Sans oxygène 04/11/2012 à 11h27

A quoi pense l’apnéiste pendant les longues minutes où il est sous l’eau ?



Un apnéiste américain à la fin d’une plongée, à Nice en septembre (Audrey Cerdan/Rue89)

(De Nice) Ils nous ont déjà raconté le moment, critique, où l’envie de respirer devient insupportable et où il faut absolument sortir de l’eau.

Mais ce n’est qu’une toute petite partie de l’apnée.

Avant cela, que ressent-on ? Du plaisir ? Et que dit le cerveau quand le manque d’oxygène fait mal mais qu’on veut rester immergé encore un peu ?

Comme nous l’avions fait avec les coureurs et les plongeurs, les champions d’apnée que nous avons rencontrés aux Mondiaux de Nice nous ont décrit toutes les sensations liées à leur pratique sportive. En poids constant – en profondeur sous la mer – ou en apnée statique, immobiles dans la piscine.

L’apnée de compétition, c’est toujours pareil : quelques minutes de plaisir extrême avant l’arrivée en enfer.

« Comme la grippe quand t’es petit »

En apnée statique, il s’agit d’abord, pendant les premières minutes, de se plonger dans un état de semi-étourdissement, de rêverie. Essayer de ne penser à rien.

Membre de l’équipe de France, Morgan Bourch’is peut rester sept minutes immergé :


Morgan Bourc’his à nice en septembre (A.Cerdan/Rue89)

« Il faut trouver le relâchement, une contemplation de soi. Des images peuvent passer dans la tête mais il ne faut pas s’attacher à elles. Dans ces premières minutes, c’est une fusion parfaite : on est avec l’élément liquide et pas contre. C’est un profond bien-être. »

Solenn Launay, sa coéquipière chez les Bleus, compare cet état à celui qui précède le sommeil, quand on cherche à s’endormir, « une phase où l’esprit déambule un peu partout ».

Cet état rappelle à Pierre Frolla, ancien recordman du monde, des moments parmi les plus agréables de sa vie :

« C’est un faux sommeil, c’est comme quand t’as la grippe quand t’es petit. Ça fait partie de mes meilleurs souvenirs : un état où tu ne sais pas si ta mère vient de te parler ou si tu l’as rêvé, comme quand tes parents te prennent dans leurs bras pour te mettre au lit lorsqu’il est tard. »

Amadouer l’insurmontable

Ensuite, c’est nettement moins mignon. Au fil des minutes, l’envie de respirer devient de plus en plus difficile à réfréner. Et chacun a sa petite astuce pour amadouer l’insurmontable :

1

La méthode de sophrologie


Fred Buyle à Nice en septembre (A.Cerdan/Rue89)

L’ancien apnéiste belge Fred Buyle faisait appel à une bonne vieille méthode de sophrologie :

« Quand je commençais à ressentir les premières contractions de mon diaphragme, j’optais pour la relaxation totale comme en sophrologie : je commençais par me dire “Le bout de mes orteils sont relâchés”, puis “Mes orteils sont relâchés, ma plante des pieds est relâchée” et tout le corps comme ça. Et j’arrivais à passer 3-4 minutes, la phase de lutte. »

2

Faire croire à son corps qu’il a tort

Le plus douloureux en apnée, ce sont les mouvements du diaphragme, comme une décharge dans la poitrine, de plus en plus violents au fil des minutes.

Pour convaincre son corps qu’il a tort de faire mal, Pierre Frolla triche et essaye de devancer ces mouvements en les provoquant avant qu’ils ne se produisent naturellement :

« Le jeu, c’est de tricher avec son corps qui active le diaphragme pour relancer la ventilation. Alors, on fait de fausses ventilations.

Et après, moi, je redevenais un judoka : je me disais “ Vas-y, bats-toi ”. »

3

S’inventer une petite histoire


Fred Sessa à Nice, en septembre (A.Cerdan/Rue89)

Penser à ses proches, se concentrer sur un souvenir récent, dresser la liste des courses dans sa tête... Des grands classiques pour prolonger l’effort. Fred Sessa :

« Avant de ressentir la douleur, j’essaie de partir dans un délire. Je m’invente une histoire et quand ça commence à devenir dur, je ne pense plus à mon corps. Je m’imagine en train de me promener, j’essaie de me construire un rêve. Mais bon, ça ne marche qu’un temps... »

4

Chanter une chanson ou réciter un poème

Assez habituel également : se chanter une chanson ou se réciter un poème – dans sa tête, ça vaut mieux. Pas n’importe lesquels. Peu de chances que se fredonner « I like to move it » aide à étirer le temps sous l’eau. Solenn Launay :

« Je me récite des poèmes ou des chansons : pas mal de Ronsard, des chansons de Brassens. Il faut des rythmes lents qui vous bercent et vous accompagnent. »

5

S’agiter dans tous les sens

Quand l’envie de sortir devient aussi pressante que celle de pisser, la technique du désespoir : juste avant de sortir la tête de l’eau, on s’agite, on tape partout, on secoue son corps.

