Sur Arte, la saga de l'avionneur EADS pour les nuls

Du suspens, des coups fourrés, des euros comme s'ils en pleuvaient et même des femmes qui complotent pour leur amant : la saga de l'Airbus A 380 racontée comme un polar ou comment Arte essaie de renouer avec l'enquête en télévision.

Au départ de l'affaire, une faille des outils informatiques

Prenez une belle histoire économique qui vire au cauchemar, une poignée de capitaines d'industrie qui s'étripent et la traditionnelle rivalité franco-allemande. Privatisez, agitez et vous obtiendrez l'un des plus beaux scandales de ces vingt dernières années.

En 90 minutes, le film diffusé mardi soir sur Arte repose sur une alliance inédite entre le sérieux d'une enquête de fond (d'un journaliste des Echos, spécialisé dans l'aéronautique) et une narration efficace (d'un réalisateur familier des formats longs).

Car l'affaire Airbus, qui fait la une des journaux depuis 2006 (17 dirigeants du groupe EADS sont soupçonnés de délit d'initié), plonge ses racines dans un pari délicat : construire à l'échelle européenne un champion qui fera pièce à l'Américain Boeing.

L'étincelle ? Elle survient en 2006, avec des retards dans le programme de livraison de l'appareil pour 2007, car les deux entités du groupe, allemande et française, n'ont pas harmonisé leurs outils informatiques. Un aveu incroyable que l'ancien patron d'EADS, Noël Forgeard, reconnaît face caméra. (Voir la vidéo)


Un délit d'initié commis par plus de 1500 cadres

Un peu plus tard, le film dévoile les ressorts d'un scandale judiciaire qui n'est pas clôt. Le gendarme de la Bourse a fini par ouvrir une procédure contre les dirigeants du groupe, constatant des ventes massives d'actions de l'entreprise dans le mois qui précède la publicité autour des retards du programme.

En tout, plus de 1500 cadres supérieurs du groupe ont vendu des actions juste avant l'annonce publique des retards de livraison. Eux ne seront jamais poursuivis. Quant aux autres… la procédure judiciaire risque de s'étendre sur encore quelques années.

Mais la véritable leçon du projet A 380 est certainement la difficulté à bâtir des projets industriels en Europe. A cet égard, le passage qui explique les retards par une simple différence de logiciels informatiques (les Allemands ayant choisi de travailler en deux dimensions, là où les Français utilisent les trois dimensions) est tout simplement édifiant. Et très inquiétant.

EADS-Airbus, une affaire d'Etats de Frédéric Compain et Bruno Lancesseur, mardi 10 novembre à partir de 20h45 sur Arte.

1 commentaires sélectionnés

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De Viking

Barbare | 14H18 | 10/11/2009 | Permalien

Bon juste avant que cela ne dérape qq mots sur les pourquoi du comment on s'est retrouvé avec des logicels différents:
- au sein d'Airbus et d'autres lorsque l'on commence un programme industriel du genre A380, il est de bon ton de ne pas changer de logiciel de CAO en plein milieu du programme industriel histoire de ne pas être confronté à des problèmes d'incompatibilité entre anciennes et nouvelles versions
- arrive Dassault Systèmes avec le logiciel Catia V5, logiciel sans commune mesure bien meilleure que sa précédente version CatiaV4
- Les Francais passe alors sous V5 avec les Espagnols
- Les Allemands et les Anglais restent sous V4, le passage à V5 risquant d'être hasardeux en milieu de programme et en plus il faut acheter le logiciel et former tout le monde dessus. En plus pourquoi les Anglais et Allemands investiraient dans une entrprise Francaise comme Dassault? Vu de Toulouse bien sûr on aura un autre son de cloche.
Il y de très bonnes raisons de chaque côté pour avoir fait ce qui a été fait.
Oui mais voilà le dialogue qui aurait permis de continuer à travailler avec deux systèmes différents n'existe pas. Entre Toulouse et Hambourg la couverture est trop petite chacun la tire vers soi.
Il faudra un désastre pour comprendre que l'intérêt de chacun passe par une réussite commune.
Des nouveaux managers sont mis en place avec pour doctrine que la réussite doit être transnationale par exemple: on ne veut pas de ministre Francais de L'industrie à l'Inauguration de la nouvelle ligne de Montage d'A320 de Tianjin, Airbus est européeen et pas Francais.
Après il reste d'autres problèmes, comme quand les Airbusiens de Toulouse découvrent les salaires des Allemands venant aider au cablage à Toulouse: oui mais Messieurs en Allemagne on est taxé à 45% sur le brut.
Ou alors les syndicats se montant les un contre les autres pour "sauver les usines" de son pays.
Dans une entreprise européenne il est nécessaire d'avoir une culture européenne, alors qu'il est complexe dd'inculquer cela aux managers il est difficile de l'inculquer aux ouvriers. Mais bon des générations d'étudiants Erasmus vont bientôt occupé des poste interessants et pourront peut-être faire bouger les choses, ou comment l'Auberge Espagnol va sauver EADS.

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