18/03/2010 à 00h02

Les « grossières erreurs » du téléfilm de France 3 sur Henri IV

Marylène Vincent | Historienne



Le livre de Marylène Vincent, Henri IV et les femmes (DR)

On ne va pas y aller par quatre chemins pour dire nos quatre vérités -selon l’expression apparue au XVIe siècle- à propos du téléfilm consacré à Henri IV par France 3. Malgré un budget de 18 millions d’euros attribué à cette coproduction européenne, des acteurs de 22 nationalités et plus de 800 figurants, ce « feuilleton historique » alterne entre idées reçues, visions manichéennes ou erreurs grossières.

Les apports récents de l’historiographie n’ont malheureusement pas été pris en compte. Ayant longuement travaillé sur les femmes dans la vie d’Henri IV, je m’attacherai, en tant qu’historienne, à rétablir des vérités essentielles sur ces différents personnages.

1

Non, il ne s’entendait pas bien avec sa sœur

Tout d’abord, avec sa sœur Catherine de Bourbon, le Béarnais s’est très mal comporté. Pourtant, il n’en est pas fait mention dans le téléfilm : leur relation semble être un long fleuve tranquille.

Pourquoi ? Cette fiction historique est tirée du roman d’Heinrich Mann, « Henri IV ». L’auteur a écrit le livre avant la Seconde Guerre mondiale, à un moment où on ne connaît encore que très peu de choses sur leurs rapports déplorables dans les années 1590.

Malgré la promesse d’Henri IV faite à sa mère de veiller sur sa petite sœur (13 ans et non pas adulte en 1572 comme le montre le téléfilm), d’être un protecteur, son comportement détestable ne sera véritablement dévoilé qu’au siècle dernier afin de ne pas écorner la légende du bon roi de France.

Par intérêt, il choisit de la marier fort tard, lui promet un « mari » dont elle tombe follement amoureuse, puis la marie à un autre qu’elle n’aime pas et ne se gêne pas pour mettre aux arrêts celui dont Catherine est follement éprise.

Un an plus tard, Henri IV se convertit à la religion catholique et exige que sa sœur en fasse de même. Protestante convaincue, elle s’y refuse obstinément. S’ensuivent des querelles épiques avec échange de courriers où ils se traitent mutuellement de « garce » et de « maquereau ». Il l’oblige à épouser le duc de Bar, catholique pur et dur. Sa santé n’y résistera pas.

2

Non, Margot n’était pas la catin décrite dans le film

Contrairement à ce qui est dit dans la fiction, Margot et Henri IV ne se rencontrent pas quelques jours avant leur mariage mais bien avant. Cousins par leurs grands-parents respectifs (François Ier et Marguerite d’Angoulême), ils se connaissent dès leur plus jeune âge.

A 4 ans, le prince de Navarre quitte son Béarn natal pour rejoindre Paris, invité par Henri II et Catherine de Médicis. C’est à ce moment-là qu’il est promis à la belle Margot à la joie de ses parents pour qui cette alliance avec la sœur du roi de France représente tant.

S’il est vrai que Margot, amoureuse du duc de Guise, n’a aucune envie d’épouser le Béarnais, elle n’est pas la catin décrite dans le téléfilm. A cette époque, les gouvernantes surveillent étroitement les déplacements de leur protégée et veillent sur leur virginité. Aussi, la consommation charnelle du mariage avant la cérémonie ou la relation physique avec le duc de Guise permettent de rajouter des scènes de sexe, elles ne sont aucunement la réalité historique.

Les premières années du mariage, le jeune couple développe une relation fraternelle avec une bonne entente. Même si le téléfilm montre le contraire, elle préfère rejoindre son mari en Navarre après son évasion du Louvre que de rester dans une famille qui ne l’aime pas.

3

Non, il n’a pas rencontré son grand amour par hasard

Henri ne rencontre pas Gabrielle d’Estrées par hasard, contrairement à ce qui est dit. Son ami et grand écuyer, le Sieur de Bellegarde, follement amoureux de la belle, lui fait une telle description de sa beauté qu’il veut la voir sur le champ.

Elle devient la passion de sa vie. Plutôt vénale que généreuse, elle ne lui donne pas sa fortune mais se fait offrir titres, argent, terres. L’épisode capital de la bague du sacre, où Henri la demande en mariage devant des courtisans horrifiés, n’est pas relaté. C’est pourtant la première fois qu’un roi va épouser une favorite dans l’Histoire de France.

4

Et deux absentes de taille...

La première, Diane d’Andoins, appelée Corisande, joue un rôle capital dans la vie amoureuse du roi de Navarre. Elle est sa maîtresse, son premier amour et sa conseillère politique. Elle va l’aider à gravir la plus haute marche du pouvoir et le soutient obstinément, lui donnant son énergie, son fils pour l’épauler dans les combats acharnés. C’est bien elle qui lui offre sa fortune et non pas Gabrielle.

La deuxième absente est Henriette d’Entragues, maîtresse d’un roi de France apaisé par la fin des guerres de religion. Entre elle et son épouse Marie de Médicis, Henri IV passe plus de temps à démêler les problèmes conjugaux qu’à gérer les affaires du royaume aux dires de certains de ses contemporains. Aidée de princes de sang, de l’Espagne et d’une partie de sa famille, elle tente de l’assassiner. Faible en amour, le roi annule la décision de justice et pardonne. Un acte qui, peut-être, le conduit à la mort le 14 mai 1610...

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  • ApollonduRéverbère
    • Posté à 08h07 le 18/03/2010
    • Internaute 15757

    J’ai vu la première partie avec une certaine souffrance, c’était très mauvais. Ce Henri IV n’est pas crédible une minute, même physiquement. La réalité n’a pas été totalement travestie, mais j’ai trouvé le téléfilm ennuyeux et concernant Margot assez vulgaire, reprenant des on-dits invérifiables.

