Entraîneur joueur 21/09/2012 à 14h47

Foot : Lorient gagne parce que Christian Gourcuff se fiche du résultat

Jacques Besnard | Journaliste


Christian Gourcuff durant le match Lorient-Montpellier, 18 août 2012 (Jean-Sébastien Evrard/AFP)

Christian Gourcuff n’a qu’une obsession : le jeu.

« Je suis toujours resté joueur et je joue encore au football par procuration. Certains entraîneurs savent à 23 ans qu’ils veulent être entraîneur. Moi c’était le jeu avant tout. Le fait d’être entraineur n’est qu’un moyen. »

Christian Gourcuff joue par procuration à Lorient, l’équipe surprise du début de saison. Avec un buteur spectaculaire et un collectif plus solide et expérimenté que l’an dernier, le club breton est troisième de Ligue 1, toujours invaincu après cinq journées.

« Nous avions atteint une osmose sur le plan collectif, humain et du jeu »

Cela fait 23 saisons qu’il squatte le banc du club breton, d’abord comme entraîneur-joueur en Division d’honneur. En trois ans, il fait grimper le club en Division 2 mais prend la porte en 1986, après une relégation.

« Nous avons connu des problèmes de direction et une rétrogradation sportive. Notre structure très amateur n’était pas adaptée ce niveau. »

Il est rappelé en 1991. Les joueurs se changent encore dans une grange avant l’entraînement et cumulent activité professionnelle et footballistique. Sept ans plus tard, ils seront en première division. L’apogée de sa carrière d’entraîneur.

« Personne ne s’y attendait. Nous étions le plus petit budget de Division 2 environ 15 millions de francs à l’époque. Mon plus beau souvenir date de cette époque-là. Le stade était plein, il y avait une ambiance terrible. Nous avions atteint une osmose sur le plan collectif, humain et du jeu. En somme, tout ce qui fait le charme du foot. »

« Je me méfie des modes, je fais comme je ressens »

Depuis cette saison bénie, il affirme avoir progressé : « Par rapport à ma philosophie de jeu, j’ai plus de certitudes que je n’en avais il y a dix ans. »

Cet ancien prof de maths structure ses séances d’entraînement « comme un cours ». Dès 1996, il est d’ailleurs l’un des premiers à utiliser un ordinateur pour schématiser son projet de jeu et aider ses joueurs à le comprendre.

Boulimique de football, Gourcuff choisit pourtant ses matchs à la télévision. S’il regarde avec passion toutes les parties du FC Barcelone, il a bien du mal à se délecter du spectacle proposé parfois en Ligue 1. « Même ceux qui passent le dimanche soir », précise-t-il.

Bercé par la Seleção des années 70, influencé par le Milan AC d’Arrigo Sacchi et le FC Nantes de 1995, le coach lorientais a opté depuis ses débuts pour la même tactique : le bon vieux 4-4-2.

« C’est la plus rationnelle. Dans l’idée de jeu collectif que je veux développer, c’est la formation la plus souple. Le but c’est d’utiliser les points forts de chaque joueur et le 4-4-2 permet d’intégrer des joueurs de qualité différente. Je me méfie des modes, je fais comme je le ressens. »


Christian Gourcuff avant un Sochaux-Lorient, 04 décembre 1998 (Damien Meyer/AFP)

« Les individualités ne m’intéressent pas »

La tactique ne change pas, les consignes données à ses joueurs sont également les mêmes. Avec un seul mot d’ordre : le collectif. La collaboration « à la fois physique et mentale » entre les joueurs doit être permanente. S’il privilégie la défense de zone, c’est parce qu’avec le marquage individuel « le joueur n’a plus une relation avec son partenaire mais avec l’adversaire ».

En phase d’attaque, la distance de « 10 à 15 mètres maximum » entre les joueurs est très importante, de manière à ce qu’il n’y ait pas de coupure physique entre les coéquipiers.

« Ce qui est formidable, c’est quand l’épanouissement individuel est décuplé par le collectif. Le jeu doit sublimer le joueur. »

Du coup, Cristiano Ronaldo ne jouera jamais à Lorient. Même si, sur un coup de folie, l’envie prendrait la star madrilène de diviser son salaire par dix et d’acheter un T2 à deux pas du Moustoir, Christian Gourcuff ne voudrait pas de la perle portugaise dans son effectif : pas de place pour les egos.

