Joue-le (ou pas) comme Beckham 02/02/2013 à 09h58

Costard ou survêt’ : comment un entraîneur doit-il s’habiller ?

Antoine Breard | Journaliste

Mis à jour le vendredi 1 février 2013 à 12h22
Corrige le palmarès de Guardiola

Pep Guardiola, Vicente del Bosque et José Mourinho (Andres Kudacki, Eduardo /AP/SIPA)

Pourquoi Pep Guardiola est-il avec José Mourinho l’entraîneur le plus renommé de la planète ?

Avant tout, grâce à ses compétences et son palmarès, bien sûr : en quatre ans à Barcelone, le futur coach du Bayern a remporté 14 titres, dont trois Ligas et deux Ligues des champions.

Mais aussi pour son look, qui l’a transformé en figure de mode : Pep, qui a déjà défilé pour Toni Miro – un créateur catalan de ses amis – a dépassé l’autre fashionista du foot, Mourinho.

Près du banc de touche catalan, Guardiola portait des costumes (Armani, Prada, Dior et Toni Miro) cintrés bien comme il faut, avec parfois un petit pull sous la veste. Ce petit rien qui en fait un coach différent.

« Avec le costume, je passais à une autre vie »

Pour autant, impossible d’affirmer qu’être un entraîneur talentueux passe forcément par un costume élégant.

Lors de l’Euro 2008, l’Espagne emmenée par Luis Aragones, qui n’est pas franchement une gravure de mode, a terrassé en demi-finale la Russie du carré Guus Hiddink, impeccable en costume cravate, puis en finale, l’Allemagne de l’autre entraîneur le plus classe du monde, Joachim Löw.

L’homme le plus classe du monde (extrait de « Le Grand Détournement »)

Pourquoi donc porter un costume sur le bord d’un terrain ? Pascal Léandri, ex-international de handball passé par la case entraîneur adjoint avant de diriger l’équipe d’Ivry-sur-Seine, la plus ancienne de l’élite, s’est essayé au costume en 2008 lors de sa prise de fonctions :

« J’ai toujours aimé les sports US, l’allure d’un mec comme Phil Jackson, et quand je suis devenu entraîneur, je ne me voyais pas rester en jogging ou en jean. Ce sont pour moi des tenues réservées à d’autres activités.

Le concept du costume me plaisait bien du coup : ça marquait la fonction, ça donnait du style ; je passais à autre chose, à une autre vie. Le coach et sa fonction avaient de la valeur pour moi et il fallait que ça se voit. »

« Je préférerais coacher en jogging »

Et puis.... Et puis, ça n’a pas du tout fonctionné.

« Au bout du compte, je me suis rendu compte que ça ne me correspondait pas. J’ai alors adopté un look plus sportswear qui collait à ce que je suis vraiment. »

Élément troublant : le changement de tenue est intervenu à un moment où le club flirtait avec la relégation avant de se sauver in extremis en fin de saison. « Ce n’est pas faux », sourit le technicien.

De là à dire que la barrière de la tenue supprimée, il a su se rapprocher de son groupe pour en tirer le meilleur, il n’y a qu’un pas.

Au Stade de Reims, club de foot de Ligue 1, Hubert Fournier voit en revanche le costume comme un outil quasi indispensable à sa fonction :

« Je pense que je préférerais coacher en jogging car on est quand même plus à l’aise dedans pour faire notre métier. J’en porte d’ailleurs le reste de la semaine aux entraînements, mais comme je suis un des représentants du club, que celui-ci a un passé important, qu’il y a des actionnaires, des partenaires et que j’ai des engagements médiatiques, il est tout de même nécessaire que je porte un costume les jours de match...sans que ça soit une obligation. »

Les contre-exemples Elie Baup et Guy Roux

Il ajoute :

« Mais la tenue peut dépendre du contexte social, économique et historique du club pour lequel on officie. A Auxerre, Guy Roux est resté pendant quarante ans sans porter de costume. »


Elie Baup à Marseille contre Montpellier le 19 janvier 2013 (VILLALONGA KARINE/SIPA)

Et si dans le football, des hommes de banc, dont l’emblématique technicien marseillais Elie Baup (jogging et casquette), persistent et signent en restant très « terrain », ils sont de plus en plus rares. On a fait le classement des tenues des coaches de Ligue 1 ces dernières semaines :

  • 12 costards ;
  • 2 tenues de ville améliorées ;
  • 4 joggings ;
  • 2 variables, parfois jogging, parfois pas.

