A côté de la plaque 16/10/2012 à 09h32

Rugby français cherche pilier droit, un des postes les plus techniques


Ce mardi, le sélectionneur de l’équipe de France, Philippe Saint-André, a annoncé le groupe qui disputera trois matches internationaux au mois de novembre. Cette liste d’une trentaine de joueurs lui a notamment donné du fil à retordre pour le poste de pilier droit.

Car le titulaire indiscutable à ce poste, Nicolas Mas, a été longtemps blessé. Le Perpignanais vient de reprendre l’entraînement et manque de compétition. Et Saint-André ne peut compter que sur un réservoir limité de joueurs pour soutenir l’édifice de la mêlée.


Nicolas Mas face à l’Angleterre à Paris le 11 mars 2012 (Franck Fife/AFP)

La première ligne d’une mêlée est composée de trois joueurs : un talonneur encadré par deux piliers. La langue anglaise permet de mieux comprendre l’imbrication des joueurs à l’occasion de chaque mêlée. Du côté droit joue le « tighthead prop » (« pilier à la tête prise ») et de l’autre le « loosehead prop » (« pilier à la tête dégagée »).

Saint-André appelle 33 joueurs
Pour les matches face à l’Australie, l’Argentine et les Samoa, le sélectionneur tricolore a convoqué 33 joueurs, dont 8 nouveaux. Parmi eux, trois piliers droits : Nicolas Mas (Perpignan), Vincent Debaty (Clermont) et David Attoub (Stade Français).

Pour les matches face à l’Australie, l’Argentine et les Samoa, le sélectionneur tricolore a convoqué 33 joueurs, dont 8 nouveaux. Parmi eux, trois piliers droits : Nicolas Mas (Perpignan), Vincent Debaty (Clermont) et David Attoub (Stade Français). Le pilier qui pousse du côté droit place en effet sa tête entre celles de deux adversaires. C’est sur lui que repose en grande partie la stabilité de la mêlée qui voit deux packs de huit joueurs s’affronter. Fabrice Landreau, directeur sportif du club de Grenoble et ancien talonneur de l’équipe de France :

« Le pilier droit doit être très robuste. C’est une pièce maitresse sur le terrain, même si la mêlée est un exercice collectif. »

Les rugbymen les mieux payés : le buteur... et le pilier droit

Une mêlée dominatrice est souvent décisive dans une rencontre. Les Anglais, encore eux, n’ont besoin que de quatre mots pour le dire : « No scrum, no win ». Pas de victoire sans mêlée conquérante.

Pour un néophyte, le constat ne saute pas aux yeux mais le poste de pilier droit est l’un des plus techniques. Il ne s’agit pas seulement d’être le plus puissant possible. Un bon pilier droit doit savoir faire preuve de coordination, de souplesse, d’explosivité, de ruse…

« Avant, on demandait surtout au pillier droit de tenir la mêlée. Aujourd’hui, on veut en plus qu’ils soient mobiles et très présents dans le jeu. »

Posséder une aussi longue liste de qualités, ça réduit le nombre de candidats au plus haut niveau. Un agent représentant plusieurs joueurs du Top 14 explique :

« Les deux postes les plus recherchés par les clubs professionnels sont les buteurs et les piliers droits. Ce sont les mieux payés. Comme un buteur, un pilier droit peut souvent faire basculer une rencontre. »

De plus en plus grands

Pourtant, alors que les buteurs sont habitués à faire la couverture du calendrier des Dieux du Stade, les piliers sont plutôt relégués en pages intérieures. Les oreilles en chou-fleur, les cous épais, les nez déformés, les arcades marquées...

Un statut dont la plupart s’accommodent bien. Habitués à réaliser un travail obscur sur le terrain, ils ne recherchent pas forcément la lumière en dehors.

La position en mêlée semblait éliminer naturellement les joueurs de grande taille qui ne réussissaient pas à faire entrer leurs carcasses dans cet entrelacs. Mais plusieurs techniciens ont trouvé la parade pour les aider à se plier aux exigences de ce poste. Et le championnat français a vu arriver ces dernières saisons des piliers droits aux dimensions surprenantes.

Au Rugby Club Toulonnais, le Néo-Zélandais Carl Hayman mesure 1,94 m pour 120 kilos. Idem pour son compatriote Salemane Benjamin Sa (1,93 m pour 134 kilos), qui joue au Racing Metro ou le Samoan Census Johnston (1,89 m pour 130 kilos), joueur du Stade toulousain.

Côté français, il y a le Clermontois Vincent Debaty (1,92 m pour 124 kilos). Agé de 31 ans, il compte 8 sélections en équipe de France.

