02/02/2010 à 18h11

« Télé Banania », La Ferme des célébrités en Afrique du Sud

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

Ah l'Afrique ! Ce grand et beau continent qui ne connaît ni l'histoire, ni l'électricité. Ah l'Afrique ! Ses tigres, ses lions, ses éléphants et ses zoulous. Ah l'Afrique ! Ses dangers, ses femmes sauvages et le rythme endiablé de ses tam-tam. La destination rêvée pour que les stars de l'Hexagone (Jeanne Manson, Adeline Blondieau) et de Hollywood (Brigitte Nielsen, David Charvet) retrouvent un peu d'authenticité.

TF1 a ainsi délocalisé son émission La Ferme des célébrités en Afrique du Sud, dans une grande bâtisse construite spécialement pour l'émission dans la réserve Zulu Nyala, entre Johannesburg et Durban.

Une rencontre avec un zoulou ou une girafe et les stars de la Ferme reviendront en ayant « compris » quelque chose que leur célébrité les empêchait de voir jusque-là. Selon toute vraisemblance, il s'agira de la simplicité et de la générosité de ce peuple sans électricité.

Angela Lorente, directrice de la télé-réalité et du développement de la chaîne, l'a dit elle-même à l'Agence France Presse :

« C'est du divertissement avant tout, mais qui permet aussi d'en apprendre sur le genre humain ».

Arrêt sur Image a passé la soirée de vendredi devant la télé et en a tiré une petite compilation des poncifs sur l'Afrique. On retrouve : le chef de tribu qui veut offrir sa fille contre des vaches à Benjamin Castaldi, le continent sans électricité, les bêtes sauvages... (Voir la vidéo)


Ce programme concocté par TF1 a beaucoup agacé chez Jeune Afrique. Dans son édito « Pour TF1, l'Afrique ça pique », Marwane 
Ben Yahmed se demande combien de temps encore les médias français joueront à Tintin au Congo :

« Les deux animateurs vedettes de l'émission, que nous ne citerons pas, par charité, enchaînent les perles consternantes sans que personne n'y trouve à redire  : “Entre les animaux qui piquent et la température qui dépasse 50°C, les candidats ne vont pas être ménagés”  ; “Notre rôle est de voir comment ils vont survivre en Afrique”  ; “Qu'y a-t-il de mal à partir en Afrique pour voir des animaux et rigoler un peu”  ; ou encore  : “les papillons ont la taille d'un deltaplane”. »

[...] Fort heureusement, les concepteurs de l'émission n'ont pas songé à introduire quelques êtres humains, même pour séduire la fameuse ménagère de moins de 50 ans. Sinon, nous aurions eu droit à des autochtones cannibales vêtus de peaux d'antilopes. [...] Le racisme ordinaire, qui se nourrit essentiellement de l'ignorance, avait-il besoin d'une telle publicité  ? »

Le retour de la « télé Banania »

La Ferme des célébrités n'est pas le seul programme à déplacer des vedettes des années 90 dans la vie sauvage. Une émission comme « Rendez-vous en terre inconnue » (France 2) trimbale Zazie, Muriel Robin et d'autres dans des zones dites sauvages et filme leur rencontre avec cet autre pas pareil.

Dans une enquête passionnante publiée dans le numéro de février de Technikart (disponible en kiosques), le journaliste Vincent Cocquebert décrypte ce grand retour de la « télé Banania ». Dans une description au vitriol de ces émissions people, il pointe les pulsions « brangelinesques » [contraction de « Brad » Pitt et « Angelina » Jolie] des stars qui ont participé à Rendez-vous en terre inconnue :

« Ainsi Gilbert Montagné qui, lors de la projection presse de son Rendez-vous en terre inconnue au Zanzkar, esprimait, face à un parterre de journalistes anesthésiés par cette purge émotionnelle, son souhait de faire venir en France un jeune garçon, Dorje, dont il s'était entiché.

Ou encore Muriel Robin, venue avec ses archives de Paris Match et de Psychologie Magazine, incapable de communiquer avec ses hôtes une fois la caméra éteinte mais qui, émue par une petite fille himba sans mère, était à deux doigts d'entamer une procédure d'adoption. »

Le grand spectacle n'est pas que français. Les télés occidentales sont nombreuses à se bousculer dans les contrées « sauvages ». Interrogée par Technikart sur le sujet, l'ethnologue Solenn Bardet confirme la course à l'exotisme de la téléréalité :

« Durant l'été, il n'est pas rare qu'il y ait au même moment sept ou huit équipes de tournages. »

Les animateurs de La Ferme des célébrités mettent surtout en avant l'« humanisme » de leur démarche car après tout, les gains remportés par les candidats seront reversés à l'association caritative de leur choix.

Que du bonheur, donc.


Dessin de Coco

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  • Mikcey
    • Posté à 18h28 le 02/02/2010
    • Internaute

    On parle d'has-been, dans le cas de la majorité de ces « stars » je parlerai plutôt de never-been...

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 20h42 le 02/02/2010
    • Internaute
      Dessinateur de presse
  • Mathieu_D
    Mathieu_D répond à patrick du 14-
    Consultant
    • Posté à 21h22 le 02/02/2010
    • Internaute
      Consultant

    A force de taxer de racisme tout ceux qui évoquent seulement l'Afrique, n'avez-vous pas peur que par prudence, plus personne ne parle de ce continent ?

  • Richard Glion
    • Posté à 10h33 le 03/02/2010

    TF1 (et le Spectacle en général) méprise les autochtones, où qu'ils vivent.

    On avait le droit à la même chose avec la première édition de cette émission vis à vis des ruraux français. Le cliché du bouseux se retrouve d'ailleurs dans d'autres émissions de la chaîne, comme le 13h de Pernaut. Un exemple : durant les dernières présidentielles, il s'étonnait du haut niveau des diplômes des candidats Bové et Nihous, incompatible avec sa vision stéréotypée du « pecnot » (Lien)

    Et les ressorts sont les mêmes : montrer une image idyllique des modes de vie traditionnels, en surfant sur le mythe du retour à la nature qui se ferait forcement avec un retour à l'austérité et à l'ignorance.

  • Gibert Because-Youno
    • Posté à 12h20 le 03/02/2010

    Oui, le plus triste, c'est que lorsqu'on relit Mythologies de Barthes, on voit que les mentalités n'ont pas bougé d'un pouce.

    L'article « Bichon chez les nègres » décrit déjà exactement la ferme en Afrique. A propos d'un article de Match, et des clichés qu'il véhicule, Barthes ironise : « Au fond, le nègre n'a pas de vie pleine et autonome : c'est un objet bizarre ; il est réduit à une fonction parasite, celle de distraire les hommes blancs par son baroque vaguement menaçant : l'Afrique, c'est un guignol un peu dangereux. »

    Et il termine en expliquant que ces représentations persistent, nonobstant le travail des ethnologues comme Mauss ou Levi Strauss : « les représentations collectives ne suivent pas, elles restent des siècles en arrière, maintenues stagnantes dans l'erreur par le pouvoir, la grande presse, et les valeurs d'ordre ».

    Le texte date de 1954. Plus de cinquante ans après, on en est exactement au même point.