Non, un jogging ne fait pas passer la gueule de bois


Dans un bar des îles Féroé (Philippe Lopparelli/Tendance floue).

On « ramasse une banane » et on se retrouve avec « le nez dans le pâté », la « tronche en vrac » avec une bonne « gueule de bois ». On croit qu'un petit jogging ou une balade à vélo de « décrassage » seront efficaces pour « virer le charpentier de chez soi », alors que la seule mesure bénéfique consiste tout simplement à sortir prendre l'air !

En raison de son statut d'homme sain et de l'entraînement de ses muscles à éliminer les nuisances du corps, un sujet hyperactif tel que le sportif de compétition serait moins exposé que le gros peloton des sédentaires aux difficultés des lendemains de fêtes, notamment celles organisées après une victoire ou un podium. La pratique de l'exercice physique fait partie des innombrables moyens utilisés pour essayer d'atténuer les désagréments de la « gueule de bois ». Mais, comme les autres, il a fait preuve de son inefficacité dans ce domaine…

L'alcool diminue la résistance à l'effort

Au contraire, l'alcool diminue les possibilités d'adaptation de l'organisme à l'effort. En effet, lors d'une activité musculaire intense réalisée à la suite d'une ingestion excessive d'alcool, le rythme cardiaque et la tension artérielle atteignent des niveaux inhabituels, l'irrigation sanguine de la peau se fait au détriment de celle des muscles ; ces derniers voient ainsi leur force et leur résistance s'altérer rapidement. De plus, la cure de mouvements provoque des impulsions mécaniques, surtout au niveau de la tête et de l'abdomen, qui n'arrangent pas la situation ! Comme on le voit, le sport ne constitue pas le remède idéal pour dissiper les conséquences d'une soirée un peu trop arrosée, d'autant que même la transpiration, facteur souvent invoqué comme très efficace, n'élimine pas plus vite l'alcool.

Par exemple, lorsqu'un homme pesant 70 kg fait la fête en buvant un litre de vin à 12°, il absorbe du même coup 96 g d'alcool (120 x 0,8). Une faible partie (5 %) est rejetée par la respiration (cf. les alcootest), les urines et la peau.

En transpirant abondamment, le sportif n'en éliminera par ces trois voies que 4,8 g. Tout le reste, soit 91 g, est évacué au rythme lent habituel, à raison de 1 g par heure et par 10 kg de poids (70 kg = 7 g). Donc, malgré une bonne suée, il faut treize heures pour que l'alcool contenu dans le litre de vin à 12° soit complètement éliminé du corps de ce sujet pris pour exemple (91 g : 7g/h = 13 h).

En conséquence, on peut donc affirmer que, contrairement aux discours souvent entendus, la transpiration n'accélère pas l'élimination du grand coup de trop ! Suer dans un sauna n'arrange rien

Les douches froides, les bains turcs, les saunas favorisant la fuite de liquides sont également inopérants. Le temps semble être le seul remède efficace contre l'ivresse causée par l'alcool.

Contrairement à une idée très répandue dans le milieu sportif, le sauna n'entraîne pas une élimination importante de l'alcool ou même des toxines musculaires telles que l'acide lactique.

Si la sueur de l'exercice physique ou du sauna ne sert pas à favoriser la fuite des toxines et des déchets métaboliques, elle permet plus simplement de lutter contre l'élévation de la température corporelle en s'évaporant. C'est ce que l'on appelle techniquement le mécanisme de thermorégulation.

De même, l'acide lactique évacué par la transpiration ne provient pas du métabolisme, mais des glandes sudoripares elles-mêmes. Il convient donc d'utiliser le sauna sans excès et en gardant à l'esprit son but : faire transpirer pour éliminer et boire ensuite pour renouveler.

Le gin et la vodka ont un peu moins de conséquences néfastes

Ce que l'on appelle familièrement la « gueule de bois » est un état fort désagréable, mais en réalité ces symptômes sont dus, moins à la drogue elle-même, qu'à ses conséquences. En particulier, le mal de tête épouvantable que l'on ressent -pour lequel les Norvégiens ont une expression imagée : « Il y a des charpentiers chez moi“- est provoquée en partie par la fatigue due à la fête (manque de sommeil, décibels, suralimentation etc.), en partie par la modification des fluides cérébraux due aux boissons alcoolisées.

L'alcool n'est certes pas étranger à la nausée qui accompagne souvent ce mal de tête consécutif à l'ivresse, mais les diverses substances chimiques incorporées au cours de la fabrication des liquides euphorisants y sont également pour quelque chose. Les liqueurs riches en ‘congénères’ comme on appelle ces ingrédients -additifs, engendrent une griserie particulièrement mal ressentie le lendemain, alors que le gin et la vodka qui en contiennent peu, sont relativement mieux supportés.

