La lente agonie du peuple de Béring sur Thalassa

Voilà pas loin de quinze ans que Frédéric Tonolli connaît les Tchouktches. Une partie de ce peuple vit tout au bout de l'Extrême Orient, au bord du détroit de Béring. Réalisateur et caméraman, Frédéric Tonolli a vécu de longs mois en leur compagnie. Trois années, au total, depuis son premier reportage sur ces « Seigneurs de Béring » (prix Albert-Londres en 1996). Thalassa présente ce soir « La mort d'un peuple », film exceptionnel tourné pendant dix ans.

En partageant leur quotidien, le reporter s'est lié d'amitié avec Andreï, Sergueï, Irina et les autres. Ils vivent à Ouélen, un village de 769 habitants tourné vers la mer. Chasse au morse ou à la baleine, marches, fêtes, discussions avec Joukov le chauffagiste devant son fourneau à charbon. Sous le cercle polaire, l'hiver est long et rude. Si le ciel est très clair, on voit l'Alaska, juste en face. La caméra tourne encore.

Autrefois, du temps de l'URSS, ces Tchouktches du littoral avaient abandonné leur activité de chasseurs. L'Etat les salariait, comme la centaine de Russes installés au village. Aujourd'hui, ces derniers touchent de modestes traitements de fonctionnaires, qu'ils complètent en distillant de la vodka. Les Tchouktches, eux, chassent à nouveau.

La mer change, l'alcool ronge, les suicides se multiplient

L'alcool, que ce peuple ne connaissait pas, ronge peu à peu l'âme tchouktche. Leur organisme ne peut pas l'assimiler, et leur métabolisme le fixe… Les Tchouktches y passent leur salaire, en achètent à crédit. La vodka durcit leurs rapports humains.

Difficile de renouer avec des traditions passées à la javel du totalitarisme. Au « progrès » imposé par l'URSS a succédé la lointaine politique du gouverneur de Tchoukotka jusqu'en 2008, l'oligarque Roman Abramovitch. Le changement climatique change la mer nourricière. Deux ou trois fois l'an, les villageois assistent au débarquement surréaliste de touristes occidentaux, qui posent autour d'eux pour les photos.

Frédéric Tonolli, improvisé « scribe » de ce peuple taiseux, comprend en 1999 qu'il enregistre la fin de son histoire : « J'ai compris que je ne reverrai pas certains de mes amis. » Le récit de son film débute cette année-là :

« A mon retour, en 2001, il en manquait déjà. Le compte à rebours avait commencé. »

Les suicides touchent toutes les familles ; trois enfants de moins de 15 ans pour la seule année 2005. Pour les autres, l'agonie continue. (Voir la bande-annonce).


Cette lente tragédie, Frédéric Tonolli la raconte avec pudeur, poésie et retenue, sans excès d'esthétisme malgré des paysages impressionnants. Le réalisateur a vécu la vie des Tchouktches ; il nous la montre, dans toute sa richesse et sa tristesse. Son film n'est pas larmoyant, mais des larmes viennent car ce destin serre le coeur.

La mort d'un peuple - Les dernières chasses des seigneurs de Béring - vendredi 1er mai à 20h35 dans Thalassa, sur France 3.

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 11H59 | 01/05/2009 | Permalien

J'aime bien ces alertes d'émissions TV et vous n'en faites pas assez car il y a beaucoup de riverains qui naviguent « à vue » et un petit coup de pouce est le bienvenu.
C'est un service que rend ARTE en s'inscrivant et en précisant ses centres d'intérêt.
C'est un service que peut rendre Rue89.

Portrait de vermisseau

De vermisseau

étudiant en agriculture raisonnée | 21H24 | 01/05/2009 | Permalien

le documentaire vient de se finir, je suis pétrifié
comment est ce possible ? comment en est on arrivé là ?
et surtout, comment pourrait on y remédier ? ? est il possible de réparer le mal qui a été fait ? ?

Portrait de jean.pierre

De jean.pierre

21H55 | 01/05/2009 | Permalien

tres beau

Portrait de targon

De targon

précaire de la recherche | 22H32 | 01/05/2009 | Permalien

Le réalisateur Frederic Tonolli est d'origine arménienne et a aussi tourné dans le caucase

le lien suivant est en VOD (pas cher)
http://www.vodeo.tv/fiche-realisation-1087-frederic-tonolli.html

Je n'ai aucun intérêt financier dans l'affaire

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