Jean-François Royer, directeur général de Sportlab, agence de marketing sportif, explique cette nouvelle mode du costume par la mutation de la profession, qui trouve ses racines, en France, au cœur du Mondial 1998 :

« C’est le moment qui a fait basculer le sport français dans le sport business. Les marques, les annonceurs et les medias se sont rendus compte que le football, puis les autres sports, n’étaient plus réservés au peuple.

Il y avait donc la nécessité d’avoir des pros aux postes-clefs, notamment du marketing. Ce n’était pas le cas partout avant, tout simplement parce que le sport français a longtemps été un phénomène culturel lié à l’éducation nationale.

Les entraîneurs étaient d’abord des éducateurs. Et c’est de moins en moins le cas aujourd’hui. »

« Les entraîneurs sont devenus des avoirs »

Il ajoute :

« Au même titre que les joueurs, les entraîneurs sont devenus des avoirs et doivent faire attention à leur image, à ce qu’ils sont, à ce qu’ils représentent dans un monde concurrentiel.

Car ce ne sont plus que des techniciens, mais aussi des managers, des gestionnaires de groupes et d’équipes. Hormis pour une personnalité très forte, l’image peut même l’emporter sur le discours. »

Toutes les disciplines ne sont pas logées à la même enseigne. Peu de sportifs voient leurs coaches endosser le costume comme habit de scène.

Le basket européen, influencé par la NBA, est un peu comme le foot mais le rugby, le handball, le volley, le hockey ou encore les sports individuels n’ont pas vraiment sauté le pas.

En Top 14, tous les coaches en tenue de sport

On y retrouve donc régulièrement des survêtements, tenues sportswear ou des combos jean/chemise parfois agrémentés d’une veste, précieusement déposée sur le dossier d’un siège. Et quand il fait froid, on sort les grosses doudounes.

« Cela peut aussi dépendre de l’impact financier de la discipline », prévient Jean-François Royer de Sportlab. Assertion démentie par le rugby, où le professionnalisme a fait exploser les salaires et les enjeux financiers mais où les cravatés aux plis impeccables sont toujours aussi rares. Lors de la dernière journée de Top 14, tous les entraîneurs portaient une tenue de sport.

« Le côté éducateur reste important »


Laurent Travers avec ses joueurs à Castres le 21 novembre 2009 (Damourette/Sipa)

Parfois, le sélectionneur national, qui reste en tribunes et passe ses consignes via des oreillettes à ses adjoints, déroge à cette habitude.

Laurent Travers entraîne le club de Castres avec Laurent Labit :

« Dans la préparation d’un match, on est proche des joueurs. On participe à l’échauffement et ce n’est pas quelque chose que l’on peut faire en costumes et chaussures de ville.

Et puis je pense que dans le rugby, le côté éducateur conserve un rôle important. Il faut accompagner. »

Et la relation aux sponsors ?

« Je crois que les sociétés qui mettent de l’argent dans le rugby sont satisfaites de voir qu’on a les mains dans le cambouis. Et quand le travail est terminé, on enfile une autre tenue pour assister aux réceptions d’après-match. »

Les coaches, « comme les gourous des sectes »

Le philosophe Robert Redeker, dont l’ouvrage « L’emprise sportive » mérite une lecture avisée et qui voit le sport comme « une idéologie, diffusée à jet continu, destinée à légitimer la mondialisation turbo-capitaliste qui renverse tout sur son passage », affirme que la tenue du coach importe :

« Les méthodes de mise en condition des sportifs ressemblent à celle des sectes. C’est l’emprise. Et le comportement des entraîneurs ne diffère guère de celui des gourous de ces sectes. C’est le cas aussi dans les toutes petites équipes, là où il n’y aucun argent en jeu. Dans ce genre d’affaires, l’habit fait le moine. Pour que les âmes soient sous emprise, pour les impressionner, il faut le costume adéquat. »

Du coup, écrit-il, le costume est fonction de la nature du message que l’on veut faire passer et de la relaiton :

« Pascal avait remarqué cette importance des vêtements dans la justice : comme la justice en soi n’existe pas, estimait-il, il faut, pour que les jugements en imposent, que les magistrats aient des hermines, des robes de velours pourpres, etc… »

Guardiola en robe rouge et hermine pour les fraîches soirées de Bavière, voilà qui serait chic.

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  • pablico
    pablico
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 10h28 le 02/02/2013
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    Le fond et la forme, l’être et le paraitre.

    Ils ont compris comment « choper » un maximum d’attention, un bon entraîneur est surtout un bon psychologue.