La trompeuse grande soif du lendemain

Le symptôme le plus caractéristique qui se manifeste à la suite de l'ivresse est, au contraire, uniquement le fait de l'alcool. Nous voulons parler de la langue sèche (d'où ‘gueule de bois’), allant de pair avec une soif dévorante. L'alcool non seulement accélère l'élimination de l'eau dans la vessie, ce qui entraîne la soif, mais encore a pour effet de transférer l'eau demeurant dans l'organisme de l'intérieur des cellules vers les liquides extra-cellulaires.

Cette déshydratation partielle des cellules se répercute sur certains centres du cerveau, créant une sensation de soif très pénible, et qui n'est pas totalement justifiée par le besoin en eau de l'organisme.

L'aspirine augmenterait la concentration d'alcool dans le sang

En raison des vertus tous azimuts de l'aspirine, certains s'imaginent qu'elle peut expulser ‘les charpentiers de chez soi’. Bien au contraire, l'association alcool-aspirine fait monter très rapidement le taux d'alcoolémie. Une étude américaine réalisée par le docteur Risto Roine et son équipe du centre médical des vétérans du Bronx (New York) a mis en évidence que l'aspirine augmente la concentration d'alcool dans le sang quand elle est prise au moment d'un repas.

D'autres travaux précédents n'avaient pas montré de lien, car les expériences s'étaient déroulées avec la collaboration de volontaires à jeun.

En comparant les résultats repas + alcool avec ou sans aspirine, les médecins ont montré que le pic de concentration en alcool était augmenté de 25% en moyenne en cas de prise d'aspirine. Ce qui est loin d'être négligeable et peut avoir une influence sur le comportement, notamment d'un sportif intempérant au sein d'un peloton. Il faut quand même que le dit sportif associe un repas arrosé et un comprimé d'aspirine.

Au total, on s'aperçoit qu'il est tout à fait inutile de se mettre à faire du sport quand on a la ‘gueule de bois’. Les maux de tête de cette très désagréable sensation correspondent à une augmentation de la pression intracrânienne liée à une dilatation de la substance cérébrale. Cet oedème du cerveau est très perceptible en raison de son carcan osseux inextensible.

Dans cette situation, il est particulièrement mal venu de se mettre en action dans la mesure où l'effort augmente à la fois la pression sanguine et la transpiration, deux facteurs particulièrement efficaces pour ‘retenir les charpentiers chez soi’.

En revanche, il est souvent bénéfique de tout simplement sortir prendre l'air.

19 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de kalagan

De kalagan

12H46 | 01/01/2008 | Permalien

C'est étonnant comme on peut se sentir hautement concerné par certains sujets…
Article très intéressant !

Portrait de Chou marin

De Chou marin

kiné | 13H02 | 01/01/2008 | Permalien

Merci beaucoup ! J'ai failli aller nager dans une mer gelée, mais grâce a vous, je n'en ferai rien !

Et comme vous dites, la vodka et le gin c'est meilleur : -)

En effet mieux vaut prévenir que guérir - A ce sujet, j'ai toujours trouvé que boire de l'eau tout en buvant de l'alcool prévenait la déshydratation, qui est en partie responsable pour la gueule de bois, est-ce correct ?

Portrait de ppegoo

De ppegoo

13H18 | 01/01/2008 | Permalien

Pour la vodka, j'ai bon. Je vais continuer, rassuré.
Pour le reste, l'article est très instructif.
Meilleurs voeux à tous les valides de ce matin.

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 13H22 | 01/01/2008 | Permalien

Bon il existe bien des solutions comme une petite ligne de coke ou un coktail dopant surper bien dosé , non , doc ?

Je plaisante . Article tres interessant ..

Portrait de blosse

De blosse

concepteur dans la pub | 13H46 | 01/01/2008 | Permalien

Gueule de bois amplifiée, bras dans le plâtre…présidentielle ou pas, c'est une sacrée saloperie le jogging.

Portrait de pablico

De pablico

13H58 | 01/01/2008 | Permalien

Bonne année demie l'huitre ! ! hic ! ! ho pardon 2008 !

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 14H11 | 01/01/2008 | Permalien

De plus aucun jogging ne fera oublier la politique antisociale de l'omnhyperprésident…

http://kprodukt.blogspot.com

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De cube314

Concepteur site web à Dax | 14H21 | 01/01/2008 | Permalien

Très interressant comme article, et effectivement on doit être nombreux à se sentir concerné aujourd'hui.

Mais pourquoi n'ai-je pas choisi la vodka hier soir ! !

Bonne année 2008 à tout le monde..

Portrait de jissé

De jissé

Ingé retraité | 14H49 | 01/01/2008 | Permalien

HIC, ..
Bo.. glurp ..bobonne .. ane .. née

année bi, sexe et tille..

Double G4 ave .. avec Poutine = 4.016 Hic ..
ou 2.008 .. après .. Glurp … a peu près ..
après moi ..

Jissé

Portrait de Cyprien35

De Cyprien35

15H10 | 01/01/2008 | Permalien

J'ai une technique qui me passe la gueulle de bois, je me force à boire beaucoup d'eau (entre 0,5 et 1 litre) avant de me coucher…

Portrait de jissé

De jissé

Ingé retraité | 15H21 | 01/01/2008 | Permalien

A question sérieuse ..