Ancien apnéiste, Olivier Heuleu se souvient d’avoir assisté à une drôle de scène en compétition : en 1999, en Egypte, à la toute fin de son apnée, le Suédois Bill Strömberg s’est approché du bord de la piscine et s’est mis à taper, taper, jusqu’à n’en plus pouvoir et sortir la tête de l’eau.

Apnée en poids constant

Le temps se divise de la même manière en poids constant. La descente est un plaisir, la remontée une lutte.

1

De 0-20 mètres : ne penser qu’à ses mouvements

Descendre le plus vite possible sans s’épuiser, bien se concentrer sur le mouvement de ses palmes, faire glisser son corps... Pendant les premiers mètres, pas le temps de penser à autre chose que ça.

Au bout des 20-30 mètres, la pression s’inverse, la lumière disparaît peu à peu, le corps glisse naturellement vers le bas et il s’agit de compenser pour protéger ses tympans.

2

La fin de la descente : ivresse des sens

Pour Fred Buyle démarre alors la phase la plus agréable de l’apnée en poids constant :

« Tu coules, tu te relaxes. Les sensations changent, tu perds quelques degrés, tu sens le froid mais ce n’est pas le froid habituel. Tu ne deviens qu’un avec l’élément, tu es très ouvert à l’environnement. »


Pierre Frolla à Nice en septembre (A.Cerdan/Rue89)

Avec la profondeur, la narcose, cette sensation de bien-être (et de léger délire) provoquée par le manque d’oxygène. Au journal Le Monde, le champion Guillaume Néry raconte qu’il s’est vu en train d’épouser sa copine à ce moment-là. Pierre Frolla :

« L’obscurité et la narcose me font rentrer au plus profond de moi-même. Ma conscience est parasitée. J’ai moins conscience du froid, de la pénombre, de la solitude. C’est une glisse de disparition à l’intérieur de soi. »

3

Le début de la remontée : encore du plaisir


Solenn Launay à Nice, en septembre (A.Cerdan/Rue89)

Une fois la plaquette ramassée, il est temps de remonter. C’est là que Solenn Launay s’éclate :

« On se réveille arrivé en bas et on enchaîne sur le virage. C’est à ce moment-là qu’on profite : on récupère de plus en plus de lumière et de chaleur, c’est fort au niveau des sens. Sur la remontée, mes yeux sont plutôt ouverts alors qu’ils sont plutôt fermés dans la descente. »

N’allez pas croire qu’on est là dans « un monde du silence ». Elle poursuit :

« A Marseille, par exemple, il y a beaucoup de ferries qui vont vers la Corse, on entend les gros ronronnements et ce n’est pas très agréable. Dans l’eau, ça cracote. On entend le mousqueton qui nous relie à la corde, ça fait “ vrrom ”, un vrombissement hyper léger, qui vous accompagne, qui vous berce, qui rassure parce qu’on sait que c’est là. »

4

La fin de la remontée : la lutte

Comme en apnée statique, l’expérience se termine par de la souffrance. Et là pas le temps de s’inventer des petits jeux pour que ça dure. Il faut remonter le plus vite possible. Fred Buyle :

« C’est la guerre. Tu es lourd, tu dois relancer la machine et au milieu de la remontée, c’est le pire moment pour moi. Il faut rester positif, ne pas te dire “ Il reste encore 40 mètres mais il ne reste plus que 40 mètres ”.

Et petit à petit, tu redeviens un terrien. »

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable absolument
    • Posté à 11h35 le 04/11/2012
    • Internaute 53186
      inconsolable absolument

    Bah, ils pensent à péter pour descendre plus vite c’te blague !

    • Le Renifleur
      Le Renifleur répond à Anastaze
      loin d'ici
      • Posté à 16h43 le 04/11/2012
      • Internaute 136986
        loin d'ici

      Ça dépend de ce qui les attend plus bas...

  • deltametro2
    deltametro2
    ingénieur software
    • Posté à 11h38 le 04/11/2012
    • Internaute 80108
      ingénieur software

    Les apneistes ne pensent pas. Penser consomme beaucoup d’oxygène.

