05/08/2010 à 16h59

De Kalkbrenner au tourisme musical : Berlin, capitale électro

Sourdoreille"

Composer une bande originale dédiée à sa ville et la porter à l’écran dans une histoire de débauche typiquement berlinoise : une double-casquette enfilée par le DJ Paul Kalkbrenner pour le film « Berlin Calling », en 2008. Deux ans plus tard, le producteur techno fait figure d’emblème de la capitale allemande. Décryptage d’un phénomène qui, aujourd’hui, sert aussi à attirer le touriste « bit generation ».

1999. Le label berlinois B-Pitch Control, référence en matière de musiques électroniques, accueille sur son catalogue un jeune producteur de 22 ans, Paul Kalkbrenner. Dirigé par Ellen Allien, princesse techno encensée sur tous les continents, B-Pitch est le fer de lance d’un courant qui happe entièrement la capitale allemande.

L’Europe a trouvé son bastion nocturne, porté par une brochette d’artistes (Richie Hawtin, Ellen Allien, Modeselektor) qui avaient à peine une quinzaine d’années quand le mur est tombé.

Kalkbrenner, des platines à l’écran

2006. Hannes Stöhr, réalisateur allemand, grand fan du premier album de Paul Kalkbrenner (« Self », 2004) décide de soumettre un challenge au natif de Leipzig : composer la bande-son d’un scénario consacré à un DJ tombé dans les affres des stupéfiants. Son terrain de jeu : Berlin, bien entendu.

Kalkbrenner accepte. Il s’exile à Aix-en-Provence avec son compère de label Sascha Funke pour composer ce qui sera la B.O. de « Berlin Calling ».

Reste désormais à trouver celui qui tiendra le rôle du héros dépravé de « Berlin Calling ». Face à l’implication de Kalkbrenner dans le projet, Hannes Stöhr lui propose d’interpréter le personnage principal.

Pour la première fois, l’artiste passe des platines à l’écran et se fond dans la peau de DJ Ickarus, génie drogué jusqu’à la moelle, qui arpente sans relâche les lieux de débauche de la cité de la Spree, avant de passer par la case hôpital psychiatrique.

Le marketing électro de Kalkbrenner

Deux ans après sa sortie, cette fiction sous psychotropes est devenue un classique. Et elle est massivement utilisée pour promouvoir les nuits berlinoises à l’étranger. Lorsque Paul Kalkbrenner est programmé dans un festival, la projection de son film est quasi-systématique, à l’image de son live au festival de musique électro Astropolis. (Voir le live à Astropolis)

Les acteurs de la nuit berlinoise l’ont bien compris. Malgré le personnage peu recommandable qu’il incarne dans « Berlin Calling », Kalkbrenner est un argument de choix pour attirer des flots de clubbeurs. Les compagnies low-cost ont aussi flairé le bon filon marketing.

A tel point qu’à Berlin, on parle d’« easyJet-set » pour qualifier les clubbeurs qui rallient la ville pour passer le week-end. Touristes qu’on retrouve au mythique Berghain, temple techno devenu pour beaucoup d’autochtones l’emblème de la commercialisation outrageuse de la sub-culture locale.

De la culture underground à la culture de masse

Paradoxalement, c’est au moment où sa réputation est plus établie que jamais à l’étranger qu’une partie de la scène techno locale connaît un regain de politisation.

Elle se rallie à la kyrielle de collectifs citoyens qui dénoncent notamment la gentrification des quartiers centraux tels Prenzlauer Berg ou Friederichshain (quartier où Kalkbrenner a vécu). Au point que des voix s’élèvent pour qu’on cesse de construire de nouveaux hôtels à Berlin, craignant que le tourisme low-cost ne galvaude la réputation de la capitale.

La preuve que les décideurs locaux prennent conscience qu’il est nécessaire de préserver l’équilibre entre culture de masse et créativité débridée.

Publié initialement sur
Sourdoreille
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  • delavergne
    delavergne
    Journaliste
    • Posté à 17h10 le 05/08/2010
    • Journaliste 15106
      Journaliste

    Un article qui se lit à merveille le casque vissé sur les oreilles au travail, la jambe battant le beat incessant. On en redemande !

  • jnk1961
    • Posté à 17h13 le 05/08/2010
    • Internaute 119895

    Quand bien même vous poussez le « cliché », en vou lisant on se dit qu’il serait bon de place à l’arrière de cette « berlin » là, juste le temps d’un week-end...

