à lire sur El Pais 23/10/2012 à 10h07

Pourquoi l’amour du football est loin d’être dérisoire

Les gens qui aiment le foot et en parlent beaucoup doivent se justifier sans cesse face à ceux qui détestent ce sport.

Prouver que derrière la passion, il y a des raisons.

Le journaliste anglais John Carlin – il a écrit le livre que Clint Eastwood a adapté pour « Invictus » – a un blog sur le site d’El Pais : El Corner Ingles.

Ce samedi, il a publié une note pour expliquer pourquoi l’amour du foot est loin d’être dérisoire. En s’appuyant sur deux arguments :

« D’abord, ce qui définit souvent ceux qui nous dédaignent, c’est le snobisme intellectuel. Ils appartiennent à cette partie de la population mondiale qui profite de la chance d’avoir reçu une bonne éducation, ce qui leur a permis de développer à un haut niveau leur capacité cérébrale.

Ce qu’ils ne voient pas depuis leurs tours d’ivoire, c’est que le monde du foot est la plus grande démocratie existante. Peu importe qu’on soit riche ou pauvre, cultivé ou analphabète, le football permet de parler d’égal à égal.

Dans le débat sur qui est le meilleur entre le Real Madrid et le Barça, Arsenal ou Chelsea, l’Argentine ou le Brésil, l’écrivain, le philosophe, le Prix Nobel de physique, le ministre et le petit malin qui empoche un bonus d’un million quand son entreprise s’effondre sont sur un pied d’égalité avec le maçon au chômage, le paysan chinois et le mineur africain.

Qu’importent le pays ou la condition sociale, tous ont à peu près les mêmes informations et ont la même capacité pour les interprèter. »

Second argument, développé par John Carlin :

« Parler de football, ce n’est pas juste parler de football. En superficie, il s’agit de dire si Messi est meilleur que Ronaldo, ou si le schéma tactique a été correct, ou si l’entraîneur aurait dû faire jouer un tel plutôt qu’un autre comme latéral, ou si l’arbitre s’est trompé.

Mais il existe aussi un processus mental parallèle, dont les amoureux de foot ne sont pas forcément conscients.

A travers le football, nous définissons notre identité morale, autant que quand nous choisissons un parti politique, une cause quelconque ou une religion.

D’un côté, il y a une affiliation tribale, qui est souvent héréditaire. On est pour le Real – comme on est pour le PP ou pour la Gauche Républicaine ou catholique ou musulman ou athée – parce que nos parents nous en ont montré le chemin. Plus intéressant, parce qu’il en dit plus sur le caractère des gens, c’est de quel joueur ou entraîneur nous nous sentons le plus proches. Voilà le processus mental caché.

Obligés de choisir entre Casillas et Ronaldo, Mourinho et del Bosque, on révèle clairement nos valeurs, quelles sont nos priorités, qu’est ce qui est le plus important dans la relation avec le monde extérieur.

Encore plus révélatrice est l’opinion des amoureux de football sur les joueurs qui n’appartiennent ni à leur équipe ni à un club qu’ils n’aiment vraiment pas.

Il y a neuf jours, dans un bar de New York, j’ai rencontré un Albanais du Kosovo qui avait fui son pays en guerre à 13 ans. Il me racontait que son joueur préféré au monde était Pedro du Barça. […] Cet Albanais reconnaissait qu’il y a des joueurs meilleurs mais pour lui, l’Espagnol des Canaries représente une attitude face à la vie à laquelle il accordait une grande valeur.

Sa vision de Pedro est celle d’un combattant infatigable, d’un ouvrier noble, d’un homme optimiste qui exprime tout le temps le meilleur de lui et garde le souvenir dans le triomphe comme l’adversité. […]

Pour lui, Pedro est le modèle à suivre, le personnage dans lequel se reflète l’image qu’il aspire à avoir de lui-même. Le contexte, c’est le foot. Une chose sérieuse. »

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  • Bad Lieutenant
    Bad Lieutenant
    Bisounours de combat
    • Posté à 10h13 le 23/10/2012
    • Internaute 190065
      Bisounours de combat

    « D’abord, ce qui définit souvent ceux qui nous dédaignent, c’est le snobisme intellectuel »

    Je crois surtout que les footeux ont de gros problèmes de complexes, quand je vois des gens qui jouent au foot ensemble je me dis : « voilà qui est formidable ».

