
Les laïcs et la politique catholique de civilisation
Comme nombre de citoyens, je trouve inadmissible que le Président de la République ne se conforme pas à l'usage qui impose au chef de l'Etat le silence sur la place des confessions dans la société. Nicolas Sarkozy n'est aucunement le premier à installer les représentants des grandes religions en situation de sages ou d'autorité dans la République. Mais il est le premier à en exciper une théorie ou une idéologie du dépassement du pacte laïc. Cet horizon post-laïc n'est rien d'autre que l'enracinement dans un terreau spirituel du processus de civilisation, qu'il prétend réamorcer.
L'exemple des professeurs de Rome.
Les enseignants de science de l'université de Rome La Sapienza et une partie de leurs étudiants ont montré, la semaine dernière, que ces questions peuvent redevenir des thèmes de confrontation politique sérieux. Et ils ont eu raison, à tous égards. Lorsqu'on place la rationalité scientifique en position seconde par rapport à la révélation biblique, on ne peut s'attendre à recevoir un bon accueil sur la paillasse des laboratoires.
Enseigner l'histoire des religions.
Pour revenir à la France, il faut essayer de comprendre pourquoi la laïcité est en passe de perdre du terrain. La doctrine laïque, depuis des décennies, déploie des stratégies contradictoires. D'un côté, elle réactualise l'inventaire des censures, des intromissions et même des crimes que les clergés s'autorisent à commettre ou à commanditer, au nom de la défense de la foi. D'un autre côté, les pratiques de l'enseignement qui sont dictées par la doctrine laïque ont longtemps consisté à passer sous silence l'importance du fait religieux dans l'analyse du monde social. La contradiction pourrait s'exprimer ainsi : l'Eglise a fait beaucoup de mal, mais l'Eglise n'a pas eu une grande importance. Son histoire n'aurait donc pas à être enseignée dans le système public républicain.
Retour sur les racines chrétiennes
Il en découle le contresens, soulevé lors du débat sur le traité constitutionnel, à propos des racines chrétiennes de l'Europe. Un examen historique dépassionné ne peut conduire qu'à une conclusion : oui, le fait religieux en général, et les églises chrétiennes en particulier, sont des éléments de structuration parmi les plus profonds et les plus essentiels du passé des populations européennes. La société ancienne, contre laquelle le processus révolutionnaire s'est dressé depuis la fin du XVIIIe siècle, était dans tous ses aspects, politiques, économiques, culturels et intimes, prise dans la communion et dans l'enseignement des églises. L'histoire longue de la diaspora juive et celle de l'islam ibérique, balkanique et danubien imposent un correctif ou un complément, mais n'invalide pas cette proposition.
Cela étant posé, les valeurs dont se réclame la société démocratique et ouverte de l'Europe ont été posées et défendues, de haute lutte, contre les églises dominantes. Le principe démocratique, contre l'autorité hiérarchique de droit divin. La liberté de débattre et d'opiner contre l'intangibilité du dogme. L'égalité de droit des deux sexes, contre leur distinction métaphysique. La description du fonctionnement de la nature, contre les vérités de la foi révélée. La tolérance à l'égard des croyances dans un cadre politique neutre, contre l'intolérance à l'égard des cultes concurrents dans un cadre politique soumis à l'impératif religieux. La liberté de ne choisir aucue appartenance, contre l'empire de la communion.
C'est pourquoi il demeure, à mon sens, inacceptable d'envisager que le présent politique et que l'avenir constitutionnel de l'Europe puissent, en aucune manière, se référer à l'héritage religieux. Mais cet argument sera d'autant mieux compris que nos concitoyens prendront conscience de l'importance capitale du fait religieux dans notre passé. Si les laïcs ne veulent pas perdre cette bataille, ils ont tout intérêt à promouvoir partout un enseignement de l'histoire des religions, qui n'a même pas besoin d'être militant ou biaisé pour renforcer le point de vue laïc. Le contraste entre, d'un côté, le fonctionnement libéral et démocratique, et d'un autre côté, l'emprise du fait religieux propre aux sociétés traditionnelles, reste la meilleure prévention contre la tentation post-laïque.
Sortir de la mauvaise foi.
