
Angoulême, seul moment où un auteur de BD se sent puissant
Tout commence par la grande angoisse de la grève. La grève (qu'il fallait soutenir ! ) allait elle ruiner Angoulême, ses remparts, son festival ? La CGT, FO & Co avaient-ils sciemment mis en péril la BD ? Les trains arriveraient ils dans les gares et les auteurs dans les hôtels ?
Le jeudi a été parfait ou presque. La grève semble avoir été un succès. Je m'en réjouis. Nous avons été accueilli à la gare par une sono lamentable qui crachait du Noir Désir dont il ne restait qu'un colossal « boum boum » qui m'a fait dire à mon voisin « tiens maintenant les grèves syndicales ressemblent à la Gay Pride au niveau du son, y a de la techno », avant de se rendre compte de son erreur
J'ai tenté de changer de sujet en soulignant que le cortège avait l'air fourni, ce qui était bon signe et, renonçant à la navette, j'ai pris mes petits pieds et je suis monté jusqu'au coeur de la ville, les bulles et le Mercure.
Comme auteur, en festival, je suis dans la catégorie « hagard qui a besoin d'être entièrement désautonomisé ». Ma première étape est donc la recherche de l'équipe. Kathie, Didier, Marité, Martine… Ceux qui me sauvent.
J'ai besoin de mon badge, de mon programme, de savoir où poser mon sac, de connaître mon hôtel, où on mange, qui sont ces gens, sera-t-il possible de voir un concert de dessins, que dit la météo, etc. En règle général avec eux, à Angoulême, la réponse est oui.
Le reste de l'année, les médias et l'humanité toute entière nous ignorent largement
Ensuite, rassuré, je suis parti à l'assaut du festival. Muni de mon badge auteur, je me sens enfin puissant, je rentre partout.
Pour les auteurs, Angoulême c'est un peu l'endroit où enfin on nous reconnaît comme des gens qui avons un minimum d'importance pour quelques personnes. Le reste de l'année, les médias et l'humanité toute entière nous ignorent largement.
Pour Angoulême, il y a le numéro spécial de Libé, l'émission de Arte, on entend « Le Fou du roi » [l'émission de France Inter, ndlr] dans les rues de la ville, France Culture est dans la place. C'est la reconnaissance.
Il ne faut pas s'emballer et garder la tête froide, ça ne durera pas. Bientôt on reviendra à Paris, Bordeaux, Nantes, et on nous redemandera ce qu'on fait dans la vie, non mais sérieusement, à part ça, comme vrai métier ?
Là pendant quelques jours, on compte un peu.
Le vendredi, les gens, les expos.
Ce matin, je suis arrivée doucement vers 11 heures. J'ai rencontré mon ami Johann (plus connu sous le nom de « cafard », auteur du formidable « Les Retranchés », chez Ankama) qui m'a expliqué que j'avais raté l'ouverture des portes.
« C'est comme les soldes », m'a-t-il dit. Le public des fans attend, puis les portent s'ouvrent et ils courent. Bien sur leur course est compliquée par les petites valises que certains traînent derrière eux, pleines d'albums à faire dédicacer et, arrivé devant le stand voulu, devant l'auteur tant admiré, ils se posent, enfin prêts à attendre la rencontre.
J'ai raté ça. Et je me dis que ce public pressé de voir ses auteurs fétiches n'est probablement pas le mien. Le mien, il arrive détendu, il sait qu'il n'y a pas vraiment foule devant moi, et il discute pendant que je pose des couleurs chatoyantes autour de ma Rosalinde.
Moment se solitude, quand je découvre une lectrice en train de me lire
A ce propos, il m'est arrivée une aventure étonnante. J'ai dédicacé une Rosalinde pour une certaine A. , très sympathique, qui n'avait pas encore lu ma BD. Ensuite, un peu plus tard, j'ai retrouvé mon ami Sebastien Vassant (le dessinateur du bouleversant « l'accablante apathie des dimanches à Rosbif » chez Futuropolis) et nous sommes allé boire un coup dans un café proche.
Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, cachée derrière un pilier, la dite A. lisant Rosalinde. Il faut imaginer l'angoisse de l'auteur qui voit quelqu'un lire sa BD. Va-t-elle rire, va-t-elle tenir plus de deux pages, va-t-elle la jeter rageusement, va-t-elle revenir sur le stand Casterman pour exiger un remboursement immédiat et le versement de dommages-intérêts ?
Voilà quelques questions qui vous traversent l'esprit dans ces moment là (qui sont des moments de très grande solitude). C'est un peu comme quand un lecteur vous dit : « Je vous ai déjà vu à tel festival, vous m'avez dédicacé tel livre », je n'ose jamais demander « Et ça vous a plu ? »… Je crains trop un glacial « Ah non, pas du tout. »
L'exposition Dupuy et Berberian se termine par une salle extraordinaire
Angoulême, c'est un lieu idéal pour rencontrer les lecteurs, mais il faut voir aussi les expos. Elles sont toujours intéressantes (grands souvenir de celle de l'année dernière consacrées à Munoz et Toppi). Aujourd'hui j'ai vu celle consacrée à Winshluss (l'auteur d'un démentiel « Pinocchio » aux éditions Requins Marteaux). On l'apprécie dans le cadre d'une charmante petite scénographie totalement gothique et déjantée qui va bien.
