Pourquoi je n'ai pas su dessiner Gaza

Une maison détruite à Jabaliya, le 20 janvier 2009 (Patrick Baz/Reuters).

En février, un livre original est sorti en librairie. Sur Gaza, cette actualité qui est de celles dont on parle en disant « les événements de » parce qu'on ne sait pas trop quel mot poser sur tout ça.

Ce n'est pas un tremblement de terre, ce n'est pas un tsunami, ce n'est pas un coup d'Etat, ce n'est pas un référendum ni une élection, ce n'est pas Sarkozy, ce n'est pas Obama. C'est autre chose. Une chose pour laquelle on aurait sans doute su trouver des mots si elle était arrivée ailleurs, entre d'autres parties.

Gaza (éd. La Boîte à bulles).C'est un événement qu'on a peur de dire parce qu'on a peur d'être récupéré, accusé, sali, réduit. Un événement qui n'existe pas sans la complexité d'une histoire qui semble n'être qu'une succession d'« événements » dont on ne sait ce qu'on peut en dire.

S'agit-il de colonialisme, d'occupation, de terrorisme, de guerre, de paix, de politiques, de groupes armés, de fanatismes, de démocratie, de mur, d'apartheid, de riposte légitime, d'attaque ou de défense, de souffrances partagées, de vols, de torture, de calcul, de haine, d'enlèvement ? Et pour qui ? Quel mot pour quel camp ? Tous les mots pour chaque camp ?

Dire Gaza

Il faut du courage pour dire Gaza et il faut s'y mettre, se plonger dans la poussière, repousser les facilités sans doute et ne pas craindre de déranger, peut être, les éternels donneurs de leçons, philosophes à l'émotion variable et trop prévisible qui vous disent à longueur de colonnes ce qu'il convient de penser sur ceci ou cela. Pourquoi ne pourrait-on pas dire Gaza en étant seulement témoin, même lointain, même d'ici ?

Ce livre hybride, « Gaza » édité par la Boîte à bulles en un temps record est un ouvrage collectif qui prend le parti du mélange des genres.

Il parle de l'histoire, il témoigne, il explique, il ressent. Il est hybride parce qu'il contient de tout, des illustrations, des photos, des textes, des interviews. Il tente de dire Gaza en ayant le courage des mots et des images.

Il est le résultat d'une démarche qui a du mérite, le mérite de ne pas se cacher derrière son petit doigt, de prendre le parti d'assumer un regard, une analyse, une opinion, une émotion. Le résultat est un livre riche, très engagé, foisonnant.

Dessiner Gaza

Quand Maximilien Le Roy, qui est à l'origine du projet, m'a proposé de participer à ce livre j'ai d'abord dit oui, avant de renoncer, piteusement.

Je suis illustrateur, auteur de BD, il n'y a pas de sujet qui devrait m'arrêter. Mon échec ressemble presque à une faute professionnelle. Ou peut-être est-ce une interrogation sur mon rapport à mon trait et son usage.

Je n'ai pas su dessiner Gaza parce que je ne connais pas Gaza. Je n'ai pas su dessiner Gaza parce que je n'y étais pas. Parce que Gaza brûlait encore quand on me demandait de dessiner Gaza sous les bombes.

Je ne suis pas sûr que le 12 septembre 2001 j'aurais su dessiner l'absence des tours, je ne crois pas que j'aurais pu dire le Rwanda en 1995, pas plus que j'aurais su, en quelques traits, dire quoi que ce soit de Sarajevo en 1992.

Dessiner c'est créer une image, manipuler un regard pour l'amener à comprendre un message, à ressentir une émotion. C'est générer une lecture, c'est calculer (plus ou moins) la trajectoire d'un oeil et s'arranger pour qu'il s'y embue ou s'y révolte.

Dessiner une image sur une guerre aussi lointaine, illustrer, rapidement, sans en connaître les auteurs, des lettres de témoignages, poser quelques traits pour donner vie à de terribles douleurs dont je ne soupçonne au fond pas grand-chose, me pose question. Pourtant si personne ne le fait, que reste-t-il ?

Je comprends et envie ceux qui ont l'humour pour allié parce qu'ils savent et peuvent dire et faire tout cela par le décalage. Je comprends et admire ceux qui savent évoquer les choses, provoquer la pensée, par un biais intelligent, sans prétendre dire ce qu'ils ignorent.

