
Réforme des universités: gare à la politique du pire
Quels peuvent-être les scénarios à partir de la situation qui s’est enclenchée dans les universités ?
Imaginons d'abord que le mouvement étudiant s’essouffle et que la loi sur l’autonomie soit appliquée, alors le paysage universitaire français deviendra plus lisible. L’inégalité, aujourd’hui connue de tous, de la valeur et de la qualité des diplômes délivrés par les établissements d’enseignement supérieur sera explicite. Les formations qui sélectionnent le feront ouvertement ; les équipes qui disposent des moyens pédagogiques et scientifiques d’un encadrement et d’une formation de bon niveau pourront afficher leurs réussites.
Des établissements universitaires y trouveront les ressources pour poursuivre le cercle vertueux qu’ils auront amorcé, leurs Ecoles doctorales signeront leur marque de fabrique ou, si l’on veut, leur identité intellectuelle. D’autres établissement devront se centrer sur des formations courtes et ils pourraient découvrir, du moins peut-on le souhaiter, qu’une formation universitaire de premier cycle sincèrement pluridisciplinaire, c’est-à-dire si elle n’est pas verrouillée par le cap des concours de recrutement du second degré et de l’université, peut devenir un projet intellectuel de très haute tenue.
Imaginons que le mouvement étudiant parvienne à paralyser le gouvernement et que l’autonomie universitaire connaisse le même sort que le contrat première embauche. Dans ce cas, deux scénarios sont imaginables.
Le scénario de l'abandon de la loi
Le premier, beaucoup trop caricatural, peut prendre la forme d’une réaction lue sur le blog toulousain de Libération. Elle consiste à recommander à François Fillon de laisser tomber cette loi qui n’est qu’une source de complications, puisque les grandes Ecoles et les formations à l’étranger suffiraient largement à combler les besoins nationaux en matière de reproduction des élites diplômées. Et tant qu’à faire, autant que la Ministre de l’Enseignement supérieur rende à sa collègue des Finances les cinq milliards programmés sur la législature pour le financement additionnel des universités ! L’excès est insignifiant, mais il désigne peut-être un horizon. Non, les grandes Ecoles et les séjours à l’étranger ne suffisent pas.
Des statuts dérogatoires, au coup par coup ?
Mais, et c’est le scénario qui me semble vraisemblable, si le gouvernement devait enterrer son projet, rien n’interdirait aux présidents de quelques établissements de solliciter du gouvernement un statut dérogatoire, comme ceux dont bénéficient Paris IX Dauphine ou l’université de technologie de Compiègne.
Ces nouveaux candidats au statut particulier pourraient être d’autant plus portés à cette démarche qu’ils auraient de longue date, ou beaucoup plus récemment, établi des passerelles crédibles avec certaines des Grandes Ecoles, ou des Instituts d’études politiques. Cette procédure consisterait, en fait, à élargir de façon contrôlée et limitée la base étudiante des Grandes Ecoles, sous couvert de partenariats Université-Grandes Ecoles.
Elle permet de pérenniser le système à deux vitesses qu’administre l’Etat en France, depuis plus de deux siècles. Elle crée vraisemblablement les conditions d’une inscription de certains de ces établissements dans les classements internationaux. Elle trouve son point d’équilibre dans la définition d’une population étudiante sensiblement plus nombreuse que celles des Ecoles traditionnelles, mais maîtrisée, par numerus clausus, à la dimension jugée la plus efficace pour l’établissement et la plus profitable pour les étudiants. Elle transfère aux universités concernées la culture du concours et de l’hyper sélection, qui est le propre des Grandes Ecoles.
Le pire des cauchemars
Il est, à ce propos, particulièrement piquant d’entendre que l’on s’indigne de la perspective d’une possible université à deux vitesses, dans un pays qui a établi dans le cadre de la République le système dual le plus rigide, pour ne pas dire le plus impitoyable, de toute l’Europe.
Si tel devait être le cas, les étudiants mobilisés contre la loi d’autonomie risqueraient d’accoucher du pire de leurs cauchemars.
Notre pays a confié aux Universités la collation des grades, aux Ecoles la sélection, aux organismes la recherche. Jusqu’à présent, toutes les démarches qui ont été entreprises pour renforcer les universités ou pour réintégrer en leur sein l’ensemble des fonctions et des capacités se sont trouvées mises en échec. La gauche s’y est attelée ; la droite s’y est attelée. Les ministres ont été remerciés sous les huées, ou condamnés à une prudence complice. Ne jouons pas, une fois encore, la politique du pire.
