Mon message du jour: mais lisez de la BD, bordel!

Parlons de vous, un peu. Si vous le voulez bien, j’aimerais beaucoup vous lire me parler de votre rapport (ou non rapport) à la BD.

Pourquoi en lisez vous, pourquoi n’en lisez vous pas  ? Qu’est ce que ça représente pour vous  ? Êtes-vous de ceux qui lisent de tout, de ceux qui ne lisent que quelques genres bien précis  ? De ceux qui n’en connaissent qu’un peu, de ceux qui en connaissent tout  ? Y-a-t-il un rayon BD dans votre librairie  ? Vous fait-il peur  ? Finalement la BD, est ce bien sérieux  ?

La bande dessinée, à mon humble avis, se destine à peu près à tout le monde, au même titre que le cinéma ou la littérature qui peuvent fournir à chacun, selon ses goûts, selon ses envies, un "matériau culturel" à se mettre sous la dent.

En ce qui me concerne, j’ai découvert la BD assez tard. Je veux dire que j’ai découvert ce qu’était réellement la BD, dans toutes ses dimensions, assez tard. Jusqu’il y a quelques années, pour moi, la BD était un art aussi respectable que les autres certes, mais dont je résumais assez aisément la dimension au génie de Franquin, à celui d’Hérgé, au dessin de Bilal, aux rêves de Pratt, à l’oiseau du temps de Loisel, ou à l’Incal de Moëbius.

Je réduisais les mangas à "Dragon Ball" sur du mauvais papier

C’était déjà pas mal. ça aurait pu être pire. J’étais toutefois assez inculte (je le suis toujours, ce qui m’oblige à un silence gêné dans bien des conversations avec des "collègues"). Je n’avais pas encore rencontré Gipi, Peeters ou Burns. Je réduisais les comics à Superman mal dessiné, les mangas à "Dragon Ball" sur du mauvais papier. Je ne savais pas. Je n’avais pas lu "Watchmen" [d’Alan Moore, ndlr], je ne soupçonnais pas Taniguchi.

Je ne savais pas parce que la BD n’existe pas vraiment dans le paysage culturel français, pas normalement. On lui trouve des figures, on expose des stars, on en parle un peu à Angoulême, on chronique de ci de là un album "important", on s’y perd.

Là où il y a dans un magazine dix pages de littérature, il y aura une demi-page de BD pour parler de l’album dont tout le monde parle déjà. Là où la télé va s’étendre sur tel ou tel thème politique, culturel ou social avec une dizaine d’auteurs "sérieux", la BD ne parvient que laborieusement à se trouver une place.

La BD n’a pas d’existence banale dans notre tradition culturelle, sinon à travers Tintin ou l’adaptation en BD de telle ou tel film, série ou phénomène. Un peu comme si on réduisait la littérature à Jules Verne et à la novélisation de Titanic.

Je ne sais pas si l’impression est la même pour vous mais, pour moi, pendant longtemps, alors que mon environnement culturel était ainsi rempli de romans, d’essais, de polars ou de films ou de documentaires… je ne pouvais me faire une idée de la BD qu’à travers ses principales figures ou par quelqu’un qui connaissait déjà.

Et pourtant, savez-vous que d’une semaine sur l’autre, si les classements des meilleures ventes de livres considéraient la BD, celles ci seraient plutôt très bien placées. Savez vous qu’un des livres qui se vend le mieux en France est une BD, plus précisément un manga, "Naruto". On pourrait citer aussi Titeuf, Largo ou XIII. Malgré ce succès commercial, malgré ce dynamisme culturel, cette puissance économique au sein du secteur culturel, la BD ne sort pas beaucoup des publications spécialisées.

A l’occasion d’Angoulême, une fois par an, les grands médias s’ouvrent un peu à la bande dessinée. Ils vous expliquent alors qu’ils soutiennent la BD, alors même que tout le reste de l’année ils l’ignorent, la réduisant à quelques évidences de loin en loin.

"S", le chef d’oeuvre de Gipi, n’a pas fait la une de Télérama

Je voudrais vous parler de "S".