Dessiner un objet, un détail, parce que regarder un peu à côté peut aider à prendre la distance nécessaire. Je n'ai pas su trouver ce biais et je n'ai pas voulu dire ce dont j'ignore tout. La douleur, au moment même ou ce quotidien était exactement parallèle au mien.

Dire la guerre, ai-je découvert, suite à cet « échec », c'est pour moi se nourrir d'autre chose. Prendre le parti d'assumer de ne pas être dans l'actualité, tenter de regarder partout ailleurs aussi. Ne pas prétendre à la réalité, parler à travers la fiction, creuser quelque chose. ça me demanderait du temps. Un temps que je n'avais pas.

Dessiner la guerre

J'ai pensé, à l'occasion de cette demande, à ces BD qui parlent de guerre, des horreurs qui l'accompagnent, des vies qu'elle bouleverse, des traumatismes qu'elle génère… J'ai remarqué que celles qui m'ont touché le plus sont souvent celles qui sont marquées par le rapport intime que l'auteur entretient avec ce qu'il évoque (Maus, Persepolis, S, le photographe) ou celles qui ne disent pas une guerre, mais, à travers l'outil magnifique de la fiction, disent la guerre ou une guerre qui peut être toutes les guerres ou peut être aucune (Notes pour une histoire de guerre, Le dictateur et le champignon…).

Ou encore, celles qui prennent le motif d'une guerre ancienne ou en tout cas « historiquement balisée » pour une histoire plus « petite », ou décalée qui va dénoncer in fine les absurdités de toutes les guerres (La ligne de front, le travail de Tardi sur 14-18).

Dans le livre « Gaza » certains réussissent à s'emparer de ce matériau qu'est l'actualité lointaine et tellement proche de ces voisins que nous connaissons trop mal. Ils savent mettre des visages sur les mots. Je sais maintenant que je n'aurais pas pu et que je ne le veux pas.

Ce n'est surtout pas un jugement. Je suis heureux qu'ils l'aient fait, parce que je pense utile que ce livre existe. Ce n'est simplement pas ma direction. Si Maximilien (qui a lui même l'habitude d'aller voir sur place, d'aller à la rencontre des gens, en Inde ou à Gaza), me redemande un jour de participer à ce genre de projet, je saurais que je ne pourrais dire oui que si je parviens à travailler par le biais d'une fiction, d'un décalage, d'un point de vue, qui m'éloigne, me sors de l'actualité, me donne le recul pour ne plus parler de ce que j'ai trop l'impression d'ignorer mais pour explorer l'universel à travers mon regard, mon approche, ma subjectivité. 

Ne pas m'ériger en maladroit porte parole de ceux que je ne connais pas mais tenter de les approcher autrement. Pour tout cela il me restera soit l'humour si j'apprends à le manier, soit mes histoires, mon regard, ma voix, toujours.

En attendant voilà un livre qui existe, qu'il faut lire, composé de mille autres voix qui ont su trouver là un terrain d'expression précieux. Si je n'ai pas su dessiner Gaza, d'autres ont su le faire. C'est tout ce qui compte. 

« Gaza » est un livre collectif édité par La Boîte à bulles. Les droits d'auteur seront reversés à « palestinian Center for Human Rights », ONG basée à Gaza, bénéficiant d'un statut consultatif auprès du conseil économique et social de l'ONU.

Y ont participé : Rony Brauman, Mona Chollet, l'Union juive française pour la paix, Michel Warshawski, Leopold Charniot, Chimulus, Lionel Larchevêque, Max F., Renart et beaucoup d'autres…

« Gaza » Collectif - éd. La Boîte à bulles - 24€. 

A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
Tous les articles sur Gaza
Tous les articles sur la BD

Photo : Une maison détruite à Jabaliya, le 20 janvier 2009 (Patrick Baz/Reuters).