Dernier point, qui touche peut-être à un non-dit. La gauche laïque est embarrassée parce qu'elle se trouve tiraillée entre deux attitudes assez incompatibles pour laisser place à la mauvaise foi. En raison de l'héritage historique défini plus haut, les feux de la laïcité militante se concentrent, chez nous, sur le catholicisme. Mais ce n'est pas cette confession qui produit aujourd'hui, en son sein, une pathologie politique comparable à l'islamisme radical. Ce phénomène, de part en part politique, demeure sans doute minoritaire au sein de l'islam, mais il est porteur de dangers évidents. Or, comme l'a montré l'affaire des caricatures danoises, en vertu d'un mélange assez visqueux d'esprit munichois et de catéchisme du droit à la différence, les grandes confessions ne sont pas (mal)traitées de la même façon. On peut impunément verser des tombereaux d'ordures sur le pape, la Sainte Vierge et l'enfant Jésus, sans conséquence civile, pénale ou politique. Et c'est très bien ainsi. Mais cette impunité, nous le savons bien, n'est pas la règle commune. Hélas.
Tant que nous en serons là, Nicolas Sarkozy demeurera en position de force pour faire avancer sa conception, catholique, du processus de civilisation.
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De jeuneetpoursego.blog4ever.com
16H42 | 23/01/2008 |
Ce relan est surtout une attaque contre un des grands principes de la République
Gambetta disait : le cléricalisme, voilà l'ennemi !
Mais on connait trop bien Sarkozy. On sait qu'il a l'art d'esquisser les sujets préocupants (pouvoir d'achat, Kadhafi…) par des polémiques
Qu'il laisse la religion là où elle est. La france est profondément laique et elle le restera
http://jeuneetpoursego.blog4ever.com
à jeuneetpoursego.blog4ever.com
De kkadim
service public rhone alpes | 17H11 | 24/01/2008 |
ce qui me gene c'est la confusion« religion/chretienté » on passe d'un terme à l'autre sans arret. pour moi oui l'europe a une héritage de croyances divines, dont le plus fondateur est la religion juive : notre héritage n'est pas judéo-chrétien, mais judéo-hellenistique.
et puis ce n'est pas parce que durant des siécles une croyance domina que l'on doit la tenir pour indispensable : on cru que la terre était plate, et alors, faut il aujourd'hui, pour toute étude géographique partir de cette croyance… quant à l'ancrage multiséculaire de la chrétienté en europe, belle rigolade, allez voir les études historiques sur les croyances populaires au haut moyen age ( c'est à dire jusqu'à l'an mille ), vous verriez la drole de gueule de la croyance chrétienne de l'époque.
De Tyb
(par ici, par là) | 16H53 | 23/01/2008 |
« Mais ce n'est pas cette confession qui produit aujourd'hui, en son sein, une pathologie politique comparable à l'islamisme radical »
Je rigole quand même quand je lis ça.
Quand dans la plupart des pays d'Europe, l'Eglise catholique intervient dans le débat sur l'avortement ou fait pression pour réinterdire celui-ci,
Quand en Allemagne la série Pope Town est retirée de l'antenne sur MTV après des appels de protestation des catholiques,
Quand on apprend que le fameux quotidien danois et ses caricatures de Mahomet avait refusé de publier des caricatures de Jesus quelques années plus tot,
Quand GW Bush se réfère explicitement au Dieu chrétien pour lancer l'invasion de l'Irak ou justifier la « guerre contre le terrorisme »,
Quand, en 2008, un candidat se déclarant athée ne pourrrait absolument pas être élu, et uniquement pour cette raison, dans la nation la plus puissante militairement du monde,
Il est totalement faux de dire que le christianisme ne possède pas, encore aujourd'hui, un pouvoir de nuisance politique aussi important que celui de l'Islam.
De marie 75 3563
17H01 | 23/01/2008 |
réforme loi 1905 prévue durant quinquennat.
article du jour dans canard enchainé. A lire !
Une opération toiletage qui fera plaisir aux scientologues et aux jehovah.
Un coup de chaud religieux … est-ce cela qui a fait poser carla bruni à poil ?
De Tophee
en haut a gauche | 17H03 | 23/01/2008 |
Bravo ! Je ne peut qu'aplaudir des deux mains
Il ne faut d'ailleur pas se tromper quand Sarko prend la defense des Imams, c'est pour mieux privilegier les Cures. Il prend avantage du fait que les bouffeur de cures sont generalement anti-xenophobe. Et que ce sentiment anti-xenophobe les empeche de bouffe de L'imam ou du rabin. Sarko se sert de cela pour ensuite faire croire au cathos (les bons francais) qu'ils sont persecute, on moins de droit que les autres (etrangers, musulmans etc).
