Les dangereuses approximations d'« Apocalypse », docu de France 2

« Apocalypse : la Seconde Guerre mondiale » est incontestablement l'événement de la rentrée chez France Télévisions. Cette série documentaire, en six épisodes de 52 minutes, s'est donnée pour ambition de « raconter la véritable histoire de la Seconde Guerre mondiale, pour que les générations se souviennent de l'Apocalypse ».

Pour cela, ses auteurs, Daniel Costelle et Isabelle Clarke, se sont appuyés sur près de deux ans de recherches, qui leur ont permis de collecter 650 heures d'archives filmées, dont la moitié sont inédites. Mais surtout, les images ont été colorisées, le son d'époque a été remasterisé et la narration confiée à Mathieu Kassovitz.

Clarke et Costelle confient avoir volontairement choisi de « faire d'Apocalypse une œuvre cinématographique », pour « aborder l'Histoire d'une façon nouvelle » et ainsi « transmettre aux jeunes générations la mémoire de cette folie meurtrière généralisée ».

Impressionnés par le dispositif, les médias ont, dans l'ensemble, encensé le projet. Sans plus d'explications, le fonds historique a tout naturellement été crédité de la rigueur et de la nouveauté reconnues à la forme.

Pourtant, à y regarder de plus près, le traitement de l'histoire dans « Apocalypse » n'a non seulement rien de nouveau, mais il véhicule même un discours franchement réactionnaire.

« Douce France » des années 30 regrettée, Vichy présenté de manière indulgente, sa responsabilité dans la déportation des juifs de France éclipsée, partis de gauche accusés d'avoir permis l'arrivée au pouvoir des nazis, chambres à gaz et bombardements des villes allemandes juxtaposés : telle est la manière d » « aborder l'Histoire d'une façon nouvelle » dans Apocalypse.

La « Douce France » des années 30 n'était pas si paisible

Prenons d'abord la méthode. Elle est purement événementielle et s'abstient de toute analyse économique ou sociale. Mince concession à l'histoire des mentalités, la vie quotidienne est parfois abordée, mais sans troubler un récit rythmé par les grandes figures historiques et les faits militaires.

Ce qui fait que de l'espace est accordé à des détails, tant qu'ils ont un rapport quelconque avec les combats. Dans l'épisode 2, vingt-et-une secondes (ce qui est long en télé) sont ainsi consacrées à la découverte de la réserve de caleçons de l'armée française par la Wehrmacht.

La situation sociale et politique de l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, puis la mise en place du régime nazi sont en revanche survolées en à peine douze minutes.

La même chose vaut pour la description de la France d'avant-guerre. Oubliés la crise économique, les tensions politiques et sociales, les ligues fascistes ou encore le Front populaire. Après tout, « la France est encore un pays très agricole » et c'est, finalement, un paquebot de luxe qui, selon Clarke et Costelle, semble le mieux la décrire :

« Normandie, symbole d'une époque qui va disparaître. Ce magnifique transatlantique représentait l'apogée d'un style, d'une douceur de vivre, du progrès et de la paix. »

Confusion sur les responsabilités de la débâcle de juin 40

En conséquence, la défaite n'est considérée qu'à travers un argumentaire d'ordre militaire qui, neutre en apparence, est en réalité fort orienté.

A propos du nombre de chars dont son armée dispose, l'on apprend que « la France en produit bien trois cents par mois [en mai 1940, les Alliés disposent d'autant de chars que la Wehrmacht sur le front ouest, note de l'auteur] mais les disperse dans tous les secteurs, en appui de l'infanterie. »

Après un blanc de près de dix secondes, le texte reprend :

« L'aviation française souffre aussi d'un grand retard. La France a commandé aux Etats-Unis 4 000 avions. »

Comment peut-on n'avoir aucun retard dans la production de chars et en avoir aussi dans la production d'avions ?

Pour comprendre ce curieux paradoxe, il faut revenir aux débats qui, pour schématiser, ont longtemps opposé la gauche à une certaine droite. Selon la gauche, la défaite était due au conservatisme de l'état-major qui n'avait pas compris que l'heure était à la création de puissantes unités de chars, non à leur dispersion. Pour la droite non-gaulliste, c'était le Front populaire qui, en payant des congés aux ouvriers au lieu de réarmer le pays, portait la responsabilité du désastre.

L'effort de Clarke et Costelle tend à mettre en avant cette dernière interprétation sans attaquer de front la première.

