01/02/2010 à 17h06

« Global sushi » ou comment la mondialisation vide les océans

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

On savait que le thon rouge était menacé de disparition, on découvre avec « Global sushi, demain nos enfants mangeront des méduses » que notre fringale de poisson risque de vider les mers de trois quarts des espèces... d'ici 2050.

« La pêcherie industrielle mondiale s'est développée sur la culture du profit à court terme, c'est une allégorie de la crise financière », remarque Jean-Pierre Canet, réalisateur et co-auteur du documentaire. (Voir la bande-annonce)

En prenant comme point de départ le sushi, ce symbole de la « world food » qui, dans une même bouchée, procure sensation d'exotisme et de nourriture saine, les auteurs s'assurent un effet maximal sur la conscience du consommateur.

« Manger moins de poisson mais mieux »

Si le film n'invite pas à ne plus manger de poisson, grâce à un détour par les méthodes de pêche (que ce soit à la senne ou au chalutier) et les cuisines des rouleurs de « california rolls », il coupe sérieusement l'appétit.

« On n'est pas là pour faire la morale », jure néanmoins Jean-Pierre Canet, qui revendique une « démarche engagée mais pas militante ». Le réalisateur voudrait nous suggérer de « manger moins de poisson mais mieux, c'est d'ailleurs ce qu'est le sushi traditionnellement, un plat de fête. »

L'échec collectif de cette culture mondialisée n'est pas à mettre entièrement sur le dos des pêcheurs. Même s'il y a de quoi enrager à voir le patron des pêcheurs sétois, qui autrefois alertait les autorités sur les risques de la surpêche, se jouer aujourd'hui des contrôles en mettant ses bateaux -dont l'achat a été subventionné à coups de millions- sous pavillon libyen.

Pour Jean-Pierre Canet :

« C'est un peu facile de s'en prendre aux pêcheurs alors qu'ils vivent une révolution accélérée, font un métier très dur et que certains font de réels efforts pour rendre la pêche durable, par exemple le label MSC. »

« Un lobby électoral »

Et si l'enquête ne parvient pas à trouver un responsable, c'est justement parce que, du fait de la mondialisation, il n'y en a pas vraiment. Si la France et l'Europe interdisaient le commerce du thon rouge, cela n'empêcherait pas d'autres pays de le pêcher, d'en faire commerce, et l'espèce continuerait d'être menacée.

Ainsi, insiste l'auteur, depuis que l'Europe a introduit des quotas qui contraignent nos pêcheurs, nos voisins méditerranéens viennent se servir (Turcs au premier plan, Tunisiens et Algériens également) :

« Comme la crise financière, la surpêche pose le problème de la gouvernance mondiale. »

C'est pourquoi le film refuse délibérément de taper sur les responsables politiques nationaux. Mais Jean-Pierre Canet précise aussi, pour éclairer la timidité de la position française :

« Les pêcheurs sont aussi un lobby électoral, par exemple en Languedoc-Roussillon, que la droite peut de nouveau espérer gagner depuis que l'affaire Frêche divise la gauche. »

« Global sushi, demain nos enfants mangeront des méduses », un documentaire de 90 minutes de Jean-Pierre Canet, Damien Vercaemer et Jean-Marie Michel - Lundi 1er février, Canal plus, 20h45.

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  • TienTien
    TienTien
    très très sceptique...
    • Posté à 18h04 le 01/02/2010
    • Internaute
      très très sceptique...

     » On découvre que nos enfants mangeront des méduses... »

    Je tiens à vous rassurer, certaines espèces de méduses sont délicieuses et font même partie des plats (entrée froide) un peu chers en Chine et au Japon + Corée.

  • Naldo
    • Posté à 18h38 le 01/02/2010

    Le problème avec le poisson, c'est qu'il faudrait revoir entièrement notre mode de consommation.

    Les bateaux de pêche utilisent d'énormes filets qui ratissent tout ce qui nage dans la zone.

    Mais le modèle économique les pousse à se spécialiser...
    Résultat : un thonier ne va récupérer dans son pactole que les thons.
    Tous les autres poiscailles (plus les dauphins en prime) repartent...à la flotte.
    (je précise qu'à ce moment là ils sont plus morts que vifs).

    Finalement, on a un gaspillage monumental, et peut-être l'un des problèmes écologiques les plus graves auquel nous devons faire face (les poissons consommés par l'homme font souvent partie des « espèces pivots » dont la raréfaction perturbe considérablement l'écosystème).

    Les mers (en particulier la mer du Nord, de Norvège, la mer du Japon) sont en train de se transformer en déserts écologiques...et tout le monde s'en fout ! Car ça fait moins vendre que la fonte des glaciers.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h41 le 01/02/2010
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    « Global sushi, demain nos enfants mangeront des méduses »
    Ho, le joli titre pour faire peur aux gens bien étroit d'esprit...

    Manger de la méduse n'est pas une tare ! On peut facilement en manger, et pas à Tokyo, mais en France... enfin en France... dans le 13ème : D

    Bon, faut aimer les trucs qui ont plus ou moins un gout de poisson, qui croque sous la dent et au final on se rend compte que dans la salade le truc le plus crade c'est la papaye verte (ramassée à la foufourche : D)

    Ce qui est bien avec la surpêche, c'est que le problème peut se régler de lui même. Plus de poissons, plus de pêcheurs... donc retour des poissons car la nature n'est pas du genre à laisser une niche libre bien longtemps...

    Et puis moins il y a de poisson sauvage et plus la pisciculture devient rentable, et plus elle devient rentable et moins on pêche et plus il y aura de poissons sauvages.

    Par contre le jour où la truite disparait, je crains qu'il n'y ai une révolution dans certaines contrées de France : D

  • brazz
    • Posté à 19h40 le 01/02/2010
    • Internaute

    Je ne voudrais pas écrire de connerie, mais il me semble bien qu'il y a thon rouge et thon rouge, celui de la Méditerranée qui est menacé, et celui de l'Océan Indien qui ne l'est pas, il faudrait être plus précis.
    Maintenant, sur un plan plus général, c'est vrai que le poisson est menacé, comme tous les animaux, c'est vrai que les légumes, c'est vrai que les céréales, c'est vrai que... le problème qu'on ne veut pas prendre en compte car c'est politiquement incorrect, c'est qu'avec 9 milliards on va commencer à avoir de sérieux problèmes, surtout si tout le monde veut vivre sur les standards occidentaux (et on se demande pourquoi les autres n'y auraient pas droit).
    Donc, en attendant le grand bazar, on pourra toujours faire des documentaires alarmistes, sur le poisson, la viande, les céréales etc puisque tout fera mouche à tout coup. Par contre au niveau des solutions réalistes, il n'y a pas grand chose...
    En dehors de la régulation par la guerre ou les maladies, bien entendu. Quelle époque formidable !