93 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

  • Téléchargez votre photo sur votre page perso. Elle apparaitra à côté de vos réactions.
  • Merci de respecter la charte des commentaires, sans quoi nous nous réservons le droit de supprimer votre réaction.
  • Les commentaires sont fermés après quatre jours.
Portrait de ysengrimus

De ysengrimus

16H42 | 03/03/2009 | Permalien

Troublant. Terrible. Perso, je ne traite plus cette question que sur le mode poétique

http://www.ecouterlirepenser.com/textes/pl_po_requiem.htm

Cela souffre tout simplement trop…

Paul Laurendeau

Portrait de Raslacouette

De Raslacouette

. | 17H09 | 03/03/2009 | Permalien

Si les dessins de cet album sont, à n'en pas douter, d'une grande qualité ; votre choix du silence l'est tout autant. Il en dit long sur votre ressenti, très touchant. Merci.

Portrait de Gisor

à Raslacouette Portrait de Raslacouette De Gisor

semeur de troubles | 15H01 | 04/03/2009 | Permalien

Rony Brauman, Mona Chollet, l'Union juive française pour la paix, Michel Warshawski ? Tiens, je ne savais pas qu'ils étaient dessinateurs ceux-là ! En tout cas, leur participation donne très envie de lire le livre dont il est question ; -)
J'espère qu'ils auront également l'excellente idée de participer au prochain ouvrage qui traitera des bombardements de la population civile du sud d'Israël. Ou peut-être, à celui qui nous donnera à voir de l'intérieur le mouvement islamo-fasciste du Hamas, ou la haine anti-juive explicitement exprimée par une partie minoritaire mais très fanatisée de la population musulmane et les idiots utiles de l'extrême-gauche lors des manifestations anti-israéliennes en Europe. Mais j'admets avoir des doutes…

Pour en revenir à l'ouvrage dont il est question dans cet article, je me demande bien de quoi peuvent témoigner les auteurs de BD qui y ont contribué puisqu'il n'ont pas assisté à cette guerre, n'ont rien vu des combats. Quels liens ont leurs dessins avec la vérité factuelle des événements ? Leurs dessins seront-ils autre choses qu'une reconstitution partiale des événements tirée du récit des militants djihadistes ou de la population terrorisée par les milices islamistes, de leur propre inclinaison idéologique ? Une reconstitution dé-contextualisée, dés-historicisée avec des bons d'un côté et les méchants de l'autre.
Je ne sais pas si vous avez noté comme moi qu'aucune image de combattants islamistes morts les armes à la main n'a été diffusée par les médias internationaux ? En ont-ils dessiné ?
Plus généralement, quelles relations entretiennent la photo et le dessin avec la réalité objective ?

Bon, à part ces questions hautement philosophiques, je vous recommande chaudement la lecture du mensuel l'Arche (mensuel du judaïsme français) qui paraît cette semaine dans un numéro spéciale sur cette guerre : Gaza : vérités sur une guerre. Ca nous changera des articles de M. Haski, Gresh, Cypel et consorts qui nous chantent toujours la même ritournelle !

Portrait de Saba

à Gisor Portrait de Gisor De Saba

22H23 | 04/03/2009 | Permalien

J'espère que dans votre numéro de l'Arche on commente aussi les propos d'Avigdor Lieberman ( élu à la Knesset et qui fera sans doute partie du gouvernement) lorsqu'il dit que les Israéliens devraient faire à Gaza ce que les Américains ont fait au Japon à la fin de la seconde guerre mondiale ……..

Portrait de lifka

à Gisor Portrait de Gisor De lifka

12H20 | 05/03/2009 | Permalien

Merci pour cette intervention qui m'ôte les mots de la bouche.

Il faut dire en effet que rien qu'à lire les noms de ceux qui ont participé à ce « travail » on sait d'avance ce qu'il contient. Ce sont les mêmes qui depuis 2000 ou 2001 ont fait les tournées des collèges avec madame Leila Chahid (mais sans l'ambassadeur d'Israël) pour disaient-ils « débattre » du conflit israélo-palestinien avec des enfants de 13 ou 14 ans, mais de fait se livraient devant eux à un procès sans avocat de la défense, digne d'une République bananière, où les participants étaient à la fois juges et procureurs.

Bref une sorte de mini-Durban avec un seul accusé dont la culpabilité est par principe établie avant tout jugement et par essence. Sans la moindre tentative de vérification ni de faire la preuve des accusations portées.

C'est d'ailleurs le principe de la BD d'accentuer les traits et de ne pas s'embarrasser de nuances. Ce genre de propagande dirigée par destination vers des jeunes influençables et en mal de causes auxquelles s'assimiler s'appelle tout simplement de l'incitation à la haine.

