Du 100 mètres au rugby à sept 06/11/2012 à 12h04

En rugby, l’avenir appartient à ceux qui courent très vite

Eric Mugneret | Journaliste

Carlin Isles aurait pu disputer le 100 mètres aux Jeux olympiques. Avec son record homologué en 10 secondes 13 – avec vent trop favorable –, il n’aurait pas été ridicule. Mais s’il va à Rio en 2016, ce sera probablement en rugby à sept.

Isles, 22 ans, a touché son premier ballon de rugby cet été mais c’est déjà un phénomène de la discipline. En octobre, il a participé aux Sevens World Series, le circuit mondial qui réunit les meilleures nations du rugby à sept. Bilan : trois essais, dont un saisissant de facilité face à Tonga.

Essai de Carlin Isles avec les Etats-Unis contre Tonga

Isles explique à Rue89 avoir « eu un rêve : devenir le joueur de rugby le plus rapide au monde ».

« J’ai décidé de jouer au rugby en regardant des matchs à la télé, j’aime la vitesse du jeu. »

Carlin Isles y est allé au culot, en envoyant un e-mail au patron du rugby américain, avec pour seules références ses temps sur 100 mètres et un passage par le football américain.

Frédéric Pomarel, entraîneur de l’équipe de France de rugby à sept, a assisté en Australie à la première sortie internationale du phénomène :

« Il va vraiment très vite. Il possède une énorme pointe de vitesse. S’il a une porte ouverte devant lui et qu’on lui laisse prendre quatre appuis, il est impossible de le rattraper. »

« D’autres sprinteurs vont saisir l’opportunité »

Pour Frédéric Pomarel, l’irruption de ce sprinteur de très haut niveau dans le rugby à sept n’est pas étonnant. La vitesse est une qualité indispensable dans ce sport. D’autres cas pourraient rapidement suivre.

D’autant plus que la discipline est désormais olympique, chez les filles comme chez les garçons. De quoi susciter quelques vocations, comme le suggère Carlin Isles :

« Je pense que d’autres sprinteurs vont saisir l’opportunité de jouer au rugby comme je l’ai fait. Mais le rugby est vraiment très différent du sprint. Ce sport teste vraiment votre force mentale et physique et aussi votre cœur. »

En France, dans la perspective des Jeux de Rio, le développement du rugby à sept passe désormais par la détection systématique de pépites des pistes, notamment chez les filles. Les Américains vont, eux, s’alimenter dans le large réservoir qu’offre le sport universitaire.

« Isles a coûté autant d’essais qu’il en a marqués »

Le monde du rugby a toujours recherché des profils de joueurs capables par leur pointe de vitesse de déborder des défenses de plus en plus hermétiques. Mais, fait observer Frédéric Pomarel, Carlin Isles « a sans doute coûté autant d’essais qu’il en a marqués ».

En défense, son manque de repères collectifs le transforme rapidement en porte de saloon. Il en est conscient :

« Les aspects tactiques sont compliqués. Les apprendre et appliquer ces principes dans le jeu est difficile. Sur le terrain, vous n’avez pas beaucoup le temps de réfléchir. »

Les flèches du XV

Le rugby à XV, pourtant très différent de son lointain cousin à sept, a aussi connu quelques flèches.


Sébastien Carrat tente d’échapper au plaquage du Grenoblois Paul Cook, à Grenoble, 06 décembre 1998 (Philippe Desmazes/AFP)

Au milieu des années 90, Sébastien Carrat est le premier à briller au niveau international sur les pistes et sur le pré. Formé au rugby à Montauban et passé par les juniors du Stade Toulousain, il est repéré par son professeur de sports pour ses qualités de vitesse. Il cède aux sirènes de la piste et intègre l’équipe de France de sprint.

En 1995, il est membre du relais français 4x100 mètres aux Mondiaux de Göteborg. Deux ans plus tard, après voir quitté l’athlé « sur un coup de tête », il est sacré champion d’Europe avec Brive en marquant dix essais en sept matches, record inégalé et sans doute pour longtemps.

Une carrière bien remplie, donc :

« Quand j’y pense, j’ai couru aux côtés de John Drummond, Bruny Surin, Donovan Bailey, Linford Christie, ou Frankie Fredericks. Et je suis devenu champion d’Europe de rugby. »

Les statistiques de Carrat le prouvent : au rugby, la vitesse est bel et bien une arme de destruction massive. A condition de savoir s’en servir.

