Le numérique, dernière cartouche des cultures orales ?
En dehors d'Internet point de salut ! Rien n'échappe à la Toile où résonnent désormais les voix des griots d'Afrique sur le site Conte-moi.net.
Pour la deuxième année consécutive, les nouvelles technologies sont mises à l'honneur au Salon du Livre. E-books, téléphones mobiles, ultraportables et autres stars du numérique sont sur le point de transformer le monde « des petites feuilles sèches » de Sartre.
Le livre, à qui certains continuent d'attribuer l'exclusivité de la « mission culturelle », est de plus en plus concurrencé par les multimédias. La souplesse du numérique ouvre chaque jour de nouvelles perspectives, dont certaines sont plutôt inattendues…
Le conte se numérise
Le multimédia participe désormais à la sauvegarde des cultures orales. La section du patrimoine immatériel de l'Unesco l'affirme :
« Alors que le support écrit fige, le numérique permet de conserver et de diffuser la trace d'éléments significatifs aux traditions orales tels que l'intonation, l'interaction entre les artistes, les gestes et les mimiques. »
Depuis 2008, il existe un site Internet qui rassemble les voix de conteurs de pays francophones. Conte-moi.net propose de lire et d'écouter soixante-dix contes du Sénégal, de Mauritanie, du Mali et d'Haïti, que Josette Naiman, l'initiatrice du projet « Conte-moi la francophonie », a soigneusement récoltés dans chaque pays.
« J'ai voulu créer un espace pédagogique de sauvegarde et d'échanges entre les cultures de pays francophones », explique cet ancien professeur d'histoire passionnée de multimédias.
Les griots ont la parole
Conte-moi.net perpétue, à sa façon, une tradition menacée par les phénomènes de la vie moderne tels que l'urbanisation, l'individualisation ou l'omniprésence médiatique.
« Autrefois, le soir était consacré à écouter les histoires des anciens qui enseignaient les valeurs philosophiques et spirituelles de la société. Ces moments de voyage et d'apprentissage ont été progressivement remplacés par la télévision et Internet », analyse le conteur Mauritanien Mamadou Sall. (Voir la vidéo)
La sauvegarde de ces expressions orales est aussi complexe, tant les versions varient selon le genre, le contexte et l'artiste. En Afrique de l'Ouest, les griots, gardiens de la mémoire collective, sont en réalité les seuls à maîtriser leur transmission.
C'est auprès de ces conteurs professionnels que Josette Naiman recueille pendant deux ans à partir de 2001, fables, contes merveilleux et récits facétieux. Dans chaque pays, elle travaille avec des experts locaux qui retranscrivent les récits en langue locale (bambara, wolof et sereer en Afrique et créole en Haïti).
Pour que les contes puissent être aussi lus et écoutés en français, ils sont traduits et surtout enregistrés afin de faire valoir les changements de ton des interprètes. Sur place, avec d'autres enseignants, elle élabore aussi des fiches pédagogiques pour chaque conte. Enfin, des artistes locaux mettent leur talent à contribution pour l'illustration du site.
Hyènes et princesses à Villiers-Le-Bel
Ces petits récits imaginaires sont à la fois porteurs de croyances particulières et de valeurs communes. Selon Josette Naiman :
« Le conte a sa part d'universel. Les personnages ont souvent les mêmes caractéristiques et les mêmes travers que ceux de Grimm ou de Perrault : la hyène et le loup sont des prédateurs exclus de la société animale, les belles-mères et les secondes épouses, généralement des marâtres et les princesses sont toujours aussi têtues. »
A Villiers-Le-Bel (Val-d'Oise), l'école primaire Gérard-Philippe a testé leurs vertus pédagogiques sur ses élèves. Un animateur raconte :
« Une mère malienne est venue raconter le récit de “La princesse orgueilleuse” en bambara aux enfants et une petite fille a ensuite répondu aux nombreuses questions posées par ses camarades sur le Mali. »
Dans cet établissement où se côtoient chaque jour plus de quarante nationalités, les contes sont un formidable prétexte pour aborder la diversité culturelle
C'est en questionnant les esprits que « Conte-moi la francophonie » appuie le travail des défenseurs de la culture africaine. « En suscitant la curiosité de ceux qui le visite, ce site peut conduire des enfants à interroger leurs parents et grands parents sur leur culture, laquelle est indispensable à la construction de leur identité », explique Mamadou Sall qui a contribué à la retranscription des contes mauritaniens.