  • Tyb
    Tyb
    (par ici, par là)
    • Posté à 17h48 le 05/08/2010
    • Internaute 24914
      (par ici, par là)

    Oui alors cet article est quand même assez hilarant d’inculture sur la musique électronique hein, faire remonter la floraison électronique de Berlin à BPitch Control label très très hype et très très creux et 1999 alors que l’Allemagne et Berlin ont été une des influences majeures sur la scène électronique dés le début des années 1990, au point d’en représenter un des centres mondiaux avec la Belgique l’Angleterre et Detroit / Chicago / New York et l’une des principales forges de la musique électronique actuelle on croit se pincer.

    B-Pitch et Kalkbrenner ne sont accessoirement pas du tout le fer du lance du mouvement berlinois et de sa musique en règle générale, juste sa partie la plus visible pour le néophyte et la plus médiatisée en France, la musique de Berlin est bien plus minimale et moins mélodique en règle générale, Villalobos est un exemple beaucoup plus marquant.

    Bref, le documentaire Feiern donne surement une idée plus réaliste de l’ambiance là bas que Berlin Calling, Il est dangereux d’écrire un article censé parler d’un mouvement en entier uniquement à partir de la vision d’un film.

    Accessoirement le mouvement de révolter contre la gentrification touche aussi et surtout plus que la construction des hotels la spéculation financière massive menée par de gros investisseurs sur une des capitales la moins chère d’Europe.

    et Ritchie Hawtin est canadien et a commencé sa carrière à Détroit bien avant de débarquer en Allemagne, autant dire que la chute du mur il voit pas le rapport.

  • Gwendal Perrin
    • Posté à 17h46 le 05/08/2010
    • Journaliste 116443

    Comment parler de musique techno à Berlin sans évoquer d’autres noms comme Ben Klock ou Marcel Dettmann, les deux tenants du mythique Berghain ? Ce n’est effectivement pas tout à fait la même école que Kalkbrenner, quoique...
    Cette « easyjet-set » en inquiète effectivement pas mal sur place, qui se demandent si Berlin ne va juste pas devenir un défouloir pour les amateurs de techno-électro et voir le reste de la ville se déshumaniser...
    Toutefois, on est bien amené à reconnaître qu’entre toutes les scènes électroniques européennes, la techno made in Berlin tient une place bien à part tout en haut du pavé. Rien à voir avec les nocturnes parisiennes qui se délitent et la superficialité d’un Ibiza qui fait les yeux doux aux Guetta...
    Résultat des courses, je vais me repasser « Zeit » du sieur Kalkbrenner pour la prochaine heure :) Merci bien.

  • Antotoine
    Antotoine
    Jeune paumé
    • Posté à 18h10 le 05/08/2010
    • Internaute 28756
      Jeune paumé

    Le rapport entre la musique techno et la spéculation est tout de même vachement tiré par les cheveux !

    Actuellement, Berlin est une des grandes villes les moins chères d’Europe alors que c’est la capitale du pays européen le plus puissant ! À ça, on ajoute une Europe de l’est qui émerge de plus en plus, je pense principalement à la Pologne, et on s’aperçoit très vite que Berlin à de quoi attirer l’argent. Normal que les investisseurs s’y intéresse de très près !

    Après, je veux bien avouer que le coté alternatif et underground de la ville attire énormément les jeunes. La devise « Berlin is poor but sexy » du maire est (était ?) tout à fait fondé.

  • sourdoreille
    sourdoreille
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 18h53 le 05/08/2010
    • Internaute 21942

    @ Tyb : il n’est écrit nulle part que BPitch Control est le label qui a créé ce courant musical, simplement c’est celui qui a déclenché la médiatisation de la musique électro berlinoise bien après sa naissance, effectivement antérieure à 1999. Ce sont deux choses différentes. L’article ci-dessus ne prétend pas raconter la génèse de l’électro à Berlin, mais se concentre sur un épiphénomène qu’est le film Berlin Calling.

    Pour Richie Hawtin, il n’est pas écrit qu’il est Allemand, simplement son activisme à Berlin et via son label M-nus en font un élément incontournable de ce sujet. Alors oui, il n’a sûrement pas assisté à la chute du Mur, c’est sûr. Mais il fréquente une génération d’artistes qui, eux, ont eu 20 ans durant la première décennie de la réunification. Période qu’ils citent souvent quand ils évoquent leur musique.

