Pourquoi le dopage touche aussi les sportifs du dimanche

Le dopage a des racines historiques dont les ressorts secrets ne sont pas propres au sport. C'est un phénomène de société. Que l'on soit artiste, homme d'affaires ou a fortiori « sans travail », un impératif commun nous mobilise : la lutte contre le stress.

L'insécurité des personnes et de l'emploi, les difficultés permanentes de la vie, qu'elles soient familiales ou professionnelles et l'incertitude du résultat poussent tout un chacun à tout mettre en œuvre pour se sécuriser.

Il existe alors différents moyens de gommer les difficultés de la vie ou de l'effort, la liste n'étant pas exhaustive : la drogue, l'alcool, la suralimentation, le café, le tabac et, bien sûr, le dopage.

Les médicaments de toute nature, en particulier tranquillisants et anxiolytiques, font également partie de la panoplie de ceux qui appréhendent de capituler devant les agressions d'un environnement de plus en plus hostile. Ce que confirme le professeur Yves Pélicier, psychiatre à l'hôpital Necker de Paris :

« Nos contemporains semblent percevoir toute souffrance physique ou mentale comme intolérable. Il recourent au médicament comme au seul moyen scientifique de maîtriser leur angoisse. »

TOUS DOPÉS ?
Tranquilisants, somnifères Avec 70 millions de boîtes venudes en 2000, la France est le deuxième consommateur européen (source : Quid 2004).
Boissons La France est médaille d'or pour la consommation de vin et médaille d'argent pour l'alcool. Curieusement, pour les eaux en bouteille, nous arrivons largement en tête avec 50 litres par an.

Ce brillant palmarès concernant le vin et l'eau qui, au premier abord, peut paraître contradictoire, doit être dû au fait que le Français met de l'eau dans son vin !

Alimentation 7% des Français mangent pour lutter contre leur angoisse
Cannabis Actuellement, 1,2 million de personnes en consomment au minimum dix fois par mois (source : OFDT 2007)

Le sportif, plus que quiconque, a continuellement besoin d'être conforté, rasséréné. Il reste seul. Seul face à lui-même. Un jour, je me souviens avoir posé cette question à un grand champion cycliste : « Si on te disait que se mettre une plume aux fesses te ferait monter les cols plus aisément ? “ La réponse a fusé : ‘Je le ferais.’

En fait, il est démontré une fois de plus qu'il est plus important de croire être dopé que de l'être réellement. D'ailleurs, cette analyse se trouve confirmée avec l'usage immodéré par les sportifs de toutes les spécialités de gris-gris et autres amulettes. Le célèbre Pelé ne pénétrait sur le terrain que du pied droit, certains joueurs de l'équipe de France de football, lors de rencontres au résultat particulièrement incertain, glissaient dans leur slip un sachet de plantes aux effets conjuratoires.

Aucun sportif, quelle que soit sa spécialité, n'est à l'abri de la tentation de goûter au fruit défendu. On commence par une seule pilule. Pour voir. Et si ça marche, on en redemande et, inévitablement, on augmente la dose.

Que l'on soit sportif de haut niveau ou ‘du dimanche’, que l'on fasse de la compétition contre un adversaire ou contre soi-même, la tentation d'aller -avec un petit coup de pouce chimique- plus haut, plus vite, plus loin que son concurrent direct (l'adversaire ou son propre corps) est inhérente à la nature humaine.

7,1% des alpinistes d'été prennent des amphétamines

Que l'on trouve des adolescents qui se dopent de leur propre chef ainsi que des sportifs de loisir, cela ne peut surprendre d'autant que les risques-sanctions au plan santé mettent, pour la plupart des substances, des années avant de se manifester.

Pour se convaincre que le discours sur les dangers est totalement inopérant, il suffit de rappeler que la totalité des études scientifiques validées, ont montré la morbidité constante du tabagisme. Or, 30 à 40% des médecins fument ! Sans commentaires. Dans de telles conditions, l'homme, en raison de l'hormone mâle qu'il sécrète, est attiré viscéralement à combattre les autres, mais également à se tester lui-même en permanence.

Il est évident que le dopage touche toutes les couches de la hiérarchie sportive, du simple amateur au recordman du monde, du débutant à l'athlète confirmé. Ainsi, lors de contrôles antidopage surprises dans des sports de masse tels que cyclotourisme, course à pied de fond et même alpinisme, on détecte régulièrement des cas positifs alors que, bien souvent, il n'y a même pas une médaille à s'offrir en passant la ligne ou en atteignant le sommet ! A titre d'exemple, signalons que dans l'alpinisme d'été où il n'y a pas d'argent, pas de spectateurs et où la compétition se fait surtout par rapport à soi-même, on a pu comptabiliser 7,1% de dopés aux amphétamines parmi les grimpeurs ‘anonymes’ (non-sponsorisés) dépassant 3 300 m d'altitude. Ce chiffre est tiré de l'étude dirigée par le scientifique autrichien Georg Röggla qui a analysé la fréquence de la consommation d'amphétamines chez l'alpiniste de loisir en moyenne altitude (‘Dopage aux amphétamines chez les alpinistes de loisir en altitude moyenne’ (en allemand), Schweiz Sportmed, 1993, 3, pp 103-105).