Autre exemple : les erreurs du général Gamelin, commandant en chef des troupes alliées au début de la guerre, sont exposées par la voix-off dans une langue neutre, en évitant tout jugement.Quand il s'agit par contre de mettre en évidence le manque d'équipement, la parole est donnée à un soldat de 2e classe qui déclare :

« Il fallait vraiment qu'on manque de matériel de guerre… On avait un fusil pour deux, par camion. On avait une boîte de dix cartouches qu'on n'avait pas le droit d'ouvrir. Quelle misère ! Parce que si on avait eu de quoi se battre, on se serait battu. On n'est pas du genre à aimer les Boches ! »

C'est également grâce à cette approche en apparence neutre, car événementielle, que Vichy peut être présenté sous un jour un peu moins négatif.

Une présentation indulgente de Vichy

Malgré son impréparation et une gestion politique lamentable (voix off : « Personne n'a envie de la faire cette guerre, pas même le gouvernement, qui a bien été obligé de gesticuler, mais sans convictions »), l'armée française s'est tout de même battue durant la « Drôle de guerre ».

Clarke et Costelle en veulent pour preuve « les incursions de commandos de choc, les corps-francs, dont le héros, Joseph Darnand, est nommé premier soldat de France. Il deviendra l'un des plus féroces collaborateurs des Allemands et finira fusillé. L'armée française, malgré ses héros et sa supériorité numérique, ne bougera plus. »

Sous-entendu : Joseph Darnand, le fondateur de la Milice, fut un héros qu'un funeste destin détourna du droit chemin, pour des raisons qui ne sont pas indiquées. Evidemment, en évitant de parler du développement dans l'avant-guerre d'une extrême-droite révolutionnaire, au sein de laquelle Darnand était particulièrement actif, il est possible d'interpréter son engagement ultérieur sur l'air mélancolique du « soldat perdu ».

Autre point. Malgré la défaite, la flotte française est quasiment intacte :

« Hitler a demandé seulement qu'elle soit désarmée dans ses ports d'attaches, car il a eu peur qu'elle se joigne à l'Angleterre. Churchill a la crainte inverse : que les Allemands ne s'en emparent. Il donne l'ordre à la Royal Navy de la neutraliser. »

Une forte escadre britannique se dirige alors vers Mers-el-Kébir, l'une des principales bases navales françaises :

« Churchill ne veut prendre aucun risque, il fait envoyer ce signal : rejoignez-nous ou sabordez-vous ou partez pour les Antilles. Vichy n'est informé que des deux premiers points et refuse. »

Le message implicite de ce passage est que, s'il en avait eu connaissance, Pétain aurait éventuellement choisi cette option, ce qui lui aurait permis de reprendre un jour la lutte aux côtés du général De Gaulle. Cette douloureuse zone d'ombre qu'est aujourd'hui Vichy ne serait donc que le résultat d'une transmission défectueuse.

Ce soupçon d'apologie -non de connivence- se confirme dans la suite de la série, moins par ce qui est dit que par ce qui ne l'est pas. Dans l'épisode 3, la politique de collaboration avec l'Allemagne est condamnée. Le statut des juifs du 3 octobre 1940, qui évince les Français israélites de la vie publique, y est aussi évoqué.

Il n'en va pas de même de la progression criminelle de cette politique antisémite de Vichy, sa responsabilité dans les rafles, les milliers d'hommes, de femmes et d'enfants juifs livrés à l'Allemagne nazie.

Pire encore, bien que l'épisode 4 évoque la venue d'Heydrich à Paris en 1942, il y est juste dit que cette visite avait un rapport avec la « solution finale » et non que le bras droit d'Himmler venait négocier directement avec les autorités françaises les modalités de déportation des Juifs de France. Pourquoi frôler cette information sans la donner ?

La gauche allemande responsable de la guerre

Clarke et Costelle racontent l'histoire de la Seconde Guerre mondiale de manière partielle car partiale. Leur vision du monde est d'ailleurs moins frappante lorsqu'on se contente d'isoler les acteurs de l'histoire qui sont décrits avec indulgence. Il faut les mettre en rapport avec ceux qui n'ont pas droit au même traitement pour en saisir la cohérence.

Revenons au début de l'épisode 1. L'Allemagne y est certes présentée comme un pays endeuillé par la Première Guerre mondiale et frappé par la crise des années 30, mais aussi comme la patrie de Marlene Dietrich et de Thomas Mann.