Bref, sous ses appels a la civilisation, il cherche diviser pour mieux regner, a dresser les gens les uns contre les autres, il favorise les comportement barbarre, le retour au 19eme siecle qu'il semble regretter.
De Infovite
Plébéien. | 17H14 | 23/01/2008 |
Pour éviter la tentation post-laïque, il faudrait donc promouvoir l'enseignement de l'Histoire des religions.
Les religions, posées comme objet d'étude,dans une démarche didactique, ne posent en effet aucune difficulté dans une république sûre de la solidité politique de son socle laïque.
Néanmoins, l'ambiguïté actuelle de la mise en avant d'une politique de civilisation avec la polysémie du terme met à mal cette solidité précitée.
Loin d'être frileux sur le sujet, il ne serait pas inintéressant au préalable d'étudier cette « tentation » supposée pour en comprendre les origines réelles.
http://info-espress.over-blog.com/
De Emma44
17H17 | 23/01/2008 |
Plus on en parlera, mieux la laïcité se portera.Quelqu'un qui ne vit qu'au rythme des sondages n'osera pas. D'ailleurs les phrases « chocs »,ballons d'essai, sans doute, ont été lancées à l'étranger.
Quelques soient les risques des extrémismes on n'a pas à s'abaisser. Je ne veux pas que des financements soient donnés à des sectes via des associations caritatives, la scientologie est une affaire, comme d'autres d'ailleurs,de gros sous, il semblerait que des aménagements de la loi 1905 permettraient de participer à leurs frais (Canard enchaîné du jour)…et c'est dans les projets du gouvernement.
Les lois de 1905 ne seront pas revues si on pointe un éclairage bien fort sur ce qui se préparait en douce, depuis longtemps. Il paraît qu'il n'existe que 2 pays au monde se proclamant laïcs (Ce soir ou jamais d'hier). Dommage pour les autres, mais je me satisfais très bien de ce respect des consciences et du refus du mélange sphère privée et publique.j'avoue que le recul de Sarko quant à l'évaluation du gouvernement me donne quelques espoirs. L'évaluation aura lieu et ils seront ridicules, mais au moins ce ne sera pas un cabinet privé lié aux intérets personnels de Cheval Fougueux, comme il s'auto-désigne qui en touchera les honoraires.Le scandale qui risquait d'éclater le cas échéant l'a fait reculer… C'est déjà ça.
L'information comme contre pouvoir ça marche, quand elle veut s'en donner la peine !
Alors que les associations luttant contre les sectes, que les enseignants, que les chercheurs, que tous les représentants des religions présentes en France et que tous ceux qui tiennent au premier article de NOTRE constitution se relaient constamment et rien ne pourra se faire. Et puis, sinon, il reste la rue et les manifestations pacifiques, mais massives.
Que les contitutionnalistes se penchent aussi sur le manquement possible à ses obligations de chef d'état- garant des institutions normalement. Le terme de forfaiture est-il, comme je l'ai entendu, applicable le cas échéant pour les propos déjà tenus ? Qui pourrait me répondre ?
Merci pour cet article et continuez.
De marie 75 3563
17H56 | 23/01/2008 |
tribune de genève :
Un plouc chez les bobos
par Jean-Noël Cuénod
Dieu,Sarkozy et nous (2) : le discours de Ryad
22 Janvier 2008 | Général
http://jncuenod.blog.tdg.ch/
à marie 75
De Servais-Jean
4591
alpha-béta | 00H37 | 24/01/2008 |
Je n'arrive pas à sauver le « post » de marie 75 alors je le mets ci-dessous.
Le discours de Sarko à Ryad
http://jncuenod.blog.tdg.ch/
De René Alavi
Parti de rien, revenu de tout | 18H07 | 23/01/2008 |
Pour éviter de considérer qu'il s'agit là uniquement d'un vacarme franco-français, il peut être intéressant de se pencher sur la place de la laïcité dans les institutions européennes vue par les cultes eux-mêmes (je résume) :
« Pour un État laïque, les convictions éthiques relèvent du domaine privé : ce n'est donc pas à l'État de les imposer. Mais l'éthique est pourtant l'une des expressions majeures du sens de l'existence.
