Voici comment naît une planche de la BD « Sextape »
Il était une fois une page blanche… Enfin, une page blanche virtuelle, un rectangle blanc sur un écran. C'est là-dessus que, chez moi, tout se fait, sans crayons, sans papier. Je vous propose de voir ce qui se passe ensuite (Voir la vidéo)
Il n'y a pas de délais type pour réaliser une page. J'ai commencé cette page-là quand Cécile [journaliste stagiaire à Rue89, ndlr] est arrivée, vers 10 heures le matin, je l'ai terminée en fin d'après midi. Selon le style, selon le sujet, selon les besoin de recherche ou la complexité des décors, le travail sur une planche eut aller de quelques heures à quelques jours.
Parfois, je rame, je fais autre chose, j'enrage, le découpage ne vient pas
Mon délai-type à moi est, quand tout va très bien, de trois planches en deux jours. Le plus souvent, parce que je fais d'autres choses, parce que je rame, parce que je recommence, parce que j'enrage, parce que le découpage ne vient pas, parce qu'une case me résiste, c'est une planche par jour.
L'une des variables à prendre en considération, c'est l'inspiration. L'air de rien, si elle ne vient pas, elle fout en l'air facilement le boulot d'une journée. C'est pour ça que je l'entretiens. Je pense en permanence à ce que je raconte. Je protège et nourris la « flamme ».
Que je sois devant l'ordinateur ou dans la rue je tente de résoudre des petits problèmes de narration, je prépare mentalement le travail à venir dans 10 ou 15 pages, je pense à la fin et à son déroulement, je me rappelle de ne pas oublier de corriger les pages 12 et 17, etc.
J'y pense donc en permanence mais, malgré tout, ça ne marche pas toujours. Il y a des jours sans. Il ne s'agit pas de l'angoisse de la page blanche mais plutôt de l'angoisse de la page nulle.
Quand Cécile est venue, je craignais le jour sans. Finalement, a posteriori, quelques pages plus tard, je ne suis pas mécontent du résultat. C'était une page un peu charnière (j'y présente un nouveau personnage important, je change de point de vue…) et j'ai plutôt l'impression qu'elle remplit bien son rôle. Ce n'est pas une page spectaculaire mais c'est une page utile qui fait avancer l'histoire. Et après tout c'est ce dont il s'agit. Faire avancer l'histoire, page après page.
Vidéo : Cécile Lenoir
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De Julien83
chroniqueur BD au Mague, Dessinateu... | 21H14 | 25/11/2008 |
Juste que techniquement, le texte il vaut mieux le taper sous illustrator ou Indesign (ou Xpress mais ce logiciel est une grosse m… ). Sous photoshop, ce n'est pas bon, le texte est pixelisé au rendu … au vectoriel ça ressort mieux. Après le reste, il y a moultes façon d'opérer …
De parti
punishment park | 23H01 | 25/11/2008 |
en tout cas thomas…merci pour rosalinde (et muchu)…sa sévère contre-attaque est un plaisir… même si c'est chez casterman…
à parti
De Thomas Cadène
(auteur)
Dessinateur | 11H31 | 26/11/2008 |
Merci beaucoup ! Je suis heureux qu'elle plaise.
De AMAD
10H42 | 26/11/2008 |
Juste 2 questions :
Comment fait-on pour créer sa police de caractères (avec sa propre écriture) sur Photoshop ?
Que devient la notion d » « original » lorsque on travaille sur ordinateur ? Je dessine sur tablette et je n'ai pas résolu cette question…
http://riposte.gauchepopulaire.fr/index.php/
à AMAD
De Thomas Cadène
(auteur)
Dessinateur | 11H36 | 26/11/2008 |
1) pas la moindre idée. Ma police a été faite à partir de mes propres lettre sur un logiciel dont j'ignore jusqu'au nom par le talentueux Gilles Aris (qui a fait le scénario de mon deuxieme album et qui est par ailleurs un dessinateur de grand talent et, donc, un connaisseur du logiciel en question)
2) Bonne question. Je pense que ça n'existe plus. Ou comme pour la photo numérique dans le cadre éventuellement de tirage limités et signés ce genre de chose ou de remise du fichier numérique avec les calques tout ça… mais ça n'aurait pas beaucoup de sens… je ne sais pas. L'original disparait peut être. En tout cas du coup on ne peut plus faire d'expo de planches originales… c'est dommage.
moi non plus, je n'ai pas résolu cette question on dirait !