7,1% des alpinistes d'été prennent des amphétamines

Au sein des substances facilitant les ascensions, seules les amphétamines ont été testées. En 1993, au moment de l'étude, on ne détectait pas encore les corticoïdes (1999) et l'érythropoïétine (2000), autres substances prisées des grimpeurs. D'autre part, depuis les années 50, les amphétamines jouissent dans le milieu de l'alpinisme d'une bonne réputation de produit performant pour lutter contre la fatigue et le froid.

Selon Karl Herrligkoffer, le médecin allemand patron de l'expédition victorieuse au Nanga Parbat (8 126 m) en juillet 1953, l'amphétamine qu'il a étudié en haute altitude, stimule le cœur et la circulation sanguine, augmente la ventilation des poumons et pallie le manque d'oxygène.

Rappelons que les quatorze plus hauts sommets de la planète, les seuls à dépasser la barre mythique des 8 000 mètres, ont tous été conquis grâce à l'apport des amphétamines. En ce qui concerne le travail de Röggla et de son équipe, 253 prélèvements d'urine ont été effectués sur des alpinistes masculins présents sur les pentes d'une montagne culminant à 3 797 m.

7,1% des sujets grimpant au-dessus de 3 300 mètres et ayant réussi l'ascension étaient positifs. Parmi ceux qui s'arrêtaient entre 2 500 et 3 300 m, 2,7% avaient des traces urinaires d'amphétamines. Chez les alpinistes qui n'allaient pas plus haut que 2 500 m, aucun échantillon positif n'a été détecté.

Précisons qu'au sommet, il n'y avait pas les caméras de TF1 pour réaliser un direct dans un journal d'information, même pas de spectateurs pour applaudir, pas d'argent, pas de podium, pas de journalistes ni photographes, pas de légion d'honneur remise par le président de la République…

La gloire, l'argent, les médias… sont des boosters de la dope

En réalité, les alpinistes ayant foulé le sommet pouvaient, le lendemain devant leurs collègues de travail ou leurs amis, se valoriser en commentant fièrement qu'ils avaient explosé leur meilleur temps de l'ascension ou qu'ils avaient battu d'autres grimpeurs.

Les auteurs de l'enquête concluent que pour réaliser une ascension plus rapide, les consommateurs de produits pharmaceutiques ne sont pas rares dans l'alpinisme de loisir.

Au total, s'il est certain que l'ensemble des sportifs, quel que soit leur niveau, sont exposés au dopage, on peut affirmer aujourd'hui que plusieurs facteurs vont potentialiser la tentation d'y avoir recours : la médiatisation -de la simple citation de son nom ou de la publication de sa photo imprimés dans la feuille de chou locale jusqu'au passage sur les écrans des chaînes de télévisions nationales-, les retombées financières, les reconnaissances officielles (légion d'honneur etc.), les cadences infernales.

Plus on grimpe dans la hiérarchie du haut niveau, plus on est confronté à ces boosters de la dope.

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Portrait de Compte supprimé le 3 janvier 3

De Compte supprimé le 3 janvier 3

in angulo | 14H35 | 14/02/2008 | Permalien

« Un jour, je me souviens avoir posé cette question à un grand champion cycliste : “Si on te disait que se mettre une plume aux fesses te ferait monter les cols plus aisément ? ” La réponse a fusé : “Je le ferais.”

Logique. Pour les descentes, Robic mettait du plomb dans ses bidons.

La question reste : 1 kilo de plumes égale-t-il 1 kilo de plomb ? …

Portrait de guerzit

De guerzit

Incomprenant majeur | 16H49 | 14/02/2008 | Permalien

Ahhhhhhhh ! ! ! La Drogue………… Cé parce que l'homme est fait pour aimer ca…..

Portrait de Thierry Catrou

De Thierry Catrou

22H40 | 14/02/2008 | Permalien

Le dopage des sportifs n'est qu'un épiphénomène d'un problème qui touche aux fondements même de l'humanité. nous souhaitons toujours et depuis toujours sortir de notre enveloppe humaine. Hier c'était les héros antiques : Hercule, Achille et quelques autres, aujourd'hui nous ne sommes guère différents. Si nous nous en tenons aux films qui ne sont le plus souvent qu'une expression de nos désirs conscients ou inconscients, les héros sont omniprésents.

la seule grande différence c'est que chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus de nos rêves de sur-humanité sans que cela nous dérange outre mesure. De fait, nous sommes bien une société de drogués mais on aurait pu ajouter à la liste le café ou le thé ainsi que toute une ribambelle de produits fort sympathique. Nous ne souhaitons qu'une chose c'est qu'il soit réellement efficace sans nous nuire !