“Quel est le sens profond qui permet à la loi d'un État laïque de condamner ou non le meurtre ? l'avortement ? l'adultère ? la circoncision ? la polygamie ? l'excision ? certaines coutumes vestimentaires ? le refus de soins ? le clonage humain ? la discrimination ? La préservation de l'ordre public n'est pas une justification suffisante, parce qu'elle est également utilisée par les États totalitaires pour justifier le meurtre, par exemple.
‘Sur cette question du sens, des consensus doivent être trouvés entre les membres de la communauté nationale. Or, les individus sont généralement déterminés par des traditions confessionnelles ou philosophiques. La sphère publique doit donc dégager ce consensus par la reconnaissance et le dialogue avec les instances représentatives de ces traditions.
Les instances en question n'ont pas le monopole de l'éthique, mais elles proposent une approche globale, une certaine conception de vie plus ou moins explicitée, alors que les autres instances de la société civile représentent toujours un intérêt particulier ou sectoriel. Un statut d'utilité publique acterait cette reconnaissance.
La question de la représentativité a intérêt à se trancher par des procédures prélégislatives (lobbying) auprès des instances législatives.
La reconnaissance officielle d'instances représentatives aura pour conséquence de favoriser les accès de ces instances aux financements publics, au même titre que pour les autres partenaires sociaux (syndicats, associations). Parmi les enjeux : les possibles transferts de compétences à l'intérieur (protection sociale, santé publique, éducation), comme à l'extérieur (coopération internationale).’
Les discours de Latran et de Ryad sont des appels d'offres, et non des provocations. Soyons très attentifs aux réponses des fournisseurs.
De ppfri
18H18 | 23/01/2008 |
tribune intéressante et malheureusement nécessaire …
toutefois, je ne suis pas sûr que la chrétienté ne nous produise pas moins de tombereau de dingues ces derniers temps que l'islam, peut-être que le prime est juste déformé par l'atonie médiatique des courants plus modérés des adeptes de Mahomet …
(pour lecture : Une charte pour les musulmans d'Europe
http://www.courrierinternational.com/article.asp ? obj_id=81391)
par ailleurs, si je vous rejoins sur la nécessité d'un enseignement laïque d'une histoire des religions, l'interrogation demeure entière sur sa forme, ses contenus, sa durée et son lieu … faut-il la limitée à l'espace européen ? quelles courants religieux faut-il prendre en compte et sur quels critères ? comment amener les contenus intellectuels sans tomber dans un catéchisme ? analyse comparée des points doctrinaux et opposition aux divers mouvements idéologiques contemporains ?
le débat me semble extrêmement vaste et peut-être trop complexe pour que l'éducation nationale est pue s'en emparer jusqu'à maintenant débouchant, certes sur une méconnaissance de la plupart de l'incidence de ces pensées sur notre environnement, mais évitant aussi certains écueils : évangélisme laïcisé, anticléricalisme « primaire », exclusion d'autres religions de plus en plus présentes dans notre société …
si cet absence de questionnement éducatif a peut-être favoriser à la marge le durcissement de communautés religieuses, peut-être a-t-il permis de vider églises et synagogues, et probablement bientôt les mosquées … ?
sinon chers riverains, d'aucun pourrait-il me résumer les propos du canard, indisponibles en ligne … ? merci.
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 20H18 | 23/01/2008 |
Comment faire pour que laïcité fasse des progrès en Europe, et dans le monde ?
Faut-il toujours prendre à la lettre Nicolas Sarkozy ?
Libé a publié aujourdhui un article intéressant « La fausse querelle de la laïcité » < http://www.liberation.fr/rebonds/305536.FR.php > où Alain Duhamel met en parallèle les discours de Sarkozy à Rome et en Arabie Saoudite……
à Claude PELLETIER
De Gotch
15306
ancien ouvrier de la banque | 09H38 | 24/01/2008 |
Et voilà ce que j'ai répondu à Monsieur Duhamel…
Monsieur Duhamel est dans la provocation, aujourd'hui comme d'autres fois.Il y a tout de même dans ces deux discours une particularité qui apparemment n'a pas fait bondir notre chroniqueur. Un Président de la république française en exercice peut aller discuter politique avec ses homologues, c'est son rôle. Pour autant, les questions de religion, en France, sont du domaine privé et un personnage officiel français n'a pas à en faire état de façon si évidente, cela va à l'encontre de sa mission de gardien des valeurs républicaines. Ajoutons que le fait d'avoir accepté très clairement cette charge de chanoine au Latran en dit long sur l'objectivité qui doit présider aux faits et geste d'un premier personnage de l'Etat. Non, Monsieur Duhamel, Nicolas Sarkozy n'a pas défendu les valeurs républicaines ainsi qu'il en était de son devoir.