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Historien, Jean-Frédéric Schaub est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales. Il est l’auteur de « Les Juifs du roi d’Espagne, Oran 1509-1669 » (Hachette Littérature, 1999)et co-auteur de 











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Cher Camarade (camarade normalien, pas camarade révolutionnaire…)
Permettez-moi de vous rappeler que vous êtes payé pour étudier come je l’ai été moi-même, et duement sélectionné par concours. Imaginez maintenant un système où la sélection de fait par le prix à l’entrée. Got it? Oui, c’est l’exact contraire de ce que nous avons connu.
Ensuite, j’espère pour vous que vous êtes scientifique, et non littéraire.
Car vous comprendrez les grands malheurs qui s’abattent sur nous et vont se trouver démultipliés avec la loi Pécresse quand vous chercherez un poste de maitre de conférence à l’université …quand vous accéderez au statut envié de « jeune chercheur »- c’est-à-dire de précaire - dont il ne faut pas espérer vous débarrasser avant 35, voire 40 ans.
D’ailleurs, allez plutôt faire de la recherche dans le privé, si vous pouvez: vous doublerez votre salaire, au moins, par rapport au public.
Cela, bien sur, si vous êtes scientifique. Parce que la science et le marketing, tout le monde adore: ça rapporte. Quant à la socio, elle permet de savoir à qui s’adressed la pub, c’est utile. L’Etat comme les sponsors privés seront toujours prêts à investir un peu.
Mais langues, lettres, philo? Conscience? tout le monde s’en fout.C’était déjà pas brillant avec l’Etat. Alors avec Coca-Cola…
D’ailleurs… il me vient une idée: si vous pensez profiter de votre solde « au détriment des étudiants de fac » pourquoi ne pas généreusement en faire don à l’Université de Lyon, par exemple - je suis sûre qu’elle en fera bon usage.
:-)
Pardonnez ma hargne, mais je suis en train d’assister à la destruction totale et massive du système qui m’a permis d’accéder à un semblant de culture et de faire des études alors que, d’un point de vue social, c’était loin d’être acquis pour moi au départ.
Qu’arrivera-t-il, maintenant aux lycéens de ZEP, devront-ils uniquement s’en remettre à la charité des Grandes Ecoles qui leur feront des concours rien que pour eux (comme Sciences Po), ou de bienfaiteurs particuliers qui espèrent un renvoi d’ascenseur dans les 20 ans suivants, comme pour les mandarins chinois d’il y a trois siècles?
Car il faut être d’une désopilante naïveté pour penser que les droits d’inscription ne vont pas littéralement s’envoler dans les cinq ans qui viennent.
Et dans les 5 ans qui viennent, vous n’aurez plus de solde à donner.
Les étudiants ont raison de se battre contre un paysage universitaire qui reponds à une logique du marché - comme celle que vous pronez. La culture et le savoir scientifique ne doivent pas devenir des denrées qui se vendent au même titre que d’autres biens. Puisque vous êtes - en partie - au salaire de la Fondation Ford, s.v.p. ne vous mêles pas de ce qui ne vous regarde pas.
Hypothèse numéro 1 : je suis chercheur en nutrition dans une université financée par Danone et je dis tout le bien que je pense des produits laitiers.
Hypothèse numéro 2 : je suis chercheur en nutrition dans une université financée par Kelloggs et je dis tout le bien que je pense des céréales bourrées de sucre.
Si je dis le contraire, dans les deux hypothèses, on me cloue le bec.
Aux Etats-Unis, sur le site www.cspinet.org, vous avez la liste des universités financées par les grands groupes. Lorsqu’une étude de « scientifiques » est publiée, rien de plus simple, vous allez sur le site, vous vérifiez le nom des industriels qui l’ont financée. Et ces chercheurs sont déshonorés.
Imaginez quand le logo Areva s’affichera sur le fronton de la Sorbonne.
Une « évolution vers le haut » ?
Autre question : pourquoi les enseignants ne bougent-ils pas ?
Epatant! mais qui donc va aller visiter votre site ? Intervenez dans les médias. Téléphone, mails…
Les « grands médias » ridiculisent les étudiants.
Aidez-les. Vous êtes les seuls à pouvoir le faire
Trés bonne question Babou…. Je me demande bien..
Il n’est pas juste de dire que du fait que le monde universitaire est déjà bourré d’inégalitées, il faudrait d’emblée accepter cette loi. Le devoir d’analyse doit être fait objectivement dans les deux camps. Cette loi est-elle bénéfique pour le milieu universitaire en général? Je ne sais pas.. Personne n’en parle clairement, et je n’entends que des lieux communs anti-sarko contre des remarques fatalistes du genre « on a plus le choix, faut faire comme ça sinon on va déperir. »
parce qu’on travaille pour appliquer la loi et qu’on se tape la tête contre les murs : comment
faire mieux:
à coût constant (alors je ne sais pas opù passe les milliards en plus!)
avec toujours plus d’étudiants
tout en devant:
supprimer toute idée de sélection mot tabou
et au contraire lutter contre l’échec
alors que en première année de licence la moitié des étudiants ne savent pas rédiger correctement un texte de deux pages!!!!!!!!