Berlin, y apprend-on, est « l'une des capitales de la culture européenne, l'une des villes les plus libres au monde ». Rien donc ne laisse pressentir l'arrivée au pouvoir des nazis qui, à en croire la narration, va frapper l'Allemagne comme une sorte de catastrophe naturelle :

« Tout bascule en 1933. Hitler et ses milices armées comme les SA (…) font main basse sur l'Allemagne par l'intimidation, par la démagogie, par l'exploitation de l'amertume des anciens combattants allemands. »

La seule explication d'ordre politique à cette apparition intempestive serait la suivante :

« Les nazis profitent de la désunion des partis de gauche que même Hitler semble vouloir séduire en levant le poing. Les communistes allemands sont aux ordres de Moscou pour qui les socialistes sont les vrais adversaires. Pas d'alliance avec eux. »

Cela n'est pas faux. Il est par contre étonnant de l'affirmer en occultant complètement la coalition avec les conservateurs, qui a permis aux nazis d'arriver légalement au pouvoir. Rien non plus sur le vieux maréchal Hindenburg qui, en tant que président, contribua à légitimer le chancelier Hitler.

Le poids du pacte germano-soviétique

Les communistes ne sont, par ailleurs, pas seulement responsables de l'arrivée au pouvoir d'Hitler, mais également du déclenchement de la guerre. Un peu plus loin, il est dit :

« Pour dissuader Hitler, l'URSS est le dernier recours. Elle est liée à la France par un traité d'assistance mutuelle. (…) Malgré leur crainte du communisme, les Occidentaux comptent sur l'URSS. Mais Hitler va les prendre de vitesse. »

Un accord est signé en août 1939. « Pour le monde entier, le pacte germano-soviétique, c'est le signal de la guerre. »

Question : comment les Occidentaux peuvent-ils se laisser « prendre de vitesse » alors que la France est déjà liée à l'URSS par un traité d'assistance mutuelle ? Ce paradoxe s'explique peut-être par le fait que la signature de ce traité en 1935 ne fut jamais suivie de gestes concrets, la crainte du communisme l'emportant finalement au sein de la classe politique française.

Et puis la France était aussi liée à la Tchécoslovaquie par un tel traité d'assistance militaire, ce qui ne l'a pas empêchée de consentir au dépeçage de ce pays en faveur d'Hitler. Or, en évoquant les accords de Munich un peu plus tôt, Clarke et Costelle n'ont pas mentionné ce fait.

Evidemment, cela aurait expliqué les doutes de l'URSS quant à la volonté de la France de rester ferme face à l'Allemagne et, par là même, gêné leur argumentation.

Un parallèle entre les bombardiers alliés et les chambres à gaz ?

Mais laissons là ces débats et venons-en enfin au fait : Clarke et Costelle reprennent des thèses qui font fortement songer à celles défendues par les historiens révisionnistes au cours de la « querelle des historiens », dans les années 80.

En substance, ceux-ci mettaient en doute l'existence d'une « voie singulière » de l'histoire allemande, menant inévitablement au nazisme ; interprétaient les crimes nazis comme une réaction aux crimes communistes ; établissaient un parallèle entre l'holocauste et les revers subis par le IIIe Reich.

Nous avons déjà vu que, dans Apocalypse, l'arrivée au pouvoir des nazis est présentée comme une rupture historique. En ce qui concerne le second point, voyons la façon dont est décrite la « shoah par balles », à partir de l'épisode 3.

On commence par nous montrer des images de liesse qui auraient été tournées dans des villes baltes, à l'arrivée des troupes allemandes :

« La terreur a été telle que tout vaut mieux que le NKVD, la terrible police politique soviétique, qui s'est retirée en assassinant les Baltes anticommunistes dans les prisons.

Les antisémites locaux accusent les juifs d'être complices des communistes. Ils les rassemblent, leur font porter les corps. Les Baltes se livrent ensuite à des pogroms, des violences contre les Juifs, que les Allemands favorisent avec comme consigne : ne pas laisser de traces. »

Non seulement les massacres de Juifs sont explicités par l'évocation d'un lien de causalité avec les exactions du NKVD, mais l'initiative en est, de plus, imputée aux populations locales, les Allemands se contentant de les « favoriser ».

Cette même structure narrative est reprise pour décrire les massacres en Ukraine. Ce n'est qu'ensuite qu'entrent en scène les Einsatzgruppen, les « commandos d'exécution », mis en place, nous dit-on, par Himmler et Heydrich -donc les SS. La complicité de la Wehrmacht, pourtant connue aujourd'hui, est tue.