Portrait de Utilisateur désinscrit à sa demande

De Utilisateur désinscrit à sa demande

nc | 17H22 | 03/03/2009 | Permalien

En tout cas tu as su dessiner les mots qu'il faut, Thomas. Merci !

Portrait de kawaayi

De kawaayi

2012??? | 17H31 | 03/03/2009 | Permalien

A voir Banksy, l'artiste de Bristol…dans son livre « Wall & Piece » les commentaires (pas tristes) d'un palestinien des territoires occupés quand il a peint le « mur »…

Portrait de jordyc

à kawaayi Portrait de kawaayi De jordyc

MK | 18H45 | 03/03/2009 | Permalien

Le travail des artistes étrangers sur le mur est souvent remarquable vu de chez nous (surtout les oeuvres -vieillissantes- de Bansky) mais n'est pas tout le temps apprécié par la population. Je me souviens d'un palestinien me disant, en voyant le travail photo de JR (http://www.wartmag.com/ ? p=422) qu'il ne souhaitait pas voir ce mur embelli…

Portrait de PIT LE CHIEN

De PIT LE CHIEN

17H39 | 03/03/2009 | Permalien

Voilà une action utile et une oeuvre certainement intéressante.
Espèrons que l'ouvrage soit suffisamment bien distribué et mis en place pour être VISIBLE.
Au Salon du Livre,la semaine prochaine, par exemple.

Portrait de PétaouSchnok

De PétaouSchnok

18H48 | 03/03/2009 | Permalien

La FNAC le mettait en rayon aujourd'hui… je l'ai pris directement du bac en plastioc vert… : P

Super bouquin/BD … à voir aussi « Torture Blanche » de Philippe Squarzoni :

http://www.amazon.fr/Torture-blanche-Philippe-Squarzoni/dp/2849610127

Portrait de Tokani

De Tokani

Oldmole | 18H49 | 03/03/2009 | Permalien

Puisse la représentation de l'absurdité Humaine concrétisée à Gaza nous remettre en question comme le fit celle des camps aprés la guerre …

Portrait de AlexG2008

De AlexG2008

temporaire | 18H59 | 03/03/2009 | Permalien

Je sais pas pourquoi mais à vous lire j'ai un peu l'impression de vous voir tout nu. Il faut sans doute plus de courage pour ne pas savoir dessiner Gaza et le dire, que pour le dessiner sans savoir ce que l'on fait, ni pourquoi on le fait.

D'autre part, je ne suis pas contre le coup de pube pour le bouquin. Pour moi c'est même justifié quand c'est pour une « cause » utile. Merci pour cet article, et bravo pour votre honnêteté.

That is the question.

Portrait de P a z

De P a z

19H07 | 03/03/2009 | Permalien

Merci pour l'information !

Très bien aussi :
Dans l'enclos de Gaza, un reportage BD de Chappatte
http://www.globecartoon.com/bd/BDGaza.html

Portrait de jackoneil

De jackoneil

22H05 | 03/03/2009 | Permalien

Beau projet

Portrait de dalun

De dalun

20H01 | 03/03/2009 | Permalien

belle réflexion : merci .

Portrait de Maderic

De Maderic

Ingénieur | 20H33 | 03/03/2009 | Permalien

Une bien touchante confession dans ce monde de super-positiveurs.
Merci pour cette émotion.

Portrait de bloqué le 24.09.09

De bloqué le 24.09.09

20H59 | 03/03/2009 | Permalien

Désolée, de ne pas ressentir les choses comme les précédents commentateurs.

Ce texte me met mal à l'aise : on dirait qu'il parle de victimes d'une catastrophe naturelle.

Mais ce sont des crimes qui ont été commis à Gaza, il ne s'agit pas de nature ici.

Des hommes armés ont tué des gens désarmés.

Pourquoi ce texte ne nomme-t-il nulle part les auteurs des crimes ? Les mots Israël, ou soldat israélien, n'apparaissent nulle part dans le texte.

Thomas Cadène a fait un texte le plus abstrait possible sur un fait épouvantablement concret : un crime délibéré à grande échelle.