Contre toute attente, après avoir écarté les jeunes des récits de leurs grands-mères, Internet pourrait donc les y ramener. Et peut-être qu'après tout, ces fables millénaires qui ont traversé les siècles, sont plus tenaces que l'on ne pense.
Photo : le conte « La hyène et les chèvres de la vieille femme » illustré par Yacouba Diarra.
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De mauser
10H44 | 17/03/2009 |
Un homme qui meurt c'est une bibliothèque qui brûle c'est un proverbe africain. Enfin c'est ce que l'on m'a toujours soutenu.
Si vous ne savez pas d'où vous venez comment déterminer la route à suivre ? Regardez en France le retour des contes et légendes régionaux ou de l'histoire locale nous cherchons nos racines avec un avantage la plus grande part de celle-ci sont fixées depuis des lustres par écrits.
Pour l'Afrique de tradition orale quoiqu'il me semble que c'est en Mauritanie qu'il existe un fabuleuse collection de coran et d'écrit de la période faste de l'islam.
La toile est une chance de survie des traditions de l'époque et d'établir un pont entre le passé et le futur mais aussi pour ceux qui veulent ici mieux comprendre « l'autre »
Un exemple pris ailleurs si vous voulez vous faire un ami tibétain ne lui montrez jamais la semelle de vos chaussures
à mauser
De Misère.Lactée
A l'épreuve des bals. | 14H25 | 17/03/2009 |
C'est Hampâté Ba (dont je conseille les contes) qui a dit un jour « Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. » pour être plus précis.
De léo solo
11H01 | 17/03/2009 |
Je n'ai jamais lu de contes à mes enfants, le soir au bord du lit.
Je les ai toujours enfermés avec des cassettes de W Disney.
Ceci dit (1) quand on lit la phrase « Et peut-être qu'après tout, ces fables millénaires qui ont traversé les siècles, sont plus tenaces que l'on ne pense. »
On peut se rassurer en se disant : Il n'est jamais trop tard pour bien faire »
Ceci dit (2) le service public d'éducation nationale avait , a et aura dans ce domaine son rôle à jouer.
Les contes sont un bien commun parimonial vital.
D'ailleurs on peut commencer par inventer la suite d'un conte qui commencerait par :
« Il était une fois une belle école aux volets verts, un jour le roi Doscar et sa marâtre Crépetsse, sont venus pour dire à la maîtresse en lui offrant une “apple”. Nous allons fermer cette école parce qu'avec Internet on peut faire la même chose et en plus ça fera des économies. La potion à avaler s'appelle RGPP. Mais …
De solstice
pigiste | 12H00 | 17/03/2009 |
Je suis une lectrice assidue et j'ai lu BEAUCOUP de contes à mes enfants, surtout la formidable collection de Syros (Paroles de conteurs) dont « l'ogre gentleman ». Le texte est très grand lorsque le monstre crie, tout petit quand il chuchote : la mise en page sert très bien le conte et les enfants adorent, jusqu'à la fin du primaire et même au delà…
J'ai par contre essayé des versions « adultes » comme « Mémoires de porc épic » et c'est illisible ; pas de ponctuation, des phrases kilométriques où l'on se perd…
Je pense effectivement que ces contes racontés avec un cd et de bonnes illustrations, ou les excellentes productions vidéos genre Kirikou sont une fabuleuse façon de rendre l'esprit de ces contes de tradition orale.