De Bardamu
difficile | 21H10 | 23/01/2008 |
L'analyse proposée est intéressante (à part évidemment le soutien aux universitaires romains dont le refus de recevoir le pape est une preuve supplémentaire de l'intolérance et du sectarisme qui peuvent régner à gauche. Pensez à Pascal, avant d'opposer si naïvement la foi et la rationalité scientifique…) mais il me semble que la laïcité est en porte-à-faux en France pour des raisons plus profondes.
Qu'est-ce que le socialisme, en effet, si ce n'est la laïcisation de valeurs chrétiennes ?
Qu'est-ce que le marxisme, sinon la laïcisation du messianisme juif ? (il n'y manque même pas un peuple élu : le prolétariat ! )
Plus profondément, l'égalitarisme en occident est d'origine religieuse, il n'a pu émerger que grâce au christianisme, qui avait besoin de rendre égales toutes les âmes devant Dieu, égalité absurde pour un Grec ou un Romain…
Donc, même la laïcité, hisoriquement portée par la gauche, a de lointaines origines…chrétiennes ! Difficile de tuer le Père !
Difficile de tuer Dieu et d'être à la hauteur de ce crime… A moins de s'appeler Nietzsche !
à Bardamu
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 23H28 | 23/01/2008 |
Oui tout est dans tout et réciproquement, nous sommes composés de poussières d'étoiles et notre substance retournera nourrir d'autres astres. Sans oublier que rien ne se crée mais tout se transforme. Là on a tout dit et on n'a rien dit.
On doit se mettre au travail pour en apprendre un peu plus. Il ne faut pas un grand nombre de grains de sable pour modifier considérablement le décor, et l'histoire est nouvelle tout en gardant un air de famille. Le nombre de combinaisons possibles est hallucinant.
Dans votre premier paragraphe, vous critiquez l'empêchement fait au Pape de s'exprimer à l'université La Sapienza. Il me semble pas que ce soit la « gauche » mais les universitaires qui se sont opposés à sa venue ; en gardiens d'un symbole de résistance des scientifiques aux violences papales du temps de l'Inquisition. Quand l'Église suppliciait des savants ……
à Bardamu
De asozial
aus Berlin | 00H00 | 24/01/2008 |
à propos du pape et de l'université de rome, il me semble avoir compris qu'il a décidé de ne pas y aller parce qu'on n'a pas voulu interdire aux étudiants de manifester lors de sa venue - donc ce n'est pas exactement une interdiction sectaire et intolérante mais plutôt un refus de la confrontation à la liberté d'expression… quelqu'un peut apporter l'information complète et pas sa version tronquée par les médias français ? merci.
à Bardamu
De Gotch
15306
ancien ouvrier de la banque | 08H44 | 24/01/2008 |
« Difficile de tuer Dieu et d'être à la hauteur de ce crime… A moins de s'appeler Nietzsche ! »
Dans ce cas, vive Nietzsche ! Mais en fait, au lieu de tuer dieu (les grands mots ! ), contentons-nous de faire le ménage et de ranger à sa place un concept que les humains ont inventé par commodité, à une époque où beaucoup de choses, voire la plupart, n'étaient pas explicables par la science.
De Christobal Colon
Scandalisé à 999% | 22H15 | 23/01/2008 |
http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid1830-c-zapping.html
Celui du 22/01/07.
Attendre la séquence du discours présidentiel.
Ecoutez.
Décollez…
De LeGardian
indépendant | 00H02 | 24/01/2008 |
En dehors de toute considération philosophique et en approuvant certains commentaires, il me semble que l'article n'aborde pas l'aspect électoraliste de la question. A qui profite le crime ? si ce n'est en France à flatter l'électorat « aristo-catho » villieriste type et qui à pour écho en Europe, la bataille pour s'opposer à l'entrée de la Turquie.