Ce texte est simpliste, et au final mensonger.
Ce n’est pas parce qu’il y a déjà des inégalités qu’il faut renforcer ces inégalités (c’est ça cette loi !).
En tout cas, bravo aux étudiants qui se mobilisent pour l’abrogation de la loi LRU et pour de meilleures conditions d’études !
Et bravo aux profs qui commencent à se mobiliser avec eux. Tous ne sont pas défaitistes…
Bravo pour votre post. Vous résumez à merveille l’un des problèmes fondamentaux de la formation des cadres et ingénieurs français qui, à mon sens, plombe la France.
J’ai travaillé l’année dernière dans le temple de la super recherche Française soit-disant d’excellence (CEA).
Y rentrer avec un parcours strictement universitaire est extrêmement difficile. Les grilles de salaires, à Doctorat équivalent, sont ajustées suivant le parcours réalisé avant la thèse (ENS=X=centrale=mines»autres écoles »»»> université)
Bref, j’ai travaillé avec des jeunes sortant de ces grandes écoles, et préparant un doctorat de sciences.
Bien que très sympathiques, ces jeunes présentent des troubles de l’égo absolument déplorables. D’une part il vivent dans une espèce de bulle ou tout leur semble dû. D’autre part, leur formatage (très visible) se traduit par une quasi-impossibilité de travailler en équipe. En effet, ils ont toujours raison, et n’acceptent pas les conseils (voire pas du tout si le conseil arrive d’un universitaire). Bourrés de théorie, ils sont de bien piètres manipulateurs. L’échec de l’expérience ratée est très mal vécu, et c’est souvent la faute des autres si ça loupe. Assurés de leur avenir, car Papa sera toujours derrière, ils présentent un niveau de créativité faiblard, pour ne pas dire ridicule.
Conclusion pour ma part: des esprits bien remplis c’est clair (type machine à recracher du par-coeur) , mais totalement déficients en terme de créativité et de relations sociales nécessaires à toute forme de recherche réussie. Et je ne parle pas d’un très grave problème d’orgueil et de considération pour les autres classes de la société.
j’ai un peu oublié d’aler a l’ecole, mais j’essaye de rattraper le retard maintenant.
je travaille et je manage des eleves de grandes ecoles et je dois avouer que fair eun powerpoint son et lumiere ils font ca beaucoup mieux que moi.
Appliquer concretement la theorie ils ne savent pas faire.
ceci s’applique pour 80% d’entre eux, je suis tombé sur des gens venant de grande ecoles qui etaient tres competents, humains, intelligents.
Bien entendu il ne faut pas faire une généralité des propos tenus, reflétant uniquement mon vécu, qui s’est révélé dans ce cas effectivement assez caricatural. Le compte-rendu est virulent à hauteur du ridicule de la situation vécue.
Cependant vous avez totalement raison. Ce système est un énorme problème pour la France, tant au niveau des sciences que des journalistes et des grands administrateurs. A mon sens même c’est l’un des plus gros problèmes. Nous en avons un exemple des plus flagrants en la présence de Mme le sinistre de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Ce serait gentil d’en écrire moins mais plus construit, moins bavard et plus cohérent : à la fin on ne sait que conclure de votre discours…
il y a au moins deux choses qui me gênent dans votre article
d’abord, le débat est beaucoup plus vaste et complexe que le point que vous abordez (le cursus des étudiants et la dualité Université / autres établissement)
ensuite, dans votre texte, je trouve que le styme prime sur la clarté.
je n’y trouve rien qui me convainque de défendre une loi faite dans la précipitation. Au-delà des objectifs sur lesquels tout le monde est d’accord (améliorer le niveau et l’insertion des étudiants, la recherche etc…), je ne vois pas dans cette loi ce qui va garantir ces beaux résultats.
Avant de penser à réformer le mode de financement des facs qui n’est qu’une manière supplémentaire pour le gouvernement de se désengager d’un service public, il serait bon de se demander à quoi sert la fac.
Aujourd’hui, comme depuis le milieu des années 80, on trouve 75 à 80% des étudiants en fac, et le reste en BTS, STS, IUT et grandes écoles.
