23/09/2010 à 09h38

Première dame : succès d'un livre sulfureux

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Daniel Schneidermann | Fondateur d'@rrêt sur images

Paris, 23 septembre. Pour déverser le trop-plein d’informations sulfureuses que leurs journaux, par crainte, se refusent à publier, les journalistes du Sarkozistan ont deux exutoires :

  • vendre ces informations, anonymement, à l’hebdomadaire qui tient le rôle de bouffon séculaire de l’Etat voyou, Le Canard enchaîné ;
  • ou bien écrire des livres. Les informations interdites sont ainsi publiées, mais avec un délai qui en désamorce la charge explosive. Les lecteurs, qui ont pris l’habitude de ne plus rien attendre de leurs journaux, se précipitent sur ces livres.

C’est ce qui semble arriver à une biographie de la première dame, « Carla, une vie secrète », rédigée par la journaliste indépendante Besma Lahouri, qui s’est hissée en quelques jours au sommet des listes des best-sellers.

Les informations concernant les membres de la famille de l’homme fort n’ont, en soi, qu’un intérêt limité. Mais, particulièrement sensibles dans les cercles les plus étroits du pouvoir, elles constituent un bon baromètre de l’audace, ou de la pusillanimité, des médias.

Un livre torpillé par les médias du Sarkozistan

Si ce livre, que votre envoyé spécial vient de lire, a été vanté et promu par l’hebdomadaire d’opposition Marianne, les médias officiels et officieux du régime, au contraire, ont tout fait pour le torpiller. La radio du marchand d’armes Lagardère l’a consciencieusement fait démolir par un plumitif : il est vrai que le livre rappelait dans le détail comment la « première dame », comme on dit ici, a imposé à cette radio les conditions d’une interview.

L’un des journalistes les plus en vue du microcosme, Christophe Barbier, dirigeant d’un hebdomadaire-girouette, qui détermine ses couvertures en fonction des sondages, l’a démoli aussi : il est vrai que le livre rappelle comment la première dame a offert au même Barbier une écharpe rouge, et comment l’homme fort en personne l’a appelée « très gentiment » pour la féliciter le jour de son mariage. Rien n’y a fait.

Et la défense, très maladroite, de l’auteure du livre, une journaliste n’appartenant pas au sérail et intimidée par les studios, n’a pas empêché les lecteurs de se précipiter. L’hostilité de la première dame à l’auteure a été le meilleur argument de vente de ce livre (qui par ailleurs, c’est vrai, ne comporte pas de révélation fracassante).

Est-ce ce succès qui enhardit les médias habituellement assoupis ? Le Monde (opposition modérée) racontait mercredi la féroce bataille qui se livre en coulisses entre la première dame et un apparatchik en semi-disgrâce, Philippe Douste-Blazy, pour récupérer une partie d’une taxe sur les billets d’avion, sous prétexte d’œuvres humanitaires incertaines.

Car la première dame, désireuse de se façonner une image « humanitaire », fait mine depuis quelques mois de se préoccuper du sida en Afrique, ce qui, de la part de cette manipulatrice égocentrée, fait sourire même les plus farouches partisans du régime.

Dans l’immédiat, ces révélations du Monde ont été très peu reprises. Reste à voir si elles le seront dans les prochains jours.

Publié initialement sur
Arretsurimages.net
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  • JJ Reboux outrageur de poulets
    • Posté à 10h21 le 23/09/2010
    • Internaute 41591

    Besma Lahouri est peut-être très maladroite, comme vous dites, mais elle a au moins la « chance » d’être invitée dans les médias. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde publiant des bouquins sur les « à-côtés » du pouvoir…

    Pour avoir publié (début juin) un livre sur la FOLIE de Sarkozy (une politique-fiction, certes, mais qui en dit, me disent mes lecteurs, très long sur l’état mental du président), livre qui fait un flop grandiose en librairie mais rencontre un grand succès dans les fêtes du livre où je suis invité, où des citoyens ayant croisé Sarko dans ses voyages officiels m’apprennent des anecdotes que jamais aucun journaliste ne connaîtra…), je peux vous certifier, cher Daniel Schneidermann, qu’il ne fait pas bon « ne pas être du tout du sérail » lorsque l’on publie un bouquin sur le roi du Sarkozistan.

    Si ça vous intéresse, je vous l’enverrai volontiers (j’ai envoyé des @ à Arrêt sur images, mais… jamais de réponse…)
    Pour vous faire une idée :
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