Pour une fois, le numérique ne vole rien au papier, au contraire…
De ysengrimus
12H03 | 17/03/2009 |
Moi, je leur ai lu les ROMANS ET CONTES de Voltaire. Qu'est-ce qu'on s'est marrés…
Paul Laurendeau
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 16H25 | 17/03/2009 |
D'un autre côté, ça les fige et ça peut risquer de faire perdre la capacité d'évolution de ces histoires, qui leur permet de s'adapter au contexte actuel.
Quoi que ce n'est pas parce que la geste des chevaliers de la table ronde a été écrite sur papier qu'on obtient pas des dizaines de versions différentes…
Par contre faudrait m'expliquer l'intérêt de raconter une histoire dans un patois africain à des mioches. La VO c'est bien, mais sans sous-titre ça sert à rien…
à Keldan
De léo solo
17H39 | 17/03/2009 |
Ah ! (1)
si vous connaissiez le bonheur des enfants écoutant des contes en croisement bilingue…
Ah (2)
si vous constatiez l'écoute émerveillée à ce dispositif
vous comprendriez de suite les théories de Meschonik
(poétique du traduire)
C'est un peu long à expliquer
prenez aussi le temps de lire
« L'interculturel »
- clanet-
aux presses universitaires du mirail
peut satisfaire un peu de votre curiosité légitime
Ah (3) les « mioches »
à léo solo
De Utilisateur désinscrit à sa demande
nc | 20H33 | 17/03/2009 |
Si j'ai bien tout compris, Keldan n'a même pas été voir le site Conte Moi… qui est merveilleux… et bilingue.
Dans le genre je tague partout parce que j'existe…
à Utilisateur désinscrit à sa demande
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 12H24 | 18/03/2009 |
Je parle pas de site, je parle de ça :
Une mère malienne est venue raconter le récit de « La princesse orgueilleuse » en bambara aux enfants et une petite fille a ensuite répondu aux nombreuses questions posées par ses camarades sur le Mali
A moins que cet idiome soit enseigné au primaire, je ne vois pas trop comment les gosses pourraient comprendre ce qu'on leur raconte.
à Keldan
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 13H06 | 18/03/2009 |
je vous conseille d'aller voir des spectacles de contes dans une langue que vous ne connaissez pas si le conteur est un vrai conteur, alors vous serez porté par ses histoires sans en comprendre un mot.
Le conte à cela en lui, il joue sur des codes, des sentiments qui sont au delà des mots.
Le conte n'est pas juste des mots, c'est d'ailleurs pour cela que c'est un peu une hérésie d'écrire des contes, mais sans l'écriture dans une société comme la notre tout se perd, l'écriture est devenu le seul moyen de transmission.
Je ne sais pas si je suis un bon conteur, mais je peux vous assurer avoir eu des publics ne parlant pas ou très mal le français (il est extrêmement compliqué de conter dans une langue qui n'est pas la sienne) qui bien que ne comprenant rien aux histoires ont été emballé par le spectacle.
Ce n'est cependant pas paradoxal car le conte transmet des valeurs universelles. Le cœur d'un conte est presque toujours universel l'emballage lui varie suivant le conteur, son origine, son parcours. Un conte appartient à celui qui l'entend qui ensuite en fait ce qu'il désire.
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 18H34 | 17/03/2009 |
Ce site est un petit bijou.
Il est vraiment agréable de voir l'oralité continuer son chemin et qu'Internet soit tel le baton du marcheur ou du conteur un soutien à son développement.
Le conte à cela d'étonnant que c'est probablement l'art le plus universel. Je suis toujours fasciné par ces histoires que l'on retrouve pratiquement à l'identique d'un point à l'autre du globe.