Portrait de Petit_ours

à Thierry Catrou Portrait de Thierry Catrou De Petit_ours

actuellement étudiant en Argentine | 22H05 | 15/02/2008 | Permalien

D'accord en partie, bien obligé de te concéder l'addiction au café (j'avoue).
Ne pas pousser cependant. Le thé, c'est peut-être un peu excessif, puisque sa consommation se justifie plus comme boisson hydratante (chaude de surcroît) que le café (on ne s'hydrate pas avec 10 cl d'expresso ! ). Il y a aussi des produits que l'on consomme par goût : le chocolat, bon goût ou antistress ?
Du reste, je trouve un peu ironique de s'étonner que les sportifs s'abiment la santé dans un monde où plus de la moitié de la population s'abime les bronches à respirer des particules de combustibles fossiles.
Finalement, c'est peut-être aussi choisir sa façon d'abimer sa santé, comme fumer ou boire (dans une certaine mesure, je n'exclue pas les cas qui ne se trouvent plus dans une problématique de choix.). Regardez l'enfer du dimanche, et repensez y.

Portrait de Compte supprimé le 3 janvier 3

De Compte supprimé le 3 janvier 3

in angulo | 09H09 | 15/02/2008 | Permalien

Cher Jean-Pierre de Mondenard,

A la lecture de ce paragraphe :

« En fait, il est démontré une fois de plus qu'il est plus important de croire être dopé que de l'être réellement. D'ailleurs, cette analyse se trouve confirmée avec l'usage immodéré par les sportifs de toutes les spécialités de gris-gris et autres amulettes. Le célèbre Pelé ne pénétrait sur le terrain que du pied droit, certains joueurs de l'équipe de France de football, lors de rencontres au résultat particulièrement incertain, glissaient dans leur slip un sachet de plantes aux effets conjuratoires. »

Je n'ai pu m'empêcher d'y voir un hommage tardif, mais vibrant, à l'excellent travail de Julien Marival, paru voici quelques mois sur Rue, quand il recueillit quelques parcelles de la vie de Luc, ancien coureur cycliste « semi-professionnel » dans les années 90, qui reconnaissait avoir pris régulièrement divers produits dopants durant sa carrière.
Et dont le moins qu'on puisse dire de son cas est qu'il relève, à maints égards, de la Pensée Magique.

Pour l'« hommage tardif », je m'avance un peu, mais j'aime à imaginer qu'à vous aussi il vous est doux d'expier, même en sourdine.

Permettez-moi enfin de vous conseiller un livre peu banal (même s'il n'apportera pas grand chose aux témoignages des cyclistes pros : Menthéour, Chiotti et compagnie) c'est « L'ascension du Mont-Ventoux » de Pétrarque.
A consommer sans modération (nul besoin d'amphets).

D'aucuns y ont vu, au-delà de l'ascension sprituelle d'un homme, l'« invention du paysage ».

Cela, j'en suis sûr, ne peut laisser indifférent un homme tel que vous (1300 cols à son actif).

Sinon, merci pour l'ensemble de vos articles sur Rue89.

Portrait de Sexus Empiricus

De Sexus Empiricus

11H46 | 15/02/2008 | Permalien

Constat amiable : nous sommes plusieurs à remarquer la grande tenue - avec ou sans blouse blanche - des articles du Dr de Mondenard, qu'on prend plaisir à lire, et qui aurait peut-être rendu Churchill indulgent (je n'ai pas dit docile) pour deux grandes sirènes en vogue depuis quelques lustres - le sport et la santé.

La remarque suivante n'a sans doute pas grand chose à voir avec le dopage, ni avec le dimanche, mais on lit dans l'encart une entrée « alimentation », où l'on voit que « 7% des Français mangent pour lutter contre leur angoisse ». Seulement sept ? Ou manque-t-il un autre sept ?
Sans aucune compétence en ces matières, je serais plutôt de ceux qui, à bien y songer, croient que 77% de nos chers compatriotes, remplis de calories au-delà du nécessaire, mangent par angoisse - et ce n'est pas seulement l'angoisse de vivre, mais celle d'une société ultra-compétitive, hantée par la perf (du travailler plus au va comme je te pousse).
On pourrait bricoler un dicton du genre « bouffe chasse stress, comme vin chasse spleen ».

Et le sport, là-dedans ? Il serait intéressant de savoir si 7% de Français font du sport pour lutter contre leur angoisse, ou si cette lutte concerne 77% des sportifs. Comme une angoisse chasse l'autre, il est probable - en dehors de toute statistique et sur simple observation - que l'angoisse du sportif s'auto-alimente à divers rateliers, dont la pharmacie n'est que la forme à l'état brut : les innocents produits « coup de fouet » font partie des en-cas du petit exploit personnel - ou je me trompe.

Portrait de DIOPZO

De DIOPZO

14H55 | 15/02/2008 | Permalien

Très bien bricolé ce dicton et coup de pub pour le château Chasse-spleen,excellent vin du médoc, dont les vertus euphorisantes et gustatives renvoient tous les antidépresseurs et autres anxiolytiques à la poubelle

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