à AMAD
De XLanig
dilettante | 14H50 | 26/11/2008 |
Peut-être une piste de réponse à la seconde question dans : « L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique » de Walter Benjamin ( 1935)
Lien Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C5%92uvre_d%27art_%C3%A0_l%27%C3%A9poq….
à XLanig
De AMAD
00H44 | 27/11/2008 |
Grand merci ! Fort intéressant, voilà qui me donne du grain à moudre.
je signale cet extrait du livre de Walter Benjamin :
http://books.google.fr/books ? hl=fr&id=AQ7A_dRegZoC&dq=walter+benjamin+l'oeuvre+d'art&printsec=frontcover&source=web&ots=ahLERYpN4R&sig=Apva1huFK6h8_VkxFIXRmLy1KRo&sa=X&oi=book_result&resnum=6&ct=result#PPA18,M1
De Benjamin Roure
journaliste sur bodoi.com | 10H52 | 26/11/2008 |
Très jolie vidéo, bravo ! Il est toujours intéressant de voir un auteur créer une planche, et que ce soit sur écran ou sur papier, c'est toujours fascinant. Et on perçoit, à la lumière qui baisse à travers la fenêtre, que tout cela demande du temps…
Vivement la suite de ce making-of (en attendant, j'ai repris la vidéo sur www.bodoi.com).
à Benjamin Roure
De Thomas Cadène
(auteur)
Dessinateur | 11H38 | 26/11/2008 |
Oui c'est marrant de se voir finir de nuit. Mais bon, la nuit arrive de plus en plus tot en ce moment. Et puis comme je le dis dans le texte, et comme tu le sais, le temps est quand même très variable d'un dessinateur à l'autre, d'un style à l'autre. Et merci !
De David Mohamed
Illustrateur et auteur de BD | 11H12 | 26/11/2008 |
Bonne déconne cette vidéo ! Par contre tu ne précises pas combien de temps tu passes sur l'écriture du scénar. En ce qui me concerne j'ai à peu près le même rythme pour du noir et blanc (je bosse uniquement avec des outis traditionnels crayon et feutres) mais je passe un temps fou sur l'écriture, la mise en place de la narration et le story-board. D'ailleurs je t'envie de réussir à te passer de story-board, moi je n'arrive pas à m'imaginer ce que sera le découpage sans l'avoir sous les yeux.
Autre question, tu passes du temps avant de démarrer un album à bosser les personnages ou tu fais tout dans la foulée façon Sfar ?
à David Mohamed
De Thomas Cadène
(auteur)
Dessinateur | 11H43 | 26/11/2008 |
en fait dans le cas de cette BD là, l'écriture du scénar a connu des phases inhabituelles et douloureuses. Normalement je pars d'un synopsis détaillé, découpé en épisodes assez précis et je me lance. Le plus long étant alors l'élaboration de l'histoire en amont de toute écriture. ça demande beaucoup de marche, quelques notes, énormément de prise de tête mais c'est inquantifiable parce que ça commence pendant la fin de la BD qui précède, ça se poursuit au cinéma, ça disparait pendant quelques jours, ça s'annule, ça revient se greffer sur une autre idée etc.
Dans le cas de Sextape, cette méthode ne pouvait pas fonctionner. Je ne m'en suis rendu compte que récemment (il y a deux mois) et j'ai une nouvelle fois du tout recommencer. Il y avait un gros probleme de narration qui était du à un élément central du récit. Il a fallu donc que j'écrive une partie du truc. Une narration, je veux dire le discours des narrateurs, qui apparait dans la BD, et que je le découpe par page. Mais là aussi impossible à quantifier par rapport au boulot initial, ce qui avait déjà été fait, la reprise de l'ensemble… raaaah !
maintenant ça va… c'est lancé.