25/09/2009 à 16h11

Sarkozy se rêve en directeur de France Télévisions


Avec le dézingage d'Arlette Chabot ce mercredi, le chef de l'Etat montre une fois de plus sa volonté de mainmise sur le service public.

Si Nicolas Sarkozy considère Martin Bouygues, le propriétaire de TF1, comme « un frère », il est loin de porter la même affection aux dirigeants de France Télévisions. Depuis son accession à l'Elysée, et même un peu avant, le chef de l'Etat n'a eu de cesse de renforcer sa mainmise sur le service public télévisuel.

Premier président enfant de la télé, fasciné par l'objet et son pouvoir, il n'hésite pas à se considérer comme l'« actionnaire » de France Télévisions pour intervenir à sa guise dans les programmes. Chronique en huit épisodes d'une relation amour-haine.


Arlette Chabot et Nicolas Sarkozy sur le plateau de « A vous de juger » le 8 mars 2007 (Benoit Tessier/Reuters)

1

Chabot avoinée un quart d'heure

Le dernier épisode en date ne remonte pas à plus tard que ce mercredi. En marge de l'Assemblée générale des Nations unies, Nicolas Sarkozy accorde une interview à TF1 et France 2. Quelques minutes plus tard, relatent Le Point et Le Monde, une première altercation l'oppose en coulisse à Bernard Kouchner. Le chef de l'Etat ne partage pas le point de vue de son ministre des Affaires étrangères sur l'Iran.

Assistant à la conversation, Arlette Chabot, directrice de l'information de France 2, ose un trait d'humour : « Ça ferait un beau débat sur France 2. » Tendu, le Président n'apprécie guère et déplore aussitôt l'absence de « vraies émissions politiques » à la télévision, regrettant « L'heure de vérité » des années 80.

Lancé, Nicolas Sarkozy poursuit en soulignant « un manque de représentation de l'UMP ». Arlette Chabot tente de se défendre, en arguant que la répartition du temps de parole est contrôlée par le CSA et qu'elle anime elle-même « A vous de juger » sur France 2, en plus des trois autres émissions politiques au sein du groupe.

Rien n'y fait, même l'intervention de Catherine Nayl, directrice de l'information de TF1, qui vient à la rescousse de sa consoeur en expliquant que c'est toujours mieux que sur TF1, où il n'y en a aucune. La colère du Président durera un quart d'heure.

Episode suivant : Piston, quand tu nous tiens

2

Piston, quand tu nous tiens

A France Télévisions, Nicolas Sarkozy fait comme chez lui. Et n'hésite jamais à venir en aide à ses amis en mal de petit écran. Des interventions en rafale que décrit avec force détails « Canal Sarkozy », le livre des journalistes du Parisien Frédéric Gerschel et Renaud Saint-Cricq, paru au mois de mai chez Flammarion.

Même si le résultat n'est pas toujours au rendez-vous, le chef de l'Etat n'est jamais avare de coups de téléphone, voire de convocation dans son bureau élyséen. C'est ce qu'il fait le 27 février dernier, en recevant Patrice Duhamel, directeur général de France Télévisions chargé des antennes et de la diversification des programmes. Au menu, David Hallyday et son associé, puis Daniela Lumbroso :

« Nicolas Sarkozy (...) n'y va pas par quatre chemins. “Il lui a dit qu'il fallait prendre David Hallyday et Cyril Viguier sur une des chaînes du service public”, raconte un conseiller élyséen. “Johnny met la pression et Sarkozy ne comprend pas pourquoi Duhamel ne les fait pas signer. Avec toutes les chaînes et leurs grilles, il pense qu'il y a bien une place quelque part pour eux. Il lui a demandé de faire un petit effort.” »

« David Hallyday n'est pas le seul ami de Nicolas Sarkozy. (...) Le chef de l'Etat veut qu'on fasse quelque chose pour [Daniela Lumbroso]. Quelques jours plus tôt, la jeune femme a été reçue très discrètement à l'Elysée, où elle est venue expliquer elle-même ses soucis. La raison de sa colère ? France Télévisions et son président Patrick de Carolis. Après y avoir connu le succès, elle n'est plus très en vogue sur les chaînes du groupe. On lui a retiré la présentation de la Fête de la Musique, son nom se fait rare au générique de France 2. Elle trouve donc la situation “scandaleuse”. »

Episode suivant : La vidéo off de Sarkozy

3

La vidéo off de Sarkozy

Pour sa première interview hors des murs de l'Elysée, Nicolas Sarkozy choisit le plateau du « 19/20 » de France 3. A son arrivée, l'ambiance et tendue et il est accueilli par des manifestants refroidis par la suppression de la publicité après 20 heures sur le service public télévisuel (lire ci-après) et la décision de faire nommer par l'exécutif le président de France Télévisions.