"S" est un album d’un auteur italien, Gipi. Cet album est une merveille. L’un des plus beaux livres qu’il m’ait été donné de lire ces dernières années. Pouvez vous imaginer qu’un album comme "S" existe  ? Un album dont la trame narrative est d’une ébouriffante complexité et d’une parfaite limpidité. Un album de ce genre, visuellement somptueux, modeste et virtuose au propos intelligent et fort, fait-il parti de ce que vous pensez pouvoir attendre de la BD  ? Cet album m’a bouleversé. Cette bande dessinée, par son propos, son ton, la qualité de son écriture, la justesse des regards et des attitudes, m’a touché au coeur comme un film ou comme un roman. Elle me poursuit. Elle continue aujourd’hui encore de m’habiter. Elle est une oeuvre majeure. Parlez en à ceux qui l’ont lu, aux auteurs qui la connaissent et, en général, ils reconnaissent que cet auteur italien est grand, très grand.

Pourtant, Télérama, n’en a pas fait sa une (ou alors je suis passé à coté). La télé ne l’a pas invité, on n’a pas vu ses images dans nos magazines, personne n’a demandé à Gipi ce qu’il pense de ceci ou de cela. On est passé à coté. (Et pourtant, il faut bien reconnaitre qu’il y a un progrès, et que la BD dans sa diversité trouve de plus en plus sa place dans nos médias généralistes, rue89 en fait régulièrement la démonstration).

Il y a quelques années je serais aussi passé à coté de Gipi. Je serais passé à coté parce que personne ne m’invitais à aller y voir. J’avais ce que je connaissais, j’avais les romans (qui sont la base de mon alimentation culturelle), j’avais le cinéma.

Je n’avais pas pour la BD cette curiosité que j’avais pour le cinéma et qui m’a fait découvrir, à Nîmes, au sémaphore, mon premier Kitano. Cette curiosité que j’avais pour le roman et qui m’a permis de découvrir des écrivains du monde entier je ne l’ai pas eu pour la BD.

La BD existait dans son monde, à part. Avec ses libraires spécialisés, ses lecteurs exclusifs, ses dédicaces au rituels étranges. La BD ne m’était pas particulièrement familière. Puisqu’on n’en parlait pas comme on parle des autres "arts" sans doute était elle un truc à part. Sans doute qu’on l’avait ou pas et sans doute que je ne l’avais qu’un peu.

L’amour de ma vie, ma "muse" elle-même ne lit que très peu de BD

Comme je me trompais et comme, aujourd’hui, au milieu de cet univers que je découvre encore, je me réjouis de tout ce qui me reste à découvrir et à lire.

Alors, vous qui n’en lisez pas, expliquez moi ce qui bloque, dites moi, parlons en  ! Est ce le prix  ? Est ce le problème de la lecture de cette image avec ce texte (je ne plaisante pas, c’est parfois un vrai problème pour les gens qui n’en ont jamais vraiment lu, un problème de sens, d’ordre, de dissociation)  ? Est ce que votre libraire est méchant  ? Est ce que dans votre ville la fameuse diversité de la BD se résume à quelques best-sellers  ? Et vous qui en lisez, dites leur, partagez  ! Tout ceci étant dit, je peux maintenant l’avouer  : l’amour de ma vie, ma "muse" elle-même ne lit que très peu de BD… On cherche encore ce qui pose problème. Je ne désespère pas.

► En ce qui concerne Sextape  : ça avance (page 13)

Cliquez sur les dessins pour les agrandir

► En ce qui concerne la couverture de Rosalinde, on a tout recommencé  ! ► S. de Gipi - éd. Vertige Graphic-Coconino - 200p., 17€.


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Par Ga
16H28    04/06/2008

« Cette bande dessinée, par son propos, son ton, la qualité de son écriture, la justesse des regards et des attitudes, m’a touché au coeur comme un film ou comme un roman.  »

Voyez? vous même, vous faites cette différence d’appréciation, tout etonné que vous êtes d’avoir put ressentir les mêmes sensations avec une BD, qu’avec un livre, ou film.
Il y a, sans doute, dans votre analyse, cette part de sous estimation de son travail propre a tout dessinateur de BD qui se respecte, mais selon moi, si le 9 e Art patit de cette réputation de « sous-culture de masse », c’est à cause de la fracture du continium espace temps.

je m’explique.

La Bd a mis du temps à acquerir ses lettres de noblesse, et la reconnaissance du public en tant que tel, c’est trés récent, ça à commencé avec « A Suivre », vers le début des années 80 à peu prés.
Jusqu’ici, malgré l’avénement de la BD pour adulte avec Pilote, L’Echo, ou Fluide Glacial, celle çi était considérée comme un « loisir ».
La BD a commencé à s’enorgeuillir d’un cercle trés restreint de passionnés, qui ne suffisait pas à faire vivre le marché de la BD, mais qui a eu le merite d’être fidele aux attentes de ses lecteurs.

