Mort-vivant, tentacules et trame du drame
Faches-Thumesnil est une petite ville située à coté de Lille. Tous les ans, elle accueille un charmant festival de la BD. Et cette année, j'étais invité. C'est toujours agréable d'être invité dans un festival. En général, on est bien reçu, les organisateurs sont sympathiques et passionnés, on rencontre les lecteurs. Parfois, quand on en a pas ou peu, on ne rencontre pas les lecteurs et on regarde les auteurs qui en ont rencontrer les leurs et ça fait toujours une bonne leçon d'humilité.
Pourtant, ce festival-là, je l'ai passé dans le brouillard. Soucieux de faire mon point bimensuel pour Rue89 avant le week-end, j'y ai passé une bonne partie de la nuit de vendredi à samedi. Je suis donc arrivé là-bas anéanti par la combinaison mortelle de fatigue et d'un stress irrationnel et croissant. Pendant les deux jours du festival, j'ai été, je le crains, une caricature étrange et morne au regard bovin un peu éteint. Je tiens donc à préciser ici qu'en fait, tout ça, ce n'est pas mon moi habituel, tout ça, c'est… la faute de Rue89.
Rue89 qui ne m'avait d'ailleurs rien demandé et qui n'a publié le texte que deux jours plus tard. J'imagine qu'il y a une morale à cette histoire, rapport au fait de ne pas faire les choses au dernier moment (ça évite d'être amené à voyager à côté d'un ami sans le reconnaître, ça évite de renverser le vin des gens sur d'autres gens, ça évite les dédicaces aléatoires et les remarques absurdes pendant les « dîners de gala » -oui, oui, dans la BD aussi, nous avons nos “dîners de gala”).
Les tentacules de « Rosalinde »
Dans un épisode récent, je vous ai raconté les questions qui se posaient autour de la couverture de ma prochaine BD, « Rosalinde ». Je vous disais que nous avions trouvé un compromis, que c'était parfait, que tout était formidable. Sauf que non. Pas du tout. Dans la semaine qui a suivi, tout le monde s'est mis à douter et, comme toujours quand tout le monde se met à douter, tout le monde a convenu qu'il fallait tout refaire.
Hop ! Convocation en urgence de l'auteur par l'éditeur, hop ! Discussion animée sur les solutions envisageables (tout refaire, un peu refaire, arrêter la BD). Hop, proposition de l'auteur, hop, validation générale enthousiaste (Mouais… Faut voir… C'est peut-être une bonne idée… On verra bien). Deux jours plus tard, nouvelle après-midi avec la maquettiste formidable et patiente, changement de cadre, changement de typo, nouvelles couleurs pour les lettres, couleur du sous-titre, etc. Maintenant, c'est officiel, nous l'avons. Nous ne pouvons plus la changer, elle est définitive. Je dois avouer que je la préfère à la précédente.

Il s'agissait de la rendre plus forte, moins bavarde, plus simple, plus remarquable. Le fond a été entièrement repris, plus de maisons qui explosent, plus de petits bonshommes qui volent, juste la masse sombre et menaçante des silhouettes de tentacules hostiles. En espérant maintenant que sur un présentoir, au milieu des dizaines d'autres sorties, elle saura attirer l'œil et susciter un petit début d'intérêt, histoire de donner un sens à quelques mois de boulot.
Sextape, la trame du drame
Entre Faches-Thumesnil qui m'a laissé dans un état quasi larvaire et l'épisode de la reprise de la couverture de Rosalinde, la progression de Sextape a été sérieusement ralentie. J'approche aujourd'hui de la page 20. Je suis passé à une étape nouvelle du scénario. Si les premières pages ont consisté essentiellement à donner une vision globale (incomplète mais générale), je suis entré maintenant dans la mise en place du noyau dramatique (je ne sais pas du tout si ça s'appelle comme ça mais c'est comme ça que j'appelle la situation qui « fait l'histoire »).