Je regrette juste une chose, même si cela vient de l'histoire de la France et de ses colonies, je trouve dommage de trop souvent centrer le conte sur l'Afrique. La richesse oral y est fabuleuse, mais celle-ci l'est sur toute la palnète. Le moyen Orient, l'Orient, l'Amérique latine (entre autre) sont des champs de découvertes pour les histoires aussi riche que peut l'être l'Afrique, mais bien moins explorés.
Le plus magique avec le conte c'est qu'il n'appartient que rarement à un lieu ou une époque. Prenez n'importe qu'elle histoire de Nasseridine Hodja, vous le retrouverez avec un autre personnage sur toutes les latitudes de notre petit monde. J'en ai même entendue une à l'identique dans un petit village perdu au fin fond de l'Amazone péruvienne et sur les bord de la Méditerranée à Izmir.
Un conte est une chose qui s'offre et qui s'envole avec celui qui le reçoit, le conte n'est à personne, ni d'aucun pays. Il suit son chemin de bouche d'homme en bouche d'homme. Parfois nous le posons sur le papier, mais là, il s'ennuie dans cette forme qui n'est qu'une des siennes.
Le conte n'est pas non plus une affaire d'enfants ou de grands mères, il nous appartient à tous, même s'il n'est à personne. Dire un conte l'enrichit, nous enrichit. Le lire est juste copier.
Voilà je sors de ma bouderie, je ne pouvais pas ne pas réagir à un aussi bel hommage au contes et aux conteurs.
Allez, j'ai quand même tourner pendant plus de 2 ans autour de notre petit monde à la recherche de contes, alors si vous voulez aussi en partager profiter de ceux là et vous sont tous offerts :
http://www.1000jours1001nuits.net/voyage/conte/
à dulconte
De Raslacouette
. | 19H44 | 17/03/2009 |
Merci Numéro250 !
à Raslacouette
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 19H59 | 17/03/2009 |
je ne suis pas un numéro je suis un homme libre (désolé de te voler tes réplique N°6)
à dulconte
De Utilisateur désinscrit à sa demande
nc | 20H28 | 17/03/2009 |
Merci N° 250 !
à Utilisateur désinscrit à sa demande
De Raslacouette
. | 20H33 | 17/03/2009 |
T'as oublié (Désolé Raslacouette de te voler ta réplique ! ). Mais comme c'est toi, je t'en veux pas.
à Raslacouette
De Utilisateur désinscrit à sa demande
nc | 20H48 | 17/03/2009 |
J'ai pas oublié, Raslacouette : c'est juste que je suis un vilain chouraveur.
à Utilisateur désinscrit à sa demande
De Raslacouette
. | 20H51 | 17/03/2009 |
Je sais, Cyp : c'est juste que je suis un vilain taquineur. : )
à Utilisateur désinscrit à sa demande
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 20H50 | 17/03/2009 |
grumpf ! Pour votre peine un conte que j'aime beaucoup dire, le premier que nous ayons récolté, sur les rives incertaines de la manche :
Le tonneau magique
Dans un village du Pays de Bray, un pauvre tonnelier vivait avec sa femme et sa belle-mère. Un jour, lors d'une promenade matinale, il découvrit dans un champ un vieux tonneau délabré qu'il s'empressa de ramener dans sa maison. C'est tout bénéfice pour moi, se disait-il, voilà un tonneau qui ne me coûte pas un sou et que je pourrai revendre un bon prix si je parviens à le réparer correctement.
Avant de commencer son propre travail sur le bois et les ferrures, il chargea sa femme d'épousseter l'objet. Celle-ci s'empara d'une brosse et se mit à la tâche, brossant de haut en bas et de bas en haut, jusqu'au moment où dans un geste un peu trop brusque elle lâcha son outil qui tomba au fond du tonneau. Aussitôt une seconde brosse y apparut, puis une troisième, puis quatre, puis dix, puis cent, remplissant le tonneau à ras bord. Ils eurent beau essayer d'en enlever, il y en avait toujours autant. Le tonnelier, pragmatique comme tout bon normand, prit acte de la magie qui s'opérait sous ses yeux et décida d'abandonner le métier qu'il avait appris de son père pour s'établir marchand de brosses.
