Quand Arte se livre à une « effroyable imposture » sur la crise des medias
Il y a des jours où on a envie de casser son téléviseur, mais d’habitude, ce n’est pas en regardant Arte. Mardi soir, la Thema d’Arte sur les journalistes a eu ce mérite de mettre en colère non seulement les huit journalistes qui donnaient le titre de l’émission, mais aussi un certain nombre d’autres qui étaient devant l’écran.
L’objet du délit, c’est la deuxième partie de soirée, « huit journalistes en colère », qui a suscité de très nombreuses critiques sur le web, auxquelles j’apporte ma modeste pierre.
En cause, le format : une « carte blanche » donnée à huit vieux briscards de la presse. Carte blanche, c’est-à-dire sans possibilité de les lancer, de les questionner, de mettre en cause leurs affirmations. Résultat : des propos lénifiants, complaisants, déconnectés de la réalité, que l’intervieweur passif laisse passer sans sourciller.
Des exemples (je vais me faire quelques ennemis) ?
David Pujadas, le présentateur du 20h de France2, pas le pire des journalistes évidemment, mais qui met en cause dans sa « carte blanche », le « conformisme », le « mimétisme » des journalistes, le « bruit de fond médiatique ».
Le propos serait pertinent de la part d’un universitaire qui analyserait les médias de l’extérieur, mais pas d’un homme qui a les mains sur le deuxième journal télévisé de France. Que France2 rompe avec le « mimétisme » si tel est le problème ? Qu’est-ce qui l’en empêche ?
En filigrane le procès d’Internet
Deuxième exemple ? Jean-Pierre Elkabbach, longtemps patron d’Europe1, toujours chargé de sa grande interview du matin, et membre du comité stratégique du groupe Lagardère Médias. Il dénonce la « peopelisation » dans les médias.
« J’en ai assez », dit l’homme qui siège tous les jours face à Marc-Olivier Fogiel et qui fait partie du groupe publiant Paris Match. Au fait qui était à la « une » de l’hebdomadaire la semaine dernière ? Carla Bruni-Sarkozy...
Et en filigrane dans la plupart des interventions (sauf celles, qui relevaient le niveau, d’Edwy Plenel de Mediapart et d’Eric Fottorino du Monde), le procès d’Internet qui casse tout.
Quelle drôle d’idée ont donc eu les producteurs de Doc en Stock de Daniel Leconte ? Interroger ces journalistes qui ont tout fait, tout vu dans les médias, comme s’ils étaient de blanches colombes sans la moindre responsabilité dans ce qu’on appelle par facilité de langage la « crise de la presse » ! Tout au long de la soirée, on avait envie de leur dire : mais faites ce que vous professez face à la caméra !
Au mieux il s’agit d’une paresse intellectuelle qui cède au « star system », ou, pour reprendre le titre de l’émission de début de soirée, une « effroyable imposture » ? De toutes les manières, une occasion ratée de faire réfléchir et d’informer sur la crise, non pas de la presse, mais du journalisme et des journalistes.
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non connue
non connue
Ça a le mérite d’illustrer, sous une forme particulièrement caricaturale, le microcosme des média qui a accès aux média.
Au fond, rien de nouveau, quelques « gagnants » qui s’accrochent à leur notoriété, puis s’invitent entre eux dès que l’un d’eux sort un bouquin ou une quelconque production. C’est une rente, qui s’appuie sur une solidarité très...intéressée, et bien sûr de nombreux verrous pour les nouveaux arrivants.
Yves Calvi, que j’estime, avait sorti un jour en direct :
« Un journaliste, c’est quelqu’un qui parle avec expertise, le soir, d’un sujet dont il ignorait jusqu’à l’existence le matin ».
C’était sur le ton de l’humour, mais chaque journaliste devrait y réfléchir.
Ça conduirait plus souvent les professionnels à confier la parole à des vrais témoins, des vrais spécialistes, des vraies personnes concernées, comme vous le faites un peu ici.
Et comme Daniel Leconte n’a pas fait concernant le net, apparemment (je n’ai pas vu l’émission).




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