Portrait de Tokani

à bloqué le 24.09.09 Portrait de bloqué le 24.09.09 De Tokani

Oldmole | 23H09 | 03/03/2009 | Permalien

Peut être parce qu'il est psychologiquement difficile d'intêgrer qu'un Peuple ayant subit il y a à peine 60 ans le rôle de Proie assume aussi bien aujourd'hui celui de Prédateur ?
Enfin de compte « L'Histoire n'apprend rien et justifie ce que l'on veut “ Valery

Portrait de bloqué le 24.09.09

à Tokani Portrait de Tokani De bloqué le 24.09.09

00H00 | 04/03/2009 | Permalien

Les soldats israéliens qui ont commis ces atrocités n'ont rien subi du tout, ils n'étaient pas nés il y a 60 ans.

Votre post est parfaitement déplacé.

Portrait de Tokani

à bloqué le 24.09.09 Portrait de bloqué le 24.09.09 De Tokani

Oldmole | 00H58 | 04/03/2009 | Permalien

Tu te méprends Soh je parlais de Ton Ressenti

Portrait de Thomas Cadène

à bloqué le 24.09.09 Portrait de bloqué le 24.09.09 De Thomas Cadène (auteur)

Dessinateur | 23H24 | 03/03/2009 | Permalien

Je voudrais préciser que mon propos n'est pas un propos de journaliste. je parle de mon métier, de mon rapport à celui ci et au monde.

Relisez mes toutes premières lignes où précisemment je pose la question de la qualification. Je dis bien que ce livre, justement prend le parti de dire les choses. Mais ce n'était assurément pas l'objet de mon article.
Je suis désolé que cela n'ai pas été toujours compris. Je n'ai pas fait un article sur Gaza mais sur ce le livre qui a été fait sur Gaza (et que je vous conseille) et sur la manière dont j'ai appréhendé un éventuel travail personnel pour ledit livre.

 

Portrait de bloqué le 24.09.09

à Thomas Cadène Portrait de Thomas Cadène De bloqué le 24.09.09

23H58 | 03/03/2009 | Permalien

Sur un tel drame il faut dire la vérité le plus simplement possible. C'est tout.

Ne pas faire d'omerta sur les auteurs du crime, c'est le moindre respect du à ceux qui sont morts ou qui souffrent encore dans leur chair.

Encore une fois, les noms des auteurs du livre me suffisent pour savoir qu'il est de qualité.

Portrait de Thomas Cadène

à bloqué le 24.09.09 Portrait de bloqué le 24.09.09 De Thomas Cadène (auteur)

Dessinateur | 08H26 | 04/03/2009 | Permalien

On ne se comprend pas. Disons le clairement, brutalement : L'objet de cet article n'est pas Gaza, l'objet de cet article c'est « dessiner Gaza, pendant que Gaza Brule ». Le drame, je n'en parle que dans mon rapport à lui. Je parle de la difficulté, par le dessin, de s'exprimer sur ce qui se produit au moment où on doit le faire.

Vous pouvez avoir envie de ne parler que de Gaza, d'Israël, de cette situation très précise mais mon propos était d'aller au delà (ou plutôt « à coté ») et de parler d'une situation connexe qui, me semble t il, peut intéresser tout le monde parce qu'elle parle de la difficulté d'être témoin, de la prise de parole… Alors je comprends bien que vous avez envie de parler de tel ou tel scandale lié à la situation de Gaza et, dans cette optique là, bien sur, mon article n'est carrément pas à la hauteur ; en effet il ne parle de rien, il ne donne pas le nombre de mort, il n'accuse personne ni rien. Vous entamez un débat sous un article qui n'est pas le bon.

Mais simplement c'est parce que, encore une fois, je n'ai pas fait une contribution journalistique de plus sur Gaza (dont je ne connais au fond pas beaucoup plus que n'importe qui) j'ai témoigné de ma difficulté à m'exprimer professionnellement sur un sujet aussi présent, aussi contemporain et des questions que cela entraine.

Je comprends tout à fait que cette approche ne vous intéresse pas mais c'est un autre problème. Simplement les reproches que vous me faites, je ne les comprends pas parce que j'ai l'impression que vous répondez à un article que je n'ai pas écrit. Comme si vous aviez lu autre chose que ce que j'ai pensé écrire.

ceci dit, vous avez raison, ce livre est de qualité.