à LeGardian
De toutife
21H12 | 24/01/2008 |
ah oui possible
De louise2
12H01 | 24/01/2008 |
Cette chronique est pleine de bon sens et de connaissances. Elle remet quelques pendules à l'heure, et place chacun devant ses responsabilités. On ne peut que déplorer et essayer de corriger la stratégie contradictoire de la laïcité qui, en France, a transformé les citoyens en ignorants. On ne peut guère comprendre le sens de nos discours politiques, comme d'ailleurs l'essentiel de la pensée philosophique européenne si l'on ne sait rien de la pensée religieuse(chrétienne en particulier mais pas seulement). L'acuité et l'efficacité critiques en sont d'autant affaiblies.
Deux points pourtant me semblent discutables :
- la question des racines « chrétiennes » de l'Europe. On ne peut balayer d'un revers de main,les racines juives de l'Europe et les effets toujours vivants de l'Andalousie musulmane. D'abord parce que ce sont deux histoires très différentes qu'on ne peut subsumer sous le nom unique et compliqué de « diaspora ». Plus on s'intéressera à la pensée juive, plus on découvrira à quel point elle a formé la pensée européenne. (par ex, « cette liberté de débattre contre l'intangibilité du dogme » remis au goût du jour par le protestantisme, d'où vient-elle ? Et pour rester léger sait-on d'où vient le mot « se chamailler » ? Du nom d'un rabbin expert en discussion et en débat d'interprétation…) Ce n'est pas parce que cette tradition a été minorée, moquée et pire encore qu'elle ne nous imprègne pas… Que dire de l'influence de la pensée religieuse juive, de la conception juive de l'obligation morale sur la philosophie de Kant (et Dieu sait, si j'ose dire, si nous en sommes imprégnés), que dire de l'influence de la pensée juive sur la pensée philosophique d'un Jacques Derrida, d'un Walter Benjamin, d'une Hannah Arendt ? Ne font-ils pas partie intégrante de la pensée européenne et n'ont-ils pas réanimé dans la pensée européenne, ses « racines juives » ? Attention de ne pas donner raison au livre terrible de Milner « les penchants criminels de l'Europe démocratique » qui défend avec une grande intelligence la thèse selon laquelle il a fallu à l'Europe, pour naître en tant que telle, qu'elle déracine au sens propre, les Juifs (et la pensée juive) de l'identité européenne…
Sur l'Andalousie, et l'influence islamique, je ne me prononcerai pas faute de connaissances précises. Mais le refus de « christianiser » nos racines est parfaitement défendable, pour le présent et pour l'avenir de l'Europe : comment discuter de l'entrée de la Turquie dans une Europe qui mettrait en avant ses « racines chrétiennes » ? L'Europe que nous voulons n'est-elle pas une Andalousie ? Un lieu de tolérance, d'intelligence et de débats ?
-Le deuxième point est plutôt un oubli : Il y a dans la stratégie sarkozienne autre chose et peut-être seulement cette chose : non pas un retour aux valeurs religieuses -chrétiennes ou autres- mais un appel d'offres pour développer un marché de la spritualité : il faut croire à quelque chose qui n'existe pas et il faut espérer, se regrouper en communautés qui partagent des valeurs pour donner de l'espérance (et du grain à moudre)au peuple. La spiritualité comme opium du peuple c'est je crois cela que veut développer Sarkozy : les chrétiens de « bonne foi » l'ont bien compris d'ailleurs.
à louise2
De LeGardian
indépendant | 13H42 | 24/01/2008 |
« On ne peut que déplorer et essayer de corriger la stratégie contradictoire de la laïcité qui, en France, a transformé les citoyens en ignorants »
S'il n'y avait que cela, mais c'est la même chose pour d'autres pans de notre histoire collective, tel que les langues & cultures régionales, les dom-tom, les colonies, la musique,… ; Ce trou dans notre mémoire collective ne peut que générer crises et tensions identitaires à répétitions qui sont habilement récupérables et manipulables par tout bon orateur populiste qui se respecte…
Pour le reste je souscris totalement à cette analyse
à LeGardian
De louise2
09H51 | 25/01/2008 |
Bien sûr . Mais l'oubli des langues régionales, de l'histoire des colonies, de la musique ( ? ) n'est pas à attribuer à la laïcité. Si ?
à louise2
De René Alavi
Parti de rien, revenu de tout | 15H45 | 24/01/2008 |
Sur le deuxième point :
Plutôt que seulement « donner du grain à moudre » à des consciences individuelles en mal de repères, il s'agirait surtout de renouer avec les infrastructures de solidarité sociale à l'oeuvre partout ailleurs dans le monde civilisé, afin d'externaliser avec profit certaines fonctions garanties chez nous par la République.
