
Cocaïne : les joueurs de tennis se dopent-ils ou se droguent-ils ?
(De nos archives). L'Equipe a révélé samedi
9 mai que des traces de cocaïne ont été retrouvées dans l'échantillon A des urines du tennisman Richard Gasquet
, contrôlé à Miami alors qu'il venait de déclarer forfait. Si ces analyses se confirmaient, le Français pourrait écoper de deux ans de suspension. En novembre 2007, le blog Stethosport s'interrogeait sur l'utilisation de la cocaïne par les joueurs de tennis.
La tenniswoman Martina Hingis, ancienne numéro 1 mondiale, a révélé le 1er novembre qu'elle avait été contrôlée positive à la cocaïne lors du dernier Wimbledon. Elle n'est pas la première à avoir franchi la ligne blanche, mais cette drogue, considérée comme récréative par beaucoup, est-elle utile pour améliorer ses performances dans une enceinte sportive ?
La question se pose d'autant plus que les responsables de ce sport ont longtemps expliqué qu'il était inutile de se doper pour gagner un match. Dans la thèse de pharmacie qu'il a soutenue en 1972, Christian Bimes, président de la Fédération française de tennis depuis 1993, expliquait :
« Dans ce sport qui demande des qualités physiques impressionnantes mais aussi une précision, une concentration, une application et une science du jeu hors du commun, un dopage bénéfique ne semble pas réalisable. »
La Fédération internationale de tennis (FIT) réserve d'ailleurs un traitement de faveur aux joueurs contrôlés positifs aux « drogues sociales », telles le cannabis ou cocaïne : ces cas ne sont pas rendus publics. La réalité du dopage est forcément sous-évaluée, d'autant qu'en règle générale, les instances sportives rechignent rendre publiques des affaires concernant des produits plus classiques.
En ce qui concerne la cocaïne, la petite balle jaune est loin d'être la seule concernée. La liste des sportifs
de haut niveau contrôlés positifs à la cocaïne depuis 2002 est édifiante : dix-sept footballeurs, quatre rugbymen (dont les Français Peter de Villiers et Benoît Tissot), mais aussi un marin, deux athlètes handisports et un joueur de pétanque !
Dès le XVe siècle, les effets de la coca sur les performances sont connus
Certains, et parmi eux des médecins, ce qui est plus grave, tentent de faire accréditer la thèse que l'usage de cocaïne n'a rien à voir avec les performances ni avec l'éthique sportive.
Ainsi, on peut lire dans la presse médico-sportive : « Il est bien difficile d'établir un rapport entre l'absorption de drogue et l'exploit sportif. »
Une position qui va notamment à l'encontre des études historiques : dès le XVe siècle, les effets de la feuille de coca (cocaïne) sur l'aptitude du corps humain à accomplir des tâches difficiles, avaient été signalés en Amérique du Sud.
On peut lire dans les documents de l'époque que 30 à 50 feuilles de coca donnaient à un Indien les forces nécessaires pour marcher toute une journée sans temps morts et sans besoin d'aliments.
Dans une revue de thérapeutique publiée en 1884, Beugnier-Corbeau racontait ainsi :
« Tout un peuple voyait dans la plante l'Esprit du Bien et l'entourait d'une vénération superstitieuse. Elle était la promesse de vie pour le moribond qui pouvait en boire la sève, un viatique incomparable pour le voyageur dont elle trompait la faim, un cordial pour réchauffer les sens engourdis par le froid des neiges et des glaces. »
Aux Six jours de Paris, les pistards tournent à la coco
Quelques années plus tard, avec l'organisation des Six jours de Paris, vénérable compétition de cyclisme sur piste, la « coco » devient le stimulant de base des « Ecureuils » (surnom des coureurs). Le docteur Max Novich rapporte dans la revue Abbotempo :
« Les entraîneurs donnaient souvent à leurs poulains de la cocaïne qui était la plus largement utilisée comme stimulant par les cyclistes professionnels, mais son efficacité dépendait du dosage et de la façon dont elle était administrée… »
La plupart des indications de la cocaïne, même à une époque plus récente, sont orientées vers l'effort musculaire. Par exemple, un médecin américain, Andrew T. Weil, qui a longtemps étudié l'utilisation de la coca au Pérou et en Colombie, la recommande aux non-Indiens, dans l'American Journal of Drug and Alcohol Abuse [1978, vol. 5, n° 1].
Il y voit un stimulant pour les personnes qui font de gros efforts physiques et pour certains athlètes.
La « cocada » sert à mesurer la distance que l'on peut parcourir pendant la durée d'un mâcher. Lorsque Carter et Mamani ont demandé à des Indiens pourquoi ils mâchaient de la coca, en leur offrant une liste de réponses possibles, leurs réponses sont sans ambiguïté : 81% ont répondu « pour travailler », 68% pour lutter contre le froid, 61% pour voyager, 50% pour rester éveillé.
Tous les voyageurs qui ont eu l'occasion de connaître les Andes se sont vus offrir à leur arrivée en altitude une infusion de coca, beaucoup plus efficace que la Coramine-Glucose pour combattre le « sorroche », mal des montagnes.
