Faire du sport, un moyen de soigner la dépression ?
Le sport est-il bon pour tout ? Et en toutes circonstances ? A lire les conseils qui tournent autour du sport – souvent pas très loin du développement personnel –, on a parfois l’impression désagréable que c’est une potion magique recommandée pour tout.
Est-on dans ce cas de figure avec la dépression ? Sur un site consacré à la maladie, DepressionNerveuse.fr, il est dit qu’« un minimum d’exercice régulier peut vous aider à combattre la dépression » :
« Un nombre croissant de recherches ont montré que le sport permettait de lutter contre les symptômes d’un certains nombre de maladies psychiques, y compris la dépression et l’anxiété.
Le sport permet aussi d’éviter une éventuelle rechute après la fin du traitement d’une dépression nerveuse. »
« Le sport agit sur l’estime de soi »
Pour Anne Gut-Fayand, psychiatre spécialiste de la dépression, le sport peut effectivement être bénéfique, notamment parce qu’il peut ponctuellement rendre physiquement heureux mais aussi pour des raisons plus psychologiques :
« Le sport agit sur l’estime de soi, la confiance qu’on peut avoir en soi. »
Impossible de nier que tenir un challenge ou se dépasser, ça fait du bien au moral. Avec ses patients, Anne Gut-Fayand n’envisage pas pour autant des séances de sport systématiquement dans le processus de guérison :
« Il faut choisir une activité qui convienne au sujet. Le sport peut convenir à quelqu’un qui aime ça. Pour d’autres personnes, ce sera de l’art thérapie qui conviendra mieux. »
L’idée de faire du sport n’intervient pas à n’importe quel moment non plus du suivi :
« On discute de cette éventualité un mois après le début du traitement. On demande au patient comment il pourrait faire pour améliorer son quotidien. »
Du côté de la recherche, c’est le débat
L’idée du sport peut donc être évoquée quand vient le moment de se reconstruire une vie sociale. Le patient, pour guérir, doit se resociabiliser, reprendre du plaisir à faire des choses. Ce que le sport pourrait aider à faire.
Du côté des recherches, le débat n’est pas vraiment réglé. Les études ne vont pas toutes dans le même sens. Personne ne nie que le sport fait du bien, mais de là à dire qu’il soigne la dépression, c’est autre chose.
En 2010, dans un rapport [PDF] sur « la gestion non-médicamenteuse de la dépression », il était question d’une grande étude regroupant 23 travaux effectués entre 1979 et 2007. Elle avait démontré de manière flagrante l’effet du sport sur les patients dépressifs. Mais quand on étudiait de manière isolée les cinq travaux qui avaient été menés sur de longues périodes, les résultats n’étaient plus aussi flagrants. Ce qui veut dire que le sport soulagerait les premiers mois, mais ne guérirait pas la dépression.
Pour ne rien simplifier, la question du choix du sport pratiqué se pose aussi. Ainsi, en juin, la revue Mental Health and Physical Activity, sortait une étude sur les bienfaits de la marche à pied cette fois-ci.
« Bé, allez, bouge-toi maintenant ! »
Bref, vous l’avez compris, tout cela n’est ni simple, ni clair. Mais peut-être ce flou sert-il au final les premiers concernés : les patients dépressifs. On peut effectivement sincèrement se demander ce qu’il se passerait si l’on était sûr que le sport aidait à sortir de la dépression.
Ne verrait-on pas les remarques grossières et inutiles du type « Bé, allez, bouge-toi maintenant ! » augmenter dans la bouche des proches ? Anne Gut-Fayand insiste sur l’inutilité de tels propos :
« Il faut traquer ces remarques. Bon nombre de mes patients mettent trop de temps à venir me voir parce qu’ils les ont entendues. La dépression est une maladie biologique. Quand un dépressif dit qu’il ne peut pas bouger, c’est vraiment qu’il ne peut pas.
Ce genre de remarque ralentit les délais de traitement. Les gens s’enfoncent, ils se replient sur eux-mêmes. »
- Sur Rue89Le cannabis a-t-il des effets connus dans le traitement de la dépression ?
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Sur Rue89La France, championne des études sur la dépression - Sur sante24.maDépression : la pratique de la marche à prescrire ?
- Sur guardian.co.ukLa dépression et le sport : un groupe pour vous remettre sur pied et courir (en anglais)
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Assis debout
Assis debout
« Ne verrait-on pas les remarques grossières et inutiles du type “ Bé, allez, bouge-toi maintenant !” augmenter dans la bouche des proches ? »
Tout à fait, ce genre de remarque est inutile. Un ou plusieurs proches qui parlent, font parler, essayent de comprendre, se montrent patient, c’est déjà pas mal d’aide pour un dépressif.
Si le sport aide, c’est probablement parce qu’il permet de se changer les idées et de voir de nouvelles têtes. Changer d’air quoi. Ce que permet également de faire une association (être bénévole et aider, c’est aussi s’aider soi-même) ou d’autres pratiques. Je ne pense donc pas que le simple fait de faire du sport combat la dépression, il s’agit plutôt d’un ensemble de facteurs, que l’on peut aussi retrouver ailleurs.
Le meilleur moyen d’aider un dépressif, c’est encore de l’accompagner lentement mais sûrement. Les remarques coup-de-poing, ça ne fonctionne que dans les films.




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