
« Déchets, le cauchemar du nucléaire » jusqu'en Sibérie
La Russie accueille sur son sol 13% de nos déchets nucléaires. C'est notamment ce que nous apprend « Déchets, le cauchemar du nucléaire », documentaire d'Eric Guéret et Laure Noualhat, journaliste à Libération, diffusé ce mardi soir sur Arte à 20h45.
On y découvre des villes secrètes de 30 000 habitants comme Tomsk, en Sibérie, où dorment, impunément, des tonnes d'uranium enrichi, tandis qu'à l'hôpital d'à coté, la directrice reconnait un taux de cancer anormalement élevé.
Ou des responsables de la com » de l'usine Areva de la Hague incapables d'affirmer face caméra qu'il y a « zéro contamination ». Sans parler des responsables d'EDF qui annulent l'interview quand ils comprennent la teneur des questions.
Talon d'Achille de l'industrie nucléaire en France, la question des déchets n'a jamais été explorée par une enquête de cette envergure (huit mois sur trois continents). En se faisant accompagner par les militants de Greenpeace -qui accumulent des données depuis trente ans- et les experts de la Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité (Criirad), les auteurs ont eu accès à des images impressionnantes, comme ces futs gisant dans les fonds marins qui ouvrent le film. (voir la vidéo)
Une filière franco-russe mise au jour dans les années 80
La sortie de ce documentaire a réveillé la mémoire de ceux qui, dans les années 80, avec Greenpeace déjà, avaient découvert une filière franco-russe d'exportation d'uranium. Il ne s'agissait pas cette fois de déchets mais d'uranium appauvri qui, comme aujourd'hui, par bateau, était envoyé via la mer du Nord, dans ce qui était à l'époque l'URSS.
Le naufrage du Montlouis au large d'Ostende, en août 1984, avait fait les gros titres de la presse. Les Français découvraient alors qu'il suffisait d'un accident pour être exposé à une radioactivité inquiétante. « En pleine guerre froide, c'était un événement considérable », se souvient Jackie Bonnemains, ex-Greenpeace et président de l'association Robin des Bois.
Il déplore l'« amnésie collective », alors pour nous rafraîchir la mémoire je suis allée rechercher à l'INA le journal télévisé de ce 26 août 1984. (Voir la vidéo)
retrouver ce média sur www.ina.fr
A l'époque, Libération, déjà, expliquait :
« L'usine Cogema sous-traite comme tout industriel certaines parties de son travail. Technsabexport est justement l'un de ses sous-traitants en matière d'enrichissement de l'uranium. Une véritable surprise ? Pas tant que ça.
Avant que la crête nucléaire ne nous pousse vraiment et que fonctionne comme aujourd'hui l'usine d'Eurodif à Tricastin, il fallait que les Français passent obligatoirement par l'enrichissement des autres. C'est-à-dire des Etats-Unis et de l'Union soviétique.
Dans les années 70, période de forcing nucléaire, les experts craignaient même la panne sèche d'uranium enrichi pour leurs réacteurs du futur. La Cogema et EDF signaient alors des contrats importants prévoyant la fourniture du précieux combustible. »
Une filière franco-russe ancienne que les auteurs du documentaire ignoraient. Eric Guéret remarque que les « contrats étant secrets, peut-être y a-t-il encore plus d'uranium français en Russie qu'on imagine ». Il concède que ce film « pose beaucoup plus de questions qu'il apporte de réponses », notamment du fait du black-out opposé par EDF et Areva à leurs questions.
Un taux effectif de recyclage de 10%
Malgré le barnum médiatique déclenché par la sortie du film, accompagné d'un livre et d'un dossier en Une de Libération de lundi matin, Areva ne semble pas près de changer sa com, alléguant que le nucléaire est recyclable à 96%. Alors que, selon les nouveaux calculs que l'enquête a permis de réaliser, le taux effectif de recyclage des matières nucléaires est de 10%. Ce qu'Areva appelle matière recyclable et qui est envoyé en Russie n'est en effet pas réexploité, mais reste entreposé pour 80 à 90%.
Cet uranium appauvri issu de la filière de retraitement, pourquoi ne le réenrichit-on pas nous-mêmes ? Parce qu'on n'a pas la technologie. La centrifugeuse qui est en cours de fabrication en France le fera-t-elle ? « Pas sûr », estime Eric Guéret :
« On nous a dit que comme l'uranium de retraitement est encore pollué par des isotopes de l'uranium, on ne risquera pas d'abimer une usine neuve avec ça… »
► Déchets, le cauchemar du nucléaire de Eric Guéret et Laure Noualhat, mardi soir à 20h45 sur Arte.