    • mooed
      mooed répond à sourdoreille
      Marea Britanie
      • Posté à 23h14 le 05/08/2010
      • Internaute 53602
        Marea Britanie

      « Berlin Calling », m’ouais, ça se regarde mais ce n’est vraimment pas innoubliable. Comment vouloir aussi se rendre à Berlin avec comme but ce film ? -Pour ma part je suis allé à Astropolis pour voir I : Gor dont j’ai pas mal de waxes-. Berlin et la Techno avaient une liaison déja vieille de 10 années quand Bpitch a sorti sa première plaque... Exit donc pour vous Tresor, Force Inc. , Kanzleramt, Neuton, Müller, Gigolo, Acid Orange, Festplatten ; Bpitch est LE label ? ! Ok, les précédents se trouvent moins facilement en Kaufhoff.. Quand au live de Kalkbrenner je l’ai trouvé soporiphique, malheureusement, comme de nombreuses scènes à Astropolis cette année.

      • Patty
        Patty répond à mooed
        • Posté à 09h01 le 06/08/2010
        • Internaute 3413

        Le Paul machin, j’ai entendu pour la 1ère fois son nom aux toilettes d’astro ! ! moi aussi, j’étais là pour I : gor, Manu et Traffik ! il n’y a même plus de son hard-tek ! ! C’est là, que j’ai réalisé le fossé qui s’est creusé entre l’électro commerciale et le mouvement techno qui semble moribond, en dehors du hardcore, de la transe ! pour moi, c’est de la musique d’after qu’il y avait sur l’astrofloor et dans la cour !
        par contre, j’ai découvert Docteur Flake et j’ai adoré ! ! Et merci Traffik pour son live mortel au lever du jour ! ! ! !

         
        • tweesty
          tweesty répond à Patty
          Gaucher et contrarié
          • Posté à 17h22 le 06/08/2010
          • Internaute 83901
            Gaucher et contrarié

          T’es un peu dur quand même en disant que BPitch est un label commercial. Apparat, T. Raumschiere ou Modeselektor n’ont absolument rien de commercial. C’est sûr qu’ils évoluent dans une autre dimension que les musiciens hardtek ou hardcore mais leur musique est parfois moins formatée et accessible que certains courants hardcore comme le hardstyle ou le gabber.
          Pour moi, le hardstyle à la sauce hollandaise et ses prestas mégalos qui sentent la saucisse est bien plus commercial et compromis avec la grosse thune que des labels comme BPitch, Klang ou Afu-Lab.

        1 autres commentaires
  • tigre du nord-
    tigre du nord-
    pompé par carla
    • Posté à 21h35 le 05/08/2010
    • Internaute 59644
      pompé par carla

    Berlin n’est pas la capitale de la techno , mais la capitale de la musique électronique , domaine nettement + vaste.
    par contre la techno est ce qui ramène le + de touriste la bas donc d’argent
    Berghain sacrée meilleur boite du monde l’année dernière est effectivement hallucinant , avec un son d’une pureté inégalée , mais tenue par une bande de fachos malheureusement.
    ensuite la gentrification de Prenzlauer Berg est déjà faite , et celle en cour a Friederichshain vas + a l’encontre des teufeurs qu’autre chose.
    bravo a ceux qui ont brulés les 250 (a peu près) bagnoles de riches investisseur de ces quartiers et a la réaction des flics berlinois qui ont bien compris que c’est un problème politique.
    en 80 on disait plutot « Berlin tut blud » (Berlin apporte le sang)

  • hlpsdnh-
    hlpsdnh-
    surfer
    • Posté à 23h38 le 05/08/2010
    • Internaute 120564
      surfer

    Excellent article. Ceci dit, habitant à Paris, j’échange volontiers la gentrification de Berlin contre celle de la capitale française ! Berlin, quelle bombe. Des gens pépères en soirée, des pintes à 4 euros (même à Friederichshain), de l’espace, des currywurst, des logements abordables...

  • alangaja
    alangaja
    éthiopique
    • Posté à 23h38 le 05/08/2010
    • Internaute 93690
      éthiopique

    la musique électronique ne mérite pas d’être ramenée à cette vidéo soporifique ; répéter une séquence 20 fois ne la rend pas meilleure, surtout quand elle est à ce point monotone (je n’ai pas dit minimale...)... et puis, au niveau palette de fréquences, il en manque tout un pan, j’aime pas du tout ça.