« Je savais que j’allais très vite. Mon objectif était de déborder les défenses et d’éviter les contacts pour filer à l’essai. Je me souviens d’un essai de 80 mètres que j’ai marqué face aux Harlequins. Aujourd’hui, j’ai l’impression que les défenses sont plus serrées. »

Ngwenya, un pari gagnant pour Biarritz


L’ailier sud-africain Bryan Habana face à l’Australie, à Pretoria (Afrique du Sud), 29 septembre 2012 (Gallo Images / Rex Feat/REX/SIPA)

Les ailiers très rapides n’ont pourtant pas disparu du rugby à quinze. Tonderai Chavhanga, ailier éphémère des Boks en 2007-2008, aurait couru le 100 m en 10’’27. Son compatriote Bryan Habana, considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs ailiers au monde, est crédité d’un 10’’40 sur la distance reine.

Le Top 14 abrite aussi un beau specimen du genre, l’Américain d’origine zimbabwéenne Takudzwa Ngwenya. Sa carrière a pris son envol lors de la Coupe du monde de rugby 2007, lorsqu’il a transformé Habana en plot d’entraînement par la grâce d’un sprint incroyable.

Essais de Ngwenya lors de la Coupe du monde 2007

Arrivé à Biarritz, il a dû travailler dur pour se mettre au niveau dans « le jeu au pied, la compréhension du jeu, les déplacements et replacements sur le terrain », détaille Jack Isaac, entraîneur des trois-quarts du club basque.

« C’est plus qu’un pari gagnant. A sa manière, Ngwenya a marqué le Top 14. Aujourd’hui, les équipes se méfient de lui et s’organisent pour défendre différemment sans lui donner trop d’espaces. »

L’entraîneur du BO pense même que ce genre de profil est l’avenir du rugby. L’ancien sprinter anglais Darren Campbell a d’ailleurs été consultant de luxe du club basque cet été.

« Au début des années 2000, la mode était aux ailiers puissants et costauds. Je pense que la vitesse manque actuellement. C’est qu’on recherche dans le rugby mondial. »

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  • s4m0
    s4m0
    se balade
    • Posté à 13h53 le 06/11/2012
    • Internaute 191829
      se balade

    Peut être plus que la vitesse, la prise d’appuis pour les changements brutaux de direction est primordiale pour les 3/4. On le voit sur la vidéo de Ngwenya qui déborde Habana sur sa prise d’appuis et non pas sur sa vitesse de pointe.
    Concernant le rugby à 15, les ailiers et les arrières ont toujours eu des profils d’athlètes vifs et rapides (je pense à notre Dominici national ou au fraichement retraité Shane williams). Ce qui est nouveau c’est qu’ils sont grands et massifs, même si Lomu et ses 120kg pour 1m96 ferait toujours office d’extra terrestre, l’ailier typique d’aujourd’hui mesure 1m80/90 pour 90/100kg tout en courant le 100m en moins de 12 secondes. Mais des profils comme Sébastien Carrat (1m75 pou 73kg) on n’en verra certainement plus beaucoup.
    Ajouter à cette métamorphose du côté des ailiers/arrières, on trouve maintenant des qualités de sprinter également chez des centres voire même des 3e lignes.
    Quoi qu’il en soit, étant donné qu’on demande au joueur de

    • Harry Haller
      Harry Haller répond à s4m0
      loup des steppes
      • Posté à 17h09 le 06/11/2012
      • Internaute 188849
        loup des steppes

      « la vitesse, la prise d’appuis pour les changements brutaux de direction est primordiale pour les 3/4. »
      Oui, c’est ce qui différencie, il me semble, Takudzwa Ngwenya et Timoci Matanavou. Le premier a des trajectoires plus rectilignes, prévisibles et tout le monde a su prendre facilement la mesure du joueur alors que Matanavou avec ses appuis est plus imprévisible et sème à chaque la panique chez l’adversaire(même parfois un peu dans sa propre équipe !) quand il a le ballon.