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De solènejazz
| 11H37 | 13/10/2009 |
Ce documentaire aura au moins de mérite de plusieurs questions :
1) pourquoi les citoyens sont écartés des choix de l'Etat dans le domaine énergétique ? ? ? ? EDF va prolonger la durée de ces réacteurs mais les contrôles de l'AIEA sont du bidon, l'affaire est déjà classée
2) pourquoi l'état oublie d'évoquer les risques de l'industrie nucléaire ? de peser le pour et le contre et pas seulement à cour terme. Bien sûr l'énergie nucléaire coûte actuellement peu cher mais les investissement ont été payés par les contribuables (l'energie nucléaire dérive des recherches sur la Bombe) . Si les energies vertes bénéficiaient d'un coup de pouce identique , elles auraient vite fait de faire baisser les coûts de production et elles créeraient beucoup plus d'emplois …
3) notre territoire est petit, plut petit que l'Ukraine, et en cas d'accident que faisons nous ? nos voisins doivent ils aussi trinquer ? (malheureusement la radioactivité ne s'arrête pas aux frontières)
En attendant nous fermons les yeux, les générations futures trinqueront
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 12H43 | 13/10/2009 |
« à quelles conditions le nucléaire peut-il être sûr ? »
Ne pas l'exploiter.
Au jour d'aujourd'hui, le risque zéro n'existe pas en nucléaire. Les arguments qui consistent à ranger l'anti-nucléaire dans la catégorie des idéologues est bidon. Le nucléaire, quelque soit les conditions de son exploitation, distribution ou stockage, pollue. Et, oui, pollue pour de très nombreuses années.
Ce n'est pas pour un souci d'idéologie que des pays comme l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie et la Suède ont décidé d'abandonner la production nucléaire. Ce n'est pas pour l'idéologie que les scientifiques se penchent sur un mode de production alternatif en passant de la fission à la fusion nucléaire (hydrogène). Mais là encore, même les prix nobels émettent de sérieuses réserves quant au programme ITER (site de Cadarache) soutenu par ce joli aphorisme : « mettre le Soleil en boîte ». Problème, on ne maîtrise pas la construction de la boîte.
Il ne faut pas confondre idéologie et pratique. La pratique voudrait que l'on dépense autant dans la recherche d'énergies alternatives non polluantes que dans cette sensationnelle aventure du nucléaire. Et ce n'est absolument pas le cas.
De Marcantoines
trouveur | 13H57 | 13/10/2009 |
Les déchets du nucléaires.
1.Déchets recyclables - enrichissement et nouvelle utilisation dans une centrale nucléaire.
2.Déchets non recyclables - techniques de purification trop chères. Par contre fourniture d'électricité par énergies Bêta voltaïque et Gamma voltaïque. Ces techniques, similaire au photovoltaïque, ne vont pas tarder à arriver, notamment avec l'augmentation du prix du pétrole.
Donc, ces deux catégories serviront. Il ne s'agit pas vraiment de déchets. Et ce sont eux qui ont la radioactivité la plus forte.
3.Les vrais déchets, inutilisables. Trouver des sites d'enterrement.
Il faut savoir que on trouve des endroits naturels où existent des réactions de fission nucléaire ( oui, des bombes naturelles) en activité. Alors le stockage de déchets… ! ! ! çà coûte cher, mais c'est pas un problème insurmontable.
De V.B.
Doctorant | 15H16 | 13/10/2009 |
On sait retraiter la majorité des déchets nucléaires - et par majorité j'entends les plus radioactifs, les combustibles usés des centrales nucléaires.
On sait en extraire pratiquement l'intégralité de leur radioactivité, on sait la concentrer dans des volumes ridiculement petits : de l'ordre du volume d'une piscine olympique pour la production électrique d'une année.
On sait en faire du verre nucléaire, les mettre dans des barils, le tout étant calculé pour tenir un petit 10000 ans sous terre.
En revanche, on ne sait pas OU les mettre, puisque personne n'en veut. Pourtant, je serais bien plus rassuré d'avoir dans mon jardin un puit de stockage connu et surveillé, plutôt que de risquer qu'une andouille décide en douce de les balancer à la flotte, ni vu ni connu c'est pas gros…
De cyberjournaliste
cyberjournaliste | 16H36 | 13/10/2009 |
Ceci est un communiqué des éditions l'Esprit frappeur
Nous souhaitons réagir à propos de la diffusion de Déchets : le cauchemar du nucléaire, documentaire réalisé par Eric Guéret et Laure Noualhat, sur Arte, le mardi 13 octobre 2009, à 20h45.
La qualité de ce travail – « une enquête coup de poing », dit le réseau Sortir du nucléaire – nous oblige à ajouter ici un bémol. Si ceci est très bien, cela aurait été encore mieux en mentionnant ses sources…
L'occultation des sources d'information, sur des sujets aussi sensibles que le nucléaire, ne facilite pas la compréhension.
Pour le grand public, la citation d'ouvrages à des prix abordables, accessibles à tous, documentés et référencés, est importante et complémentaire.