En revanche, il ne cracherait pas sur Xavi, « extraordinaire d’humilité et de disponibilité pour le partenaire ». Le club accorde d’ailleurs une importance particulière à la personnalité des joueurs.

« On essaye de détecter les joueurs inadaptés au jeu collectif. Certains sont hermétiques. Les individualités, quelle que soit leur habileté, ne m’intéressent pas. »

« Il faut être comme un prof ou un parent »

Pour inculquer la notion de respect à ses joueurs, Gourcuff n’a pas besoin de manier le bâton. Il n’y a pas d’amendes infligées aux joueurs du FCL. Si l’un d’eux arrive plusieurs fois en retard à l’entraînement, les dirigeants le convoquent. S’il persiste, l’individu se met tout bonnement en dehors du collectif.

« La plus grande qualité pour un joueur à Lorient, c’est l’intelligence. Nous essayons d’avoir des gars responsables. Sur le terrain, c’est la même chose, le joueur est responsable de son action.

Il ne faut pas être totalement utopique. mais je pense qu’il faut être strict tout en ayant une certaine souplesse. En somme, comme un prof ou un parent. »

« Je ne raisonne pas en terme de résultats »


Christian Gourcuff et Loïc Féry, président de Lorient, lors de Rennes-Lorient, 16 avril 2011 (Damien Meyer/AFP)

Depuis l’arrivée de l’homme d’affaires Loïc Féry, Lorient semble prendre une autre ampleur. En cette période de crise, Lorient a été le club français le plus dépensier à l’intersaison derrière le PSG (quatre recrues pour 12,5 millions d’euros). Mais Gourcuff l’assure, les idées sont restées les mêmes : « L’identité est précieuse et cela ne s’achète pas. C’est notre principale force. »

A la manière du procès fait à Arsène Wenger à Arsenal, on lui reproche très souvent d’avoir une équipe joueuse mais de ne rien gagner. Le dernier trophée de Lorient, c’était une Coupe de France en 2002. Gourcuff dirigeait alors Rennes – « son plus gros regret “– et Yvon Pouliquen était sur le banc des Merlus.

Gourcuff aimerait évidemment avoir une ligne sur son palmarès d’entraîneur – qui n’affiche que des titres de champion des divisions inférieures – mais n’en fait pas pour autant une fixette.

‘Je ne raisonne pas en terme de résultats. Je n’ai qu’un souhait, c’est que l’équipe ait une qualité de jeu. La solidité d’un collectif qui permette un jeu créatif. Voilà l’objectif. Les résultats sont la conséquence.’

A 57 ans, son rêve est donc toujours le même, l’attachement à son club aussi. Quand on ose lui parler d’un éventuel départ du Morbihan, il se sent gêné car il se dit ‘redevable’ du FC Lorient. Un nouveau challenge, un jour, n’est pas exclu mais pas à n’importe quel prix.

‘Ce serait à l’étranger plus qu’en France, dans un club bien ciblé et avec des objectifs de jeu.’

Le championnat allemand, par exemple, ne le laisse pas indifférent. Plus tard, il prendra sa retraite et aura enfin le temps ‘d’aller à la pêche’.

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  • PaulTron
    PaulTron
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    • Posté à 15h26 le 21/09/2012
    • Internaute 168564
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    « Foot : Lorient gagne parce que Christian Gourcuff se fiche du résultat »

    Il a toujours raison....

    • Fozzie
      Fozzie répond à PaulTron
      Riendutoutiste tendance dure
      • Posté à 21h41 le 21/09/2012
      • Internaute 1195
        Riendutoutiste tendance dure

      Du Loïc Raison... Pouah ! Du jus de pomme avec des bulles, pas du cidre... ; -))

  • curieux22
    curieux22
    dernière marche avant le saut
    • Posté à 15h29 le 21/09/2012
    • Internaute 192553
      dernière marche avant le saut

    C’est de l’anti sarkozisme primaire

  • Drickk
    Drickk
    Sale jeune
    • Posté à 16h46 le 21/09/2012
    • Internaute 142068
      Sale jeune

    Papier intéressant mais sans nuances, on a l’impression de lire que Gourcuff c’est bien, c’est magnifique et que le mec c’est un ovni dans le monde du foot. Faut pas déconner, on dirait une hagiographie :

    1) Pour Gourcuff le foot se joue à 11 et pas 1+1+1+1+1... Ah bon ? Et pour les autres ça marche comment ? Une individualité, comprendre un talent, sans collectif, ça ne sert à rien. Un mec comme Messi ou Ronaldo sans caviar distribués par leurs milieux de terrain, ils ne vont pas loin et ne marque pas. Bref, ce que dit Christian Gourcuff est juste évident et ce n’est pas différent dans les autres clubs. Enfin, concernant la défense de zone, tout les clubs font cela. Le marquage individuel ne vaut que sur coups de pied arrêtés ou, à la rigueur, quand vous avez un très bon joueur en face qu’il ne faut pas lâcher.