Et celui que dans la région on appelait « le pauvre tonnelier » devint « le gros marchand de brosses », habitant une belle maison neuve et gagnant du ventre à force de manger encore et encore tout ce dont il avait été privé jusqu'alors. On pouvait le voir jour après jour, installé derrière son tonneau, prenant les brosses d'une main et récoltant l'argent de l'autre, un grand sourire aux lèvres.
Un matin, alors qu'il rendait la monnaie sur la vente d'un ustensile de son inépuisable stock, une pièce d'or tomba dans le tonneau et disparut entre les brosses. Aussitôt l'amas de brosses se volatilisa, ne laissant au fond que la pièce, une pièce qui fut bientôt rejointe comme par miracle par une autre, une autre, des dizaines et des centaines d'autres, continuant à se multiplier tant que le tonneau n'était pas rempli à en exploser. Là encore, après s'être extasié devant ce prodige, notre homme choisit d'en tirer le meilleur parti possible : puisque le métier de marchand devenait impossible faute de marchandise à vendre, il allait faire commerce de ce dont il disposait désormais à profusion. L'après-midi du même jour, le Pays de Bray comptait un nouveau banquier, tout frais installé.
En peu de temps, « le gros marchand de brosses » fut remplacé dans les esprits par « le richissime banquier'. Le propriétaire du merveilleux tonneau abandonna sa maison à peine terminée pour se faire construire un grand château qui surpassait ceux bâtis par les plus anciennes familles, au milieu d'un parc si vaste que l'on s'y perdait pendant les parties de chasse organisées chaque semaine. Tous les fermiers des environs travaillaient pour lui, et les enfants de ces fermiers endossaient les habits de serviteurs lors des fêtes gigantesques qui se succédaient à un rythme effréné dans les salons décorés des plus luxueuses tapisseries.
Quant au tonneau, lui, eh bien il était entreposé et jalousement gardé au plus profond des caves du château, derrière une porte blindée dont l'unique clé passait de la poche du banquier à celle de sa femme et ensuite à celle de sa belle-mère. Car l'ancien tonnelier, aveuglé par la fortune qui lui était offerte, en voulait encore plus, toujours plus, et ne laissait aucun répit aux deux femmes. Il fallait qu'à chaque heure du jour et de la nuit, l'un ou l'une des trois soit à côté du tonneau pour en extraire les pièces, les compter, les aligner, les empiler, bref les préparer à être prêtées le lendemain au meilleur taux. Le banquier avait soigneusement organisé les journées : lui-même s'occupait de cette besogne le matin, son épouse prenait le relais l'après-midi, et la belle-mère poursuivait la tâche durant les heures sombres où elle était la seule à rester péniblement éveillée dans le château endormi.
Vint un matin, juste avant l'aube, juste avant que notre banquier ne vienne remplacer la vieille femme, où celle-ci rendit l'âme en soulevant une pleine brassée d'argent, épuisée au-delà du possible par le rythme infernal imposé par son gendre. L'homme entra dans la pièce au moment où le corps de sa belle-mère basculait dans le tonneau. Il lui suffit d'une seconde pour présager de ce qui allait arriver, et ses prédictions se révélèrent exactes dès la seconde suivante : l'or s'évanouit en fumée, ne laissant que le cadavre de la vieille, puis un deuxième cadavre, puis un troisième, et ainsi de suite.