Pour cette école de pensée, la situation de la France sur le marché international des cultes est une hérésie économique : la reconnaissance des cultes est la base d'un mécanisme de marché où certains cultes peuvent être préférés à d'autres. La « non-reconnaissance » par la République, vraie spécificité de la loi de 1905, s'apparenterait alors à de la concurrence non libre et faussée…
à René Alavi
De louise2
09H54 | 25/01/2008 |
Tout à fait d'accord, la mise en marché de la spiritualité, c'est cela. Lisez donc « les habits neufs de la politique mondiale » de Wendy Brown, vous y trouverez une très bonne analyse de cette tendance neolibérale (au sens politique)
à louise2
De K.
21H50 | 24/01/2008 |
Tout à fait d'accord avec louise2. Ou presque, car il me semble qu'il y a plus de romanesque, dans le mauvais sens du terme, que de réel dans cette vision de l'Andalousie musulmane : la présence des arabes dans la péninsule Ibérique pendant presque huit siècles (711-1492) n'a pas été circonscrite seulement à l'actuel Andalousie, même si la conquête y commença et y se termina. L'important héritage culturel arabe (dans la langue, l'art, les coutumes) n'a pas plus marqué l'Andalousie que Toledo, par exemple, ou le reste de Al-Andalus. Et plutôt que d'influence islamique ou musulmane (religieuse), je parlerais d'influence culturel arabique (plus vaste), d'autant plus que l'hétérodoxie religieuse fut toujours poursuivie (expulsion des juifs en 1492, expulsion des moriscos en 1609, etc.). C'est un peu hors de sujet, mais il fallait le dire.
Le vrai problème de l'Espagne, en ce qui concerne la laïcité (et il faut en avoir compte si l'on parle de l'Europe, car ce n'est pas le seul cas), c'est le catholicisme. A différence de ce qui s'est passé en France, en Espagne la laïcité a commencé se frayer un chemin presque avant-hier (si l'on excepte la période républicaine), donc elle n'est qu'à ses débuts. Les évêques se scandalisent encore quand l'on parle de éliminer la matière religion (une sorte de catéchèse et non pas une désirable histoire du fait religieux) des écoles et des lycées. Pour ceux qui comprends l'espagnol, le journal El País a publié le 24/01/2008 un article sur le thème :
http://www.elpais.com/articulo/sociedad/laicismo/espera/turno/elpepisoc/…
Bien que nous, en tant qu'européens, soyons dans le même bateau, nous ne sommes pas tous dans la même galère !
Si je ne me trompe pas, ce fut Chirac qui a défendu, face à Berlusconi, la non inclusion de la référence aux racines chrétiennes dans le traité constitutionnel. Qu'aurait-il fait Sarkozy à sa place ? Et ce qui est le plus grave, que fera-t-il ? Pour la France, il est nécessaire de préserver l'un de ses signes d'identité contemporains les plus enviables.
à K.
De louise2
09H58 | 25/01/2008 |
Vous avez raison, j'aurais dû dire Al-Andalus et non Andalousie. Pour le reste, je ne suis pas assez savante sur la question.
Mais, pour le présent et l'avanir, l'enjeu est bien de savoir comment l'Europe va penser et intégrer dans son identité l'islam européen, n'est-ce-pas ?
à louise2
De Gotch
15306
ancien ouvrier de la banque | 10H56 | 25/01/2008 |
A mon avis, il ne s'agit absolument pas d'intégrer l'Islam, pas plus que le christianisme, le judaïsme, ou toute autre religion. L'Europe ne doit avoir devant elle que des personnes, des citoyens européens, et peu importe leur croyance, ou leur philosophie, leur façon de voir l'univers… ces notions sont totalement personnelles, et les instances gouvernementales et administratives se doivent de les ignorer totalement.
Si ces personnes se regroupent en associations officielles et laïques, et que ces associations réclament des aménagements compatibles avec une vision laïque, donc globale des constitutions, lois et réglements, pourquoi pas ? Mais une règle reste : la loi est la même pour tous, c'est le fondement même de la démocratie !
De marie 75 3563
12H13 | 24/01/2008 |
il faut revoir d'urgence « la voie lactée » de Bunuel …. Tout l'effort de civilisation chrétien s'y trouve.
Parfois, beaucoup ignore l'essentiel !
Bon visionnage !
De René Alavi
Parti de rien, revenu de tout | 15H45 | 24/01/2008 |