Superbe essai de Clermont face au Stade Français le 20 octobre 2010, conclu par Debaty

Dans le Top 14, 60% des piliers droits sont étrangers

Devenir un bon pilier droit nécessite une longue formation spécifique. Le Clermontois Clément Ric, 24 ans et au gabarit plus traditionnel (1,82 m pour 115 kilos), est l’un des espoirs français du poste. Arrivé à Clermont en 2006, il suit depuis une formation intense :

« En plus de la musculation, on travaille beaucoup la posture en mêlée, le placement du dos, la souplesse. C’est très long d’arriver à maturité à ce poste. Et je sais que j’ai encore pas mal de boulot à faire. »


Clément Ric tente de contrer le ballon face à Castres le 3 décembre 2011 à Clermont (Thierry Zoccolan/AFP)

Ce long processus est l’une des raisons qui amène beaucoup de clubs français à recruter des joueurs étrangers. Environ 60 % des piliers droits qui jouent cette saison en Top 14 viennent d’autres pays.

Face à la pression du résultat, les entraîneurs ont besoin de joueurs capables de rivaliser immédiatement, sans laisser aux jeunes une chance de faire leurs armes.

Et pour ces joueurs étrangers, le rugby français est doublement intéressant. En plus d’être lucratif, il permet d’évoluer dans un championnat où la culture de la mêlée est très forte. Le Néo-Zélandais Salemane Benjamin Sa, qui dispute sa neuvième saison en France, a pu en faire l’expérience :

« C’est une passion, ici, la mêlée ! »

L’Académie des piliers

Plusieurs initiatives ont été lancées ces dernières années pour accompagner la formation des joueurs de première ligne et des entraîneurs. Une Académie des piliers a ainsi vu le jour au Centre national de rugby. Elle a notamment pour but d’aider les clubs qui évoluent au niveau fédéral ou régional.

Ces derniers ont dû composer avec d’importants changements de règles destinées à garantir la sécurité des joueurs de première ligne. Les entrées en mêlées sont contrôlées et les poussées ont été limitées. Les jeunes qui se destinent à devenir piliers s’aguerrissent donc plus tardivement. Et pour eux, un long et difficile apprentissage se dessine. Fabrice Landreau :

« C’est un métier de longue haleine. Plus on prend de branlées en mêlée, plus on apprend. Il faut vraiment avoir un mental de combattant, une certaine philosophie. Ce n’est pas donné à tout le monde. Et malheureusement, les vocations sont peu nombreuses. »

La France n’est pas seule à souffrir de ce genre de problèmes : la crise des vocations au poste de pilier droit existe tout autant en Irlande et en Angleterre. Mais cette dernière reste redoutable en première ligne grâce à des piliers droits originaires d’autres pays.

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  • 18 réactions
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  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 09h43 le 16/10/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Les pilliers français droitiers ne manquent pourtant pas.
    Faciles à recruter, il suffit de payer sa tournée.... au bar.

  • Afustor
    Afustor
    Determine
    • Posté à 09h42 le 16/10/2012
    • Internaute 193813
      Determine

    Je crains qu’il n’y ai une coquille sur la première photo, il s’agit de jean baptiste poux qui joue au stade toulousain qui joue plus souvent à gauche de la mélée.

    • Imanol Corcostegui
      Imanol Corcostegui répond à Afustor
      Rue89 Rue89
      • Posté à 09h48 le 16/10/2012
        éditeur
      • Journaliste 100681
        Rue89

      Corrigé, merci :)

      • caro
        caro répond à Imanol Corcostegui
        délinquante avérée
        • Posté à 10h34 le 16/10/2012
        • Internaute 6484
          délinquante avérée

        bonjour,
        Tant qu’on est dans les corrections ... ici, i« une » est en trop :
        « Comme un buteur, un pilier droit peut souvent faire une basculer une rencontre. » »

  • guil hom
    guil hom
    R A S
    • Posté à 09h45 le 16/10/2012
    • Internaute 193814
      R A S

    Ce n’est pas Nicolas Mas sur la première photo mais Jean-Baptiste Poux.

  • chippo74
    chippo74
    membre de la société des cons, (...)
    • Posté à 10h13 le 16/10/2012
    • Internaute 79110
      membre de la société des cons, (...)