Portrait de bloqué le 24.09.09

à Thomas Cadène Portrait de Thomas Cadène De bloqué le 24.09.09

10H36 | 04/03/2009 | Permalien

Vous êtes devant un massacre où notre pays est impliqué (ventes d'armes, rehaussement des liens économiques avec Israël, accueil chaleureux des responsables en plein massacre, liens des politiques des principaux partis avec les réseaux de soutien comme le CRIF), et vous avez envie de parler de vous-même. C'est très tendance : mon ressenti, à moi-même, par moi-même.

Vous avez le droit et Rue89 a le droit (légalement, sinon moralement) de faire ce choix éditorial.

Mais moi j'ai le devoir de faire remarquer que si 1300 juifs avaient trouvé la mort à Gaza, des familles juives pilonnées depuis des tanks et des avions bombardiers, vous n'auriez pas écrit votre texte de cette façon et Rue89 ne l'aurait certainement pas publié sous cette forme là.

J'aimerais savoir ce que vous en pensez ?

Portrait de Thomas Cadène

à bloqué le 24.09.09 Portrait de bloqué le 24.09.09 De Thomas Cadène (auteur)

Dessinateur | 11H30 | 04/03/2009 | Permalien

Aimeriez vous vraiment savoir ce que j'en pense ?
j'ai l'impression que vous m'avez déjà jugé et condamné. Je ne suis que le fruit de mon époque, j'incarne ici, sur rue89, l'égoïsme de notre temps et puis c'est tout !
non ?

Il se trouve que, par mon métier, on m'a proposé de participer à un ouvrage collectif à propos de Gaza. Il se trouve que je n'ai pas réussi à trouver la bonne façon de le faire et que j'ai donc renoncé à y participer. J'ai eu le sentiment que les motifs de mon renoncement pouvaient avoir un intérêt, non pas pour parler de moi, mais pour parler de ce que c'est que d'avoir l'occasion, l'opportunité, la responsabilité de parler de ces questions là.

Je ne suis pas journaliste, je ne suis pas humanitaire, je ne suis pas allé sur place, je ne suis pas un spécialiste de la géopolitique… J'ai décidé, en voyant le livre, en lisant le resultat de ce travail, d'en parler et de parler, par la même occasion, des questions que j'ai pu me poser. Non pas, encore une fois, pour parler de moi (ça n'a aucun interêt) mais pour tenter de réfléchir « à haute voix ». parce que j'ai la prétention de croire que la question de l'auteur est une question importante.

Quand vous parlez de ce livre vous parlez des noms. De ceux qui y participent, vous dites « ils sont biens »… peut être précisément le sont ils parce qu'ils se sont posés des questions et qu'ils y ont trouvé les bonnes réponses (ils sont allé sur place, ils ont étudié la question, ils ont interrogé d'autres personnes etc.).

Le moi, c'est pas toujours de l'égocentrisme, c'est aussi, parfois, la question de la signature, de la responsabilité.

Pourquoi « moralement » cette question ne pourrait elle pas être légitime ?
Elle ne remet rien en question quand aux réalités d'un conflit, elle ne traite pas du fond, elle pose la question de celui qui va être amené à traiter d'un sujet (par le dessin en ce qui me concerne) et de son rapport à cette responsabilité.

Quand à votre dernière remarque (sur votre « devoir ») je la trouve insultante. J'ai pris soin dans mon texte de généraliser mon propos. Si vous ne voulez pas accepter un sujet qui contient « gaza » dans son titre autrement que par une approche nécessairement engagée, nécessairement dénonciatrice c'est votre problème. Encore une (dernière) fois : ce n'est pas mon propos.

Je comprends bien que ça ne vous intéresse pas mais je ne traite pas de Gaza, je traite de « dessiner Gaza ». Comme je commence à me répéter je m'arrête là.

Portrait de bloqué le 24.09.09

à Thomas Cadène Portrait de Thomas Cadène De bloqué le 24.09.09

15H23 | 04/03/2009 | Permalien

Je ne voulais pas vous agresser. Rue89 ne nous informe plus que rarement de ce qui ce qui se passe à Gaza. Sans doute un texte un peu désincarné comme le vôtre est la seule chose que Rue laisse éditer.

Essayez de comprendre mon ressenti à moi aussi : Je ressens votre distance vis à vis des massacres commis par l'armée israélienne et vis à vis des victimes de Gaza comme extrêment agressive envers le genre humain.

