Dior transforme Catherine Deneuve en présentoir à bijoux

Escalade dans le « placement produits » : la marque a écrit aux féminins pour détailler les bijoux qu'elle portait au 20 heures.

L'anecdote révélée ce mercredi par Le Canard Enchaîné n'est pas si insignifiante qu'il y paraît : en envoyant un communiqué aux journaux féminins après le passage de Catherine Deneuve dans le 20-Heures de TF1, la maison Dior a franchi un nouveau pas dans le « placement produits ».

C'était le 4 octobre, dans le journal de Claire Chazal. La plus grande star féminine française faisait la promo de son dernier film. Quelques jours plus tard, révèle Le Canard, des « gazettes de mode » ont reçu un communiqué de Dior spécifiant que ses boucles d'oreille font partie de telle gamme, et la montre de telle autre, et détaillant les caractéristiques de ces objets. Le tout illustré par des photos de Deneuve sur le plateau de TF1. Suivaient les coordonnées de l'attachée de presse.

L'hebdo satirique, qui a retrouvé le prix desdits bijoux (respectivement 9000 euros et 2000 euros), ironise sur les gestes de Catherine Deneuve, qui se passe la main dans le cou de manière à mieux montrer la toquante qu'elle porte au poignet. (Voir la vidéo)

Nous voilà donc dans une nouvelle dimension du « placement produits » : la marque (qui n'a pas souhaité réagir aux sollicitations du Canard) communique après un passage dans une émission télévisée censée être dénuée de publicité, puisqu'il s'agit d'un journal télévisé. Du jamais vu, selon les spécialistes. Joint par Rue89, le CSA répond qu'il n'y a pas de publicité clandestine, puisque « la marque n'a pas été citée à l'antenne ».

La réforme de l'audiovisuel public prévoit de légaliser le « placement produits »

Laurence Devèze n'est pas du même avis. Fondatrice de Star Product, une société de placement de produits dans le cinéma, la télévision, les jeux vidéo et les clips musicaux, elle estime qu'« à partir du moment où la marque communique après coup sur ce passage à la télévision, il y a publicité clandestine ». S'interrogeant sur cette « hypocrisie », elle se réjouit que le CSA travaille actuellement sur le thème des placements de produits. La réforme du service public de l'audiovisuel prévoit en effet de légaliser la pratique.

Selon elle, ce système est « aussi vieux que le cinéma », puisque même les frères Lumière plaçaient de vrais produits dans leurs films, pour plus de réalisme. « La différence, c'est qu'à l'époque, les marques n'étaient pas rémunérées. » Après le célèbre producteur des James Bond Albert R. Broccoli, la pratique s'est généralisée à Hollywood, et en France depuis une vingtaine d'années.

Pour les films, les agences comme celle de Laurence Devèze (il y en a moins de cinq dans l'Hexagone) font l'intermédiaire entre la marque et la production, qui récolte ainsi entre 20 000 et 300 000 euros par produit selon son exposition, voire 500 000 euros pour un partenariat. Mais pour les stars elles-mêmes, « c'est négocié entre les marques et les agents », selon Laurence Devèze, qui ajoute :

« Si elle portait à la fois des boucles d'oreille et une montre, ce n'est certainement pas un hasard. »

Chez son agent : « C'est très indélicat de faire d'elle un porte-marchandise »

Dans la société de l'agent de Catherine Deneuve, Artmédia, on « tombe de l'armoire ». « Mais ils ont pété les plombs chez Dior ! », s'étrangle notre interlocutrice :

« Si jamais Catherine Deneuve apprend ça, elle va être folle furieuse ! C'est très indélicat de faire d'elle un porte-marchandise. C'est la première fois que je vois une chose pareille. »

Entendons-nous bien : la « grande première » est que la marque fasse de la « retape » en service après-vente, sur un passage dans un JT.

« D'habitude, pour des événements comme les Oscars ou la montée des marches de Cannes, les journalistes appellent les attachées de presse pour savoir quelle robe portait l'actrice », indique-t-on chez Artmédia. « Le préciser directement dans leur journal leur évite des dizaines de coups de fils de lecteurs, qui veulent savoir la griffe des vêtements. »

Depuis le début de sa carrière, Catherine Deneuve joue, comme beaucoup d'autres comédiens, le jeu du placement produit. Voire au-delà : en 2005, elle avait été entendue par la justice -comme Gérard Depardieu- pour avoir touché 50 000 euros de la part d'un sulfureux milliardaire algérien, Rafik Khalifa, en échange de sa présence à une soirée d'inauguration.

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Radadalamechantesorciere

De Radadalamechantesorciere

Ensemble tout devient beurk | 10H18 | 15/10/2009 | Permalien

Faut bien payer le loyer et les traites de la R19… Sans compter le prix du caddie qui augmente sans arrêt à carrefour.
Alors on va pas lui reprocher d'arrondir ses fins de mois.

Portrait de Simple-Mind

De Simple-Mind

vivant | 10H35 | 15/10/2009 | Permalien

a quoi sert cet article ? a rien !

les marques d'articles de sport transforment les sportifs en présentoirs
idem pour les marques de vêtements djeunes sur les rappeurs ..
les marques de voitures dans les films/téléfilms
le supermarché du coin dans le mini marathon de votre bled
les marques de préservatifs placent leurs capotes dans les boites de nuits
la liste serait si longue avec des exemples similaires et pourtant ne crie au scandale

« grâce » au placement de produits les marquent arrivent aussi à sauvegarder des emplois et ça il ne faut pas l'oublier ! !

si demain, une agence publicitaire viendrait me proposer de poser de la pub sur mes portières (comme les taxis) et en contre partie ils me payeraient l'entretien et l'assurance je n'irais pas hurler sur les toits

certains sont aigris !

Portrait de Augustin Scalbert

De Augustin Scalbert (auteur)

Rue89 | 10H47 | 15/10/2009 | Permalien

Cet article sert à expliquer comment fonctionne ce système du placement de produits, et à montrer que des marques utilisent désormais des émissions d'information pour faire leur promotion.

Portrait de Marintosh

De Marintosh

la mienne | 11H13 | 15/10/2009 | Permalien

« si demain, une agence publicitaire viendrait me proposer de poser de la pub sur mes portières (comme les taxis) et en contre partie ils me payeraient l'entretien et l'assurance je n'irais pas hurler sur les toits

certains sont aigris ! “

Et d'autres ne maîtrisent pas bien la concordance des temps….

Par ailleurs si la sauvegarde de certains emplois dépend de la notoriété des entreprises et donc dans une certaine mesure de la publicité, il ne faut pas se moquer du monde : Dior n'est pas une boîte en péril. En outre il y a assez d'espaces disponibles pour la pub pour ne pas en ajouter dans un JT aussi faible et complaisant soit-il ! (Le fait de présenter ce film et pas un autre c'est à mon sens déjà de la pub…)

Enfin, j'ai quand même l'impression que cet article nous montre mieux la nature des quelques personnes célèbres qui acceptent presque tout pour gagner un peu d'argent !

Bien à vous

M

Portrait de karlsquell

De karlsquell

légèrement décalé | 13H07 | 15/10/2009 | Permalien

Ce qui m'amuse le plus dans cet article, c'est la réaction indignée des agents de Madame Deneuve.

« Si jamais Catherine Deneuve apprend ça, elle va être folle furieuse ! C'est très indélicat de faire d'elle un porte-marchandise. C'est la première fois que je vois une chose pareille. »

Arf Arf Arf.

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