  • libergus
    libergus
    Pour le « contre » - Contre le (...)
    • Posté à 10h39 le 02/02/2013
    • Internaute 142132
      Pour le « contre » - Contre le (...)

    Article P R I M O R D I A L !

    • endehors
      endehors répond à libergus
      du radar
      • Posté à 14h08 le 02/02/2013
      • Internaute 142994
        du radar

      Vous avez quand même pris la peine de cliquer, de lire (peut-être) et de commenter...

    • kio
      kio répond à libergus
      urbain
      • Posté à 17h30 le 02/02/2013
      • Internaute 63657
        urbain

      Eh oui. Parce que c’est primordial d’avoir du style ! (je sens que je m’oriente vers une chanson des Forbans, là…)

    • Feignasse
      Feignasse répond à libergus
      Employée
      • Posté à 17h56 le 02/02/2013
      • Internaute 148846
        Employée

      Eh oui ! Comme souvent j’ai sauté en marche.

  • LesCayes
    LesCayes
    Dirigeant d'entreprise
    • Posté à 11h17 le 02/02/2013
    • Internaute 145809
      Dirigeant d'entreprise

    Rue89 n’a pas forcément saisi que ce genre d’article n’intéresse personne ici.
    Mais probablement les admiratifs de Beckham seront ils des passionnés du sujet.

    • caro
      caro répond à LesCayes
      délinquante avérée
      • Posté à 11h35 le 02/02/2013
      • Internaute 6484
        délinquante avérée

      la synecdoque est très tendance parmi certains riverains ... : -)))))))

    • Stié
      Stié répond à LesCayes
      Rien
      • Posté à 22h49 le 02/02/2013
      • Internaute 194042
        Rien

      Si, moi ça m’intéresse, je ne connaissais pas Robert Redeker, par exemple, ni l’analyse du vêtement par Pascal dans la justice, ça me donne envie d’aller voir.

      Et j’aime bien les articles sport de rue89, souvent il y a de la vraie matière à réflexion derrière l’aspect superficiel, si VOUS n’êtes pas foutu de dépasser celui-ci, ce n’est pas la peine d’inclure tous les lecteurs dans votre catégorie.

  • uberto
    uberto
    mouuuais on verra plus tard
    • Posté à 11h50 le 02/02/2013
    • Internaute 187304
      mouuuais on verra plus tard

    Si il y’a bien une chose que je supporte pas de porter, c’est bien un survet, j’ai l’impression d’être dans un pyjama. Entraineur, je me verrais pas coacher une équipe habillé de la sorte, je manquerais de conviction.

    • kio
      kio répond à uberto
      urbain
      • Posté à 17h29 le 02/02/2013
      • Internaute 63657
        urbain

      Ça dépend. Comme dit l’autre dans l’article, si le coach « participe » à l’entrainement des mecs, ça vaut le coup de rester en survet.
      Mais p-ê qu’il peut y avoir un entre-deux. Genre des vêtements techniques chics ou un peu classes mais extrêmement bien adaptés pour le « terrain ». (genre Aether, leur fieldjacket, ou Nanamica, des trucs toujours en Goretex).
      La question que je me pose, moi, c’est la chaussure : quelle chaussure pour le bord du terrain ?

      • uberto
        uberto répond à kio
        mouuuais on verra plus tard
        • Posté à 18h06 le 02/02/2013
        • Internaute 187304
          mouuuais on verra plus tard

        Allez pour une fois, je vais parler chiffons.

        Aether, je connaissais pas, mais en effet c’est pas mal, le Field Jacket par contre, je le trouve un peu indigeste avec ses grosses poches, je trouve le Stormy plus intéressant, il a une ligne assez élégante. Namaca faudrait que je vois ça porté car sur le site, la présentation des produits à plat fait pas vraiment envie, bien qu’assez amusante.

        Je crois surtout que le problème se pose pas trop entre costume et survet pour l’entrainement. J’ai l’impression que les entraineurs qui portent des costumes sont ceux qui peuvent justement déléguer cette partie à un subalterne comme dans les grosses équipes ou les sélections nationales.
        Dans ces cas là le costume devient signe distinctif du rang de l’entraineur. Il y’a l’entraineur miteux en survet qui doit se taper tout le boulot ou celui en costume, qui est juste là pour définir une stratégie.

        Sinon pour les chaussure, je suis pas trop compétent, faut voir peut être avec un autre riverain.