    Merci de faire des articles intéressants sur les sujets sportifs, un jour peut-être l’équipe vous imitera.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 10h36 le 16/10/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    question d’une béotienne : et si une équipe intervertissait le rôle des piliers, en mettant le savoir faire du pilier gauche à droite ?
    Question tordue ? ;)

    • guil hom
      guil hom répond à caro
      R A S
      • Posté à 11h04 le 16/10/2012
      • Internaute 193814
        R A S

      Les trois joueurs de la première ligne font face et , lorsque la mêlée fermée est engagée, ils se lient à la première ligne adverse, la tête de chacun poussant les épaules de la première ligne adverse.
      Il y a donc un décalage épaule-tête qui fait que le pilier droit doit supporter la pression exercée par deux joueurs adverses alors que le pilier gauche ne supporte la pression que d’un seul joueur adverse (le pilier droit d’en face). C’est pourquoi ces deux postes nécessitent une technique et une force différentes.

      Je crois d’ailleurs que rares sont les piliers polyvalents (Domingo de Clermont peut-être).

      • Dede11
        Dede11 répond à guil hom
        Desinformaticien
        • Posté à 19h35 le 16/10/2012
        • Internaute 98311
          Desinformaticien

        Poux et Debaty

    • nono le simplet
      nono le simplet répond à caro
      gauchiste placide
      • Posté à 12h03 le 16/10/2012
      • Internaute 9767
        gauchiste placide

      je rajoute que c’est un poste tellement spécifique et dangereux qu’en cas de blessure d’un pilier qui ne peut être remplacé par un autre pilier, l’arbitre ordonne que les mêlées soient simplement formées sans pousser pour éviter que le remplaçant ne se blesse ...
      petit rajout ...
      autrefois, enfin, naguère, il n’y avait pas d’ordre de formation de la mêlée, c’est à dire que c’était tête contre tête pour prendre le côté le plus avantageux ...

  • çaimoi
    çaimoi
    retraité
    • Posté à 10h45 le 16/10/2012
    • Internaute 97843
      retraité

    content de voir ce constat,dimanche le stade Toulousain ,mon cher stade a débuté la partie avec une premiere ligne,toute la premiere ligne étrangere,ce n’est en aucun cas du racisme,mais plutot un constat qui mêne immanquablement aux situations que l’on connait,attention aussi aux 9 aux 15.les écoles de rugby Françaises faisaient du bon travail il est necessaire qu’elles se remettent à l’ouvrage je suis un ancien joueur du stade(année 60)et supporter de toujours .

    • Afustor
      Afustor répond à çaimoi
      Determine
      • Posté à 11h04 le 16/10/2012
      • Internaute 193813
        Determine

      A noter qu’en fin de match la 1ere ligne était composée de Poux, Tolofua et Guillamon : tous trois français.

      • çaimoi
        çaimoi répond à Afustor
        retraité
        • Posté à 17h39 le 16/10/2012
        • Internaute 97843
          retraité

        exact afustor,il n’empeche que j’aime bien les joueurs Franças et n’en déplaise aux partisans de l’émulation par l’introduction de joueurs étrangers(qui viennent faire du fric)moi je dis que les joueurs Français sont aussi bons que les autres et l’émulation entre joueurs Français etait tres bonne.Ceci étant dit qu’on ne se méprenne pas je ne suis pas xénophobe,les joueurs étrangers jouant en France sont tres bons en general dotés d’un bon esprit.mais la sélection d’une équipe de France emane bien des équipes du top,et on se doit d’avoir de tres bons joueurs à tous les postes.je suis content que ce débat puisse avoir lieu.

         
        • Jerome_B
          Jerome_B répond à çaimoi
          • Posté à 14h30 le 17/10/2012
          • Expert 81512

          Le problème n’est pas tellement la présence de stars étrangères. Que Botha, Carter ou Wilkinson jouent en France, je trouve ça très bien ... le souci c’est qu’on ne fait plus d’efforts de formation dans bien des clubs, notamment ceux de la zone grise du milieu / bas du top14 et du haut de la ProD2 parce qu’il est plus rentable d’acheter 3 néo-zed, 5 anglais, 4 argentins, 3 fidjiens etc ..... tous de bons joueurs, pas nécessairement géniaux mais pas chers ....... c’est là que le bât blesse selon moi .........