Réponse SERIEUSE : La meilleure façon de faire passer la G.D.B. c'est de reprendre (un peu) « Du chien qui vous a mordu ».

Plus facile en effet après la vodka (je n'ai jamais été fan du gin).

Le pire : les apéritifs liquoreux, genre « Martini ».

A déconseiller : le traitement au rabot, surtout si c'est dans la charpente ..

Et la bière « Karcher », à éviter comme la peste.

Signé : Dr Yeltsine

« PS » : Les éléphants roses sont exclusivement réservés à une nana dont vous avez connu le prénom.. dans le temps.

Portrait de compte supprimé 22

De compte supprimé 22

Lecteur écriveur | 15H51 | 01/01/2008 | Permalien

C'est dur à dire, limite la tehon… mais j'ai très rarement la tête dans le cul.

D'une, je bois modérement.

De deux, si je dépasse mes limites, je suis malade heurghh avant d'être pinté.

Un vague souvenir de murge : j'avais soigné ça le lendemain matin à la douzaine d'huitres (sans le gros-plant qui va avec, of course ; -)

Remède de bonne femme, ou l'eau de mer joue-t-elle un rôle ?

Portrait de la_hulotte

De la_hulotte

18H05 | 01/01/2008 | Permalien

Merci pour cet article vraiment passionnant. La gueule de bois ne passe pas avec le jogging, mais la course à pied et probablement le sport en général conduisent à moins boire, voire plus du tout. Je prépare un marathon, et vu les efforts que ça demande, l'ascèse concernant l'alcool, le gras, le trop riche vient tout naturellement sans que ce soit une privation. Du coup j'apprécie un bon verre de temps en temps, pour le goût, mais je suis entrée dans cette catégorie de gens un peu rabat joie qui considèrent qu'il ne faut pas systématiquement boire du vin ou autre alcool quand on est à table.
A votre bonne santé 2008 (sinon ça coûte plus cher ! ).

Portrait de jissé

à la_hulotte Portrait de la_hulotte De jissé

Ingé retraité | 18H42 | 01/01/2008 | Permalien

A La-Hulotte

Bravo mais les marathonien(e)s sont rares ..
Surtout à la St Sylvestre.

« Le sport en général conduit à moins boire » ..

Fichtre, je me souviens de certaines « troisièmes mi-temps » … Mon meilleur ami étant fan de foot ..

Inutile d'en dire plus ..

Dans ma jeunesse j'ai pratiqué surtout des sports
dits « individuels » (barre fixe, saut à la perche, trapèze, anneaux, corde lisse etc ..) où, vous avez raison, l'on ne « marche » qu'à la flotte ..

Bonnes courses ..

Portrait de MaxD

De MaxD

médecin, humoriste maxd.blog.lemond... | 19H44 | 01/01/2008 | Permalien

J'ai entendu dire d'un pilote de ligne, que pour se dégriser à vitesse grand V il fallait tout simplement respirer dans un masque à oxygène.

Portrait de jissé

à MaxD Portrait de MaxD De jissé

Ingé retraité | 23H35 | 01/01/2008 | Permalien

MaxD

Erreur, Docteur.

Les appareils respiratoires (tels les « A.R.I. » Appareils Respiratoires Individuels) utilisés - bouteilles rouges portées sur le dos - par les pompiers pour pénétrer dans les locaux enfumés - bars-tabacs ? - ne contiennent pas de l'oxygène mais, respiré après détente = décompression, de l'AIR comprimé).

Avec de l'oxygène pur, bonjour les poumons, la nicotine à côté, c'est un gag de nouvel an ! !

Ceci dit les « sherpas » des expéditions dans l'Himalaya
(*)
résistent mieux … peut-être pas à l'alcool, mais à une atmosphère raréfiée en oxygène.

(*) C'est zone fumeurs.

Mais il n'y a pas d'éthylomètre relié aux « boites noires » (oranges en fait) dans les postes de pilotage ..

« Le Commandant trucmuche et son équipage vous remercient etc . » étant enregistré, pas de risques « sonores » de détection non plus ..

Bon vol ..

Portrait de gige

De gige

enquiquineuse artistique | 10H54 | 02/01/2008 | Permalien

Il fait tellement froid dehors ! Hop, un petit grog pour faire passer le tout. Et puis de toute façon, alcool ou pas alcool, il faut encore entrer dans son jogging après le réveillon pour aller faire sa maligne sur les routes verglacées…

Portrait de cooper59

De cooper59

pour la decroissance ! | 14H47 | 02/01/2008 | Permalien

article sympa ! moi j'opte pour les methodes energiques , en cas de GDB , filet americain ,frites et coca , a Lille on doit etre influencés par le « Belgium way of life “ !

Portrait de irsuttte

De irsuttte

artiste peintre en Provence | 14H54 | 02/01/2008 | Permalien

dodo, dodo, et re- dodo + du thé jusqu'à…plus soif ! !
Bonne Année ! ! ! et encore une bonne petite sieste… sous la couette ! ! à 2 C mieux…

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