Sept minutes avant le début de l'interview, la caméra tourne déjà, comme il est de coutume. Des images que Rue89 a récupérées et diffusées, ce qui a valu à quatre journalistes de Rue89 et France 3 plusieurs convocations à la police judiciaire, suite à une plainte de France 3 initiée sous la pression de l'Elysée.

Des images loin d'être dénuées d'intérêt, où l'on voit un Président tendu railler le service public, s'assurer que tel ou tel sujet sera bien abordé, affirmer qu'il avait protesté contre la « placardisation » passée d'un des journalistes présents, etc. (Voir la vidéo)

Episode suivant : Le président de France Télévisions inféodé

4

Le président France de Télévisions inféodé

Fini le temps où le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) nommait officiellement le président de France Télévisions, alors que le président de la République décidait en sous-main. Nicolas Sarkozy a voulu mettre fin à ce qu'il qualifie d'« hypocrisie ».

Mais au lieu d'organiser une véritable indépendance du CSA, il a annoncé le 26 juin 2008 que le prochain président de France Télévisions serait directement nommé par le chef de l'Etat. Ce qui n'a pas manqué de provoquer une levée de boucliers de l'opposition et des journalistes.

Nicolas Sarkozy n'est pas à une contradiction près. Lui qui, le 15 septembre 1989, alors secrétaire national du RPR, s'élevait contre les nominations politiques à la télévision sous François Mitterrand, comme le rappelle ce reportage de France 3 :

« Les deux directeurs généraux des chaînes Antenne 2 et FR3, qui viennent d'être nommés, sont deux anciens proches collaborateurs du président de la République socialiste et du Premier ministre, Monsieur Pierre Mauroy. Force est de reconnaître aujourd'hui que la politique l'a emporté sur les choix professionnels. » (Voir la vidéo)

Episode suivant : Courbet à l'origine d'une discorde

5

Courbet à l'origine d'une discorde

Non content de critiquer le traitement de l'information sur France Télévisions, le chef de l'Etat donne aussi son avis, surtout lorsqu'il est défavorable, sur les divertissements du groupe. Et le choix de Julien Courbet pour animer la tranche 19-20 heures sur France 2 l'a particulièrement agacé.

Le 16 juin 2008, alors que Yann Arthus-Bertrand est convié à l'Elysée pour se voir remettre une décoration, Patrice Duhamel est pris à partie.

« Nicolas Sarkozy est furieux que le transfuge de TF 1 ait été choisi par France 2 pour animer la tranche 19-20 heures de la Deux l'an prochain », rapporte Le Parisien.

Et au Président d'insister sur la nécessité de refaire le service public « de haut en bas et du sol au plafond ». Ce que l'animateur a préféré prendre avec humour. Après son éviction, cet été, Julien Courbet a même été jusqu'à faire une imitation en direct de Nicolas Sarkozy... pour lui dire qu'il ne lui en voulait « absolument pas ». (Voir la vidéo)

Episode suivant : Fin de la pub : la surprise du chef

6

Fin de la pub : la surprise du chef

8 janvier 2008, Nicolas Sarkozy organise la première -et unique à ce jour- conférence de presse depuis le début de son quinquennat. L'exercice est périlleux, mais le chef de l'Etat a réservé une surprise à tout l'auditoire, qui va agir en véritable écran de fumée sur toutes les autres annonces :

« Je propose aussi que nous accomplissions en 2008 une véritable révolution culturelle dans le service public de la télévision. (...) Je souhaite que l'on réfléchisse à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques. » (Voir la vidéo)

Seule une poignée de ses plus proches conseillers sont au courant. Ladite annonce a été préparée en laissant à l'écart à la fois Christine Albanel, ministre de la Culture, et Patrick de Carolis, président de France Télévisions.

Peu importe les remous dans les rédactions, les inquiétudes chez les décideurs publics, les cris d'orfraie de toute la gauche et même d'une partie de la majorité, la réforme est menée tambour battant. Le 5 janvier 2009, la publicité est supprimée après 20 heures sur toutes les chaînes du groupe.

L'Etat a promis de compenser le manque à gagner en versant une enveloppe de 450 millions d'euros. Une promesse sur laquelle le gouvernement tente actuellement de revenir. France Télévisions ayant réussi à se sortir un peu mieux que prévu de cette situation qui fleurait bon l'improvisation.

Episode suivant : Sarkozy et les « reportages malhonnêtes »

7

Sarkozy et les « reportages malhonnêtes »

Nicolas Sarkozy distille ses petites et grosses colères aux quatre coins du monde et de la France. Celle-ci en est une illustration supplémentaire, alors qu'il n'était pas encore Président. Invité sur le 28 mars 2007 sur le plateau de France 3 Nord/Pas-de-Calais, il s'en prend avec vigueur au reportage qui vient d'être diffusé :

« J'ai déjà vu des reportages malhonnêtes, mais de cette nature, c'est assez rare. Je vous félicite ! » (Voir la vidéo)

Le reportage en question relatait un contentieux que Nicolas Sarkozy n'a que très peu goûté de se voir rappelé. Le ministre de l'Intérieur qu'il était alors avait décidé de confier la fabrication des passeports à la société privée Oberthur Fiduciaire. Les syndicats, puis le Conseil d'Etat, avaient contesté cette attribution au nom du monopole de l'Imprimerie nationale.

