être leur mêtier) et à collaborer avec la police pour mettre fin à des crimes horribles (ce qui se trouve être la situation dans laquelle ils prétendent s'être retrouvés). Mais évidemment... pas en même temps et pas au même titre !

    On pars facilement du principe que le reportage existe, et que l'affaire se passe autour. On parle de journalistes qui dénoncent, on aurait aussi bien put parler de délateurs qui informent ! Si la lueur d'une atteinte individuelle a réellement touché les intéressés, je veux dire s'il les a touchés au point suffisamment exceptionnel de devoir repenser leur engagement de droit et d'éthique, et c'est semble t'il leur ligne de défense (« Ça change tout de voir le document. », parait il, sous entendu les faits de nature à remettre en cause l'ordre du commun), pourquoi la nature même du reportage n'a pas changée ? Pourquoi y parle t'on d'un homme « Soulagé que je ne sois pas policier », alors que le journaliste et toute la chaîne de production et de diffusion sait pertinemment au moment où le document est diffusé que ce n'est pas vrai, que le journaliste « est un flic » ? Pourquoi est ce resté un reportage à propos d'un « réseau de pédophile », ou de « la pédophilie », et pourquoi n'est ce pas devenus, devant l'impérieuse stupeur devant des faits incontestablement bouleversant, un reportage sur « un homme qui enquête sur la pédophilie et se trouve confrontés à un cas de conscience tel qu'il doit contrevenir à ses engagement professionnels pour continuer à exister » ? Plus synthétiquement, pourquoi le journaliste, Capa, et France2 ne s'engagent ils pas DANS leur acte journalistique, agissant en conséquence, alors qu'ils s'engagent naturellement et sans sourciller dans l'exercice de la dénonciation ? Où est le fait exceptionnel dans l'onde plate d'un traitement banal, inflexible ? J'aurais même pu comprendre que, irrémédiablement blessé et atteint personnellement, en tant qu'individu, par la gravité des faits, le journaliste renonce à son reportage pour se consacrer, dans cette affaire, à aider les forces de l'ordre à mettre fin au phénomène -s'engager, c'est sacrifier à une cause supérieure.

    Ce qui me dérange le plus, c'est donc que l'émission sorte quand même, et surtout telle quelle. Telle qu'elle l'aurait été sans bouleversement, sans collaboration policière, comme si de « rien » n'était et que ce « rien » bruyant était tout à fait normal et exogène. En ne choisissant pas d'être soit le journaliste soit le redresseur de tord, ces gens transgressent une légitimité d'une autre nature, et entrent dans un conflit d'intérêt qui s'affiche brut et sans préavis : sous couvert d'informer (et éventuellement de critiquer), ce qui est évidemment noble, et sous couvert en même temps d'attenter aux vues de criminels abjectent, ce qui est également noble, une chaîne de télévision s'assure par un canal puissant (le débat public) une audience nombreuse et très stimulée, galvanisée. Plus tard, cette exposition d'abjecte et de compassionnel qui « n'altère pas le produit » contribuera à associer, dans le cerveau disponible des consommateurs de télé, la marque France2 à la valeur « d'échelle humaine ». On est des journaliste, mais (regardez ! ) on est comme vous, on ne peut rester impassible devant la gravité des faits... Dans cette affaire, la dignité solennelle et indiscutable liée aux sujets graves, comme la pédophilie n'est rien d'autre qu'un vulgaire levier. RIEN DE PLUS.

    Cela montre que le lien de légitimité dont je parlais au début entre le journaliste, son producteur et la chaîne d'une part, et le citoyens-recepteur d'autre part est ici profondément corrompu. Responsabilité particulièrement portée par France2, car en essayant de provoquer l'indignation, puis les larmes de compassion pour des enfants victimes, tout cela sans montrer le moindre signe d'ébranlement dans leur stratégie de diffusion, ils montrent clairement l'usurpation. Ce n'est pas du journalisme, le contenu est l'instrument d'une autre ambition que celle d'être révélé, le sujet n'est qu'un levier à autre chose. Soit à penser que la pédophilie est un sujet suffisamment grave pour remettre en question l'éthique, mais pas assez grave pour toucher au flux de production ? .. Tout puissant que soit décrit le trauma de l'investigateur, endurci, devant les faits, il ne l'est pas assez pour bouleverser le format d'une émission, ni son positionnement vis à vis de son sujet, et encore moins son humilité. C'est la même émission, le même ton, la même chose, avec juste une dénonciation à la police en prime... et une arrestation retentissante dont aucun média, même pas à la concurrence, ne peut faire l'économie de la diffusion.

    Mais en parlant de concurrence, n'y a t'il pas une affaire récente qui rappel étrangement, sinon le sujet, en tout cas la méthode ? .. Tout cela me fait penser à de basses oeuvres cachées derrière une tonne de bons sentiments. C'est sale.