Quand Drucker, « l'ami de la famille », bichonne les politiques

Le Michel Drucker du musée Grévin (Kévin Froissard/Flickr).

A la fin de son émission « Vivement dimanche prochain », Michel Drucker a offert à Jacques Chirac un cadeau. Au nom de « votre serviteur » (comprendre : Drucker lui-même), mais aussi de « votre famille », il a mis dans les bras de l'ex-Président un bichon frisé, en lui suggérant de l'appeler « Edouard » (une référence à Balladur, sans doute).

Chirac fêtait ce dimanche son 77e anniversaire. Drucker n'était pas obligé de lui offrir un nouveau chien, tant l'ensemble de cette émission d'une heure constituait déjà une succession de bienveillants présents. Le virtuose de l'interview consensuelle n'a jamais prétendu faire oeuvre d'information, mais sa proximité affective avec les gens qu'il interroge donne une vision tellement biaisée de la réalité qu'on en reste pantois.

« Rien n'a été épargné » à ce pauvre Chirac

Jacques Chirac, en promotion pour ses mémoires, n'a eu à s'étendre que pendant une minute sur son renvoi devant la justice dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Pour Michel Drucker, qui venait de plaindre Chirac auprès de son épouse, en disant que « rien ne lui a été épargné », les électeurs « ingrats » et la presse font partie des « problèmes » :

« Comment faites-vous pour résister à tous les problèmes qu'on traverse en cinquante ans de vie politique ? La presse, l'ingratitude des électeurs, les risques physiques, les problèmes judiciaires que vous avez encore ? »

Le reste, « c'est extraordinaire », comme le répète souvent le présentateur. Le sens de l'amitié de Chirac raconté par son ami Pinault, qui parle avec lui « des choses de la vie, de [leurs] chiens […] ». « C'est un homme beaucoup plus cultivé qu'il ne veut le montrer ? », lui demande Drucker, dans un rare élan contestataire.

« Et là, vous écrivez cette chose extraordinaire »

L'émission, qui narrait par le menu la vie et l'œuvre du grand homme, mais aussi les épreuves humaines que sa famille a traversées, a su ménager un certain suspense : « Et là, vous écrivez cette chose extraordinaire », annonce Drucker, les mémoires de Chirac sur les genoux, avant de conter comment l'enfant Jacques adorait que sa mère lui dépiaute l'emballage de sa sucette, quand il rentrait de l'école.

Questionné sur son manque d'aisance à la télévision, Jacques Chirac a cette réponse pour le moins paradoxale dans une telle émission de déballage intime :

« Cette idée de me déshabiller devant la caméra ne m'a jamais particulièrement séduit. »

Les servitudes de la promotion d'un livre au succès « phénoménal » (selon Drucker), sans doute…

Chirac : « Michel est vraiment un membre de la famille ! »

Comme il se doit, la présence de la famille Chirac presque au grand complet dans l'émission de France 2 avait été précédée d'une campagne de promotion dans la presse spécialisée. C'est TV Magazine (premier hebdo télé de France, groupe Le Figaro) qui a obtenu l'exclusivité de la photo de famille et a placé en couverture l'ex-Président avec son petit-fils Martin.

Une émission « exceptionnelle », annonce le magazine, qui raconte les coulisses du tournage :

« Dans la loge maquillage, Michel Drucker interpelle aussi Martin comme s'il s'adressait à un proche. “Michel est vraiment un membre de la famille ! ”, s'exclame Jacques Chirac en posant une main sur l'épaule de l'animateur. »

Michel Drucker semble se passionner pour l'intimité de nos politiques. Une passion comparable à celle d'une groupie qui suit plusieurs stars avec la même vénération.

En 2008, Carla Bruni avait « déjà pesé sur l'Histoire »

Un seul exemple : quand Drucker a reçu Carla Bruni-Sarkozy, en septembre 2008, le même TV Magazine assurait déjà le plan com. Dans l'interview de l'animateur, Bakchich relevait quelques phrases à graver dans le marbre :

« Carla a déjà pesé sur l'Histoire. […] En un an, elle est devenue l'une des femmes les plus célèbres du monde. Dans l'Histoire contemporaine, il n'y a pas d'exemple d'un tel destin. »

Dans l'émission, il interrogeait Carla Bruni-Sarkozy sur sa vie avec son Président de mari, qui pédale parfois avec Drucker. Ce qui donnait des phrases « historiques », comme celles-ci :

« On dîne ensemble tous les soirs. Et, c'est vrai que bon, on ne sort pas, on ne fait pas grand chose, mais… mais… mais c'est merveilleux, vous savez, parce qu'on n'a pas envie de sortir. » (Voir la vidéo).


En recevant Chirac dimanche soir, Drucker, qui fait souvent référence dans ses questions aux autres « grands » qu'il a eu le privilège d'interviewer (Clinton, Mitterrand…), s'est donné mine de rien des airs de Marilyn Monroe, au moment d'offrir son présent. Dernier compliment de l'émission :

« Bon anniversaire, monsieur le Président. »

Photo : le Michel Drucker du musée Grévin (Kévin Froissard/Flickr).

4 commentaires sélectionnés

Portrait de fidesien

De fidesien

ouvrier | 22H24 | 29/11/2009 | Permalien

La seule solution c'est en finir avec la TV,déjà un an sans,bonheur et redevance en moins

Portrait de lorem-ipsum

De lorem-ipsum

empereur de transpatagonie | 22H52 | 29/11/2009 | Permalien

Lui offrir un bichon, ça vaut toujours mieux que de lui apporter des oranges.

Portrait de padiran

De padiran

Chroniqueur mondain | 23H23 | 29/11/2009 | Permalien

A lire l'article et les commentaires, je m'aperçois avec tristesse de la jalousie rampante qui anime la Rue.
M; Drucker à toujours été le gendre idéal de vos grands mères, il gère son publique et ses invités comme un notaire. Jamais un mot ou une remarque déplacé, jamais une saute d'humeur ni une faute de gôut, d'ailleurs ses émissions sont enregistrées ce qui évite tous problèmes
Depuis maintenant 11 ans il anime "vivement dimanche" rendez vous incontournable des "anciens", pour qui il fait revivre l'espace d'un instant les joies et le bonheur de leur jeunesse.
Autant de longévité pour une émission de télévision publique, c'est un signe pour les autres, cela veut dire qu'il ne fait de l'ombre à personne et qu'en plus il est bien de sa personne comme dirait ma grand mère

Portrait de Tita

De Tita

oiseau | 23H32 | 29/11/2009 | Permalien

Allez savoir pourquoi, le sieur Druker me fait penser à ce Lauzun, ce cadet de Gascogne, qui, plus par flagornerie que par compétences, est parvenu à devenir le favori de Louis XIV puis l'amant probable de la grande demoiselle. Rappelons que la grande demoiselle se voulait destinée au plus grandes couronnes et refusa celle d'Angleterre et de Portugal qu'elle ne jugea pas assez belles pour elle. Pourtant, elle s'attacha à ce diseur de bons mots au point de vouloir se marier avec.

Cependant, même là, Lauzun avait plus de finesse que l'animateur "de la famille" car les grands, les vrais grands, se lassent vite des grotesques flagorneurs qui usent les mots comme d'autres du savon : Après tout, à trop frotter, ça glisse.

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code