  • Sonchai
    Sonchai
    iconoclaste
    • Posté à 00h02 le 06/08/2010
    • Internaute 112878
      iconoclaste

    Article confus et qui fais un peu passer Kalkbrenner pour le gourou qu’il n’est pas...
    Berlin n’a pas attendus Kalkbrenner pour être une capitale du « tourisme musicale » , et c’est un euphémisme que de dire ca puisque c’est le berceau de la love parade, rien que ca...
    En terme de manifestation qui mette une ville sur la carte du monde musicale c’est pas mal...
    Ensuite c’est la ville du club « Tresor » qui sera aussi un label majeur de l’histoire de la techno...
    Richie hawtin son influence c’est surtout du coté de détroit qu’il est allé la chercher, Winsdor (Canada) sa ville d’origine étant frontalière avec Detroit...et c’est par le label Tresor que se fera la connexion Berlin-Motor City...
    Et pour finir des films qui font l’apologie du freaks techno, c’est pas nouveau, un exemple qui date de 1992 :

    Voilà donc rien de nouveau chez B.pitch et Kalkbrenner, dernier exemple les voyages 4a pour ne pas les citer, ca fais un moment qu’ils organisent des charters vers Berlin...
    Sans méchanceté ce papier me fais penser à la traduction à peine « amélioré “ d’une Bio que l’on reçois dans les promos pour journalistes et Dj...

  • A déménagé le 1-6
    • Posté à 01h50 le 06/08/2010
    • Internaute 61755
  • plopplop2000
    plopplop2000
    saute-moutons
    • Posté à 13h46 le 06/08/2010
    • Internaute 74220
      saute-moutons

    15 ans de retard sur « l’évènement » (l’établissement de Berlin comme la capitale de cette musique) et l’on dresse ici en figure de proue un dj qui n’est pour la plupart des berlinois impliqués dans cette scène electro absolument pas assez représentatif (même si le gars lui même est très sympa et représentatif au sens large) pour être érigé à ce statut là.
    Quand au film en question, pardon, mais c’est un navet, même pour quelqu’un comme moi qui d’une part connait personnellement la plupart des intervenants du film et entretien des bons rapports avec eux depuis longtemps, et qui d’autre part a été suffisamment et très longtemps impliqué dans la scène electro berlinsoise.

  • ontherocks
    ontherocks
    étudiant
    • Posté à 14h46 le 06/08/2010
    • Internaute 118779
      étudiant

    Un tas de bétises dans cet article. Berghain : commercialisation outrageuse de la sub culture ? ? ? ? ? ? ? Haha. C’est sans doute l’un des seuls clubs à vouloir rester underground et bannir les touristes de cet endroit.

    Kalkbrenner n’est pas parti s’installer à Aix En Provence pour cette raison.

    BPitch n’est pas le fer de lance des labels Berlinois.

    Subculture ? ? ? ? Haha C’est toute la ville qui est portée par ça.
    En ce qui concerne les quartiers : ça n’arrête pas de bouger. Quand Friedrischain et Kreuzberg (avant) deviennent le foyer des touristes, les Berlinois se déplacent vers Treptow ou Wedding. Quartiers pourris mais les loyers recommencent à être bas là-bas.

    Arrêtez avec les articles sur Berlin. Ce sont les médias qui aujourd’hui poussent les touristes dans la ville. Et ça, on n’en veut pas.

    • plopplop2000
      plopplop2000 répond à ontherocks
      saute-moutons
      • Posté à 16h52 le 07/08/2010
      • Internaute 74220
        saute-moutons

      +1, BPitch n’a jamais été le fer de lance de rien, et même s’ils se font bouffer le cul par une certaine portion de la scène berlinoise, il n’y a bien qu’une certaine presse pour prétendre qu’ils sont super-ultra respectés à Berlin et que leur musique est en avance sur quoi que ce soit - ça, c’est clairement du vent et on passe, encore une fois, complètement à côté de tous les trésors (et je ne parle pas du Tresor) que recèle la scène musicale et particulièrement electro/techno/house/cequevousvoudrez Berlinoise...
      Alors certes, Berghain n’est pas tout rose et n’a finalement plus grand chose à voir avec le mythique et déjanté Ostgut, mais pour qui sait regarder le programme de près, il y a au Berghain et au Panoramabar (le petit club au dessus) la crème de la crème qui se produit régulièrement et des séries de soirées vraiment mythiques qui entretiennent la flamme depuis plus de dix ans, avec tant de brio que même les touristes pas amateurs de techno ressortent bluffés par ce qu’ils ont entendu - bref, quel que soit la ville à laquelle on voudrait comparer, il faudra courir longtemps avant d’arriver où ces gens là ont emmené la scène techno et malgré tout ce qu’on peut dire et entendre sur les boss du Berghain, ils ont fait infiniment plus pour le son de Berlin et la scène electro que BPitch et Kalkbrenner ne pourraient faire, même en rêve.

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