27/03/2009 à 11h41

Russie : le meurtre d'opposants, spécialité de Poutine-Medvedev

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

(Du Touquet)

Présenté en compétition officielle au Figra, dont Rue89 est une fois de plus partenaire, le film « Meurtres en série au pays de Poutine » fait froid dans le dos : les témoignages filmés sont soit ceux de personnes assassinées, soit ceux de leurs bourreaux présumés et leurs soutiens.

Des morts et de présumés bourreaux dans une Russie heureuse d'avoir retrouvé sa fierté nationale, voilà l'histoire vraie que conte la journaliste Manon Loizeau dans ce film tourné avant la dernière présidentielle russe et diffusé à l'époque par Arte.

On y croise, du temps où ils vivaient encore et s'opposaient haut et fort à la politique de Vladimir Poutine, des journalistes comme Anna Politkovskaïa ou Iouri Tchikatchikine, ou d'anciens du KGB comme Alexandre Litvinenko, ou encore des députés de l'opposition.

Puis ils meurent, dans des circonstances souvent mystérieuses, et jamais élucidées depuis. (Voir la vidéo).

D'autres journalistes, d'autres anciens du KGB et du FSB (successeur du KGB, dirigé par Poutine avant son arrivée au pouvoir) témoignent et racontent le brouillage croissant des frontières entre le pouvoir politique du pays, les services secrets et les mafias.

Un ami de Litvinenko qui vit en exil à Londres :

« Il est impossible de dire qui travaille pour qui, si ce sont les bandits pour les services ou les services pour les bandits. »

Poutine a rendu leurs privilèges aux espions, et sa fierté à la Russie

Un des personnages principaux du film est Andreï Lougavoï, que la justice britannique soupçonne d'être l'assassin de Litvinenko. On suit cet ancien du KGB, qui a fait fortune à la tête d'une société de sécurité, alors qu'il chasse en Sibérie ou fait campagne pour se faire élire député du parti nationaliste de Vladimir Jirinovski.

L'homme est sympathique, il raconte comment il s'est senti humilié, sous Eltsine, de devoir faire la queue pour obtenir du lait.

Poutine a redonné leurs privilèges aux services secrets, et sa fierté nationale à la Russie. Poutine, et son successeur Medvedev, sont donc extrêmement populaires en Russie, et des hommes comme Lougavoï sont considérés là-bas comme des héros -Superman, dit un « Russe moyen » dans le film. Ce qui permet à Superman-Lougavoï de déclarer ceci à Manon Loizeau :

« Je fais partie de cette génération qui va déterminer la politique intérieure et extérieure du pays pour les vingt prochaines années. »

Manon Loizeau, qui travaille sur la Russie depuis le milieu des années 90, commence à y perdre des amis, qui la trouvent trop « antirusse ». En rappelant que les assassinats continuent, elle explique pourquoi, depuis le tournage de son film, rien n'a changé (Voir la vidéo).

La jeune femme, lauréate (avec Alexis Marant) du prix Albert-Londres en 2006 et du grand prix du Figra en 2007 pour « La Malédiction de naître fille », n'est pas retournée en Russie depuis le tournage de « Meurtres en série... ». « Ça ne m'était pas arrivé depuis une quinzaine d'années », explique-t-elle.

Mais lorsqu'elle a regardé le carnet où elle notait les noms de ses amis morts, elle a eu le vertige. « Une trentaine ». Elle compte cependant y retourner sous peu.

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  • spouny_boy
    • Posté à 12h10 le 27/03/2009

    WOW ! !
    Il en faut du courage je trouve mais malheureusement j'ai peur qu'elle ne soit déjà sur la liste noir de Poutine et qu'elle reçoive quelque visites indésirables.

    Merci Manon Loizeau pour ces prise de risques, j'espère que le fait de ne pas être russe te protègera mieux qu'Anna et ses compatriote engagé.

    PEACE

  • matmat46
    • Posté à 13h57 le 27/03/2009
    • Internaute
      libre penseur

    ridicule. L'auteur de cet article ferait bien de vivre en Russie pour se rendre compte que la réalité sur place est bien plus complexe qu'il n'y parait. Livitchenko (ex FSB au passage..) par exemple a été empoisonné au Polonium avec une quantité valant environ ... 30 millions d'euros ! ! Pourquoi ne pas avoir utilisé un poison plus discret et moins cher ? C'est simplement un message. : vous voulez du polonium (qui ne peut servir – renseignez vous – qu'a faire une bombe sale à utiliser rapidement (demie-vie de 4mois)), vous allez en avoir, et même en manger ! Honnêtement, je pense que n'importe quel service secret au monde aurait fait la même chose, je ne suis même pas sûr que ce soit la Russie qui l'ait ordonné.

  • ecor1
    ecor1
    sur le fil
    • Posté à 14h30 le 27/03/2009
    • Internaute
      sur le fil

    La Russie a encore des methodes un peu archaiques pour controler la presse. Quand on pense que le president russe a recours a l'assassinat alors qu'avec les methodes modernes il suffit de décrocher le combinet de son téléphone pour demander à son « frère » d'arranger tel ou tel truc ou d'étouffer tel ou tel autre. Voila un point sur lequel Poutine a apprendre de Sarkozy, en espérant que ce ne soit pas l'inverse qui se passe.

  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant répond à spouny_boy
    journaleux - blogueur
    • Posté à 14h30 le 27/03/2009
    • Internaute
      journaleux - blogueur

    Après sa première diffusion de février 2008 sur Arte, le blogue « Une Russe à Paris » en avait parlé, en bien :
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    bonne lecture !