Episode suivant : « Il faut virer la direction »

8

« Il faut virer la direction »

Toujours pendant la campagne de la présidentielle et toujours sur France 3, les nerfs du candidat UMP avaient déjà craqué le 18 mars 2007, peu avant l'émission « France Europe Express », animée par Christine Ockrent.

Arrivé avec ses gardes du corps, ses conseillers et sa propre maquilleuse, Nicolas Sarkozy est invité à patienter, le temps que les sièges de la loge prévus à cet effet se libèrent. Il voit alors rouge et commence à partir, avant de « péter les plombs », selon Le Canard enchaîné :

« Personne n'est là pour m'accueillir. Toute cette direction, il faut la virer. Je ne peux pas le faire maintenant. Mais ils ne perdent rien pour attendre. Ça ne va pas tarder. »

Maintes fois racontée, la séquence a notamment été confirmée par Stéphane Grand, journaliste à France 3, qui a témoigné face caméra sur Bakchich. info. (Voir la vidéo)

  • 158413 visites
  • 210 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • AC-89-
    • Posté à 16h18 le 25/09/2009

    Je partage le mécontentement du président envers France Télévisions : il est intolérable d'envoyer un journaliste servile servir la soupe à Nicolas Sarkozy. Cet incapable de Pujadas n'a pas su relever les énormités proférées par ce dernier, il avait pourtant une bonne occasion de démontrer la supériorité d'un professionnel du service public sur la potiche de TF1.

  • ZonZon la MouChe
    • Posté à 16h27 le 25/09/2009

    L'ingrat !
    Il a déjà oublié le 100 minutes pour convaincre offert par Mâme Chabot la veille du début du décompte officiel du CSA, qui a permis à Sarko (alors ministre de l'intérieur) d'y figurer 2 fois pendant que son adversaire n'y passait qu'une fois

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 17h13 le 25/09/2009
    • Internaute
      Retraite invalidité

    Sarkozy a supprimé la Conférence de presse auquelle se pliait ses prédécesseurs et fait de la com » quand il passe à la télé dans la mesure où les journalistes qui sont en face de lui ne sont pas capables de relever les lapsus, contre vérités du ventilo. D'ailleurs, çà m'étonnerait qu'il accepte d'être de nouveau interviewé par Audrey Pulvar qui n'hésite pas à revenir plusieurs fois sur la même question quand les politiques qui sont en face d'elle, Sarko y compris, utilisent leur langue de bois habituelle... !

    Lien

  • einna
    • Posté à 17h25 le 25/09/2009
    • Internaute

    quand un homme en arrive à fustiger ceux qui lui sont entièrement dévoués, n'est-ce pas le signe d'une radicalisation de sa position ?
    si ça continue dans peu de temps, nous aurons droit à Carlita dans toutes les émissions de variétés et de mode, Lefevbre dans toutes les émissions comiques, Johny halliday dans les séries télé de la télévision publique ; dans les journaux d'information, le portrait de Nicolas en fond d'écran.....
    Au fait quel journal de 20heures évoquera ce soir le diner à 400 000 euros offert à New York. Entre la visite de l'hôpital et ce diner, celà ferait donc près de 600 000 euros dépensés dans la semaine - et elle n'est pas finie (le million, le million ? ? )

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 17h27 le 25/09/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    « Premier président enfant de la télé »
    Sarkozy nous fait un retour en arrière de 35 ans. Le ministère de l'information institué par De Gaule en 1958 à perduré jusqu'en 1969. De J. Soustelle (1958) à Joël Le theule (1969) ce ministère remplissait la fonction unique de relais entre le Président et les médias.
    Tantôt érigé en ministère, tantôt en secrétariat d'État, ce département de l'Information joue le rôle principal , dans les années 60, du contrôle des ondes télévisées.
    Enfant de la Télé, Sarkosy peut aussi remettre d'actualité, Rintinti, Thierry la fronde, pour Zorro c'est déja fait avec M6.
    Le palmarès des chansons étaient aussi un moment incontournable des Français dans les années 60, mais là TF1 avec ses téléréalités de chiottes sait très bien faire
    Et évidemment les émissions politiques où les débatteurs se renvoyaient d'un côté « Moscou » et de l'autre le « capitalisme carnassier » (déja les mêmes mots, Moscou etant remplacé par gauchiste maintenant) avec des polémiques à rallonge qui ont fini par lasser le publique. Les citoyens, la politique il la ressente tous les jours dans leur vie, si en plus une bande de politicien vient leur couper leur foot ou leur film.
    L'emission politique OUI à 23 h
    Sarkozy enfant de la téle, et bien ça nous rajeunira pas !
    Il se rêve en Kennedy, finalement il ne sera que Berluscozy