08/03/2011 à 10h07

Cyberespionnage de Bercy : la Chine, forcément coupable

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Daniel Schneidermann | Fondateur d'@rrêt sur images


Joseph Wiseman dans « James Bond 007 contre Dr. No » (1963).

Ne cherchez pas le coupable : c’est la Chine ! Même si, par un scrupule qui les honore, experts et médias cherchent encore à la ménager en paroles (le Chinois est susceptible, chacun le sait. Article 1 : ne pas lui faire perdre la face), c’est bien vers la Chine, que se tournent par réflexe tous les regards, après le « vaste piratage » dont ont été victimes les ordinateurs de Bercy, et peut-être aussi du Quai d’Orsay et de l’Elysée.

« Les flux allaient vers la Chine », explique par exemple un expert, avant d’ajouter (l’expert est tout aussi prudent que le Chinois est susceptible) que le coupable peut tout aussi bien être « un des participants au G20 qui aurait intérêt à se faire passer pour la Chine ». Comme disait Confucius, on n’est pas plus avancés.

Qui dit espionnage dit Chine, depuis le regretté Dr No. En janvier dernier, quand Renault licencia brutalement trois de ses cadres, les regards, tout aussi spontanément, se tournèrent vers la Chine. Que l’affaire se dégonfle aujourd’hui comme un vieux pneu, est sans effet sur la sino-suspicion, qui resurgit toute gaillarde.

Mais que diable cherchaient les pirates ?

Nul doute qu’on va voir ressortir des placards de lémédias les mêmes experts en sécurité industrielle ou en intelligence informatique (à moins que ce soit l’inverse), poussant les mêmes cris d’alarme. Qu’ont-ils bien pu faire entretemps ? (Pour ne prendre qu’un exemple, dressons une statue au député UMP du Tarn Bernard Carayon, qui étala en janvier sa science en espionnage automobile, rappelle Acrimed, sur « LCP, RTL, Canal+, France 24, LCI, ITélé, France Info », entre autres, et resurgit aujourd’hui en feu d’artifice multicolore, par exemple ici (version Chine coupable possible) ou ici (version Chine disculpée).

Le plus grand mystère de l’affaire, du point de vue de l’humble matinaute, c’est tout de même de savoir ce que cherchaient ces intrus-venus-d’un-grand-pays-sur-un-continent-lointain-que-bien-évidemment-nous-ne-nommerons-pas. La recette secrète du modèle social français ? La potion magique de notre croissance ? Des preuves de l’existence du talisman de l’exception française ? Etrangement, aucun expert ne se penche sur ce mystère-là.


Dessin de Na ! sur le piratage informatique de Bercy.

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  • Pierre Haski
    Pierre Haski
    Cofondateur Rue89
    • Posté à 12h27 le 08/03/2011
      éditeur
    • Journaliste 9
      Cofondateur

    Je peux peut-être aider à répondre à la dernière question de Daniel Schneidermann : qu’est-ce qui pouvait intéresser les « pirates » à Bercy ? Si, et c’est un grand « si », ils venaient effectivement de Chine, et que les ordinateurs visés étaient ceux qui contenaient des documents sur le G20, la Chine se hisse tout d’un coup en tête des « usual suspects », car qui d’autre que la Chine peut prendre au sérieux le G20 ? Pékin est depuis peu admis à la table des « grands » (la crise financière de 2008 a transformé le G8 sans la Chine en un G20 avec elle), et elle se demande encore s’il n’y a pas d’entourloupe, si ce cadre multilatéral ne sera pas un moyen de peser sur elle et son Yuan. La Chine accueille prochainement un séminaire du G20 -et par la même occasion Nicolas Sarkozy...-, et il semblerait de bonne guerre (économique) de savoir ce que concocte le président en exercice du G20. C’est de la spéculaiton, mais je n’ai pas l’impression de faire de la sinophobie ou de la sino-obsession en réfléchissant à haute voix dans ce sens. Ce serait au contraire naif que de penser que les Chinois, comme les autres, ne se livrent pas à ce type d’espionnage somme toute classique, avec des moyens nouveaux.