Du scandale comme objet d'étude historique

C'est un scandale ! L'affaire va éclater ! N'en faisons pas un cas ! Il n'y a plus de grandes causes ! Pas de polémique ! Mettez tout sur la place publique !

Autant d'expressions qui surgissent dans le quotidien de nos sociétés. Elles désignent des situations où des personnes se mobilisent, prennent à témoin qui veut les entendre, et peut-être surtout qui ne veut pas les entendre. Réprobation, indignation, sens de la justice : autant de sentiments et de dispositions qui déplacent des montagnes.

Panama. Dreyfus. La torture en Algérie. Minamata. Le Darfour. Le sang contaminé. Le clonage. Ces sujets de mobilisation viennent à l'esprit parce qu'ils sont de notre temps. Pourtant, ils ne sont pas équivalents. De plus, ce type de manifestation de la vie sociale et politique n'est pas une invention du temps présent. Sous l'Antiquité, les bacchanales ont fait scandale ; tout comme les turpitudes attribuées à certains papes du Moyen Âge.

Sous la direction de Luc Boltanski (sociologue), Elisabeth Claverie (anthropologue), Nicolas Offenstadt (spécialiste du Moyen-Âge et de la Grande Guerre), Stéphane Van Damme (historien de l'Europe moderne), sociologues et historiens offrent un tableau raisonné de ces variations. Ils affinent les différences entre le scandale, l'affaire, la grande cause, la polémique. Ils vérifient ce que la recherche historique sur ces formes peut apporter à l'étude de leurs disparités.

Voltaire, à partir de la condamnation du Chevalier de La Barre, mais aussi celles de Calas et de Sirven, crée le modèle de l'affaire. Il prend à témoin un tribunal de la conscience contre la sentence des tribunaux qui disent le droit. Avant, le scandale surgissait par la dénonciation d'abus. L'orthodoxie fixée par les autorités politiques ou spirituelles pouvait être contestée ouvertement, ou dans l'action clandestine, par le double langage, par le silence insolent.

Les formes varient et les règles de l'action collective ne sont jamais entièrement données d'avance. En réalité, l'irruption du scandale, de l'affaire ou de la cause n'est pas seulement un révélateur de conceptions partagées. Elle est aussi un accélérateur des processus par lesquels des communautés sociales et politiques se reconnaissent et se transforment. Elles sont alors mises à l'épreuve et font leurs preuves.

C'est aussi ce qu'ont réussi les auteurs du livre. Venus d'horizons disparates, ils sont partis d'un questionnaire commun. Qui sont les acteurs de la mobilisation ? Quelle forme leur donnent-ils ? Sur quelles scènes installent-ils leur action ? Comment se négocie l'apaisement ? Quelle place accorder à chaque cas dans une histoire longue ?

Rares sont les rencontres aussi réussies entre spécialistes de disciplines différentes, formés dans des traditions intellectuelles diverses. Rares sont les livres qui éclairent et distinguent avec autant de force des phénomènes qui, parce qu'ils nous sont devenus familiers, sont rabattus les uns sur les autres, dans une indifférente confusion. Un vrai modèle.

Affaires, scandales et grandes causes. De Socrate à Pinochet de Luc Boltanski, Elisabeth Claverie, Nicolas Offenstadt, Stéphane Van Damme dirs (Stock 2007, 461 pp., 22€).

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Portrait de pikasso02

De pikasso02

13H22 | 22/08/2007 | Permalien

Comment appelle-t-on les personnes spécialistes d'un peintre, qui refusent de dialoguer avec un chercheur ayant découvert du nouveau sur le peintre en question ?
J'aimerais comprendre ce refus.
Comment s'appelle ce peintre ?
Picasso !
Je ne cherche pas le scandale ! Mais j'ai comme l'impression que ce sujet dérange !
Qu'en pensez-vous ?

http://pikasso02.skyblog.com/

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