Potion magique 01/10/2012 à 11h21

Faire du sport, un moyen de soigner la dépression ?

Renée Greusard | Journaliste Rue89


Un gant de boxe (Michael Glasgow/Flickr/CC)

Le sport est-il bon pour tout ? Et en toutes circonstances ? A lire les conseils qui tournent autour du sport – souvent pas très loin du développement personnel –, on a parfois l’impression désagréable que c’est une potion magique recommandée pour tout.

Est-on dans ce cas de figure avec la dépression ? Sur un site consacré à la maladie, DepressionNerveuse.fr, il est dit qu’« un minimum d’exercice régulier peut vous aider à combattre la dépression » :

« Un nombre croissant de recherches ont montré que le sport permettait de lutter contre les symptômes d’un certains nombre de maladies psychiques, y compris la dépression et l’anxiété.

Le sport permet aussi d’éviter une éventuelle rechute après la fin du traitement d’une dépression nerveuse. »

« Le sport agit sur l’estime de soi »

Pour Anne Gut-Fayand, psychiatre spécialiste de la dépression, le sport peut effectivement être bénéfique, notamment parce qu’il peut ponctuellement rendre physiquement heureux mais aussi pour des raisons plus psychologiques :

« Le sport agit sur l’estime de soi, la confiance qu’on peut avoir en soi. »

Impossible de nier que tenir un challenge ou se dépasser, ça fait du bien au moral. Avec ses patients, Anne Gut-Fayand n’envisage pas pour autant des séances de sport systématiquement dans le processus de guérison :

« Il faut choisir une activité qui convienne au sujet. Le sport peut convenir à quelqu’un qui aime ça. Pour d’autres personnes, ce sera de l’art thérapie qui conviendra mieux. »

L’idée de faire du sport n’intervient pas à n’importe quel moment non plus du suivi :

« On discute de cette éventualité un mois après le début du traitement. On demande au patient comment il pourrait faire pour améliorer son quotidien. »

Du côté de la recherche, c’est le débat

L’idée du sport peut donc être évoquée quand vient le moment de se reconstruire une vie sociale. Le patient, pour guérir, doit se resociabiliser, reprendre du plaisir à faire des choses. Ce que le sport pourrait aider à faire.

Du côté des recherches, le débat n’est pas vraiment réglé. Les études ne vont pas toutes dans le même sens. Personne ne nie que le sport fait du bien, mais de là à dire qu’il soigne la dépression, c’est autre chose.

En 2010, dans un rapport [PDF] sur « la gestion non-médicamenteuse de la dépression », il était question d’une grande étude regroupant 23 travaux effectués entre 1979 et 2007. Elle avait démontré de manière flagrante l’effet du sport sur les patients dépressifs. Mais quand on étudiait de manière isolée les cinq travaux qui avaient été menés sur de longues périodes, les résultats n’étaient plus aussi flagrants. Ce qui veut dire que le sport soulagerait les premiers mois, mais ne guérirait pas la dépression.

Pour ne rien simplifier, la question du choix du sport pratiqué se pose aussi. Ainsi, en juin, la revue Mental Health and Physical Activity, sortait une étude sur les bienfaits de la marche à pied cette fois-ci.

« Bé, allez, bouge-toi maintenant ! »

Bref, vous l’avez compris, tout cela n’est ni simple, ni clair. Mais peut-être ce flou sert-il au final les premiers concernés : les patients dépressifs. On peut effectivement sincèrement se demander ce qu’il se passerait si l’on était sûr que le sport aidait à sortir de la dépression.

Ne verrait-on pas les remarques grossières et inutiles du type « Bé, allez, bouge-toi maintenant ! » augmenter dans la bouche des proches ? Anne Gut-Fayand insiste sur l’inutilité de tels propos :

« Il faut traquer ces remarques. Bon nombre de mes patients mettent trop de temps à venir me voir parce qu’ils les ont entendues. La dépression est une maladie biologique. Quand un dépressif dit qu’il ne peut pas bouger, c’est vraiment qu’il ne peut pas.

Ce genre de remarque ralentit les délais de traitement. Les gens s’enfoncent, ils se replient sur eux-mêmes. »

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • Sebek
    Sebek
    Assis debout
    • Posté à 11h34 le 01/10/2012
    • Internaute 148937
      Assis debout

    « Ne verrait-on pas les remarques grossières et inutiles du type “ Bé, allez, bouge-toi maintenant !” augmenter dans la bouche des proches ? »

    Tout à fait, ce genre de remarque est inutile. Un ou plusieurs proches qui parlent, font parler, essayent de comprendre, se montrent patient, c’est déjà pas mal d’aide pour un dépressif.

    Si le sport aide, c’est probablement parce qu’il permet de se changer les idées et de voir de nouvelles têtes. Changer d’air quoi. Ce que permet également de faire une association (être bénévole et aider, c’est aussi s’aider soi-même) ou d’autres pratiques. Je ne pense donc pas que le simple fait de faire du sport combat la dépression, il s’agit plutôt d’un ensemble de facteurs, que l’on peut aussi retrouver ailleurs.

    Le meilleur moyen d’aider un dépressif, c’est encore de l’accompagner lentement mais sûrement. Les remarques coup-de-poing, ça ne fonctionne que dans les films.

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 11h40 le 01/10/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Le sport, ca me déprime.
    En loisirs, toute cette souffrance inutile à venir me mine le moral.
    En compète, comme je ne m’entraîne pas pour ne pas déprimer, j’arrive toujours dernier et loin des autres , ca me déprime encore plus.

  • lajub
    lajub répond à Sebek
    Toujours
    • Posté à 13h54 le 01/10/2012
    • Internaute 191800
      Toujours

    « “ Ne verrait-on pas les remarques grossières et inutiles du type ‘ Bé, allez, bouge-toi maintenant !’ augmenter dans la bouche des proches ?” »

    En effet non seulement c’est inutile mais c’est même pathogéne .
    La dépression c’est un trouble de la volonté et de l’action . Demander a un dépressif de se bouger c’est comme dire à un cul de jatte « Lève toi et marche ». Il ne peut pas .
    Pire ce genre d’injonction aurait même plutot tendance a aggraver l’état dépressif puisqu’on met le malade devant sa propre impuissance .
    Sur votre second point des études extrement frappante montre qu’il y a une corrélation quasi mathématique entre le nombre d’amis et la dépression .
    On ne parle pas forcement d’amis intimes mais plus de relations intermédiaires , des « bons copains » avec qui on peut avoir des relations même limitées mais riches intenses et bienveillantes et pas trop risquées . Et le sport est un des cadres idéals pour se genre de relations (il y en a plein d’autres les activités culturelles ,syndicales , artisanales ...) . En français il y a un probléme c’est que nous n’avons qu’un seul mot pour signifier « aimer » . Les cadres que j’évoque plus haut sont cela même ou vous pouvez « liker » des gens .
    Attention , « liker » des gens cela n’empeche pas la dépression , cela diminue les facteurs de risque , cela ne soigne pas la dépression mais cela peut empecher de tomber dans un stade plus lourd .
    Aimer des gens dans un cadre altruiste c’est aussi de l’hygiene mentale

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