02/03/2009 à 23h19

« Dati l'ambitieuse » ou l'ascension d'une auto-pistonnée


Un documentaire diffusé ce mardi soir sur Arte raconte la « saga » Dati. Un contre-exemple de la méritocratie vantée par Sarkozy.



Rachida Dati fait la bise à l'ancien Premier ministre Alain Juppé le 5 février 2009 (Regis Duvignau/Reuters).

Rachida Dati comme vous ne l'avez jamais vue ! Une promesse déjà maintes fois vendue, à longueur de couvertures de magazine. Mais rarement respectée. Mis à part en décembre 2007, quand la Garde des Sceaux pose dans Paris Match en robe Dior, talons aiguille et bas résille, dans un palace parisien. Avec les conséquences désastreuses que l'on connaît sur son image.

« Gratter le papier glacé des magazines », c'est le pari qui est annoncé dès les premières minutes de « Dati l'ambitieuse », le documentaire réalisé par les journalistes Antoine Vitkine et Taly Jaoui, diffusé ce mardi sur Arte à 20h45. Un pari amplement réussi.

Ne pas s'attendre à trouver des révélations fracassantes sur la ministre de la Justice. Ni à voir ses réformes décortiquées par des juristes spécialisés sur chacune des questions débattues depuis l'arrivée de l'intéressée place Vendôme. L'intérêt dudit documentaire ne réside pas là, puisque Rachida Dati n'aura été que le « bon soldat » de Nicolas Sarkozy, comme le montre la bande-annonce. (Voir la vidéo)



Si ce documentaire fait date, ce sera par la pertinence de sa démonstration, interviews à l'appui (y compris de la ministre en personne). Comment, à la force des réseaux, cette étoile de la sarkozie est-elle parvenue à briller si fort ? Pourquoi son scintillement ternit-il aujourd'hui ? La « saga » Dati, ou l'exemple inverse de de la méritocratie vantée par Nicolas Sarkozy, expliquée depuis la naissance de cette « Rastignac moderne ».

« L'une des seules musulmanes de l'école »

Rachida Dati voit le jour en 1965 à Chalon-sur-Saône (Bourgogne), dans « une citée de parents immigrés et illettrés », père maçon et mère au foyer d'origine marocaine. C'est la première à naître en France d'une fratrie de douze.

Sa chance viendra très tôt, raconte le documentaire, le reste ne sera ensuite plus que le résultat de relations certes, mais de relations qu'elle aura forgées par elle-même. Cette chance prend la forme d'un chantier sur lequel son père travaille, dans l'école catholique de filles « Le devoir », l'un des meilleurs établissements privés de la ville.

Son père demande au directeur d'accepter sa fille. Réponse favorable. Elle devient « l'une des premières et des seules musulmanes de l'école » et y apprend l'excellence. Un père pas si ouvert que les apparences le laissent à penser : il mariera sa fille quasiment de force l'année de ses 27 ans, mais elle parviendra aussitôt à faire annuler cette union.

Très tôt pourtant, elle tentera de s'extraire du carcan familial. Dès 18 ans et son bac en poche. Direction la commune voisine de Dijon et la faculté de médecine. Quitte à financer elle-même ses études en travaillant dans le centre hospitalier de la ville.

« Albin Chalandon a changé le cours de ma vie »

Là intervient assurément l'épisode le plus marquant du documentaire. Recalée à l'issue de ses examens, la jeune Rachida n'entend pas redoubler comme nombre d'étudiants de première année de médecine. Non, elle se souvient de Josette Olawinski.

Ancienne maire-adjointe de Chalon-sur-Saône, elle distribuait les aides sociales à la famille Dati. Et connaît par ailleurs... le doyen de la même faculté de médecine. Rachida Dati la convainc de l'appeler. Il refuse de modifier ses résultats.

Alors, elle monte à Paris, selon l'expression consacrée. Une réception est donnée en l'honneur du garde des Sceaux de l'époque, le très renommé Albin Chalandon. Elle fend la foule, fonce sur le ministre, obtient un déjeuner. Il sera son mentor. « C'est quelqu'un qui a changé le cours de ma vie », confie-t-elle.