    Concernant Estrées et Entragues, elles sont toutes deux ses cousines et de sa parenté, elles ne lui sont pas présentées par hasard ni par les uns ni par les autres. Elles sont à la cour et Henri IV ne peut pas ne pas les connaître.

  • femmedesbois
    femmedesbois
    dans sa forêt
    • Posté à 09h49 le 18/03/2010
    • Internaute 93115
      dans sa forêt

    J’ai vu un petit bout du téléfilm sur Henri IV, je n’ai pas des connaissances approfondies sur ce souverain mais moi, j’ai été vite lassée par la mise en scène grotesque de film (musique envahissante, etc...). les scènes de sexe auxquelles vous faites allusion ne sont pas crédibles historiquement parlant dites vous mais j’ai bien peur que les scènaristes n’en avaient cure, ils pensaient plutôt qu’il fallait émoustiller le spectateur moyen ! ! !

    Il y a quelques temps, j’avais vu un autre téléfilm centré sur l’assassinat d’Henri IV et le parcours qui avait mené le roi à ce funeste destin. Je ne sais pas si ce film était crédible pour un historien mais il était beaucoup plus sobre, l’acteur assez crédible en Henri IV, au final agréable à regarder.

    le riverain « Ethelbert » fait allusion à la BBC, ayant séjourné en GB et ayant regardé la télé là-bas, je ne peux que souscrire à ce qu’il dit : j’avais vu un téléfilm sur Elisabeth Ière, j’ignore exactement si c’était fidèle à la réalité historique mais c’était fort agréable à regarder et l’actrice qui jouait la reine était excellente.

    En France, sur nos chaînes publiques, on ne fait plus appel à l’intelligence du spectateur.

  • Central Scrutennizer
    Central Scrutennizer répond à Ethelbert
    Scrutennizant
    • Posté à 09h55 le 18/03/2010
    • Internaute 77982
      Scrutennizant

    Hélas... il existe une certaine sclérose des milieux de la réalisation téléfilmique en France (dont l’affligeant « Charlemagne » de Mme Joelle Goron est un très bon exemple).

    Lorsque j’entends des réa me vanter les « Rois Maudits » comme « LA grande fiction historique française » j’ai tendance à avoir l’estomac qui se révulse... mais trop vite, bien trop vite, ces espoirs de la réalisation se fondent dans le moule du ronron consensuel à la française.

    Heureusement il y a des météores, des gens qui ne se satisfont pas du bâclage « à la française » (lui aussi). Et soignent à la fois dialogues, lumières, sons et cadrages avec un art consommé.
    Et lorsqu’en plus ils sont soucieux de réalité historique...

    Mais cet Henri IV est bien plus un exercice de mythologie pseudo-historique propre à endormir les consciences qu’une oeuvre simplement « correcte ».

    Moyen, moyen, moyen... on pourrait passer sur le manque de véracité et le considérer comme une fiction, avec les accrocs à la réalité que cela présuppose, mais tout en est désespérément moyen...

    « Moyen » en latin, se dit « Mediocres ».
    Et c’est bien symptomatique de la majorité de la production télévisuelle française.

  • les_canards
    les_canards répond à brothe
    • Posté à 09h59 le 18/03/2010
    • Internaute 20527

    Robert Merle a respecté tout ce qu’on peut savoir de façon sûre (entre autres, pour les relations de la famille, le fait qu’Henri III avait des rapports exécrables avec son frère François d’Alençon), mais il a comblé les détails avec son imagination.

    Beaucoup d’historiens aujourd’hui pensent qu’Henri III était bisexuel : il était très attiré par les hommes, assez féminin, mais il est impossible de savoir s’il est passé à l’acte (il était aussi très religieux), et il a aussi aimé des femmes (Marie de Clèves, puis son épouse la reine Louise qu’il a épousée par amour) dont il a longtemps cru être capable d’avoir des enfants (ce qui montre bien qu’il avait consommé son mariage).

    Sources : diverses (et concordantes !), mais je vous recommande chaudement le deuxième tome de la série (historique, pas romancée, mais qui se lit extrêmement agréablement) des « Reines de France » de Simone Bertière.

  • ivanovitch2a
    ivanovitch2a répond à brothe
    enseignant et musicien
    • Posté à 09h59 le 18/03/2010
    • Expert 108828
      enseignant et musicien

    La prétendue homosexualité dHenri III est en fait le résultat d’un dénigrement savamment orchestré par l’opposition de l’époque, en l’occurence les Protestants et quelques autres adversaires. Les fameux « mignons » étaient en fait la garde rapprochée du roi qui veillait à sa sécurité.

    Henri III était un homme raffiné, aimant la mode, les lettres, humaniste (il était entre autre le mécène de Montaigne)et ayant un fort dégoût pour la chasse. Dans un monde où la conception de la masculinité était terriblement machiste, les goûts et dégoûts du roi pouvaient le faire passer pour efféminé ce que ne manquèrent pas de mettre en avant ses détracteurs.

    Pourtant on connait à Henri III plusieurs histoires d’amour avec entre autre Louise de La Béraudière, Mme d’Estrées (mère de Gabrielle d’Estrées), Renée de Rieux, Veronica Franco (une courtisane vénitienne) et enfin son épouse Louise de Lorraine qu’il avait choisit, dit-on, pour son esprit et sa beauté et non pas des raisons diplomatiques. Même durant son mariage, ses liaisons, discrètes par égard à son épouse qu’il semblait vraiment aimer, furent nombreuses.