« La cocaïne, c'était comme une clé de contact pour le match »
La cocaïne qui a d'abord pénétré les sports d'endurance a ensuite « contaminé » les sports de précision (comme le basket ou le baseball), car elle a un effet désinhibant reconnu et améliore la confiance en soi. Elle donne un sentiment de surpuissance, d'invulnérabilité.
L'athlète se sent invincible et tente des gestes sportifs qu'il n'oserait pas faire en temps normal, évitant ainsi l'effet « petit bras », qui retient, par exemple, un tennisman de lâcher ses coups.
Donc, la cocaïne a un effet sur l'appréhension de la difficulté, sur la peur de mal faire, ce qui dans le cadre d'une compétition sportive est un avantage plus que certain.
L'absorption de cocaïne en tant que dopant fait toujours partie en 2007 du soutien médicamenteux de l'athlète d'élite, ou même de calibre inférieur. Le docteur Jo Mulé, directeur des services antidopage de l'Etat de New York, explique :
« Normal qu'ils se laissent tenter, la coke déclenche et stimule l'agressivité. Un athlète gui en prend avant un effort sent sur le moment ses forces décuplées. »
Cet effet hypervitalisant est parfaitement connu des sportifs de compétition. Ainsi, le témoignage de Dale Berra, vedette du baseball américain des années 1980, en apporte la preuve :
« Chaque fois que j'en prenais, je me sentais euphorique, mes sens étaient aiguisés. Je me sentais invincible. C'était comme une clé de contact pour le match. »
Voici une liste des effets recherchés et espérés par les sportifs :
- Accentuer l'acuité cérébrale afin de mieux percevoir et plus vite la lecture du jeu
- Exalter vigilance et mémorisation
- Stimuler l'humeur : euphorie
- Ajuster les réflexes
- Se sentir imbattable, invincible, pourvu de forces décuplées
- Tous ces « avantages » sont obtenus pour une durée de vingt à quarante minutes après avoir reniflé une dose de cocaïne
- Augmenter l'endurance sans viatique nutritionnel surajouté
- En musculation, permet de mieux supporter les sensations douloureuses au cours des dernières répétitions des séries très intenses, ce qui aide le sportif à se dépasser. De plus, elle sensibilise les muscles à l'action du système nerveux, ce qui augmente la force.
Les contrôles ne distinguent pas la cocaïne « dopante » de la cocaïne « festive »
Dès la première liste rouge établie en 1966, les amphétamines figuraient en tête des produits interdits dans le cadre des compétitions sportives humaines. En 1971, la Commission médicale du Comité international olympique (CM-CIO), prohibait à son tour la cocaïne.
Justement, la cocaïne étant à la fois une drogue et un produit classé dans la liste des substances dopantes, il est difficile de savoir dans quel cadre l'a consommé tel sportif : volonté manifeste d'améliorer ses performances sportives ou usage festif ?
D'un point de vue éthique, faut-il établir une distinction entre ces deux formes d'usage ? Il est bien sûr plus valorisant pour un athlète de plaider le dérapage festif, pour son entourage ou sa fédération. Pour notre part, nous n'établirons aucune distinction entre ces deux formes de consommation.
Il y a des règles qui sont connues de l'athlète qui doivent être respectées.
Il est de toute façon impossible pour les instances de déterminer dans quel cadre la consommation a eu lieu, les analyses d'urine ne font pas la différence entre cocaïne dopante et cocaïne festive.
La cocaïne n'est pas le seule substance qui pose ce genre de dilemme. C'est aussi le cas de l'alcool, si vous buvez un litre de whisky, vous n'allez plus tenir debout et vous ne serez pas performant.
En revanche, si vous buvez une gorgée de cognac, comme le faisait la joueuse de tennis Suzanne Lenglen, lauréate de six Roland-Garros et autant de Wimbledon dans les années 20, le breuvage peut améliorer la précision de votre geste ! La dose est minime mais la conduite est manifestement dopante.
► Sorti des archives
le 10/05/2009 à 15h35.
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De procrastineur
humain | 20H20 | 10/05/2009 |
A quand le dopage sportif officiel, public, sous contrôle médical ?
A quand la course au produit le plus performant ?
A quand les pharmaco-bailleurs ?
A quand le sportif « chargé » au service de la science ? (peut-être ? ? )
Un tournoi ou les joueurs seraient officiellement et savamment dosés : je veux voir !
Ensuite je veux voir les mêmes joueurs, le même tournoi mais sans shoot !
Imaginez un peu les conséquences … lol ?
De toutes manières, soit la législation deviendra plus dure au fil du temps puis inévitablement intolérable (car progrès de la précision et de l'efficacité des produits oblige) et aura pour conséquence de radié un grand nombre de sportifs (peut être … ! ? ) soit vont se créer deux écoles :
les propres d'un coté et les « nouveaux sportifs modernes » de l'autre. Et il y aura alors la place pour ma petite idée d'en haut du texte…
J'arrête là mes farfelus fantasmes.