    2) « Lorient gagne parce que Christian Gourcuff se fiche du résultat ». Nan Lorient gagne parce que le jeu proposé par l’équipe est bon, que les joueurs ne sont pas des chèvres et que Gourcuff fait du bon boulot. J’ajouterais que Lorient gagne en ce moment mais que sur une saison c’est généralement moins brillant (milieu de tableau ou seconde partie du classement). Faudrait arrêter de s’enflammer dés qu’un mec ou un club font trois quatre trucs balèzes. Ensuite, votre titre est un peu trompeur, C. Gourcuff dis juste que « Les résultats sont la conséquence » du jeu et non que le résultat ne l’intéresse pas. Il est entraineur d’un club pro et s’il enchaîne 15 défaites, je doute qu’il dise qu’il s’en fout mais que c’est pas grave parce que l’équipe joue bien. Son président risque d’apprécier.

    Addendum : « A la manière du procès fait à Arsène Wenger à Arsenal ». Vu ce qu’a balancé comme fric la direction du club et les joueurs qu’il a/eu à sa disposition, ben normal qu’on lui gueule dessus.

    Doit rester des trucs à ajouter

    • Alain Jpeg
      Alain Jpeg répond à Drickk
      yaourt nature
      • Posté à 22h30 le 21/09/2012
      • Internaute 78455
        yaourt nature

      « Bref, ce que dit Christian Gourcuff est juste évident et ce n’est pas différent dans les autres clubs. »
      Si. Un Menez ou un Nasri ne pourraient pas faire partie de l’équipe parce qu’ils jouent trop perso, qu’ils aient besoin d’autres bons joueurs pour gagner est une évidence, mais privilégier le collectif sur les individualités a du sens et n’est pas à l’honneur dans tous les clubs.

      « Nan Lorient gagne parce que le jeu proposé par l’équipe est bon, que les joueurs ne sont pas des chèvres et que Gourcuff fait du bon boulot. »
      Gourcuff fait du bon boulot en privilégiant le beau jeu plutôt que les résultats à l’arrache, façon Deschamps à l’OM.

      « Doit rester des trucs à ajouter »
      Si c’est juste pour contredire, non merci.

  • beltan
    beltan
    ...
    • Posté à 17h38 le 21/09/2012
    • Internaute 161398
      ...

    « Les joueurs se changent encore dans une grange avant l’entraînement et “
    rentrent les poules qui squattent le terrain avant de jouer...
    Car c’est bien connu, Lorient, c’est en Bretagne, et la Bretagne,en 1990 c’est encore le moyen age..

    • Alain Jpeg
      Alain Jpeg répond à beltan
      yaourt nature
      • Posté à 22h38 le 21/09/2012
      • Internaute 78455
        yaourt nature

      « Lorient, c’est en Bretagne, et la Bretagne,en 1990 c’est encore le moyen age.. »
      C’était le cas en 1835, en 1990 vous deviez avoisiner la révolution industrielle, à vue de nez.

      « “ Croyez-moi, Monsieur, le catalan qui me faisait tant enrager n’est qu’un jeu d’enfant auprès du bas breton. C’est une langue que celle-là. On peut la parler fort bien, je crois, avec un baillon dans la bouche , car il n’y a que les entrailles qui paraissent se contracter quand on cause en bas breton. Il y a surtout l’h et le c’h qui laissent loin derrière la jota espagnole. Les gens qui parlent cette belle langue sont bons diables, mais horriblement sales(...) On voit dans les villages les enfants et les cochons se roulant pêle-mêle sur le fumier, et la pâtée que mangent les premiers serait probablement refusée par les cochons du Canigou. ” (Prosper Mérimée, lettre à Jaubert de Passa, 1835). »
      Lien

    • curieux22
      curieux22 répond à beltan
      dernière marche avant le saut
      • Posté à 15h02 le 22/09/2012
      • Internaute 192553
        dernière marche avant le saut

      « la Bretagne,en 1990 c’est encore le moyen age.. »
      Encore un qui a fumé la moquette. C’est vrais, il sort d’où, ce péquenot.