Je souhaite juste que vous sentiez et compreniez que nous sommes tous responsables des massacres qui viennent de se dérouler à Gaza, du siège qui se poursuit et des meurtres qui se commettent toujours même si plus épidodiquement maintenant les soldats et les colons israéliens soit à Gaza soit en Cisjordanie.

Nous en sommes responsables parce qu'il faut plus de français en train d'écrire et de manifester pour que la France cesse d'armer Israël (il semble que la France ait fourni des bombes au phosphore, arme particulièrement épouvantable), que la France s'associe au boycott contre Israël, que l'Union Européenne et la France cessent de commercer avec Israël tant qu'il n'y a pas d'état Palestinien.

Notre gouvernement et Israël nourrissent une « guerre des civilisations » à l'échelle de la planète et c'est de notre responsabilité de nous y opposer.

Portrait de Raslacouette

à bloqué le 24.09.09 Portrait de bloqué le 24.09.09 De Raslacouette

. | 17H25 | 04/03/2009 | Permalien

« Je ressens votre distance vis à vis des massacres commis par l'armée israélienne et vis à vis des victimes de Gaza comme extrêment agressive envers le genre humain. »

Soh, nous sommes décidément bien dans le registre de la perception. Votre lecture de Thomas n'est pas la mienne. Pas de « distance », mais justement, du respect pour ceux qui souffrent et l'incapacité à le mettre en image. Sa « non participation » est, selon moi, très humble et, je le répète, sensible et humaine.

Aviez-vous lu ceci ? : http://www.rue89.com/travelling-89/2009/02/05/david-polonsky-je-ne-peux-…

C'est du même registre. Une expression (pour Polonsky, la parole) bloquée par une émotion trop forte.

Bien sûr, il faut dénoncer, agir, mais faire des amalgames politico-politiciens avec tout ne permet pas de faire avancer le débat.

Et pour être complètement honnête, pour une bille en conflit israëlo-palestinien comme moi, les points de vue artistiques ou les témoignages comme celui-ci, dénués de haine de l'autre, éveillent plus ma conscience que des commentaires idéologiques.

En fait, on oppose ici, intellectualisation et sensiblité. Plus sensible qu'intellectuelle, la démarche de Thomas me touche, me parle. Comme « La peste » ou « Guernica » m'ont plus bouleversé que la lecture d'un pavé historique.

Je pars et ne serai de retour avant la fermeture de ce fil Soh, mais j'espère sincèrement être parvenu à vous transmettre mon point de vue.

Portrait de bloqué le 24.09.09

à Raslacouette Portrait de Raslacouette De bloqué le 24.09.09

18H40 | 04/03/2009 | Permalien

… « mais j'espère sincèrement être parvenu à vous transmettre mon point de vue »

La réponse est oui.

Amicalement

Portrait de ayesha

à Thomas Cadène Portrait de Thomas Cadène De ayesha

administratif éducation nationale | 16H04 | 04/03/2009 | Permalien

Monsieur Cadène, si vous n'avez vraiment rien à dire, vous savez ce qu'il vous reste à faire…

Quant à parler de Gaza, ou même dessiner sur ce sujet, encore faudrait-il avoir un tant soit peu de courage et d'humanité.

Votre discours est superflu. Nous pouvons lire ou voir d'autres témoignages, autrement plus intéressants : à la soirée organisée pour le soutien de l'ATL Théâtre de Jénine le lundi 9 février 2009 à Paris, des Français ont eu le courage de s'exprimer.
Mme Alima Boumédiene-Thiery, sénatrice, est allée à Gaza à la fin de l'agression israélienne contre la bande de Gaza (vous voyez, ce n'est pas si difficile de nommer ces « événements ») et nous a raconté ce qu'elle y a vu et ce qu'elle y a vécu.
M. Jean-Moïse Braitenberg, petit-fils de déporté, s'est aussi exprimé, afin que l'on entende haut et fort une autre voix sur la situation en Palestine occupée, et que l'on n'amalgame pas tous les Juifs au soutien inconditionnel apporté par le CRIF et d'autres institutions juives à la politique criminelle de l'état d'Israël.

Des témoins, il y en d'autres, qui s'expriment, par la parole, par des films, et aussi des dessins.

Sur ce sujet, vous pouvez garder le silence, et nous nous ferons un devoir, sinon un plaisir, d'oublier très vite votre piteuse « contribution ».

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code