J'ai vu également l'exposition consacrée aux deux présidents de la présente édition du festival, Dupuy et Berberian. L'expo est belle, bien foutue et elle se termine sur une salle extraordinaire (je ne sais plus son nom) consacrée à ce qui est « autour », les amis, les enfants, les inspirations, que sais-je. On y voit des dessins formidables, d'auteurs qui le sont également, des statuettes ou des découpages.
Je suis aussi allé voir la bulles des jeunes talents, et j'ai bien flashé sur Mohamed Chenaoui, Edward Sanonikone et Clément Paurd. Il y a de sacrés talents qui arrivent et vous devriez aller les découvrir.
Maintenant je retourne dans la foule muni de mon badge et de ma toute puissance.
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► Le site du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême
► Un monumental musée Hergé et une super production Tintin sur L'Express.fr
► L'actu d'Angoulême sur Bodoi.info.
Illustration : l'affiche du festival d'Angoulême 2009, par Dupuy et Berberian
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De petit pain
13H05 | 31/01/2009 |
.
« Le reste de l'année, les médias et l'humanité toute entière nous ignorent largement. »
Houla !
Faut pas penser ça, Camarade.
J'te donne wouam comme exemple, que j'connais un peu.
Ben wouam, c'est pour la vie la bédé.
J'me lève, je suis entouré de bédés. J'me couche, c'est avec Mon Epouse… et des bédés. Je lis sur papier, c'est très très très souvent des bédés.
Chez wouam, si tu fais le tour, il n'y a que dans la salle d'eau qu'il n'y a pas de bédé : faute à l'humidité.
La vie de wouam est fleurie de musique et de bédés.
Imagine sans ! ! ! ! ! … Pô pô pô, ce serait la mort.
Tu l'ignorais, maintenant tu sais : Toi, l'auteur de bédé, t'as l'Amour de wouam toute l'année. Même les jours de grève.
Je t'aime.
.
à petit pain
De petit pain
13H26 | 31/01/2009 |
.
Là, tout de suite, sur ma platine tourne le « best dressed chicken in town » de Dr. Alimantado.
Sur le fauteuil qui reçoit la pile à lire : « MEDZ YEGHERN, le grand mal » de Paolo COSSI, « ANTHOLOGY » de KATSUHIRO OTOMO, « Lulu, premier livre » d'Etienne DAVODEAU, « BLACK JAKE » de Wil ARGUNAS, le volume 5 du « Retour à la terre » de Larcenet et Ferri, le « Confessions » du Magasin général de Tripp et Loisel, les trois derniers tomes de « DEATH NOTE » de Tsugumi OHBA et Takeshi OBATA…
Après la manif, jeudi dernier, Ma Chérie et moi sommes entrés dans une librairie, profitant que nous avions pris la ville.
Nous ne sommes pas sortis les mains vides.
Elle nous aura coûté cher cette journée de grève. C'est pas donner la bédé.
Putain que c'est cher même !
Comme le pain.
.
à petit pain
De petit pain
13H45 | 31/01/2009 |
.
J'ajoute, profitant de l'occasion qui est donnée de causer bédé.
2008, deux coups de coeur de lecteur. Boum ! boum ! boum !
1 - TRANSMETROPOLITAN de Warren ELLIS & Darick ROBERTSON. Un must. Du meilleur. De l'Art. De l'imagination. Un scénar et un trait succulents.
2 - le volume 2 des INVISIBLES, « entropy in the U.K. »…
Du pas-d'chez-nous donc.
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à petit pain
De Thomas Cadène
(auteur)
Dessinateur | 08H39 | 02/02/2009 |
WAW !
De Tombook
. | 16H43 | 31/01/2009 |
« Le reste de l'année, les médias et l'humanité toute entière nous ignorent largement. »
Depuis 1 an maintenant sont mis en ligne tous les sujets « BD » tournés tout au long de l'année par les équipes régionales de France 3.
Il y en a quatre pages sur le site :
http://culturebox.france3.fr/#/BD
à Tombook
De L-escale78
en construction | 17H46 | 31/01/2009 |
Pour compléter sur le site de France5
http://www.france5.fr/bd/index.php ? page=bd-bande-dessinee-accueil
Le service public sert peut être à cela. Ne pas vous ignorer pour le reste de l'année
De Malaelin
Tristestopics.fr | 17H04 | 31/01/2009 |
Un accent ne s'est malencontreusement pas glissé sur le « u » du « où » du titre de l'article. ; )
à Malaelin
De Yann Guégan
Rue89 | 13H52 | 01/02/2009 |
Ouh la vilaine coquille. C'est réparé, merci pour votre vigilance.