Eh oui, être marseillais et supporter du PSG, c’est possible

Des supporters du PSG lors de la finale de Coupe de la Ligue contre Lens 29 mars 2008 au Stade de France (Jacques Demarthon/AFP)
Des Parisiens de naissance qui préfèrent l’Olympique de Marseille, on sait que ça existe. Des médiatiques – Renaud, Manu Chao, Omar Sy, le rappeur Sefyu...–- et des anonymes.
Par histoire familiale, rejet du hooliganisme et du racisme parfois exprimé au Parc des Princes dans les années 90, par amour du Vélodrome et de son ambiance colorée, ou parce que l’OM est le seul club français à avoir remporté la Ligue des champions.
Mais des Marseillais qui aiment le PSG, ça, ça ressemble à une aberration. Rolland Courbis, ex-coach phocéen, en 1998 :
« Lorsqu’on est marseillais, être contre le PSG, c’est une logique de naissance, un inévitable héritage culturel. »
On nous a conseillé de chercher aux Baumettes
Hypothèse confirmée par Christophe Bouchet, ancien président de l’OM, qui disait en 2004 :
« On peut dire à Paris qu’on est supporter de l’OM. Mais à Marseille, on ne peut pas clamer dans la rue qu’on est supporter du PSG. »
On s’est dit que ces deux-là mentaient, qu’il devait bien y avoir quelques supporters de Paris cachés dans une ruelle marseillaise. On s’est mis en tête d’en trouver. Après avoir contacté nos connaissances marseillaises qui nous ont un peu ri au nez, nous avons lancé un appel sur Twitter.
Là aussi, on s’est gentiment moqué de nous. On nous a conseillé de chercher au cimetière, aux urgences ou à la prison des Baumettes. Certaines de vos blagues nous ont fait rire.
Non, nous ne travaillons pas en collaboration avec le gouvernement américain.
@rue89sport Vous le faites entrer dans un programme de protection des témoins aux U.S.A après ? C’est quoi le projet ? #wanted #OM
— Franck A. (@Sound_adeekt) Octobre 4, 2012
Oui, nous avons un courage fou.
@rue89sport cherche quelqu’un vivant à Marseille et fan du #PSG. Comme si en 1940 un journal avait fait un reportage sur un résistant...
— Guy Sitruk (@GuySitruk) Octobre 4, 2012
Oui, notre mission peut paraître impossible.
@rue89sport vous aurez plus de chance de trouver un McDo à Bagdad, dans la Green zone il va sans dire ...
— idiotcherchevillage (@Hichame80) Octobre 4, 2012
L’existence d’un groupe de supporters du PSG Var-Paca, initialement établi à Toulon, nous a confirmé que notre idée n’était pas si bête que ça. Et la bouteille que nous avons jetée à la mer a été retrouvée à plusieurs endroits. Nous avons rempli notre mission.
D’abord, Philippe C. Ce n’est pas du jeu, allez-vous dire : celui-ci adore le PSG mais il ne vit et travaille à Marseille que depuis neuf ans. Il est né à Paris. Comme on pouvait l’imaginer, ce responsable export ne se risque pas à hurler sa passion sur tous les toits et préfère regarder les matches tout seul chez lui.
« Je n’ai pas envie des débats stériles. La négativité des supporters sudistes a eu raison de mes bons sentiments. Parce qu’en vrai, l’animosité marseillaise envers les Parisiens reste généralement légère et gentille… quand il ne s’agit pas du foot. »
« Pas être pris en flagrant délit d’accent parisien »
Philippe n’a jamais eu de problèmes mais quand il s’aventure au Vélodrome, qu’il a l’habitude de fréquenter depuis longtemps, il ne va pas jusqu’à prendre l’accent marseillais mais presque.
« Au stade, j’évite ne serait-ce que de parler, afin de ne pas être pris en flagrant délit d’accent parisien, ce qui aurait pu me valoir des ennuis dans la tribune dans laquelle je me trouvais, celle des Winners, pas les moins fanatiques.
Je ne parle même pas de la victoire de Paris par un but de Fiorèse à la dernière minute où j’ai dû littéralement prendre sur moi pour garder mon enthousiasme silencieux. »
Philippe a un avantage : il ne déteste pas l’OM et garde même un bon souvenir du Marseille des années Papin, « parce que ça jouait bien ».
Avec Jacky Simon, 44 ans, on se rapproche du but. Cet artisan dans le bâtiment est un supporter du PSG, originaire du Sud-Est. Il ne vit pas à Marseille mais à Saint-André-les-Alpes, dans les Alpes de Haute-Provence, à 200 kilomètres de la Canebière. Celui-là prouve qu’on peut être de là-bas et n’aimer ni l’OM ni le Vélodrome.
« C’est un club que je n’aime vraiment pas depuis l’époque Bez/Tapie. L’OM a toujours été entaché d’une réputation, justifiée à mon sens, de tricheurs : OM-VA, la Coupe d’Europe... Les supporters peuvent nier l’évidence mais il y a eu des trucs quand même.