Troisième point. L'interprétation de la « solution finale » par Clarke et Costelle n'est pas « intentionnaliste » mais « fonctionnaliste », c'est-à-dire qu'ils estiment qu'Hitler n'avait pas d'emblée prévu le génocide mais que cette solution s'imposa à lui au gré des événements.

En soi, cela n'a rien de révisionniste, d'autres historiens le pensent. Ce qui l'est par contre, c'est de voir dans l'holocauste une action de représailles des Allemands. Cette thèse n'est pas exprimée explicitement dans « Apocalypse », mais elle est induite par la construction narrative.

Une fâcheuse erreur de chronologie

Au bout d'un quart d'heure, l'épisode 4 évoque les bombardements massifs des villes allemandes par les Alliés. Des raids qui feront de centaines de milliers de victimes civiles. Sur des images de villes dévastées et de civils allemands sous le choc, le texte dit :

« Quant aux Allemands, ils commencent à mesurer les conséquences de la politique hitlérienne. Le régime hitlérien qui s'enfonce dans la démesure meurtrière. Hitler, Goering, Himmler, son adjoint Heydrich mettent en place ce qu'ils appellent la “solution finale”, l'extermination des juifs d'Europe, organisée à la conférence de Wannsee, près de Berlin, en janvier 1942. »

L'intention est-elle de suggérer un lien de cause à effet entre ces deux sujets, abordés l'un à la suite de l'autre, ou est-ce simplement une construction hasardeuse ?

D'un strict point de vue chronologique, parler d'abord des bombardements massifs, puis de la « solution finale » est, en tous cas, incorrect. La première ville allemande à subir un tel sort fut Lübeck, dans la nuit du 28 mars 1942. La conférence de Wannsee avait eu lieu deux mois plus tôt, le 20 janvier 1942.

L'impressionnant dispositif déployé pour produire « Apocalypse » a à ce point réussi à faire diversion que même les rares critiques négatives n'ont visé que sa forme : était-il vraiment nécessaire de coloriser les images ? Pourquoi celles liées à l'Holocauste n'ont-elles pas subi le même traitement ?

Cette dernière question n'a d'ailleurs pas été poussée au bout de sa logique. Interrogé dans le Parisien du 8 septembre, sur la raison pour laquelle les images en rapport avec l'Holocauste avaient été laissées en noir et blanc, Daniel Costelle a répondu que c'était pour ne pas risquer d'offrir des arguments aux négationnistes, tentés de crier à la manipulation.

Clarke et Costelle croient-ils donc si peu en leur propre affirmation de vouloir « raconter la véritable histoire de la Seconde Guerre mondiale » ? Si leur approche était réellement convaincante, ne pourrait-elle pas, au contraire, faire taire définitivement les assassins de la mémoire ? Il n'est pas à exclure que, conscients de leur tartufferie, ils aient préféré ne pas la pousser aussi loin.

6 commentaires sélectionnés

Portrait de Cyril_B

De Cyril_B

Dans la vie factive | 11H26 | 18/09/2009 | Permalien

Oui, historien de formation et enseignant, j'avais déjà relevé de nombreuses erreurs et raccourcis lors de la première diffision, déçu je n'avais pas regardé la suite.
Le problème est qu'aucun historien n'a participé à cette oeuvre de fiction.

En relisant l'article ci-dessus, je me rends compte qu'une autre énormité y figure :
« Pire encore, bien que l'épisode 4 évoque la venue d'Heydrich à Paris en 1942, il y est juste dit que cette visite avait un rapport avec la “ solution finale ” et non que le bras droit d'Himmler venait négocier directement avec les autorités françaises les modalités de déportation des Juifs de France. Pourquoi frôler cette information sans la donner ? »

C'est totalement faux, les historiens ont montré et prouvé que jamais les Allemands n'ont demandé à Vichy de déporter les Juifs du sol français mais que ce régime en avait pris l'initiative seul (voir la rafle du Vel d'hiv).

L'historiographie évolue, merci de ne pas critiquer une émission bourrée de contre-vérités en en développant d'autres…

Portrait de Le Yéti

De Le Yéti

yetiblog.org | 17H35 | 17/09/2009 | Permalien

Très bonne analyse critique de Vincent Artuso. Mais je ne suis pas persuadé, comme Cyril_B ci-dessus, qu'aucun historien ne participait à la conception de ce documentaire.

Il y a juste des historiens de toutes obédiences et de toutes visions des choses, voilà tout.

