Why France ? Pourquoi la France ?

Why France ? American Historians Reflect on an Enduring Fascination Downs Laura L., Gerson Stéphane éds., (Ithaca, Cornell University Press, 2007, 242 p.)

Oui au fait, pourquoi la France ? Ce pays que le commentateur du New York Times Thomas Friedman qualifiait d'« ennemi » des Etats-Unis à la veille de la seconde guerre d'Irak…

Pourquoi la France qui, afin d'exister, a suivi le général De Gaulle dans la méfiance envers les « anglo-saxons » ? Pourquoi, cependant, depuis plus de cinquante ans, des étudiants et des professeurs américains, suivant les pas de Scott Fitzgerald, de Henry Miller, d'Ernest Hemingway, de Melvin Van Peebles et James Baldwin, sont-ils venus scruter la France ? Ces questions ont été posées par Laura Downs et Stéphane Gerson à un large éventail d'historiens appartenant à des universités des Etats-Unis et du Canada. Le résultat est un miroir d'intelligence dans lequel notre pays peut vouloir se réfléchir. Les expériences racontées sont celles de professeurs, aujourd'hui émérites, qui ont découvert l'Hexagone à la fin des années 1950, jusqu'à celles de jeunes universitaires qui sont venus pour la première fois sous Mitterrand.

Tout ou presque commence à Paris. Peu ont borné leur expérience à la campagne et aux villes secondaires. Même lorsqu'ils ont conduit des recherches sur le monde rural ou celui des provinces, ils ont trouvé dans la capitale leur port d'attache. La beauté de la ville demeure un motif érotique intense. Elle suscite une troublante et longue passion chez ces promeneurs qui ont exploré tous les quartiers et scruté toutes les façades. Sans oublier de faire le marché, de goûter les vins, de comparer le croustillant du pain. Ils se gardent de reproduire les lieux communs sur le goût de la table. Mais rares sont ceux qui ne lui réservent pas une place. Ils ont décidé de prendre du temps pour être en France, plutôt qu'ailleurs.

Les règles de la vie commune sont autres. On ne paie pas chacun son café, on s'invite à tour de rôle, et on ne tient aucune comptabilité. Le contrat n'est digne que s'il est tacite : chacun doit savoir en gros quand c'est à lui de sortir les pièces de sa poche. Vieilles règles catholiques, aussi anciennes que les prohibitions canoniques sur les usages de l'argent. C'est aussi cela que ces intellectuels formés à d'autres règles, l'individualisme et le contrat écrit, apprennent entre deux séances de lecture en bibliothèque, en anthropologues improvisés.

Mais l'attraction n'est pas seulement la conséquence de la distance. C'est tout autant le rapport global de l'Amérique à l'Europe originaire qui se joue dans cet investissement de la France. Nombreux sont ceux qui choisissent la France, après avoir hésité entre elle et l'Allemagne. Dans leur formation, le couple franco-allemand existe souvent. L'hésitation ne porte pas sur l'Italie ou l'Espagne comme alternatives. La France, dans cette géographie imaginaire des cultures, n'est pas un pays latin. Elle campe dans sa singularité. A côté du Royaume-Uni et de l'Allemagne. Les trois pays sérieux.

Ils ont eu bien du mérite au départ, ces étudiants arrivés avec un projet de thèse plus ou moins clair en tête. Tous ne parlaient pas bien notre langue. Et leurs interlocuteurs, souvent incapables de parler quelque autre langue que ce soit, ne leur pardonnaient pas la moindre erreur. Ils ont dû conquérir le respect des professeurs français qui n'imaginaient guère, pour la plupart d'entre eux, que ces jeunes gens les impressionneraient un jour par la puissance de leurs travaux. Certains racontent, comme un cauchemar, leur trac lorsqu'ils furent invités pour la première fois à présenter leur recherche devant le public des séminaires universitaires. Aujourd'hui, nous acceptons qu'ils ont beaucoup à nous apprendre sur nous-mêmes. La France, qui se croyait capitale, a cessé d'être provinciale lorsqu'elle a compris que ces jeunes gens ne l'étaient pas.

La religion est présente presque dans chaque témoignage. Soit que les auteurs analysent leur lien avec la France en rapport avec leur enracinement ou avec leur déracinement religieux, chrétien ou juif. Soit que la laïcité française soit demeurée un objet d'étonnement. De tous les débats français récents, celui qui attire, de loin, le plus l'attention, est celui du port du voile dans les écoles.

L'historienne de la psychiatrie Jan Goldstein, que l'insistance des Allemands à lui demander si elle était juive avait fini par pousser vers la France, explique ainsi ce qui l'a décidée à choisir notre pays. Le livreur parisien de Butagaz qui lui apporta à son arrivée la précieuse bonbonne bleue, en lisant le bon de commande, lui dit « ah Goldstein ? Je connais un plombier qui s'appelle Goldstein ».

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Portrait de jul.f

De jul.f

08H21 | 11/05/2007 | Permalien

Il est vrai que la francophilie des intelectuels americains, des universitaires en tout cas pour ce que je connais le mieux, est etonnante.

Mais la France a aussi une part singuliere dans l'imaginaire populaire americain. Cela s'appuit sur une somme de cliches, souvent positifs (romantiques, gastronomiques, artistiques, cinematographiques) qui s'accumulent en une France fantasmee, un ideal exotique, comme le Paris d'un « Americain a Paris », film de Gene Kelly.

Vivant depuis 2 ans aux USA (en dehors de New York ou les liens sont encore plus forts, mais plus reelles et moins fantasmes), je ne cesse de remarquer cette fascination etrange que les americains ont pour la France, mais je n'ai pas encore reussi a la cerner precisement.

Je crois que peu de gens en France se rendent compte de ce phenomene. D'autant plus que l'opinion des francais vis a vis des USA est tres politique et se base sur des observations concretes et quotidiennes, ce qui n'est absolument pas le cas des americains.

Je ne sais pas si les americains aiment la France, mais plus que pour tout autre pays, elle fait partie de leur imaginaire. On dit que l'americain moyen ne connait rien a la geographie, mais l'americain moyen peut parler de la France beaucoup plus qu'il ne peut parler de l'Allemagne, de la GB, de la Chine ou de la Russie (sans que ce qu'il disent soit exacte).

C'est peut etre aussi pour cela que les reactions a l'opposition de la France a la guerre d'Irak ont ete aussi violentes, les americains etaient confrontes a une rupture entre leur France imaginaire et sa realite.

Portrait de Courageux anonyme

De

22H30 | 12/05/2007 | Permalien

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