Vie et mort de Neda, icône de la répression en Iran
Un minutieux travail documentaire sur la vie et la mort de Neda Agha-Soltan, la victime emblématique de la révolte des Iraniens contre la fraude électorale en juin dernier, permet de mieux comprendre ce qui se joue dans ce pays.
Réalisé par les chaînes publiques américaine et britannique PBS et BBC, ce documentaire remet les événements de juin dans leur contexte grâce à de nouvelles images, et de nombreux témoignages qui révèlent la personnalité et les idées de Neda, et les conséquences désastreuses de ces événements sur tous ceux qui étaient liés à elle.
Neda, souvenez-vous, c'est cette jeune Iranienne dont la mort en direct, frappée d'une balle à la tête, avait été filmée par au moins deux téléphones portables, et avait fait le tour du monde sur YouTube, Facebook et avait été relayée par la quasi-totalité des médias de la planète. Revoici la séquence vidéo de 90 secondes, telle que nous l'avions mise en ligne dès réception sur Rue89 le 20 juin dernier. (Voir la vidéo)
Les réalisateurs du documentaire, Arash Sahami et Angus Macqueen, révèlent que Neda n'était pas, comme on l'avait cru à l'époque, une simple passante atteinte par hasard par une balle : elle était une manifestante engagée contre la fraude électorale.
Les témoignages recueillis par les auteurs révèlent que Neda avait été empêchée de voter par les officiels du régime lorsqu'elle s'était présentée à deux bureaux de vote de son quartier, et qu'elle était révoltée. Selon sa soeur, elle a participé à toutes les manifestations de protestation qui ont suivi le vote, jusqu'à sa mort le 20 juin. Elle a apporté un détail terrible :
« Un jour, à une manifestation, une femme en tchador noir s'est approchée d'elle et lui a dit : “Ma fille, tu devrais t'habiller de manière plus conservatrice pour aller à ces manifestations, car ces animaux [les forces de l'ordre, ndlr] ont des problèmes psychologiques et s'en prennent aux plus jolies filles. Et tu es vraiment jolie.” »
Voici un extrait, en anglais, de ce documentaire. (Voir la vidéo)
Le documentaire apporte bien d'autres témoignages, dont celui, poignant, d'une ex-journaliste iranienne de la télévision publique en langue anglaise, blessée à la jambe au cours d'une manifestation, et qui raconte la répression jusque dans les couloirs de l'hôpital où elle avait été transférée.
Les réalisateurs soulignent également que tous ceux qui ont été liés à Neda et à sa mort ont pâti de ce statut d'icône de la répression qu'elle a acquis en raison de cette vidéo. Ils ont en particulier recueilli le témoignage du fiancé de Neda, Caspian Makan, qui a été emprisonné deux mois à la sinistre prison d'Evin, avant d'être libéré sous caution, ce qui lui a permis de s'enfuir à l'étranger. Il est aujourd'hui caché « dans une ville du Moyen-Orient ».
Arash Sahami et Angus Macqueen ont écrit, dans The Observer :
« Dans les jours et les semaines qui ont suivi [la mort de Neda, ndlr], Caspian n'a pas seulement perdu la femme qu'il s'apprêtait à épouser, mais aussi son pays, sa famille, ses amis, sa carrière. Tous ceux qui ont eu quelque chose à voir avec la mort de Neda sont devenus suspects aux yeux des autorités iraniennes.
Les membres de sa famille ont été harcelés, menacés, et parfois détenus. Le médecin que l'on voit sur les images en train d'essayer de la sauver a dû s'exiler en Grande Bretagne. Le professeur de musique qui était à ses côtés quand elle est morte a été contraint de se montrer à la télévision d'Etat iranienne et d'affirmer qu'elle avait en fait été tuée par les membres d'une milice religieuse »…
Sur le site de l'émission Frontline de PBS, la vidéo intégrale est hélas bloquée pour les internautes situés en Europe. Mais un site engagé d'informations sur l'Iran, Irannewsdigest.com, le diffuse dans son intégralité. Peut-être pas très légal, en attendant de le voir un jour sur une chaîne française ? C'est assurément un document à voir pour comprendre ce qui se passe dans un pays au centre d'une des crises majeures de notre époque.
- ► Caspian Makan: 'I cannot believe it yet. I still think I will see Neda again', sur guardian.co.uk
- ► “A Death in Tehran” A Documentary on Neda Agha-Soltan, sur Irannewsdigest.com
- ► Le site de Frontline, l'émission de PBS, qui diffuse le documentaire sur Neda
- ► La page Wikipedia sur Neda Agha-Soltan
- 24764 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque



























6
De brazz
11H38 | 23/11/2009 |
Bon, effectivement je me suis posé aussi des questions sur l'origine du documentaire, en dehors du fait qu'il y ait la BBC, on a quand même un doute quand on a vécu assez longtemps pour voir dénoncées après coup, toutes les manipulations depuis50 ans, et se précipiter vers les suivantes !
Ceci dit, en dehors de politiques éditoriales, de problèmes financiers, etc je me suis aussi demandé s'il n'y aurait aps une volonté délibérée de la politique étrangère française, de minimiser les choses pour aboutir à des négociations; la diplomatie est toujours cynique et le pouvoir a toujours le bras long, en toute indépendance des médias!
Enfin, on ne peut que conseiller de voir ce docu, même avec quelques restrictions mentales, ça fait du bien de ne pas se boucher les yeux.
De Rodriguez
Papa | 11H50 | 23/11/2009 |
L'Iran d'Ahmadinedjad est le diable incarné sur terre, n'est-ce pas M. Haski. Dès qu'un pays ne marque pas le pas sous les ordres de l'Occident, la machine de diabolisation systématique est mise en branle. On l'a compris depuis fort longtemps, car les ficelles sont trop grosses.