    • A déménagé le 24-12-2012
      A déménagé le 24-12-2012 répond à s4m0
      non connue
      • Posté à 21h54 le 06/11/2012
      • Internaute 154051
        non connue

      « En rugby, l’avenir appartient à ceux qui courent très vite »

      On en a pas finit avec le dopage...

      • simla
        simla répond à A déménagé le 24-12-2012
        desperate housewife
        • Posté à 06h32 le 07/11/2012
        • Internaute 164811
          desperate housewife

        Non, pitié, pas eux !

        Il faut courir vite mais aussi être un sacré costaud !

  • Jerome_B
    • Posté à 13h56 le 06/11/2012
    • Expert 81512

    Courir vite ne suffira jamais au XV ...... à 7, peut être et encore ........ Habana va vite mais il a surtout un sens du jeu, une technique, une expérience, un timing et une agressivité qui font la différence ..... Carrat avait quand même de sacrés lacunes à l’époque ...... à une époque où ailier pouvait jouer uniquement sur l’évitement et ne pas trop être obligé de plaquer ..... j’ai connu aussi un joueur à Bourgoin, que les amateurs de rugby connaissent surement, il s’agit de David Janin, 3ème aux JO juniors au 110m haies, en plus, il était costaud (1m90, 95 kilos au moins) ..... et pourtant, il a été un honnête joueur de club mais guerre plus. il n’a jamais trouvé son poste (entre le centre et l’aile ... voire l’arrière), a souvent manqué de vision du jeu, d’agressivité aussi ...... il a fait une belle carrière mais mesurer 1m90, peser près de 100 kilos et être un sprinter de haut niveau ne suffit pas ......

  • Hurz
    Hurz
    -
    • Posté à 14h14 le 06/11/2012
    • Internaute 110884
      -

    Il y a aussi Napolioni Nalaga à l’ASM, ancien recordman junior du 100 m.

    • a déménagé 23-04-2013
      a déménagé 23-04-2013 répond à Hurz
      non connue
      • Posté à 13h25 le 07/11/2012
      • 169677
        non connue

      Napolioni Nalaga n’a jamais été recordman mondial junior du 100 m. Sa fiche wikipédia indique qu’il possède le record junior du 100 m en Nouvelle Zélande en 10,40 s, mais ce n’est pas sourcé. Ça paraît improbable, car il n’est pas néo-zélandais....

  • LittleLouise
    LittleLouise
    SNAFU
    • Posté à 14h52 le 06/11/2012
    • Internaute 140631
      SNAFU

    J’ai débuté le rugby en même temps qu’une fille, même âge que moi, même gabarit et du coup, même poste « Met toi à l’aile, tu verras ça se passera bien ! ».
    Pas très adroites toutes les deux, pas très agressives, pas très bonnes défenseures... On partait toutes les deux avec un avantage chacune : je connaissais les règles et les principes du jeu sur le bout des doigts après avoir passé des heures et des heures dans le canap avec mon père à regarder des matches qu’il me commentait en direct et après avoir coupé le sifflet à l’ami Jeanpierre, elle n’y connaissait rien mais était championne régionale (ou peut être même de zone, j’avoue que je ne sais plus) de 100 mètres. Dès décembre, elle était régulièrement titulaire. Et moi, j’étais juge de touche parce que les coaches en avaient marre de répéter x fois par match que « tu lèves le drapeau du côté de l’équipe qui a sorti le ballon et tu tends l’autre bras à l’horizontale, à l’endroit où le ballon a passé la ligne, et si le coup de pied a été donné dans les 22 et que le ballon n’a pas touché le sol dans le terrain avant de sortir, la touche est à la hauteur de l’endroit où le coup de pied a été donné ».
    Je ne me plains pas, j’aimais bien être juge de touche et j’étais quand même utile aux copines sur le terrain, mais en février sous la neige, j’aurais donné beaucoup pour courir un peu plus vite...

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 15h15 le 06/11/2012
    • Internaute 34063
      Aboyeur

    Et Habana qui se fait courser par un guépard, mais lui il joue à XV (Habana, pas le guépard)

  • patoche999
    patoche999
    professeur de guitare
    • Posté à 12h57 le 07/11/2012
    • Expert 171862
      professeur de guitare

    je dirais plutôt que l’avenir du rugby appartient à ceux qui ont un arbitre qui s’appelle Brian Joubert.

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