  • Pili pili
    Pili pili
    Piment d'oisif
    • Posté à 11h47 le 04/11/2012
    • Internaute 188535
      Piment d'oisif

    Il y a même un camp d’entrainement à Guantánamo.

    • Yvon le Zébulon
      Yvon le Zébulon répond à Pili pili
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
      • Posté à 14h09 le 04/11/2012
      • Internaute 65781
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

      Bien dit Pili Pili.
      Obama n’a même pas « fermé » Guantanamo comme il l’avait promis.

  • Tapu
    Tapu
    Psychologue
    • Posté à 12h23 le 04/11/2012
    • Internaute 133829
      Psychologue

    Pratique pour faire la caisse du chat.

  • Le Renifleur
    Le Renifleur
    loin d'ici
    • Posté à 16h40 le 04/11/2012
    • Internaute 136986
      loin d'ici

    Encore un papier condescendant sur les
    narcosetrafiquants ...

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 13h33 le 04/11/2012
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « A quoi pense l’apnéiste pendant les longues minutes où il est sous l’eau ? »

    ► Dans son aller/retour vers la mort,
    il se demande s’il va pouvoir utiliser pleinement son billet retour.

    • Yvon le Zébulon
      Yvon le Zébulon répond à Pierrrrre
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
      • Posté à 14h12 le 04/11/2012
      • Internaute 65781
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

      Certains se sentent mieux quand leur cerveau manque d’oxygène ?

      • Pierrrrre
        Pierrrrre répond à Yvon le Zébulon
        → → → → → → → le marché autant (...)
        • Posté à 14h15 le 04/11/2012
        • Internaute 23078
          → → → → → → → le marché autant (...)

        « Certains se sentent mieux quand leur cerveau manque d’oxygène ? »

        ► Ben évidemment,
        si l’oxy gène, ils s’en passent..

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 14h03 le 04/11/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « L’apnée de compétition, c’est toujours pareil : quelques minutes
    de plaisir extrême avant l’arrivée en enfer
     ».

    Un peu comme pour la naissance, en quelques sortes.
    On passe du bain de liquide amniotique à l’obligation de respirer en plein air....

    ...sans savoir qu’une énorme dette publique à combler vous attend à la sortie.

    ( C’est peut-être pour ça que tous les nouveaux nés commencent par brailler )

  • Cirocco Jones
    Cirocco Jones
    Sorcière de Gaïa
    • Posté à 14h35 le 04/11/2012
    • Internaute 138964
      Sorcière de Gaïa

    A quoi pense l’apnéiste pendant les longues minutes où il est sous l’eau ?
    ai-je bien optimisé mon évasion fiscale ?

  • Hurz
    Hurz
    -
    • Posté à 14h46 le 04/11/2012
    • Internaute 110884
      -

    Vous auriez pu interroger le petit Gregory.

  • Jobnemo
    Jobnemo
    Mobilis in mobile
    • Posté à 15h28 le 04/11/2012
    • Internaute 158639
      Mobilis in mobile

    Le problème généré par l’apparition de la compétition en apnée, c’est qu’aujourd’hui, on pense qu’il n’y a que les compétiteurs qui soient qualifiés pour parler sérieusement d’apnée... C’est bien dommage

  • Quand Le Tigre Lit
    Quand Le Tigre Lit
    en rédaction de Sutras du Tigre
    • Posté à 15h33 le 04/11/2012
    • Internaute 189949
      en rédaction de Sutras du Tigre

    Ils pensent s’ils ont bien fermé le gaz de la maison. Sinon y’a du gaz dans l’eau. Ok je sors.

    Dans un très bon roman de Kem Nunn, on a une petite idée de ce à quoi peut penser un surfeur pris dans les remous des vagues et qui doit attendre avant de remonter.

  • psych0Dad
    psych0Dad
    sociopathe
    • Posté à 06h03 le 05/11/2012
    • Internaute 81504
      sociopathe

    « Fillon ou Cope ? »

    Ah ca, le manque d’oxygene, ca a des consequences terribles sur le cerveau.

  • bidule
    • Posté à 10h46 le 05/11/2012
    • Internaute 25967

    L’apnéiste pendant sa plongée se demande si Manuel Valls ne va pas couper courageusement la corde qui le relie à la surface comme pour AURORE MARTIN .

  • Vladimir I.O.
    Vladimir I.O.
    Karl Marx 's brother
    • Posté à 06h57 le 06/11/2012
    • Internaute 127509
      Karl Marx 's brother

    Au mariage homo ?

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