Le riche banquier se devait de fournir une sépulture décente à chacun de ses corps, et pour respecter son statut social si récemment acquis, il ne pouvait leur organiser des funérailles autres que fastueuses. C'est ainsi qu'à partir du lendemain, on vit sortir du château un défilé ininterrompu de corbillards dignes d'un roi, escortés par une armée de valets en grande tenue. Aussitôt vides, les corbillards revenaient au château emporter un autre cadavre, ils repartaient, ils revenaient, ils repartaient, ils revenaient. Car bien entendu, le tonneau, imperturbable, fournissait sans interruption des belles-mères à enterrer.
Il ne fallut pas longtemps pour que la fortune du banquier périclite, engloutie aussi sûrement que les cercueils l'étaient par la terre noire du Pays de Bray. Les serviteurs furent renvoyés, les fermes vendues, le château abandonné. Peu de temps après, plus pauvre qu'il ne l'avait jamais été, l'homme s'approcha du tonneau avec dans la main la dernière pièce d'or demeurant en sa possession. Il voulut la jeter dans le tonneau pour modifier encore une fois le cours de sa magie, mais au moment de passer à l'acte, le bois grinça si fort qu'il effraya son propriétaire. Fondant en larmes, tremblant de tous ses membres, celui qui avait été tonnelier raconta sa triste aventure aux cercles de métal, aux clous, aux planches de bois. Les belles-mères disparurent tandis qu'au fond du tonneau se déposait l'histoire du tonnelier, mot après mot, phrase après phrase. Lorsqu'elle fut achevée, une seconde histoire apparut à côté de la première, suivie d'une troisième, d'une quatrième, bientôt rejointes par des milliers et des milliers d'autres, tant et tant d'histoires que le tonneau finit par exploser, envoyant des morceaux au-dessus des mers, dans chaque continent et chaque pays connu à la surface de la terre.
Et l'on raconte que celui ou celle qui ramasse un de ces morceaux et le colle à son oreille s'entend raconter une des histoires créées dans le tonneau, ne peut s'empêcher de la raconter à son tour, et c'est ainsi les histoires se mirent à parcourir le monde…
FIN
J'espère qu'à mon prochain retour en France on s'organisera des soirées de contes : ).
De Bardamu
difficile | 20H57 | 17/03/2009 |
« Sous un pont vivait une famille de mendiants, un homme, une femme et leur fils. Un jour, la femme revenant de mendier dit à son mari :
“Aujourd'hui, je n'ai pas du tout reçu d'argent. Beaucoup de voleurs étaient passés dans les maisons et les gens avaient peur de me donner de l'argent”
Entendant ces paroles le jeune fils dit :
“papa, nous sommes très heureux, jamais un voleur n'entre dans notre maison.”
- Bien sûr, dit le père. il faut remercier notre pauvreté, c'est le mérite de tes parents. Personne n'entre sous ce pont. »
Conte Zen raconté par Maître Taisen Deshimaru, in « Le bol et le bâton ».
à Bardamu
De Raslacouette
. | 21H21 | 17/03/2009 |
Spontanément, j'aurais eu tendance à le trouver joli ce conte.
Mais venant de vous (et comme je manque d'objectivité), j'y entrevois une allégorie teintée d'hostilité à l'égard des soi-disant « voleurs ».
Ce qui serait vraiment pernicieux.
à Raslacouette
De Bardamu
difficile | 21H28 | 17/03/2009 |
? ? ? ? ? ? ? ? ?
Les ravages du sectarisme me laisseront toujours songeur…
Tiens, ce conte zen m'a toujours fait penser au titre (lui aussi zen) de la biographie de Jean-François Revel :
« Le voleur dans la maison vide ».
Comment mieux résumer ce qu'est une vie ?
à Bardamu
De Raslacouette
. | 21H37 | 17/03/2009 |
Quelle est la morale de ce conte alors ?
(Et restez dans le basique et le premier degré avec moi, je ne suis pas un intellectuel).
à Raslacouette
De Bardamu
difficile | 21H41 | 17/03/2009 |
La vanité des biens de ce monde, bien sûr.