         
        • Boutauvent
          Boutauvent répond à uberto
          Testeur de temps libre
          • Posté à 10h51 le 03/02/2013
          • Internaute 45018
            Testeur de temps libre

          La solution pour que les grosses poches te soient moins indigestes, c’est d’enlever ce qu’il y a dedans.
          Normalement, ça devrait descendre beaucoup plus facilement, surtout si tu penses à saupoudrer d’une cuillerée à café de bicarbonate !
          Pour les chaussures, le goût dépend essentiellement du terrain ; mais la plupart des pelouses sont abondamment traitées aux engrais chimiques et ça peut occasionner des troubles sévères à l’appareil digestif.
          Tu auras moins de problèmes avec les sports « indoor » où tu pourras retrouver le parfum brut de la transpiration des pieds.
          Tu devrais consulter à propos de ta phobie du pyjama : en dehors de la nudité ça doit être ce qui se fait de plus léger pour ta digestion.
          Cependant, tu es bien le premier que je lis ici à vouloir bouffer de l’entraîneur au sens littéral du terme ! ? !

          • uberto
            uberto répond à Boutauvent
            mouuuais on verra plus tard
            • Posté à 11h36 le 03/02/2013
            • Internaute 187304
              mouuuais on verra plus tard

            En effet, j’avais pas noté l’orientation digestive de mon commentaire.
            Mais bon, il y’ en a bien qui pense avec leur tête ou leur queue, pourquoi pas avec son ventre. Surtout qu’il devait pas être loin de midi quand je l’ai écrit. Par contre la brochette de faisans présentée n’est pas très appétissante.

            Pour approfondir le sujet :
            un deuxième cerveau dans le ventre

        2 autres commentaires
  • Lemmy_Nothor
    Lemmy_Nothor
    Aintgonnaworkformaggiesfarm
    • Posté à 13h25 le 02/02/2013
    • Internaute 12434
      Aintgonnaworkformaggiesfarm

    Toutes ces questions qui tournent dans ma tête ! Ça me fout le tournis.
    Survet ou costard cravate ? To be or not to be ?

    Je sens que cet article va péter des scores d’audience.

  • Le funambule
    Le funambule
    A l'ouest
    • Posté à 14h20 le 02/02/2013
    • Internaute 196669
      A l'ouest

    Au chapitre des questions essentielles dans le sport :

    Un juge de touche doit-il garder ses lunettes ?
    Un cycliste non dopé n’irait-il pas plus vite en mobylette ?
    Est-il essentiel d’avoir une raquette au tennis ?
    Le Dakar doit-il passer à Dakar ? (ah non, celle-là c’est plus la peine, on biffe)
    Un gardien de but doit-il en avoir ? (sans compter que c’est dangereux en cas de tir mal placé)
    Commentateur sportif, pléonasme ?
    Le sport, oui ou non ? (argumentez)

  • perdiogène
    perdiogène
    communiste optimiste
    • Posté à 15h23 le 02/02/2013
    • Internaute 142019
      communiste optimiste

    L’habit ne fait pas le moine ; c’est les résultats qui comptent !

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 16h13 le 02/02/2013
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Les coaches, « comme les gourous des sectes »
    Daniel Herrero, ancien joueur de rugby et ancien entraîneur de Toulon fait penser à ce genre de profil. il s’est reconverti en consultant pour les séminaires d’entreprise afin de faire partager son expérience et ses méthodes de management d’une équipe.

    • caro
      caro répond à padiran
      délinquante avérée
      • Posté à 18h38 le 02/02/2013
      • Internaute 6484
        délinquante avérée

      j’espère qu’il fait aussi partager son expérience du respect de ses idées, car, autant que je m’en souvienne, il a démissionné quand le FN est arrivé à la mairie de Toulon, en disant que l’esprit chauvin xénophobe du FN était incompatible avec l’esprit du rugby.

      • padiran
        padiran répond à caro
        Chroniqueur Grolandais
        • Posté à 22h39 le 02/02/2013
        • Internaute 5159
          Chroniqueur Grolandais

        Merci Caro pour ces souvenirs qui ne sont pas des points de détails

  • Erwin
    • Posté à 02h31 le 03/02/2013
    • Internaute 23056

    Le plus classe, c’était l’Autrichien Ernst Happel
    Ernst Happel

  • Shevek
    Shevek
    petit jedi bondissant
    • Posté à 20h55 le 03/02/2013
    • Internaute 54224
      petit jedi bondissant

    SURVET et pis c’est tout....

  • vorivzakonie
    vorivzakonie
    toujours juste -Ceterum censeo (...)
    • Posté à 11h02 le 04/02/2013
    • Internaute 168643
      toujours juste -Ceterum censeo (...)

    Ouaouh ! C’est la question du siècle !
    Avec cela c’est le Pullitzer assuré !

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