Albin Chalandon et sa femme Catherine Nay, journaliste à Europe 1, la prennent sous leur aile, mais conservent un regard lucide sur leur protégée. Lui : « J'ai été tout de suite convaincu et plein de l'idée qu'il fallait que je l'aide », même si elle était « fatigante ». Elle : « Elle a écrit à la moitié du “Who's Who'”, Jacques Attali, Jean-Luc Lagardère, Simone Veil...

“T'as envie de finir caissière dans un supermarché ? ”

Les portes s'ouvrent. Un travail chez Elf, une formation d'économie à la faculté d'Assas, puis de manager sur le campus d'HEC. En 1994, elle obtient sa première mission de Simone Veil, alors ministre des Affaires sociales. Rachida Dati joue de sa qualité de jeune femme d'origine immigrée, elle est toute désignée pour tenter de régler le problème que posent les centaines de jeunes filles qui arrivent voilées à l'école.

Elle se démène, provoque. “T'as envie de finir caissière dans un supermarché ? ” Quand ses arguments font mouche, elle s'en félicite tout haut. Mais la mission ne rencontre pas les résultats escomptés. Si la politique n'est pas faite pour elle, ce sera alors la magistrature, lui conseillent ses mentors.

“Moi, magistrate ? ”, répond-elle à l'époque, avant de se résigner. Elle exercera cinq ans cette fonction trop étriquée pour elle. En 2002, elle toque à la porte de Nicolas Sarkozy. Comme avec Albin Chalandon, elle lui écrit, le rencontre, le mitraille de paroles et parvient à le convaincre. Elle ressort du ministère de l'Intérieur avec une proposition d'embauche au poste de conseiller technique chargée de la délinquance.

“La France permet des parcours comme le mien”

S'ensuit, dans la seconde moitié du documentaire, son histoire récente, plus connue. Son ascension à l'intérieur du ministère. Jusqu'à devenir porte-parole du candidat Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2007. Son amitié avec Cécilia qui “a déterminé plus qu'elle ne le dit sa carrière”, la méfiance de Carla, et son gout immodéré du luxe, qui irritera même le Président bling-bling et entamera sa période de disgrâce, couplée à des problèmes relationnels avec les syndicats de la magistrature, ainsi que les membres de son cabinet qui la quittent un à un.

Son siège place Vendôme devenant chaque jour plus inconfortable, Rachida Dati préfère accepter un nouveau rôle moins dans la lumière. Elle sera exfiltrée en juin prochain du gouvernement pour la campagne des européennes et la place de numéro deux sur la liste UMP en Ile-de-France.

Elle ne compte pas pour autant changer la manière de gérer sa carrière. Elle aurait fait le forcing pour voir le pape, obtenir le numéro de portable de Barack Obama... “Un pays comme la France permet des parcours comme le mien”, glisse-t-elle au début du documentaire. Est-ce nécessaire de s'en vanter ?

“Dati l'ambitieuse”, mardi 3 mars à 20h45 sur Arte, Antoine Vitkine et Taly Jaoui, 45 min, Doc en stock, 2009.

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Les bonnes feuilles de « Belle-Ami », le livre sur Rachida Dati de Michaël Darmon et Yves Derai, sur NouvelObs.com

Photo : Rachida Dati fait la bise à l'ancien Premier ministre Alain Juppé le 5 février 2009 (Regis Duvignau/Reuters).

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  • Banana ex de juanitoto
    • Posté à 23h50 le 02/03/2009

    Yann Barthès - dans son petit journal actu- nous l'a souvent montrée au conseil municipal de paris , lisant le journal, textotant, se limant les ongles ou bavardant avec ses voisins. Bon, elle fait comme elle peut !
    Et la semaine dernière, il l'a montrée de nouveau parce qu'elle posait une question lors de ce conseil municipal. Puis de préciser, malicieux, « mais là elle est filmée par arte pour un documentaire. » Sur son pupitre, ni journal, ni téléphone.