Or seuls les seconds forment concrètement à des métiers (en tout cas débouchent directement sur des emplois), tandis que la fac, dans laquelle on fait « ses humanités », n’apporte qu’une formation intellectuelle.
Dans une société cohérente j’ai le sentiment que le rapport devrait être le contraire.
Si ce n’est pas le cas c’est parce que depuis qu’on a politiquement décidé d’amener 80% d’une classe d’âge au bac, on ne s’est pas posé la question de savoir ce qu’on en ferait ensuite!
La fac a naturellement servi de cuve à trop-plein. Et cette cuve qui était déjà pleine en 1980, déborde depuis le départ.
Il n’y a pas un petit syllogisme dans votre raisonnement ? L’université est déjà à deux vitesses, donc perennisons la situation ! Donc faisons un l’enseignement supérieur à trois vitesses…Il est un principe intangible, le caractère national des diplômes. Jusqu’à la fin du second cycle tout du moins.
Tout le reste n’est qu’un rêve de mandarin qui rêve d’avoir son unité de formation à lui, son pré-carré (c’est un constat général, pas une accusation contre l’auteur de l’article, bien entendu).
Cela étant, une reflexion doit s’engager sur la valeur du premier cycle, sur la nécessité d’entretenir des filières peu formatrices, sans pour autant tomber dans le piège de la professionnalisation à outrance. Toutes les expériences de diplômes « privés », c’est à dire tourné vers une entrée directe dans la vie active, se sont soldées par des échecs (hors cas particulier de la recherche scientifique fondamentale).
Maintenant, la France a-t-elle les moyens de financer des flots d’étudiants en Sciences-Humaines, par exemple ; les étudiants ont-ils le droit de se tromper ou de musarder dans leurs études ?
Rapprocher directement l’Université de l’entreprise est une stupidité, maintes fois dénoncée par les enseignants-chercheurs. Par contre, quand Valérie Pecresse trouve que l’enseignement de l’anglais, par exemple, est insuffisant à la fac, ce qui dévalorise les diplômes français, comment lui donner tort ?
ok mais les enseignants chercheurs n’ont aucune formation de conseil d’orientation ou de psychologie pour cela , bref ce n’est pas leur boulot qu’on paye des professionnels pour cela qu’on mette ces heures pendant les vacances de Pacques avant leur inscription à l’université et tout ira mieux (sauf que ce n’est pas pour cela qu’ils sauront mieux rédiger)
Ce qui est le plus déprimant dans la société d’aujourd’hui, c’est le défaitisme qui a été intégré contre les principes de base.
On peut aujourd’hui se dire sans honte « républicain », et être contre la gratuité des études !
Ce fait, à lui seul, suffirait à montrer que nous vivons vraiment une basse époque, comme l’écrivait Castoriadis.
Pour ma part je continue à défendre un libre accès à l’enseignement laïque et gratuit. Et je dis bravo aux étudiants qui se mobilisent pour de meilleures conditions d’études, malgré les discours de résignation ambiant.
Aux « bons parleurs » qui donnent de l’extérieur des leçons à ce mouvement étudiant, juste une question : savez-vous pourquoi de nombreux étudiants ne mangent qu’une fois par jour ?
La loi LRU comprend des aspects multiples et concrets qu’il est abusif, comme le fait M.Schaub de réduire à la question générale de l’autonomie de gestion des universités. Quoique favorable à un accroissement relatif de cette dernière, je me prononce sans hésiter pour une abrogation de la loi Pécresse en raison du pouvoir démesuré qu’elle accorde aux présidents d’université en matière de recrutement des enseignants-cherccheurs. Les oligarchies la plupart du temps incompétentes qui tiennent nos universités vont sortir renforcées, omnipotentes, de ce nouveau dispositif. C’est une catastrophe annoncée. Pour la question du recrutement, c’est le plus mauvais texte de loi qui a jamais été imaginé. Parce que cette loi a été élaboré non pas tranquillement en collaboration non pas avec la communauté universitaire, mais dans la précipitation avec les syndicats étudiants (bilan: maintien absurde d’une sélection au milieu su second cycle, entre le M1 et le M2) et les présidents d’université (qui ne représentent ni l’excellence, ni la compétence, mais les rares solutions aux équations mandarinales), nous avons ici la pire déclinaison d’une bonne idée. Face à une loi aussi mauvaise, une seule solution: l’abrogation
un fait m’a stupéfiée cette semaine: des étudiants (ou pseudo-étudiants) déclaraient que le vote à bulletin secret était une procédure anti-démocratique! j’espère qu’ils ne sont pas étudiants en histoire: le vote à main levée n’est-elle pas une pratique des régimmes totalitaires? Cela laisse rêveur…et aussi inquiétant;