Portrait de Blaise11

De Blaise11

Ich liebe mich | 18H48 | 17/09/2009 | Permalien

Ce n'est pas en s'appuyant sur des images d'archives -quand 100 caméras étaient dispos à l'époque, comparées à la profusion indécente d'aujourd'hui- que l'on peut reconstituer fidèlement ce qui s'est passé. Non.

C'est en allant mettre les mains dans le cambouis, en allant fouiller les millions de papiers d'archives de la police des années 30, en allant mettre le nez dans les archives des banques, des institutions financières, gouvernementales et des partis politiques* que l'on comprendra le pourquoi du comment, sans arrières pensées idéologiques.

* par exemple, la génération des 40-70 ans d'aujourd'hui qui se bat pour savoir si c'est le Rouges ou les Bleus les méchants-pas-beaux, sortons leur la liste des partis qui ont voté les pleins pouvoirs à Pétain :

On trouvait des libéraux radicaux, des libéraux centristes, la gauche radicale, le SFIO, la solidarité créole franc-maçonnique, les socialistes, les chrétien-centristes, la droite républicaine, la droite extrême, c'est-à-dire tout l'échiquier politique du moment et on rajoutera les agraires et les sans-étiquettes pour ne vexer personne.

Portrait de chengyang

De chengyang

21H32 | 17/09/2009 | Permalien

Je trouve cette série documentaire bien dans l'air du temps !

On a l'impression que l'Histoire sociale est désormais remisée bien au fond des placards ; on revient à une Histoire factuelle à tendance « psychologisante » dans laquelle on trouve le condensé de toutes les formes de révisionnisme : indulgence grandissante vis-à-vis de Vichy, silence sur la responsabilité de la bourgeoisie dans l'arrivée au pouvoir d'Hitler, silence encore sur le jeu trouble des démocraties occidentales qui mena au pacte germano-soviétique, l'accusation toujours sous-jacente de la responsabilité de la politique de Front populaire dans la débâcle française de juin 1940, l'occultation du rôle majeur joué par l'URSS dans la victoire contre le nazisme…

A travers cette série de documentaires, n'a-t-on pas un aperçu de l'« histoire officielle » que la Vème république finissante dans sa version Sarkozy/Guaino souhaiterait promouvoir ?

Portrait de Simple Mind

De Simple Mind

Contemplatif | 09H23 | 18/09/2009 | Permalien

Juste un petit commentaire aux pseudos redresseurs des vérités historiques.

Si vous êtes autant spécialistes de la question, alors faites-nous en part, et décrivez-nous tous les éléments de cette période sombre dans un documentaire que vous aure réalisé vous-même.

Ah, j'oubliais, bosser dur pendant des années, c'est pas votre truc ! Un petit article de temps à autre c'est plus cool, et bien moins contraignant.

Je suis d'accord sur le fait que tout n'a pas été dit, et que sans doute des erreurs font même parties de ce doc. Mais vous qui savez tout, seriez-vous capables de faire mieux en moins de 320 minutes ?

D'aucun pensait et disait que « les critiques savaient tout, mais qu'ils étaient des incapables indigents. » Avant de vous élever en redresseurs des évènements historiques, faites donc vos preuves dans l'art difficile du montage et du commentaire de tels évènements.

Partial ? Ce doc ne peut que l'être pour des raisons de condensé, mais vous, n'avez rien relevé pour ce qui concernait l'autre versant de ce grand conflit, à savoir les faits historiques ayant trait au japon et aux USA. Peut-être que cette partie du conflit vous laisse indifférent, ou que votre savoir historique demeure très limité.

Dans la vie rien n'est facile, excepté la critique qui est aisée.

Et de là à imaginer des désirs de présenter telles ou telles choses dans un but volontairement délibéré, c'est sans doute pousser le bouchon un peu loin. En plus d'être de brillants historiens, je vois que vous êtes également de vénérables spécialistes en psychologie.

« Il y a les courageux qui osent FAIRE et les aigris qui aimeraient faire. »

Votre post est bien étayé, mais auriez-vous réussi à faire au moins aussi bien que les auteurs d'Apocalypse ?

Pour ma part, j'estime que si ce documentaire, aussi incomplet soit-il, permet au plus grand nombre de réfléchir un tant soit peu sur un tel processus de mort multilatérale, dans les temps obscurs que nous traversons, alors je clame tout haut que ce sera toujours ça de gagné.