  • pastous
    pastous
    assistant
    • Posté à 23h51 le 02/03/2009
    • Internaute
      assistant

    L'extrait du reportage est tout simplement affligeant. Aucun esprit critique, aucun esprit tout court. Avoir Albin Chalendon comme mentor (il a du lui expliquer de belles sur le Ministère de la justice), et Nicolas Sarkozy comme menteur, quel bel exemple d'arrivisme pur jus.
    Ce qui m'énerve le plus c'est qu'on est forcément touché par son parcours. Cela révèle qu'il existe un énorme problème en France de mixité dans la vie politique, car pour éprouver quelque chose (je suis incapable de qualifier ce sentiment), il y a un gros soucis !

  • superdesch
    superdesch
    commercial
    • Posté à 04h01 le 03/03/2009
    • Internaute
      commercial

    hormis cela
    quelqu un a t il des nouvelles de rachida dati ? ?
    tous les ministres ont ete au charbon pour relayer la derniere intervention du chef de l etat, mais pas de rachida.
    Depuis le debut de l année les detenus tombe comme des mouches dans nos prison et pas de rachida.

    faut il attendre les nouvelles collections pour la voir reaparaitre ?

  • princess
    princess
    Cadre
    • Posté à 11h38 le 03/03/2009
    • Internaute
      Cadre

    Bonjour à tous les lecteurs de rue89.

    Je trouve indécent le procès permanent que l'on fait à Rachida Dati. Sarko a réussi à rafler les votes des Français d'origine étrangère grâce à ses performances médiatiques et celles de Rama Yade lors de la campagne présidentielle. J'ai suivi toutes les campagnes éléctorales et ce, depuis plus de trois décennies, je n'ai jamais vu une femme (ni un homme) aussi convaincant(e) (tout comme Rama Yade) lors des longs et difficiles débats télévisés.
    Que savez-vous, vous tous qui la clouez au pilori du fait de venir d'une famille de 12 enfants, d'un milieu en bas de l'échelle ? Citez-moi au moins une personne qui ait ce profil ? Voulez-vous laisser la place à nos parlementaires qui sont enracinés au sein d'une féodalité totale dans notre vieux système où l'on observe des dynasties d'élus, de stars, de comédiens, de chanteurs sans talent particulier...et qui ne laisseront jamais leur chance à ceux qui veulent entrouvrir la porte et réussir là où pour eux tout fut facile. Etre d'origine maghrébine aujourd'hui reste un énorme handicap. Je suis jolie, je n'ai ni faciès, ni accent, un français parfait et une belle diction, d''excellentes connaissances et de grandes compétences reconnues par tous. Pourtant, lors d'entretiens d'embauche, on m'a demandé 9 fois sur 10 mon origine pour ne pas me choisir ensuite. Qui plus est, on a choisi à ma place une Libanaise pour un poste qui m'était réservé sur l'excellence de mes compétences : tout simplement parce-que dans l'échelle de l'arabité, les Libanais sont perçus positivement, alors que les Maghrébins sont systématiquement mis de côté ! J'ai donc repris mes études à presque 50 ans pour valider mes connaissances de manière irréprochable, c'est un comble...
    On critique les ambitions ? La France est en train de sombrer justement parce qu'il n'y a quasiment plus d'ambitions au sein de son territoire et de ses générations...L'ambition n'est pas un défaut. Il est préférable d'avoir des ambitieux que des traînards, jamais contents et fatalistes qui attendent que les choses arrivent.
    Pourquoi vouloir assassiner médiatiquement Dati ? Qu'elle fasse des erreurs, c'est une certitude. Tous nos politiques en font et même des énormes. Il n'y a qu'à entendre Bachelot sur la réforme de l'hôpital, Pécresse sur les universités, Morano avec ses propos péremptoires voire agressifs. Si Dati était blonde, Franco-Française ou de confession juive, on ne la traquerait pas autant...Guigou en son temps, qui a occupé le même poste a commis de grandes erreurs sans pour cela être traquée ainsi, notamment dans sa manière de s'habiller. On insiste sur les tenues Dior de Dati, mais parle-t-on des dizaines de tailleurs sur mesure de chez Chanel (si vous en connaissez le prix) de Simone Weil ? Si Dati est sexy, c'est qu'elle appartient à une génération où la mode toute entière est basée sur des tendances sexy. Même les femmes BCBG portent des décolletés, des tenues moulantes, ce qui n'a jamais été le cas auparavant.
    Moi tout cela me navre, me consterne. En cassant Dati systématiquement comme on a tenté de casser Rama Yadé on casse le mouvement possible d'ascension des Français d'origine étrangère, des bruns des noirs des mats, des typés, des colorés, et des femmes tout simplement ! Venir des cités, vous n'avez pas idée de ce que cela représente. En martelant négativement l'ascension de Dati vous les médias faites le jeu de nos élus, de nos parlementaires qui appartiennent tous à un sérail bien protégé et qu'ils ne veulent en aucun cas partager ni laisser aux nouvelles générations et surtout pas à ceux qui n'appartiennent pas à leurs castes de privilégiés.
    Arriver au faîte de la République sans réseau est impossible puisqu'en France tout particulièrement le système entier repose sur « le réseau ». Pour un simple job d'assistante de direction, « le piston » joue. Quant à devenir ministre...
    Venant d'un milieu défavorisé mais avec des parents formidables, je sais l'immense difficulté de vouloir se hisser hors des fatalités toutes faites que nous impose le système français. L'égalité des chances est bancale. Parce que pour aller dans une grande école il faut un prêt, pour un prêt une caution, pour une caution il faut un garant, donc un très bon salaire des parents...et un job d'étudiant ne peut suffir auprès des banques. Réussir au plus haut relève d'un effort titanesque sur plusieurs années...
    Alors je dis : BRAVO A RACHIDA DATI ! Elle prouve à chacun que la réussite est à la mesure de la volonté et du travail. Et je ne suis pas UMP !