Cela aurait l'avantage de présenter des sources plus équilibrées, et d'éviter de donner l'impression que le sujet n'a été pas sérieusement fouillé pour la réalisation du documentaire que vous présentez, et dans le livre tiré de cette enquête, co-édité par Le Seuil et Arte.
Plusieurs ouvrages, parus récemment, auraient mérité de figurer dans les références bibliographiques, sur le site Internet de la chaîne Arte dédié à cette soirée, à la fin de la diffusion du documentaire – et au cours du débat qui suivra –, comme dans ce livre-enquête.
En ce qui nous concerne, vous trouverez dans le catalogue des éditions Esprit Frappeur, les ouvrages :
* Perline, Tout nucléaire, une exception française (1997 – 1,5 euro) EF007
* Bella et Roger Belbéoc'h, Sortir du nucléaire, c'est possible, avant la catastrophe ! (2002 - 3 euros), EF020
* Roger Belbéoc'h, Tchernoblues, de la servitude volontaire à la nécessité de la servitude (2002 – 4 euros), EF105
* Ben Cramer et Camille Saïsset, La descente aux enfers nucléaires, Mille milliards de becquerels dans la terre de Bure (2004 – 6 euros), EF128
Et c'est particulièrement pour ce dernier ouvrage – qui porte sur le même sujet que cette émission d'Arte et le livre qui l'accompagne – que l'on s'étonne aujourd'hui.
Camille Saïsset, co-auteure de La descente aux enfers nucléaires, s'est émue la première :
« Ce mercredi soir, grande soirée sur les déchets nucléaires sur Arte. Un documentaire suivi d'un débat avec PPDA… En effet, en parallèle de la réalisation de ce docu d'Eric Guéret et Laure Nouhalhat, un livre-enquête a été écrit par celle-ci, deux œuvres qui portent le même titre : Déchets : le cauchemar du nucléaire. »
« Jusque-là, tout va bien, à peu près. En effet, notre ouvrage La Descente aux Enfers nucléaires, mille milliards de Becquerels dans la terre de Bure, paru aux éditions l'Esprit Frappeur en juin 2004, ne figure pas dans la biblio de cet ouvrage sortit ce 8 octobre ; sur la dizaine de titres cités, figurent par contre deux d'Anne Lauvergeon, la patronne d'Areva… Dans le cadre, de l'annonce de la soirée télévisée, sur le site de Arte, se trouve un onglet biblio.. Une liste d'ouvrages qui seront probablement repris par PPDA à l'antenne le jour dit. »
« Là encore, pas La Descente aux enfers nucléaires…
“Biblio peut être pas complète”, dirait l'auteur. Le webmaster d'Arte aurait été averti de l'existence de notre ouvrage et pourtant, rien… »
Son co-auteur, Ben Cramer, renchérit :
« Il est étonnant de voir que La descente aux enfers nucléaires ne soit pas référencé, alors qu'il l'a été à la Cité des Sciences, par les autorités de sûreté nucléaire, il y a deux ans, et qu'il contient lui-même 8 pages de bibliographie et aucun livre de pub d'Areva. »
« Il est étonnant de voir que le titre est tellement proche entre “descente aux enfers” et “cauchemar”. »
« Il est surprenant que certaines infos sur l'international et sur le lien civil/militaire se recoupent sans qu'il y ait le moindre renvoi aux sources d'inspiration… »
« Peut-être que ces silences s'expliquent par le fait que, dans cette affaire des déchets de Bure, il y a de grosses casseroles que La descente aux enfers nucléaires n'hésite pas à dénoncer :
- tabou : la mort d'une victime sur le chantier ;
- un invalide à vie dû au chantier ;
- géographie : un continuum depuis Moronvilliers en passant par Valduc ;
- une critique en règle des opposants qui ne s'opposent pas beaucoup, (et s'opposent toute autocritique) ;
- la perspective d'un chantier à finalité pas seulement expérimentale ;
- et la perspective d'un site pas seulement français mais européen. »
Quoiqu'il en soit dans cette affaire, profitons de l'occasion pour dénoncer ici le fait que l'on peut voir fréquemment des éditeurs ou des médias institutionnels ignorer purement et simplement le travail d'éditeurs indépendants, rarement mentionnés, souvent pillés…
Ce mécanisme tend à conforter un système monopolistique de diffusion de l'information, dont il est à craindre qu'il tend au contrôle de l'espace critique. Même et y compris quand il s'agit, comme ici, de diffuser une information critique, le fait qu'on prenne soin au passage de nier l'existence d'autres travaux critiques, nous oblige à dénoncer cette entreprise encensée par ailleurs à juste titre.
Dans le parcours de l'édition critique, on aura souvent vu de fausses critiques se substituer aux vraies. On sait que c'est un soucis constant du pouvoir que de contrôler sa propre critique. Serait-on ici dans un cas semblable ?
Contact presse : Farid / 06 14 81 56 79