
Vu de Suisse, Sarkozy est un « vampire des médias »
En Suisse, Nicolas Sarkozy cartonne : diffusée au début du mois sur la Télévision Suisse TSR, l'enquête intitulée « Sarkozy, vampire des médias » a récolté 33% de part d'audience, quand la célèbre émission d'investigation qui la programmait, Temps Présent, en rassemble autour de 20% sur les sujets étrangers.
Même succès sur Internet, où la télévision le met en visionnage gratuit : déjà 40 000 vues, contre 7000 en moyenne pour les autre reportages. Il faut dire que la Suisse, pays dont la presse avait révélé la rupture entre Nicolas et Cécilia quand personne n'osait le faire en France, porte un regard étonné sur l'indépendance -ou plutôt le manque d'indépendance- des médias en France.
Ce qui donne, en 28 minutes (que nous diffusons intégralement), un panorama complet, à la fois édifiant et déprimant, des rapports entre le président de la République et les médias français. Edifiant puisque l'enquête constitue un efficace résumé des nombreuses manifestations des curieuses relations qu'entretient Nicolas Sarkozy avec les journalistes. Alain Genestar, David Pujadas, Daniel Schneidermann et d'autres confrères moins connus témoignent.
La France a une presse de révérence
L'un d'eux, lors d'un déplacement présidentiel, résume ainsi la situation :
« Nous sommes incapables de faire autre chose que de suivre le parcours qui nous est indiqué. »
Autre intervention intéressante, celle de l'humoriste Didier Porte, même si l'on peut considérer que l'émission de France Inter « Le Fou du roi » n'est pas « le temple de l'humour radiophonique » où « tous les dérapages sont permis ».
Cette enquête est aussi passablement déprimante, quand on voit les
exemples du renvoi d'Alain Genestar ou d'une presse riant de bon cœur quand Nicolas Sarkozy chambre le directeur de Libération, Laurent
Joffrin, pendant ses vœux à la presse de 2008.
Pour Jean-Michel Thénard, journaliste au Canard Enchaîné, cette très curieuse communauté d'humour entre un gouvernant et des journalistes au détriment d'un des leurs s'explique par une spécificité très française : le fait que nous ayons une « presse de révérence » plutôt que d'investigation. (Voir la vidéo)
Pour deux raisons, un des temps forts de l'enquête est l'émission 19/20 du 30 juin 2008 sur France 3. D'abord parce que la journaliste Audrey Pulvar, qui a eu l'outrecuidance de poser une question gênante à Nicolas Sarkozy ce jour-là (sur le nombre d'interpellations nécessaires pour parvenir au quota de 25 000 expulsions annuelles), s'explique sur ce qu'elle a ressenti face aux réactions de l'invité. Agacement froid de Sarkozy, relances calmes mais insistantes de Pulvar.
Ensuite, parce que ce sont les images « off » précédant ce 19/20 que Rue89 a révélées le soir-même, avec des conséquences édifiantes : convocation de quatre journalistes de Rue89 et de France 3 à la police judiciaire, le 1er avril dernier (aucune nouvelle depuis), au moment où l'équipe de la TSR tournait à Paris.
Un « triste record d'Europe » des intimidations contre les journalistes
Ce lamentable épisode vaut à l'auteur de ces lignes de figurer dans leur enquête, pour un « scoop » encore moins « Watergate » que celui qui a causé le renvoi d'Alain Genestar de la direction de Paris Match (Cécilia Sarkozy et Richard Attias se papouillant à New York).
Le 1er avril, le secrétaire général de Reporters Sans Frontières, Jean-François Julliard, faisait ce constat :
« La France détient aujourd'hui le triste record, en Europe, du nombre de perquisitions dans les rédactions et du nombre de journalistes mis en examen ou placés en garde à vue.
La France fait moins bien, aujourd'hui, que les nouveaux entrants dans l'Union européenne, des pays comme la Pologne, la Buglarie, la Roumanie où il y a encore pas longtemps des journalistes pouvaient se faire casser la gueule au coin d'une rue parce qu'ils avaient enquêté sur une affaire sensible. » (Voir la vidéo)
► Sarkozy, vampire des médias - Enquête de Sarah Perrig et Alexandre Bochatay - rediffusée sur TV5 Monde le 25 juin à 21 heures et visible sur le site Internet de la TSR. Merci à la télévision suisse de nous avoir autorisés à diffuser l'intégralité du reportage.
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
- ► « On est étonnés par le climat de peur dans les médias français » : une interview du directeur des programmes et d'une productrice de la TSR
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De gerard2
flicaillon retraité | 15H25 | 12/06/2009 |
Je vous assure qu'il n'y a pas besoin d'être en Suisse , pour le savoir ! ! !
Ici, en France, c'est a peine si j'ose encore allumer la télé pour les infos, et il en va de même pour les radios… Je n'achète plus jamais un quotidien quelconque… Trop peur de voir et d'entendre, lire, encore et encore, l'omnipotent, l'omniprésent, dire des bêtises et faire du cirque…
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 16H03 | 12/06/2009 |
Ce que montre très bien le sujet de la TSR, c'est que Sarkozy ne fait au fond qu'exploiter, intelligemment et totalement, la complaisance de la plupart des journalistes et des organes médiatiques.