  • politiquepointnet
    politiquepointnet
    Rédacteur de Politique.net
    • Posté à 15h10 le 03/03/2009
    • Internaute
      Rédacteur de Politique.net

    Série en 4 épisodes de Belle-Amie :

    1. Belle-Amie : un portrait à charge de Rachida Dati
    Lien

    2. Une ministre incompétente donc agressive avec ses collaborateurs
    Lien

    3. Une séductrice, intrigante et souvent ingrate
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    4. Comment Rachida Dati est devenue ministre de la Justice
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  • Guilll
    Guilll répond à princess
    Argloup
    • Posté à 16h25 le 03/03/2009
    • Internaute
      Argloup

    Désolé mais je ne comprends pas ce que vous essayez de dire.

    Rachida Dati fait partie d'une minorité visible, en proie à de graves difficultés dues au racisme. Elle est pourtant parvenue à entrer au gouvernement. Jusque là, rien à redire. Cela témoigne bien sûr d'une évolution positive : il y a quelques années, l'idée d'une femme arabe (les termes « maghrébine » - qui désigne une habitante du Maghreb - et « issue de l'immigration » - qui, au sens propre, s'applique à la totalité de la population française - sont incorrects) fasse partie d'un gouvernement aurait été impensable.

    Mais est-ce une raison pour accéder par copinage à un poste pour lequel elle n'a aucune des compétences requises ? Pour prendre des mesures catastrophiques qui font l'unanimité contre elle ? Pour dépenser en vêtements et bijoux des sommes industrielles d'argent public ?

    Pourquoi devrait-on accepter d'une personne des comportements pareils, sous prétexte qu'elle est membre d'une minorité visible ? Parce que « pour une arabe c'est déjà bien » ? Est-ce à dire qu'en France il n'existe pas d'arabes, de noirs, d'asiatiques, qui seraient capables de faire mieux que Mme Dati ? C'est ce que l'on appelle du racisme.

    Que des personnes qui sont victimes de handicaps sociaux (racisme, pauvreté) « réussissent », comme vous dites, cela ne peut qu'être salué. Mais Mme Dati n'a pas « réussi ». S'empêcher de constater cet échec serait au mieux de l'aveuglement, au pire une forme de racisme. Vivent les ministres arabes, noirs, asiatiques, homosexuels ... au gouvernement, pourvu que ce soient de BONS ministres !

  • fée clochette
    • Posté à 07h16 le 04/03/2009

    après avoir vu ce documentaire, je mesure à quel point j'ai été bernée par cette femme dont j'ai salué ce que je croyais être l'ascension par le travail et le mérite. En fait il s'agit d'une arriviste hors pair, ayant tous les culots, prête à tout pour arriver. Elle dessert complètement la cause des jeunes femmes beures ce qui est bien dommage.