Parier n’est pas truquer 03/10/2012 à 15h58

Justice : savoir si le match de hand a été truqué, mission quasi impossible



Les frères Karabatic à Paris le 30 septembre 2012 (Franck Fife/AFP)

Karabatic and co vont-ils finir en prison ? L’actualité de ces derniers jours pourrait laisser penser qu’un rouleau compresseur écrase les handballeurs de Montpellier et les conduit tout droit vers une condamnation pénale. Huit personnes sont mises en examen, dont les frères Karabatic, qui n’ont pas le droit de côtoyer d’autres membres du club et donc de jouer.

C’est l’heure du tourbillon médiatique. Ensuite, tomberont les sanctions que le club héraultais risque d’infliger aux joueurs– on parle de licenciement pour faute grave. Et après ? Que va décider la justice ?

Depuis le début de l’affaire, la ligne de défense des handballeurs est claire : oui, on a parié mais non, on n’a pas truqué le match. Si la justice décide que c’est vrai, pas de condamnation pénale, juste sportive – un athlète n’a pas le droit de parier sur les compétitions auxquelles il participe.

Les faits de jeu ne sont pas des preuves

Dans toutes les histoires de paris illégaux, le plus difficile, c’est toujours de prouver si un match a été truqué ou pas. Frédéric Bolotny, économiste du sport :

« Devant la justice, l’analyse d’un match ne constitue pas une preuve. Et c’est toujours compliqué de tirer des conclusions. Aux JO, on a reproché aux basketteurs espagnols de saboter un match pour ne pas affronter les Etats-Unis mais on n’a jamais pu prouver qu’ils l’avaient fait exprès. »

Sur RMC, Claude Onesta, le sélectionneur de l’équipe de France de hand, avait dit la même chose :

« Bien malin celui qui peut dire si on rate un tir exprès ou pas. Je n’imagine pas un seul instant que ce match ait été arrangé. Je tomberais de très haut s’il était prouvé que le match n’a pas été joué dans des conditions normales. »

De toute façon, que le gardien ait été super nul ou qu’un joueur ait tout raté – ce que le procureur n’a pas hésité à affirmer – peu importe, ce n’est pas une preuve devant la justice. Pas plus que l’argument éthique : les Montpelliérains ont parié sur une défaite de leur équipe à la mi-temps. Ce n’est pas beau, ça fait beaucoup de tort à plein de monde mais de même, ce n’est pas une preuve que le match a été truqué.

Surtout que les joueurs s’emploient à trouver tout un tas d’arguments pour justifier pourquoi ils n’ont pas pu truquer le match : ils n’étaient pour la plupart pas sur le terrain ; Montpellier avait de grandes chances de perdre ce match parce qu’il n’y avait pas d’enjeu...

La pression du procureur mais pas d’aveux

Christian Kalb, créateur d’une société de consulting spécialisée dans le sport et les jeux d’argent :

« Pour que la justice prouve que c’est un match truqué, il faut soit des aveux, soit des preuves qui apparaîtraient au cours de l’instruction. Une dénonciation ou des phrases claires prononcées pendant les écoutes téléphoniques. »

Pour l’instant, rien de ce qui est sorti du dossier d’instruction dans les médias ne constitue une preuve. Il y a bien eu des écoutes téléphoniques mais selon le journaliste de RTL qui y a eu accès, rien qui permet d’affirmer un match truqué. Beaucoup d’appels en panique, un sentiment de culpabilité mais pas d’évocation d’un trucage, qui peut valoir jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

Des aveux, il n’y en a pas eu non plus pour le moment. Les joueurs se tiennent à leur ligne de défense et s’ils ont quelque chose d’autre qu’un pari illégal à se reprocher, nul ne sait s’ils finiront par craquer.

La pression mise sur leurs épaules par le procureur (et par les médias) est écrasante. Dès lundi, le procureur évoquait « de très fortes suspicions de non-respect de l’éthique sportive ». Il est dans son rôle.

Une affaire hors du commun

Chercheur à l’Iris, Pim Verschuuren dit sur Le Plus :

« Si les affaires de corruption et de tricherie dans le sport font régulièrement la une des journaux, elles aboutissent très rarement à des sanctions judiciaires. [...]

Dans l’affaire qui touche aujourd’hui le handball, au vu de ce que l’on sait de ce dossier, il est probable que la justice bute là aussi sur un manque de preuves tangibles. Les sanctions, si sanctions il y a, seront plutôt sportives, prises par exemple par la Ligue nationale de handball. »

Cette affaire est particulièrement difficile à lire car elle est hors du commun, une exception parmi les histoires récurrentes de paris illégaux ou de matches truqués. Pas de mafia, ni d’arbitres soudoyés, ni d’adversaires sollicités. Elle ressemble un peu au Totonero du foot italien dans les années 80, où seule la justice sportive était, certes lourdement, intervenue.

Elle se rapprocherait plutôt de ce qui se passe parfois en tennis, même si les joueurs se font rarement prendre en train de parier sur leur propre match. En 2007, le Russe Nicolai Davydenko perd face un adversaire modeste après avoir abandonné dans le troisième set.