L'homme n'a rien d'autre à perdre que sa vie.
à Bardamu
De Raslacouette
. | 21H50 | 17/03/2009 |
Vous êtes ascète ?
à Raslacouette
De Bardamu
difficile | 21H58 | 17/03/2009 |
Vous êtes à jeun ?
à Raslacouette
De tox
www.dessins-tox.com | 22H09 | 17/03/2009 |
Non … nous sommes huit !
Piteu jeu de mot pour te remercier Raslacouette de tes encouragements qui n'ont l'air de rien et pourtant … vraiment merci !
à tox
De Raslacouette
. | 22H23 | 17/03/2009 |
You're welcome Tox ! ; )
'suis super touchée que ce p'tit rien soit bien. Merci pour ces mots.
De hassan
etudiant | 21H06 | 17/03/2009 |
bonjour
c'est un peut tot mais
Qui peut me donner des infos sur la crise nouvelles qui s'annonce sur les CARTES DE CRÉDITS américaine (les américains on en général 3ou5 cartes de crédits on du mal a rembourser) après les titrisations et subprimes.
me dite pas que l'amerique c'est loin que sa nous touche pas
merci
à hassan
De Bardamu
difficile | 21H26 | 17/03/2009 |
Super, votre conte.
De Aimeho de Tahiti
02H25 | 18/03/2009 |
« Autrefois, le soir était consacré à écouter les histoires des anciens qui enseignaient les valeurs philosophiques et spirituelles de la société. Ces moments de voyage et d'apprentissage ont été progressivement remplacés par la télévision et Internet », analyse le conteur Mauritanien Mamadou Sall. Il a entièrement raison et je souhaiterais préciser ceci.
Le conteur a un rôle social universel parce qu'il est constitutif à toutes les cultures. C'est un passeur de savoirs et de valeurs mais chaque société a développé sa propre trame et la hiérarchie de ses différents maîtres - bien qu'on la retrouve a peu près partout semblable - à quelques détails près. Le conteur est sans conteste le plus populaire, c'est le savant enfin accessible et de toutes les proximités. Il a une familiarité, et c'est un savant simple et bon enfant.
Après lui il y a les orateurs qui s'expriment ou qui portent la parole d'un Roi Africain ou d'un Chef Polynésien ou Amérindien avec solennité devant sa propre communauté. Le Chef ou la Tête d'un clan ne parle jamais publiquement même devant des invités de marque comme ceux qui débarquent d'une pirogue inconnue.
Puis il y a les initiés – les Maîtres du verbe – qui enseignaient à un très petit nombre de disciples. C'est à la fois un magicien qui maîtrisait des incantations dans une langue quasi archaïque et disparue dont il était un des derniers à connaître le sens et le pouvoir - et il était aussi un pilier de spiritualité. A ce niveau-là, la parole de l'homme parle aux oreilles de toutes les forces de la Nature. Il vaut mieux ne pas commettre d'erreurs sinon les hommes peuvent le payer très cher !
Dans ce contexte, le conteur est et reste le maillon le plus populaire d'une chaîne plus grande. N'a-t-il pas pour mission d'ouvrir l'esprit des enfants aux merveilles de la culture des adultes ? Toutes les sociétés indigènes ou pré-étatiques procédaient par imprégnation. Celle-ci opérait dans la magie de la nuit comme le rappelle notre conteur mauritanien à la lueur des bougies, des lampes-tempêtes ou des feux de bois.
Sous toutes les latitudes et sous tous les climats ce qui a tué cette transmission orale dans un cadre familial élargi, c'est l'arrivée de la « fée électricité » ! Trop brutale, trop moderne une lumière trop crue même si elle a favorisée d'autres partages festifs.
Alors ce n'est que justice qu'Internet via la « Fée électricité » rende à l'oralité son rôle prépondérant. Et Vive l'oralité et toutes les cultures indigènes ou urbaines relayées par la Toile !