Ces passages me semblent toujours assez délicats à entreprendre. Ils ne doivent pas s'éterniser tout en évitant d'être trop artificiels. Ils doivent également conserver une fonction scénaristique secondaire : ainsi la mécanique de la mise en place de ce noyau dramatique ne doit pas oublier de poursuivre la construction psychologique des personnages, l'établissement d'éléments futurs de l'histoire tels que les relations entre personnages principaux (autour desquels tourne ce noyau) et personnages secondaires (qui seront des éléments fondamentaux de l'histoire plus tard mais de manière non systématique).

Pour finir, on doit avoir quelques pages fluides qui font démarrer l'histoire autour des personnages et environnements qui ont été présentés dans les premières pages. Évidemment, tout ça, c'est ma méthode, mon feeling car je n'ai aucune théorie sur le scénario, je ne connais pas trop les approches des autres. C'est avec ça que je me débats en ce moment. Je colle à l'essentiel et je m'attache au superflu, je garde le cap en regardant partout ailleurs… C'est passionnant mais ça prend un peu plus de temps.
J'ai hâte de passer à la suite. Encore quelques pages et je serais au cœur de mon propos. Là, je pourrais (j'espère) m'épanouir dans l'exploration de mon thème et de mes personnages. Ensuite, il faudra régulièrement rattraper le noyau, penser le rythme du récit et passer à l'étape suivante. Et ainsi de suite jusqu'au moment redoutable de la fin… dans quelques mois.
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C’est drôle , votre nouvelle couv’ , elle me rappelle le graphisme de Fred , dans Pilote (Matin quel journal)
http://www.du9.org/IMG/jpg/Partie_IV_Fig._3_-_1_-_Fred.jpg
Ne faites pas des nuits blanches à cause de cette remarque bizarre , hein . je ne suis plus dans la cible .En BD , je suis Le voyageur du mézozoique
A part Tardi, Petillon, Larcenet et Trondheim , je n’ achète plus de nouveaux livres de petits mickeys depuis longtemps.
Cordialement
( exceptionnellement , j’ achèterai votre album quand il sortira )
Bonjour Thomas,
Ah oui, j’aime bien cette couverture, le dessin et les personnages semble laisser de la place à l’imagination du lecteur. N’est ce pas le meilleur argument de vente ?
Je serai curieux d’en savoir un peu sur la trame de l’histoire, est-ce possible ?
c’est un sacré défi !
J’ai traité du sujet une fois sur mon blog : http://lethorama.blogspot.com/2008/03/75-dire-rosalinde-au-risque-de.htm…
En fait Rosalinde c’est l’histoire d’une vieille (encore incroyablement forte) très vieille france un peu réac, nostalgique du général, ex agent secret qui a raccroché en 81 quand les « rouges » sont arrivés au pouvoir (elle croyaient aux chars de Moscou sur les champs élysées) .
Dans cette BD elle combat d’abord les extraterrestre rencontre Muchu (l’ex maitresse de feu le mari de Rosalinde) qui devient son amie malgré leurs désaccords politiques profonds (Muchu, l’air de rien, est assez gauchiste)…
AH AH ! c’est terrible.
Enfin bon il est question d’extraterrestres, d’angine blanche, de dirigeants corrompus, de complot, de domination du monde, de plage privée, de paris, de jeunes gothiques et de jeunes bourgeois parisiens, d’art du combat, de tour Effeil, d’iles…
Entre le Pamphlet politique et la série B de SF, entre De Gaulle et Mitterrand, entre Droite tradi et gauche libertaire, entre champagne et lieux de débauches, j’ai posé Rosalinde et Muchu pour quelques aventures ayant pour but de sauver le monde au moins deux fois…
Aïe !
Ca le fait… carrément!
Rosalinde et Mutu semblent goûter à une liberté totale, je ne pense pas être déçu du voyage !
.
Je préférais la première version de la couverture, plus fouillis, donc l’envie d’y regarder de plus près. La elle devient trop classique à mon gout. Haha, c’est chiant les lecteurs!
C’est toujours une bataille, le problème de la couverture en règle générale est régie par des études et non pas sur le mood de l’auteur. Où est passé l’esprit de mai 68?