Sous ce rapport, l'épisode Joffrin me reste durablement en travers du gosier parce qu'il aurait suffi que les journalistes ne rient pas à l'énoncé de la très magistrale bourde sarkozienne pour que l'effet tombe à plat. (Au passage, je me demande si la leçon aura porté ou si, la prochaine fois que Sarkozy étrillera un journaliste, Joffrin ne sera pas parmi les premiers à rire…)
Sarkozy pousse son avantage aussi loin qu'il le peut, et fait bien attention à ne pas aller trop loin. C'est ainsi qu'il a été l'un des premiers à l'UMP (et pas seulement au bal des faux-culs ! ) à manifester son émoi lors de la garde à vue de De Filippis.
Bon, encore un effort et il prendra la défense de Rue89 dans la ridiculissime affaire du off de France 3 : ça serait marrant à voir, non ?
De Boduacus
17H04 | 12/06/2009 |
Les rires des journalistes quand Sarkozy a répondu à Laurent Joffrin révèlent deux choses :
- La servilité de ces journalistes, au moins de ceux qui se sont esclaffés.
- Leur ignorance qui vaut celle du machin qui nous sert de président : contrairement à ce qu'il disait d'un air moqueur et sûr de lui, il existait des monarchies qui n'étaient pas héréditaires : Certains souverains étaient choisis par une « élite », d'autres élus par le peuple.
Peut-être NS aurait-il appris cela s'il n'avait pas échoué à Sciences Po.
De Liger
liger.amsud.net | 17H14 | 12/06/2009 |
Merci à la TSR pour ce reportage, qui prouve qu'on peut faire de la télévision sans être à genoux.
Je trouve toutefois que la thèse du pauvre journaliste manipulé par la pression de l'emploi et le savoir faire de Sarkozy est un peu complaisante avec la profession.
La MAJEURE pression sur les journalistes en France est la pression « affective ». Pour qui ne cultive pas son indépendance, quitte à traverser des périodes sans source, il est inévitable de se retrouver sans liberté de critiquer les politiques avec qui on a trop partagé.
La carrière journalistique est un investissement dans la liberté. Ce n'est pas qu'un option de carrière en sortie de Sciences-Po.
Tout ça me rappelle une celebre interview de Miterrand par la télévision Belge. Le « culot » des journalistes belges pouvait aussi contraster avec ce qu'on voyait en France.
Ce n'était pas le même Président, mais les journalistes français étaient déjà aussi faibles.
De sinclair
18H15 | 12/06/2009 |
D'abord vu de France et d'ailleurs c'est la même chose.
Les médias français souffrent d'un manque d'indépendance , pratiquement tous les médias sont la propriétés de groupe industriels et ou financier. Ces mêmes contrôlent indirectement voir directement la politique et entretiennent des liens qui ne devraient pas exister.
Les journalistes sont serviles par crainte pour leur travail et par facilité l'investigation est l'exception ou sous autorisation express. Enlevez l'AFP ou Reuters et l'information est tarie. La preuve 20 minutes quelle différence entre les articles de 20 minutes et celles de la presse au quotidien ou télévisuel ? pas évidente mêmes articles mêmes sujet mêmes contenus.
Pour couronner le tout la loi sur la liberté de la presse est « assouplie » régulièrement et les méthodes d'intimidation policière ou judiciaire ne manquent pas. Une bonne petite garde a vue calme les énervés. Les poursuites judiciaires permettent aux quelques indépendant qui restent de leur tenir la bride serrée.
Le tout dans la passivité la plus complète voir l'indifférence. Ainsi la France pays des « droits de l'homme » avec » liberté égalité » écrit aux frontons de établissement publique devient peu a peu un état ou les libertés se réduisent comme peu de chagrin pour approcher le bas de l'échelle des pays européen en matière de libertés.
Triste, déprimant et inquiétant pour l'avenir.
De brothe
chercheur Postdoc | 18H32 | 12/06/2009 |
J'avais regarde il y a qq mois (plus d'un an maintenant ! ) le reportage d'Arret sur Image sur les media et la campagne presidentielle.
Serieusement, je ne comprend pas.
On dirait que les journalistes cherchent tellement a etre familier (ce n'est pas un mot en l'air, on sentait l'ambiance famille entre Sarko et les reporter) avec le pouvoir qu'ils ne font plus leur travail.
Sarkozy, lui, il semble se comporter avec les journalistes comme il se comporte avec tout le monde. Il exerce la meme pression sur les journalistes, comme sur ses confreres politiques. C'est sa facon d'etre, peut etre meme son metier et son role.
Autant on peut lui reprocher son comportement sur des sujets comme l'insecurite, l'immigration, la repression a outrance, la gestion des prisons ou la disparition de l'industrie en france au profit de la distribution et des banques ; autant si le journalisme a presque disparu en france (je suis desole, mais c'est vrai), ce n'est pas a Sarko qu'il faut s'en prendre.
C'est vraiment l'ensemble des professionel du secteur (proprietaires de journaux, journalistes, editeurs …) qui dans l'ensemble recherchent le pantouflage amical avec le pouvoir en place plutot que la confrontation.
On ne peut pas reprocher au president de ne pas aimer ceux qui « posent les questions qui derangent ». Personne n'a dit que ca devrait etre facile et confortable de titiller le pouvoir.
Mais serieusement, il faudrait quand meme que les journalistes se bougent un peu pour etre autre chose que des portes paroles.
J'ajouterai aussi qu'arriver a etre plus neutre, plus diplomatique et moins agressifs que les suisses, c'etait une gageure difficile.