Et je n’aime pas trop le Vélodrome. Il y a de l’ambiance, ça c’est certain mais on est loin de la pelouse, on ne voit pas bien et le stade, ouvert, est nettement moins beau que le Parc des Princes. »
Drôle de dire qu’on n’aime pas l’OM avec l’accent marseillais
C’est drôle d’entendre dire qu’on n’aime pas l’OM avec l’accent marseillais. Ce qui a poussé Jacky, au départ supporter de Nice, vers le PSG, c’est sa belle équipe des années 90 avec Weah, Ginola, Rai...
« A l’époque où Nice était en D2, il y avait à Paris une équipe superbe. Ça jouait vraiment bien et j’ai commencé à m’attacher à ce club. Depuis, je trouve que Paris a toujours accueilli de grands joueurs comme Ronaldinho, Pauleta ou ceux d’aujourd’hui.
Moi, je suis surtout un amoureux du football et le PSG a presque toujours eu de grands techniciens. »
On le soupçonne d’être un peu provocateur ; Jacky confesse qu’il « aime bien les défis » et ne veut pas « être comme tout le monde ». Il dit qu’il adore la ville de Marseille et ses habitants et avoue qu’il se sent un peu seul. Dans son village, il estime qu’il y a 2 ou 3% d’amoureux du PSG, 80% de l’OM et le reste soutient Nice ou Monaco.
Non, Jacky n’a jamais fini aux urgences parce qu’il aime le PSG.
« Je vais au Vélodrome, même lors des Clasicos, au milieu des abonnés de l’OM. Je me lève aux buts parisiens et tout se passe bien. De toute façon, les Marseillais sont des grandes gueules mais des gens bien, je me fais beaucoup charrier mais ça ne va pas plus loin. L’étiquette PSG, c’est plus dangereux de l’avoir et de se balader à Nice qu’à Marseille. »
On a finalement trouvé l’oiseau rare, et nous sommes sûrs qu’il y en a d’autres. Michaël R., étudiant en comptabilité-gestion, qui vit à Marseille où il est né il y a vingt ans et d’où il aime follement le PSG.
« L’OM, ce club de losers »
Quand on l’a appelé, au bout de deux minutes de conversation, il a lancé un « Ta gueule » à son pote fan de l’OM qui était à côté de lui et commençait à le charrier.
« J’ai découvert le foot pendant la Coupe du monde 98 et ensuite, en m’intéressant au football français, je n’ai vu, dans les années qui ont suivi, que des mauvais matches de l’OM. Ce club m’est vite apparu comme celui des losers. Il ne m’a jamais attiré. La claque en finale de Coupe UEFA 1999, le titre perdu sur le fil contre Bordeaux la même année, les 3-0 contre Paris...
A côté de ça, Paris n’avait certes pas toujours des résultats brillants mais m’a marqué par plein de coups d’éclat comme le 7-2 contre Rosenborg en Ligue des champions. Et puis, il y a eu Ronaldinho, Pauleta... »
Michaël n’est pas un anti-OM – « c’est juste un club comme les autres pour moi » – et préfère, lui aussi, le Parc des Princes au Vélodrome. Il trouve Paris « superbe », aime bien sa ville mais a envie de voir ailleurs.
« Mon père, qui aime le foot, plutôt l’OM mais sans être un supporter pur et dur, me dit que je suis la honte de la famille [rires]. Au départ, il pensait que j’aimais Paris pour faire l’intéressant, par esprit de contradiction comme j’étais petit mais il a compris que c’était plus que ça. »
Jouer au foot à Marseille avec un maillot du PSG
Il ne trouve pas que sa passion soit difficile à vivre. Il lui arrive même de porter un maillot du PSG pour jouer au foot sur les terrains de Marseille. Il faut juste apprendre à encaisser les vannes et ne pas en faire des caisses.
« C’est très atypique mais ça va, c’est facile à vivre. Les Marseillais ne sont pas si bornés que ça. Tous mes potes sont pour l’OM et passent leur temps à me charrier. Quand on va voir les matches dans des bars ou chez des amis, je suis toujours le seul à supporter Paris mais c’est bon enfant.
De toute façon, je ne suis pas trop dans la provocation et je ne fréquente pas des ultras. En ce moment, mes potes me disent que le PSG, ce n’est que le fric, que le club a vendu son âme. »
Si ce dimanche soir le PSG s’impose au Vélodrome, Michaël et les autres vont devoir supporter les sarcasmes, les regards noirs et la rancoeur. Mais ils seront les seuls en ville à dormir avec le sourire.
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Chanteur de charme
Chanteur de charme
Vu comme ça, c’est agréable le foot. Pas d’agressivité, pas de violence, les types se font chambrer gentiment, et puis c’est tout.
Parce que ces rivalités OM-PSG, ce sont des rivalités culturelles certes, mais autour d’un sport, d’un spectacle, et qui doivent donc rester bon enfant.
Sur le sujet, vous ne l’avez pas noté, mais le club de l’OM est plus que centenaire alors que le PSG a quarante ans, et puis la ville de Marseille fait vraiment corps avec son club, contrairement à Paris où le PSG a été un sujet de moqueries pendant pas mal d’années.
Il est donc tout à fait normal d’avoir plus de mal à trouver des fans du PSG à Marseille que l’inverse : l’identité et l’ancrage culturel du club sont beaucoup plus forts à Marseille.




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