Dans un conflit, les salauds se trouvent dans tous les camps, et que bien souvent c'est le cours des évènements qui décide de cela. Mais il faudrait des dizaines voire des centaines d'heures pour traiter de cela. En 312 minutes cela me semble impossible.

Même les historiens de tous bords débatttent encore au sujet de cette tragédie, et vous, vous arguez de faire surgir La Vérité.

En tout cas, je félicite tous ceux qui ont sué pour monter ce documentaire même imparfait, et ceux qui veulent essayer d'exister en critiquant à tout va bien peinard derrière leur clavier un Dimanche soir d'oisiveté. Les deux sont indispensables pour faire bouger le peu d'esprit non occupé par Coca Cola dans les cerveaux des concitoyens.

Portrait de Vincent Artuso

De Vincent Artuso (auteur)

universitaire | 10H50 | 18/09/2009 | Permalien

Je souhaiterai remercier tous ceux qui se sont donné la peine de s'intéresser à mon article et, à plus forte raison, à ceux qui ont bien voulu laisser un commentaire. D'ailleurs je suis ravi de voir qu'à cette occasion on débat d'histoire et c'est là le plus important.

Je respecte toutes les positions, mais souhaite tout de même intervenir sur quelques points, puisque je me vois attaqué sur ma personne.

Très cher Simple Mind, vous écrivez à mon propos : « Ah, j'oubliais, bosser dur pendant des années, c'est pas votre truc ! Un petit article de temps à autre c'est plus cool, et bien moins contraignant. » Ne soyez pas gêné par cet oubli, après tout il est tout à fait normal d'oublier ce que, de toute manière, l'on a jamais su.

Si j'en suis venu aux conclusions que vous avez pu lire, ce n'est pas seulement en raison de mon, apparemment si douteuse, condition d'historien, mais également en tant qu'auteur de documentaires. J'ai ainsi travaillé à l'écriture d'une série de 25 heures consacrée au procès de Nuremberg, diffusée par France Culture. J'ai aussi co-produit une autre série, de 5 heures, sur un sujet différent mais pareillement sensible : l'affaire d'Outreau (également diffusé sur France Culture). Je connais donc très bien la charge de travail qu'impliquent ces longs formats.

C'est cette expérience qui m'a amené à me dire que les choix narratifs qui ont été faits ne sont peut-être pas, comme vous le défendez, dus au manque d'espace mais éventuellement à un choix idéologique.

Encore une fois : Clarke et Costelle trouvent bien 21 secondes pour raconter que la Wehrmacht s'est emparée du stock de caleçons de l'armée française. Ces 21 secondes auraient largement suffi pour parler de la responsabilité de Vichy dans la déportation des Juifs de France. Mais ils n'ont pas fait ce choix. Ils ont même préféré affirmer que c'est Heydrich qui a ordonné cette déportation, alors que les recherches les plus récentes contredisent complètement cette thèse.

Moi qui, tout comme vous probablement, respecte le travail ardu, voire ingrat, celui qui ne vise pas l'argent mais l'honneur : qu'en est-il de celui de tous ces historiens qui passent des années dans les archives pour se faire traiter finalement traiter de vieilles barbes corporatistes ?

Car je peux vous le dire : au niveau historique cette série reste, dans le meilleur des cas, bornée aux interprétations des années 1950 - 1960. Qu'est-ce que cela signifie ? Il y a deux réponses : 1) les historiens n'ont plus rien trouvé d'intéressant depuis. 2) ce qu'ils ont trouvé ne doit pas être dit.

Moi, mon cher, j'ai fait mon choix : si certaines choses n'apparaissent pas, c'est qu'il y a choix délibéré de les taire. Car - et là aussi : encore un fois - ce n'est qu'en taisant le fait que les nazis sont arrivés légalement au pouvoir, grâce à leur alliance électorale avec les conservateurs, que l'on peut faire croire que leur ascension n'est due qu'à la division des partis de gauche.

Alors, pour conclure, cher Simple Mind, laissez-moi vous retourner vos compliments. « Dans la vie rien n'est facile, excepté la critique qui est aisée », avez-vous le culot d'écrire. Premièrement : non, la critique n'est pas aisée, c'est un effort et un risque. Deuxièmement : qui êtes-vous, vous-même, pour me forcer à dire sur quoi j'ai pu travailler ? Qui êtes-vous derrière votre petit pseudo et votre auto-description en tant que « Contemplatif », pour venir me faire la leçon ? Dites-le moi donc, moi, je n'avance pas masqué.

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