    Pourquoi avoir honte d’aimer le foot ?

    • caro
      caro répond à Bad Lieutenant
      délinquante avérée
      • Posté à 10h27 le 23/10/2012
      • Internaute 6484
        délinquante avérée

      Je ne crois pas que les amateurs de foot soient complexés, mais ils doivent sans arrêt faire face aux anti-foot qui les traitent de « bas du front », cf les fils de coms ici même sur la Rue ;)

      • Bad Lieutenant
        Bad Lieutenant répond à caro
        Bisounours de combat
        • Posté à 10h30 le 23/10/2012
        • Internaute 190065
          Bisounours de combat

        Oui mais ce n’est pas en chouinant que l’on obtient de l’estime c’est en montrant ce que l’on est réellement, que chacun fasse un pas vers les préoccupations de l’autre et tout le monde se comprendra... : -)

  • Ruskoff
    Ruskoff
    palefrenier
    • Posté à 10h33 le 23/10/2012
    • 181108
      palefrenier

    « le monde du foot est la plus grande démocratie existante »
    « A travers le football, nous définissons notre identité morale »

    Lol

    • Yp2
      Yp2 répond à Ruskoff
      Sale gauchiste d'IEP
      • Posté à 10h47 le 23/10/2012
      • Internaute 71496
        Sale gauchiste d'IEP

      Je vois bien ce que l’auteur veut dire. Cependant je ne peux pas m’empêcher de penser à Sepp Blatter hurlant de rire en lisant ça.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 10h31 le 23/10/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    dans la liste
    Peu importe qu’on soit riche ou pauvre, cultivé ou analphabète, le football permet de parler d’égal à égal.
    je rajouterais « homme ou femme ». Grâce aux bons résultats des « bleuEs », les femmes peuvent se mêler des conversations sur le foot, sans se faire moquer, du moins en France.

  • Fantomax
    Fantomax
    génie du mal
    • Posté à 10h58 le 23/10/2012
    • Internaute 157606
      génie du mal

    « processus mental parallèle » en action.

  • Kantreer
    Kantreer
    Militant
    • Posté à 11h00 le 23/10/2012
    • Internaute 113573
      Militant

    Le Foot (comme les autres sports) n’est en rien démocratique ! Il sert juste à promouvoir des valeurs telles que l’élitisme, l’écrasement des plus faibles, la compétition à outrance (qui amène à la triche). Les exemples en sont nombreux. Et faire croire à aux gens qu’ils peuvent s’en sortir par le sport, c’est mentir. Il s’agit juste de leur donner l’illusion qu’ils seront moins malheureux s’ils sont passionnées. Effectivement quand un supporter vois son équipe gagner, il oublie qu’il est opprimé. Mais cela ne le rend pas libre pour autant

    • A déménagé le 26-10-2010
      A déménagé le 26-10-2010 répond à Kantreer
      non connue
      • Posté à 12h11 le 23/10/2012
      • Internaute 93575
        non connue

      Je crois que vous n’avez pas compris l’article ! Lorsque l’auteur anglais parle du football comme d’un élément de démocratie, il ne prétend pas que le milieu du football en lui-même serait démocratique. Il explique simplement que le football est un « lieu » de démocratie dans le sens où il permet à des gens venant d’horizons très différents (sociaux, culturels, religieux, géographiques, etc.) de partager un sujet de conversation commun.

      Et sur ce point, on ne peut que lui donner raison. En matière de foot, le polytechnicien pourra sans problème discuter avec l’ouvrier, le cadre parisien avec le routier polonais, etc.

      Il existe peu d’autres sujets de conversation aussi rassembleur.

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 11h02 le 23/10/2012
    • 49273
      Petit agité

    On est pour le Real – comme on est pour le PP ou pour la Gauche Républicaine [...]

    En gros un supporter est aussi con qu’un militant. Non là je pense que c’est un peu exagéré quand même.

  • Pivar
    Pivar
    Pyropygiste
    • Posté à 11h03 le 23/10/2012
    • Internaute 160918
      Pyropygiste

    Euh... Faut pas déconner non plus. A travers le foot, je définis pas mon « identité morale » ou autres « processus mentaux ». Je suis juste un beauf qui met le maillot de la France et hurle « Allez les Bleus ! » avec une bière devant la télé. Et j’assume complètement. Rien à foot des petits Cabu qui me prennent pour un abruti tendance facho. Mais ça ne reste qu’une passion.