      • beltan
        beltan répond à curieux22
        ...
        • Posté à 16h49 le 22/09/2012
        • Internaute 161398
          ...

        J’ai du mal à voir si c’est de l’ironie ou de la connerie.

  • belodedic
    belodedic
    celibataire
    • Posté à 10h38 le 22/09/2012
    • 182714
      celibataire

    lorient gagne ? ? premiere nouvelle , on en reparlera a la 38 eme journée

    l’ an dernier ils ont joué le maintiens et tous les ans au mieux c’ est le ventre mou donc faut pas raconter n’ importe quoi.

    a lorient il a pas besoin de gagner donc il peut se permettre de perdre 15 match par an , si il va a l’ om a paris ou lyon on en reparlera .

    d’ ailleurs a rennes il a été minable

    • Sebek
      Sebek répond à belodedic
      Assis debout
      • Posté à 12h10 le 22/09/2012
      • Internaute 148937
        Assis debout

      Pas mieux.

      Mais il jouit d’une belle aura dans le foot français car il incarne l’anti-footeux, le type qui ne cèdera pas au bling-bling.

      C’est louable mais à force, il en est devenu une sorte d’icône, comme si avoir Gourcuff était une assurance.

      D’ailleurs, il devrait donner ses fameux conseils à son fils, qui n’a jamais fait mieux qu’illusion.

    • rumpus
      rumpus répond à belodedic
      friend/unfriend
      • Posté à 13h42 le 22/09/2012
      • Internaute 96441
        friend/unfriend

      « d’ ailleurs a rennes il a été minable »
       : D
      C’est Rennes qui a été minable avec Gourcuff.
      Quand on choisit de recruter ce mec, on assume qu’il débarque avec un système connu auquel les joueurs devront s’adapter. Donc on joue sur le moyen terme. Que les dirigeants rennais paniquent et le virent avant la fin de la 1ère saison, tant pis pour eux. L’année suivante, ils ont eu pire.
      Ça aura au moins eu le mérité d’échauder Gourcuff. Reconnaissance éternelle des supporters lorientais.

  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 13h29 le 22/09/2012
    • Internaute 96441
      friend/unfriend

    2ème article sur les merlus en moins d’une semaine ! Un nouveau signe annonciateur de la fin du monde ? Ça serait con, c’est quand même le meilleur début de saison de leur histoire.
    Bon, le titre est faux bien sûr. Je ne vais pas me plaindre que le club que je supporte soit un des rares en France à avoir encore « une image », mais le problème, c’est que ça tourne vite à la caricature dans les médias généralistes.
    Donc oui, Gourcuff pose les objectif en termes de jeu, et le résultat doit en découler. La stratégie a payé à l’époque où le budget du club en faisait un relégable en puissance, et où l’équipe s’en sortait avec la manière pendant que les concurrents directs bétonnaient.
    Aujourd’hui le club à le 12ème budget de L1, développe les infrastructures, et vient de franchir un palier en termes d’achats de joueurs (profitant du fait que les finances sont plus saines qu’ailleurs). Tout ça vient du nouveau président plus ambitieux. Evidemment à la moindre interview, on peut lire que le mot d’ordre est « ne pas s’enflammer », ce qui veut dire que tout le monde rêve d’un trophée.
    Et pourtant le club a failli se cramer l’année dernière avec une triste 17ème place avec une 2ème partie de championnat où certains joueurs cadres ont failli, ne se montrant à leur avantage que quand l’adversaire était un recruteur potentiel. Sinon, c’était une multiplication de passes stériles et une défense qui craque au moindre coup de vent. On a senti une impuissance du coach devant la démobilisation des troupes. Il a d’ailleurs pris l’aide d’un préparateur.
    Cette année, on a déjà entrevu une équipe plus solide capable de mettre la pression (Montpellier) ou de la subir (Rennes), et du jeu comme on n’en avait pas vu depuis une éternité (Nancy). Et pourtant tout n’est pas optimal puisqu’ils ont pas mal de blessés, qu’ils viennent de changer de meneur de jeu, et que les buts viennent souvent de coups de pied arrêtés ou d’exploits individuels. On peut donc attendre encore mieux. Si le mental tient.

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