Pour Gasquet, je trouve que deux ans d'arrêt ne lui ferait pas de mal car il a le talent (le petit prodige….), mais pas la tête.
merci et bonjour.
à procrastineur
De Picnic
Lost in Mexico | 23H54 | 10/05/2009 |
« A quand le dopage sportif officiel, public, sous contrôle médical ?
A quand la course au produit le plus performant ?
A quand les pharmaco-bailleurs ?
A quand le sportif “ chargé ” au service de la science ? (peut-être ? ? ) »
J adhere ! ! !
c'est un peu ce que je voulais dire un peu plus haut
De Papycool
graphiste | 21H12 | 10/05/2009 |
C'est quand même dingue que des mecs qui ont fait tant d'année d'études puissent encore confondre cocaïne et magnésie. Ce n'est pas de sa faute s'il n'a pas eu le temps de se laver les mains avant d'aller au contrôle.
à Papycool
De tonton nano
enfin retraité | 08H37 | 11/05/2009 |
A l'heure actuelle je pense que la chose qui progresse est la connerie humaine et l'avidité.
De Peureux anonyme
22H01 | 10/05/2009 |
Le sport de haut niveau n'a t il pas pour objectif d'améliorer la race humaine, comme les courses hippiques améliorent la race chevaline ?
Dans cette perspective, le sport a permis d'améliorer les matériaux, freins à disques dans le sport automobile, chaussures dans la course à pied…
Pourquoi ne permettrait il pas d'améliorer la musculature, les réflexes, l'endurance, le mental, la servilité, la capacité de décision,…, en mettant au point les bonnes potions dopantes ?
C'est poser une question fondamentale : à quoi sert le sport de haut niveau ?
Outre l'amélioration du gladiateur évoquée ci dessus, il permet aussi de mettre en exergue le nationalisme et le chauvinisme,la cupidité et l'enrichissement sans cause.
Face à des contributions aussi importantes, on voit mal pourquoi on priverait ses soldats des potions propres à les soutenir. Nos aïeux, en 14-18, ne montaient ils pas à l'assaut saouls comme des cochons ? Les GIs au Vietnam n'étaient ils pas largement ravitaillés en héroine au vu et au su du commandement américain (qui selon des sources y tâtait aussi) ?
On doit pouvoir faire progresser l'efficacité de ces stimulants.
De joelindien
22H31 | 10/05/2009 |
il est du team lagardère copain avec les chaines de télé et radio, alors c'est sur on entend déja c'est peut ètre festif, gna gna gna gnagna gna domin guez idem, les potes journalistes idem, c'est pas sérieux les défenses de ces gars là sont toujours les mèmes j'ai été en boite , j'ai du aspiré de l'air contaminé, je me marre
De JadotA
stable | 22H58 | 10/05/2009 |
Cocaïne. Vous faites l'amalgame entre leader et dealer. Bizarre, non ?
De niouze
aucune | 23H41 | 10/05/2009 |
j'aimerai savoir ou nos auteur trouve une coke qui dure + de trois heure pour considerer que celle ci puisse etre prise comme un dopant a moins bien sur que mr gasquet est trouver un truc pour la consommer en douce devant tout le monde
De kubilai
en vacances | 07H15 | 11/05/2009 |
Le problème est à mon avis insoluble. Pour ne pas avoir de dopage on doit interdire la compétition mais ce ne sera jamais le cas. Malgré une volonté très ostensible de résoudre ce problème, les instances sportives sont liés à des contrats financiers juteux qui imposent des résultats…
Le « Citius, Altius, Fortius » n'est finalement qu'un leurre.
De tonton nano
enfin retraité | 08H33 | 11/05/2009 |
Les deux mon commandant .
De caiuspupus
Extrême centre | 08H47 | 11/05/2009 |
Il me semble qu'à chaque fois que l'on parle d'alcool, on dit : « attention, l'abus d'alcool est dangereux pour la santé ».
Par contre, on parle de cocaine, de ses effets « dopants », de sa capacité à éveiller les sens, à améliorer la réactivité), mais on ne se sent pas obligé de mentionner les dangers que représentent cette drogue dure, car il s'agit bien d'une drogue dure, extrêmement dangereuse, et complètement illicite. Au lieu de ça, on parle de prise « festive ».
Alors, pour rappel :
La consommation de cocaïne provoque des séquelles cérébrales.
Les overdoses et les morts brutales avec la coke sont dues à deux causes : effets anesthésiques de la substance chez des sujets naïfs, ou mort par activation brutale du système sympathique avec convulsions et/ou défaillance cardiaque.
La coke est souvent coupée avec du verre pilé ou de la poudre minérale pour la rendre plus lourde et donc permettre aux dealers de faire un plus gros bénéfice sur le dos des consommateurs.
L'argent de la cocaine finance la mafia, avec toutes les conséquences que l'on connaît.
http://non-a-la-depression.blogspot.com/
Des vies sont détruites directement et indirectement par cette drogue.
De JohnCleese
Joggeur | 08H57 | 11/05/2009 |
Un nouveau tournoi de tennis sur neige sera
prochainement organisé en Colombie :
http://deligne.over-blog.com/article-31270158.html