Tenez, bon monsieur Haski!
Paul Biya fait tirer sur les Camerounais depuis de nombreuses années. Il vient de dépenser 1.000.000 d'euros en thalossothérapie estivale en France cette année. Pendant ce temps mourraient de faim 50.000 enfants dans ce pays. Sarkozy reçoit cet homme et fait de lui le doyen des dictateurs africains à la place de feu Omar Bongo qui rendu tant de services à la France. Pourtant, aucun documentariste américano-britannique, ni Français n'a pointé le nez!
Au Togo, les troupes françaises détachées de la Côte d'Ivoire ont organisé et supervisé l'imposition de Faure Eyadema avec l'assistance de Charles Debbasch en 2005. Bilan: 1000 morts et 40.000 exilés au Benin et au Ghana. Pourtant, aucun documentariste américano-britannique, ni Français n'a pointé le nez!
Au Gabon, Bongo meurt. Son fils doit être porté au pouvoir sur ordre de Paris. Le peuple Gabonais s'y oppose. Massacre. Bilan: des dizaines de morts. Reçu à l'Elysée la semaine passée seulement, Ali Bongo est intronisé aussi Grand Maître de la Franc-maçonnerie. Pourtant, aucun documentariste américano-britannique, ni Français n'a pointé le nez!
En Guinée, Dadis Camara massacre le 28 septembre dernier plus de 200 personnes à la suite des manifestations pacifiques réclamant des élections libres et non-partisannes en faveur du putschiste visité à plusieurs reprises par Alain Joyandet et d'autres missions officieuses. Paris n'a cessé de crier sur Dadis Camara, donnant l'impression qu'elle n'a rien à avoir avec le massacre, allant jusqu'à clamer la rupture de sa coopération militaire avec la Guinée ( ah! comme s'il fallait en arriver là avant de le faire). Pourtant, aucun documentariste américano-britannique, ni Français n'a pointé le nez!
Au Tchad, de façon répétée Paris a secouru le régime de Déby. Bilan: des milliers de morts depuis lors. Un opposant est porté disparu en 2007 suite à l'énième sauvatage du régime par Paris. Pourtant, aucun documentariste américano-britannique, ni Français n'a pointé le nez!
Au Congo, Sassou Nguesso a massacré et continue de massacré des milliers de personnes. Jacques Toubon vient pouratnt de valider son élection dans un certain silence.
Je peux vous aligner d'autres exemples. Mais, on s'arrête là.
Alors, M. Haski, l'Iran foule aux pieds certainemenet des règles démocratiques et les droits de l'homme. Mais comme je viens de le mentionner, il y a d'autres pays qui font pire notamment en Afrique avec le soutien ou la tolérance des pays comme la France, pourquoi alors les documentaristes ne font pas leur boulot là aussi?
Pourquoi une telle fixation sur l'Iran?
J'espère que vous allez m'aider à comprendre. Merci, M; Haski.
De Chamaco
Dans l'ombre | 12H26 | 23/11/2009 |
Un de mes « formateurs » m’a dit un jour :
« ne fais pas confiance à tes yeux, ce que tu vois n’est qu’une surface. Méfie-toi de ceux qui t’expliquent une image ou un film. Ce n’est jamais gratuit. Les mots qu’ils emploient ne sont jamais anodins. Leur but est de t’amener à leur point de vue et de répondre aux questions que tu n’as pas encore posées.
Demande toi plutôt ce qu’ils ne te disent pas, ce qu’ils ne te montrent pas et pourquoi ils omettent de le faire. Arrivé à ce point, commence à rassembler les réponses à TES questions et tu comprendras sans l’aide de personne. »
De SlyTheSly
Testeur QA jeux vidéos - Antony (92... | 12H51 | 23/11/2009 |
Ce sont les mêmes qui sans cesse nous disent de ne pas nous occuper de la paille dans l'oeil du voisin tout en nous rendant systématiquement coupables si on ne fait rien ou si on n'en parle pas. Marre...
Un article sur l'Iran, parle de l'Iran. L'Afrique a son tour, mais là on vient geindre qu'on s'en prend toujours aux mêmes. La Chine, on est jaloux, on devrait s'occuper de chez nous, etc...
Pas besoin de grand firewall en france, les internautes ultra-bien-pensants refusent d'eux-même de lire tout ce qui vient d'ailleurs.
Ou plutôt non, ils viennent lire, puis viennent casser les pieds à tout le monde dans les commentaires en se plaignant qu'on parle d'ailleurs.
Et si on ne parlait que de la France, ça serait une litanie de complainte sur le nationalisme et l'ethnocentrisme.
De Tom Bombadil
13H56 | 23/11/2009 |
Non, c'est vrai, M. Haski. Il faudrait des règles simples pour organiser la presse. Je propose qu'un soviet se réunisse hebdomadairement pour classer les pays en fonction de l'horreur de ce qui s'y passe. Les journalistes seraient alors contraints de commencer par le pays qui est en haut de cette liste et de descendre la liste au fur et à mesure que les problèmes seraient réglés. On aurait interdiction d'évoquer un pays tant qu'une autre situation ailleurs serait plus grave... Comme ça, tant que Déby est au pouvoir, tant que la RDC existe, tous les autres sont paisibles à la fraiche, détendus du bout du fusil.
Elle est pas belle, la vie en Iran ?
De Jordane
dessinateur en artichecture (je des... | 14H38 | 23/11/2009 |
utiliser cette image pour illustrer votre article, je trouve ça déplorable... vraiment inutile de montrer son visage ensanglanté !