« Ce n’est plus du sport » 20/03/2013 à 16h28

Bus en panne et matches à huis clos : le foot tunisien attend sa révolution

Ramses Kefi | Journaliste Rue89


Affrontements entre supporters de l’Etoile du Sahel et forces de l’ordre, le 19 août dernier (AFP/Bechir Bettaieb)

Il y a une dizaine de jours, l’EGS Gafsa a fait match nul contre Hammam-Lif (1-1), dans le poule B de la première division du championnat tunisien. Sitôt la rencontre terminée, Khaled Bennour, le vice-président gafsien, a fustigé les arbitres, qu’il accuse d’avoir refusé un but valable à son équipe.

Selon lui, ils auraient été influencé par Adel Daâdaâ, président de Hammam-Lif et cadre d’Ennahdha, le parti au pouvoir en Tunisie :

« Ce n’est plus du sport, cette ingérence politique au profit de certains clubs représente un vrai danger pour le sport tunisien. »

Dans la foulée, le club de Gafsa a décidé de se retirer du championnat. Une mesure exceptionnelle, mais pas en Tunisie, dont le football, depuis la révolution, n’en est pas à sa première bizarrerie.

Dans le sillage de Gafsa, l’Olympique Beja a menacé de jeter l’éponge après sa défaite (3-1) contre le Club Africain, l’une des équipes phares de Tunis. En cause – entre autres–, un penalty imaginaire sifflé contre eux et un autre qui leur aurait été oublié.

Wadii Jari, le président de la Fédération, a sévi. Les deux arbitres mis en cause par Gafsa ont été suspendus deux mois. Pour calmer les dirigeants de Béja et éviter l’implosion du championnat, il a très maladroitement promis de désigner des arbitres « compétents » et « au-dessus de tout soupçon ».

Un peu comme si, jusque-là, les autres avaient été malhonnêtes.

Bus en panne et huis clos

Avant la chute du régime, le football aussi devait faire semblant d’aller bien. S’accommoder de la corruption, du clientélisme, tout en s’érigeant en modèle en Afrique.

L’illusion reposait sur les bonnes performances de l’Etoile Sportive du Sahel et surtout, de l’Espérance de Tunis – présidée durant une quinzaine d’années par Slim Chiboub, le gendre de Ben Ali – , régulièrement dans le dernier carré des compétitions continentales.

La révolution a mis en lumière l’état de délabrement avancé du foot tunisien. Pas de tragédies comme en Egypte, mais des histoires aux antipodes du professionnalisme dont il s’est longtemps vanté. Le 10 mars dernier, le match entre l’Olympique Kef et le Club Athlétique Bizertin a été annulé.

Motif : le bus des Keffois serait tombé en panne sur la route. Une excuse dont n’a pas tenu compte la Ligue nationale de football professionnel (LNFP), qui a décidé d’accorder la victoire sur tapis vert aux Bizertins.

Certains accusent les petites équipes de vouloir saborder la Ligue 1, pour éviter la descente. Car une suspension du championnat – comme cela a été de nombreuses fois évoqué – entraînerait une annulation des résultats et des relégations.

Une aubaine pour des petits clubs de l’intérieur du pays comme Le Kef (nord-ouest), touchés de plein fouet par la crise économique en Tunisie et par les pertes financières du huis clos partiel imposé par les instances dirigeantes.

Le président de la Fédé écrit à Ennahdha

Un huis clos motivé par les nombreux incidents survenus ces derniers mois – envahissement de terrain, affrontements dans les tribunes – qui devait permettre le bon déroulement des matches de championnat.

Or, celui-ci, très souvent, n’est pas respecté. Début mars, le match entre le Stade Gabésien et le Club Sportif Sfaxien a dû être arrêté à la 73e minute. A trois reprises, les supporters gabésiens avaient envahi la pelouse. La rencontre s’est terminée dans la confusion. Des joueurs et des dirigeants sfaxiens auraient même été agressés.

La sélection nationale, qui repose sur les joueurs locaux, n’est pas épargnée non plus. Après une CAN 2013 ratée et malgré la volonté du gouvernement d’éloigner la politique du sport, la nomination d’un nouvel entraîneur a donné lieu à une guéguerre entre le ministre des sports, Tarak Dhiab et le président de la Fédération Wadi Jari, chacun ayant son favori - respectivement Khaled Ben Yahia et Nabil Maaloul.

Si Jari a finalement réussi à imposer son candidat, il a envoyé une lettre à Rached Ghannouchi, président du parti Ennahdha, pour dénoncer l’interventionnisme de Tarak Dhiab. Réponse de ce dernier :

« Wadii Jari ressemble à un membre du RCD [parti dissous de Ben Ali Ndlr]. »

  • 3856 visites
  • 7 réactions
TAGS
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 18h58 le 20/03/2013
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Tant que les Tunisiens n’auront rien d’autre que le foot à se mettre sous la dent (au propre comme au figuré), il faut bien un exutoire. Le foot semble un microcosme de la société tunisienne.
    C’est vraiment malheureux, mais ce n’est pas étonnant.

  • Axel Borg
    Axel Borg
    Valls, démission !
    • Posté à 01h04 le 21/03/2013
    • Internaute 198719
      Valls, démission !

    Et en plusse, ils ne chantent même pas la Marseillaise.

    • Ramses Kefi
      Ramses Kefi répond à Axel Borg
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 10h49 le 21/03/2013
        rédacteur
      • Journaliste 140314
        Journaliste

      Hehe bien joué Axel !

      • Axel Borg
        Axel Borg répond à Ramses Kefi
        Valls, démission !
        • Posté à 01h42 le 22/03/2013
        • Internaute 198719
          Valls, démission !

        Ouai mais je vois bien que j’ai dégoutté tout le monde de venir commenter, avec ma provocation sur le précédent article.

        Je promets de ne pas commenter le suivant, pour qu’ils reviennent commenter.

        (Et traitez les mêmes sujets foot que Canal+ ou france football, ça aidera, parce que franchement, la Tunisie...)

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 13h46 le 21/03/2013
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Tout passe par le foot-ball ... évidemment !
    ( dans ce cas, ils n’ont pas fini d’attendre )

  • fredo-à-vélo
    • Posté à 21h56 le 21/03/2013
    • Internaute 115193

    eh le foot ça fait très longtemps que c’est plus du sport !

  • fredo-à-vélo
    • Posté à 22h54 le 21/03/2013
    • Internaute 115193

    « Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l’esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de boeufs éteints. Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester sa libido en s’enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grand coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d’usine ? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois ? “

    P Desproges 1986 ;

Verbes thématiques