        1 autres commentaires
  • Jerome_B
    • Posté à 11h35 le 16/10/2012
    • Expert 81512

    De bonnes écoles de rugby, il y en a encore mais ça ne paie pas et c’est là que le bât blesse ...... à Bourgoin, on a une des meilleures formations en France (la meilleure ? ? ?) .... résultat ? On est passés du top14 à la fédérale en 2 ans pendant que Bègles montait en top14 avec 2 joueurs formés au club et 13 étrangers titulaires habituels de l’équipe type ......
    Aujourd’hui, en fédérale, on a 80% de jeunes formés au club, 21 ans de moyenne d’âge sur certains matchs, on éclate tout pour le moment et on espère bien remonter en ProD2 et continuer, même dans le monde pro à conserver 80% au moins de joueurs régionaux et formés au club ...... mais fait-on le bon choix ? ? ? ? ? ? Est-ce viable ? ? ? ?
    Aujourd’hui, le système de contrats (courts, rupture facile, peu d’indemnités payées au club cédant le joueur) ne favorise absolument pas la formation, les grands clubs peuvent piller les clubs formateurs sans débourser un centime (je ne vous fais pas un dessin à Bourgoin : Nallet, Papé, Chabal, Bonnaire, Nicolas, Parra, Boyet, David, Fritz, Dumoulin, Germain etc .... tous formés chez nous et partis ailleurs ....) et les clubs moins riches se tournent vers des joueurs étrangers, moins chers et surtout qui sont déjà formés et ne nécessitent donc aucune dépense de ce point de vue (les clubs les plus riches peuvent, eux, se permettre de faire encore de la formation ....) ..... Biarritz ou Bayonne par exemple se sont construits une belle solidité en top14 avec un effort de formation tout à fait minimal quand Narbonne, Pau, Bourgoin qui faisaient des efforts dans ce sens sont descendus en ProD2 voire plus bas .....
    Il faut changer le système de contrats pour que la cession d’un joueur à un autre club soit rémunératrice pour le club formateur ......

  • Ftannenberg
    • Posté à 14h05 le 16/10/2012
    • Internaute 119494

    Voilà un excellent papier sur les piliers droits. Clair et précis, il permet de comprendre ce rôle si important. Un détail : « no scrum, no win » est bien une expression anglaise mais qui ne s’applique pas forcément à l’ensemble du monde anglo-saxon ou assimilé. Comme le dit bien l’article, les piliers étrangers aiment la France où la mêlée est restée un moment très important du jeu. Pour le comprendre, il suffit d’ entendre les supporters gronder de plaisir quand leur équipe emporte la mêlée adverse jusqu’à marquer un essai , véritable ou de pénalité. C’est ce combat frontal qui est apprécié depuis toujours en France. Mais ailleurs, la mêlée n’a pas forcément la même fonction. C’est une phase de jeu où l’affrontement n’est pas tout à fait primordial (bien qu’il existe toujours évidemment) mais qui est utilisée pour lancer une action. Donc, on s’y attarde moins. L’important est de faire sortir la balle rapidement dans les meilleures conditions pour enchaîner par une combinaison. Et cette tendance gagne du terrain…les nouvelles règles d’arbitrage de la mêlée, appliquées étrangement d’abord dans l’hémisphère nord, depuis cette année, le montrent bien. Trois annonces au lieu de quatre, et on introduit. L’explosivité est préférée à la poussée plus ingrate et plus longue pour le gain du ballon qui multipliait les risques d’écroulement. Si la mêlée s’écroule, l’arbitre sanctionne. L’important est que cela aille vite et que l’on ne refasse pas 5 ou 6 mêlées de suite ….comme l’an passé. Bon, tout cela, c’est la théorie et la mêlée est toujours aussi difficile à juger ou à arbitrer. Un élément en plus pour que le néophyte ne comprenne rien aux règles du jeu (sans parler de la mêlée ouverte, des touches à refaire, des conditions de renvois aux 22 mètres, etc.). Pour avoir vu le match Toulouse contre Leicester, certaines décisions arbitrales semblaient relever d’une inspiration soudaine plutôt que de l’application de règles précises : mêlées tournées et un pilier est sanctionné mais on ne sait pas pourquoi ! Même épisode quelques minutes plus tard, c’est l’autre qui trinque ! Pourquoi ? Personne ne le sait même pas les commentateurs qui avouent humblement leur ignorance. Il y a encore du boulot à faire !

    • Harry Haller
      Harry Haller répond à Ftannenberg
      loup des steppes
      • Posté à 21h41 le 16/10/2012
      • Internaute 188849
        loup des steppes

      C’est vrai que le « No scrum, no win » n’est pas un adage autralien !
      Les français avaient laminé la mêlée australienne il y a deux (ou trois ?) ans à Paris, avaient même gagné un essai de pénalité et se sont pris une raclée mémorable . Avoir une bonne mêlée, c’est bien mais très insuffisant.
      J’étais au Stadium dimanche et c’est vrai que les décisions de l’arbitre sur les mêlées en a laissé plus d’un sceptique.

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