Nicolai Davydenko au Masters de Shanghai le 16 novembre 2007 (Peter Parks/AFP)

Pendant le match, alors qu’il vient de remporter la première manche, le nombre de paris sur sa défaite devient anormalement élevé. Quelques semaines plus tard, mêmes soupçons dans un match où le tennisman reçoit un avertissement pour manque de combativité. Les deux fois, il a été blanchi, faute de preuves.

Le caractère grossier des fautes des handballeurs pourrait même jouer en leur faveur. Christian Kalb :

« Parier des sommes aussi grosses de manière aussi flagrante, ce n’est vraiment pas courant. Ils ont vraiment été les Pieds nickelés des paris truqués, cette expression est justifiée.

A l’étranger, on passe pour des abrutis. Ça pousserait presque à croire en leur innocence, y compris quant aux soupçons de trucage. »

Comprendre « innocent » dans le sens d’« idiot ».

MERCI RIVERAINS ! Un con, Pierrestrato
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  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 16h21 le 03/10/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Il existe d’autres formes de manipulation en matière de paris, les unes sont légales, la vente à perte, est un pari sur la baisse de la valeur d’une action et d’autres illégales, c’est le délit d’initié. La bêtise des handballeurs de Montpellier est un mélange des deux, ils savaient que leur équipe allait se faire battre parce que les joueurs majeurs étaient absents ce jour là et que celle de Cesson se battrait jusqu’à ce que mort s’en suive, ils étaient donc au courant (initié) et ont parié sur le score, (à la baisse). On vit une époque formidable où tout est permis ....à condition de ne pas être pris la main dans le pot de confiture.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 16h45 le 03/10/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Un petit peu hors sujet, quoi que ..., mais super intéressant. Pourquoi les avocats des joueurs leur ont demandé de ne pas parler pendant la garde à vue.
    Une explication lumineuse (comme d’hab) par Me Eolas : Les Experts de la garde à vue
    Jean Michel Apathie en prend pour son grade pour sa chronique sur RTL. Un régal

  • A déménagé le 24-12-2012
    • Posté à 17h22 le 03/10/2012
    • Internaute 154051
      non connue

    Vous dites : « Le caractère grossier des fautes des handballeurs pourrait même jouer en leur faveur. »
    Vous y allez un peu fort :
    1- Ils font jouer leur entourage pour ne pas se faire piquer. Ils ont pris soins du parier sur un match où ils ne jouaient pas pour noyer encore plus le poisson.
    2- tous les paris ont été pris en liquide comme s’ils voulaient ne pas laisser de trace.
    2- Ils jouent des multiples de 100 afin de pouvoir percevoir leur gain de façon anonyme.
    3- Ils parient uniquement sur le score à la fin de la première mi-temps.
    S’ils étaient sur que Cresson allait gagner pourquoi ne pas avoir parié sur la défaite en fin de match aussi ?
    Peut-être se disent ils que s’il lève le pied sur tout un match cela se verra plus, non ?
    4- Les sommes engagé sont très élevé. Si les paris avaient été de 1000 € chacun, ce qui est déjà très élevé, il n’y aurait pas eu d’affaire.
    5- Je vois mal quelqu’un de l’entourage des joueurs jouer de 2 mois à 8 mois de salaire sans avoir quelques certitudes, pas vous ?

    Non ce sont des escroc qui pensaient ne pas se faire prendre. La seule question que je leur poserais : « Pensiez vous raisonnablement que vu les montants engagés vous n’alliez pas éveiller les soupçons ? »

  • yabon
    yabon
    Cyborg marxien en service
    • Posté à 22h14 le 03/10/2012
    • Internaute 98602
      Cyborg marxien en service

    C’est vrai que ce jour-là, l’équipe de hand de Montpellier n’était pas tout à fait la même que d’habitude.

  • RENO98
    RENO98
    Dir informatique
    • Posté à 04h34 le 04/10/2012
    • Internaute 84891
      Dir informatique

    Menotes aux poignets, garde à vue, plus de lacets ni de ceinture (des fois qu’ils se suicident) nuit en tôle, interrogatoires, etc... Même traitement que pour des gangsters de la pire espèce ....Tout celà est très excessif et le traitement médiatique disproportionné comme d’habitude.....

  • Warum
    Warum
    Rien ne sert à rien
    • Posté à 07h06 le 04/10/2012
    • Internaute 147878
      Rien ne sert à rien

    Pour ma part je suis très fier de ce que voulaient faire ces handballeurs : la mettre a bwin & co en leur prenant de l’argent.

    Jusqu’à preuve du contraire ils étaient déjà champions de France ; ils avaient déjà rempli leur contrat sportif qui était d’avoir pour objectif la victoire.

  • Caliente
    • Posté à 16h15 le 04/10/2012
    • Internaute 190558
      ?

    « Justice : savoir si le match de hand a été truqué, mission quasi impossible »

    C’est aussi compliqué que de nous convaincre qu’ils ne l’ont pas truqué.

    Ca sera peut-être suffisant pour un tribunal. Pour l’opinion populaire, ils ont déjà perdu.

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