  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 11h08 le 23/10/2012
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    Peut-être que ceux qui n’aiment pas le foot n’ont pas envie de suivre l’exemple d’un benêt inculte comme Ribery ?
    Les joueurs de foot ayant fait autre chose de leur vie qu’aller voir des putes ne sont pas légions. Il y en a et ceux là, généralement ont la reconnaissance des non-footeux. Mais dans l’ensemble, les conversations sur le foot n’ont que peu d’intérêt, les interviews de joueurs encore moins.... C’est du même acabit qu’une course de canassons, un éternel recommencement, des valeurs qui sont bien éloignées de celle d’une « démocratie » (sans compter le dopage)...

    • A déménagé le 26-10-2010
      A déménagé le 26-10-2010 répond à PaulTron
      non connue
      • Posté à 12h14 le 23/10/2012
      • Internaute 93575
        non connue

      L’argument démocratique avancé par l’auteur ne concerne pas le milieu du foot lui-même, mais le lien que celui-ci réussit à créer entre deux personnes venant d’horizons différents dans une conversation. Je suis totalement d’accord avec ça, ayant plusieurs fois « brisé » la glace avec des inconnus par une discussion sur leur équipe préférée, le dernier résultat de leur équipe nationale, etc.

  • cyrilleh
    cyrilleh
    Classe moyenne
    • Posté à 11h21 le 23/10/2012
    • Internaute 99871
      Classe moyenne

    Ce que les anti-football ont d’énervant (et je le vois encore ici dans les commentaires), c’est leur incapacité à faire la différence entre le football et les footballeurs.

    J’aime le foot (en tant que sport d’équipe fait de tactiques et de ruses et pour sa dramaturgie) mais les footballeurs me sont bien indifférents. Concrètement, j’aime voir Ribéry avec son équipe sur un terrain faire des décalages mais pour autant, je ne l’écoute pas et je me sens pas l’envie d’en faire un modèle. Ni lui, ni même Iniesta ou d’autres qui pourraient sembler plus subtiles. D’ailleurs, je ne considère pas que les footballeurs doivent être des modèles. De toute manière, ne peut pas devenir des modèles des enfants qui ont quitté l’école à l’adolescence pour joindre des centres de formation.

    Il est vrai que les anti-football tirent beaucoup de leurs arguments dans l’individualisation de ce sport. Mais on peut encore aimer ce sport pour les équipes qui y jouent et pas pour les joueurs. Ne pas voir une addition de joueurs (et d’égo !), mais un ensemble et regarder la prestation collective.

  • Eric Tézétadam
    • Posté à 11h58 le 23/10/2012
    • Internaute 189928

    jvois vraiment pas de quoi vous vous plaignez : du foot, on en soupe à longueur de journaux, les chaines TV et radio déprogramment leur grille pour diffuser les matches, même les pubs pour slips sont colonisés par des footballeurs ! même sur le parvis du Centre Pompidou ya des footballeurs ! !

    Blague à part, ne pas aimer le foot ne fait pas automatiquement de nous des anti-foot, mais comprenez nous un peu quand même.

    Comme je sais que ça les passionne pas, j’assomme pas mes collègues avec le BMX, Eurobike, le supercross de Bercy, alors qu’ils en fassent autant : p

    parce qu’il faut bien dire qu’à cette dose, c’est quand même méga gonflant

  • Léon777
    Léon777
    Artiste
    • Posté à 16h30 le 23/10/2012
    • Internaute 191909
      Artiste

    Fric
    Dopage
    Mafia
    Matraquage multimédia ( il suffit de regarder rue89 )
    Pertes des valeurs
    Non respect
    Triche
    Machisme
    Arrogance
    culte de l’égo
    culte du surhomme
    Patriotisme
    Nationalisme...

    Ce sont de belles valeurs.

    Et surtout que les pro-foot arrêtent : le foot est devenu une institution nationale, il est partout, passé de ringard à hype et tendance, on en bouffe à longueur d’année, à longueur d’antenne et d’articles, alors s’il vous plait, ne chouinez pas et oubliez nous.

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