Seulement voilà, nous sommes passé de la reconnaissance du public, à celle du marché beaucoup trop rapidement, à peine certains éditeurs s’enhardissait pour ce « noble art », que le marché commençait déja à être submergé par une surproduction de qualité assez innégale.
Ce qui a aussi eu ses avantages, puisque la BD s’est ouvert à un plus large public.(plus grande diffusion, plus gros tirages etc…)
Au début, pour justifier cette « surproduction », les éditeurs ont avancé l’argument suivant: l’argent de ces « produits » allait servir à sortir et soutenir de jeunes auteurs ou des auteurs plus difficile d’accés, seulement, c’est resté à l’etat de promesse, et aujourd’hui, même un directeur de collection, intégre et passionné, voit son travail validé, ou non, par des commerciaux beaucoup moins scrupuleux sur la qualité, que sur la rentabilité, supposé donc.
Du coup, de nombreux editeurs sortent trois tomes d’une serie pour les arreter dés que les chiffres de ventes sont en deça de leurs ésperances.

Ce que le public à tendance à considerer comme du foutage de gueule.et à raison.
A ça on ajoute le monopole de certaines boites fusionnés, le fait que la Fnac ait décidé de regrouper ses achats pour toute la france en fonction des chiffres de vente régionales (alors qu’avant chaque vendeur pouvait decider de ce qu’il allait mettre dans son rayon), autant d’initiatives qui n’ont fait qu’empirer les choses et nuisent à la diversité des albums proposés.

Bien sur, tout n’est pas noir, et nous sommes pas les moins bien lottis en France, loin de là, mais tout cela participe à reduire la bande déssinée comme un simple objet de (sur)consommation.
Du coup le public est devenu beaucoup moins exigeant.
 CQFD.

D’ailleurs les éditeurs le disent eux mêmes, nous ne sommes plus des « lecteurs », mais des « consommateurs »…
ça change la donne quand même.

Edit: je rebondis sur le commentaire precedant le précedent, en effet, la mort de magazines BD y est pour beaucoup, les rares qui reste sont devenus des « vitrines » de boites d’éditions, et ne presentent que peu, ou pas d’interet pour les lecteurs, plus de ligne editoriale, plus de complicité avec les lecteurs, juste quelques catalogues mis à votre disposition moyennant finance.

 
Par Julien83
19H01    04/06/2008

Les médias ne boudent pas tous la Bande Dessinée … pour preuve : tout les vendredis sur PUBLIC SENAT …à 22h20 (en gros), la plus fantasmagorique des émissions 100% consacrée au 9eme art : UN MONDE DE BULLES présenté par Jean-Philippe Lefèvre. Avec en troisieme semaine un portrait complet d’un dessinateur dans son atelier, dans son environnement.
Dans mes lectures rien n’empêche d’aller vers les grands classiques jusqu’aux contemporains, tout genres.
J’avoue soutenir plus la bande dessinée d’humour.
Mes dernières lectures que je retiens en ce moment, dans le récent : Franquin : Chronologie d’une oeuvre (de l’inédit total, tout savoir sur l’univers du dieu ! ), Le Tombeau de Champignac (Spirou & Fantasio par … Tarrin & Yann). SUPERDUPONT (to6 par Lefred-Thouron, Gotlib & Solé ) , BIOTOPE 1&2(Appollo et Bruño), La Véritable Histoire de FUTUROPOLIS (Cestac), Out of Picture (collectif des dessinateurs des studios Blue Sky : l’Âge de Glace), Sketchbook de Peter de Seve. Mais il y en a d’autres : Pascal Brutal, Les Voisins du 109 , Cosmic Roger, Forbidden Zone etc…
Par contre, il y a bien des bandes dessinées à mettre à la poubelle directement, passage au pilon, un feu de joie : toute la collection « jingle » de chez Casterman, en collaboration avec TF1 et France télévision : Candeloro, Joséphine Ange-Gardien, Fort Boyard, Kho Lanta, Pierre Palmade etc… toute la pipolerie, Coffe inclus dedans ! Qui peut croire que Eve Angeli fait dans le scénario de Bande Dessinée ! STOP ! Halte à la Bande Dessinée qu’on doit lire en buvant un coca !
Le pire, c’est qu’elles sont en promotion à la télé, des animateurs comme Fogiel, Durand, Ardisson, dont la connaissance ne dépasse pas le niveau zéro. j’ai encore plus honte avec Ali Badou sur Canal+… il est doué en littérature, mais la Bande dessinée, c’est à revoir.