Témoignage 09/09/2012 à 11h39

Grâce aux Jeux paralympiques, on parle enfin du handisport. Et après ?

Olivier Donval | Cycliste

Je participe, à 33 ans, à mes troisièmes et derniers Jeux paralympiques, en cyclisme.

Mon handicap est visuel. A cause d’une maladie de la rétine, mon champ de vision rétrécit peu à peu, jusqu’à cette impression de regarder en permanence à l’intérieur d’un trou de serrure. Je pratique mon sport à l’aide d’un guide qui pilote donc un tandem.

Avec mon coéquipier, John Saccomandi, nous nous entraînons et parcourons les circuits nationaux et internationaux depuis cinq ans, en quête d’adrénaline et de performances.

Suite à notre médaille de bronze à Pékin en 2008, nous avons développé notre staff afin d’essayer d’accrocher une médaille d’or. Seulement, nous restons des athètes non professionnels – je suis masseur kinésithérapeute dans un centre de rééducation à Paris.

On est arrivés à Londres cette semaine. Les stades sont pleins. En Angleterre, je trouve le traitement médiatique au top. Channel 4 a un plateau et trois journalistes par exemple. Les Anglais sont les inventeurs des Jeux paralympiques, c’est peut-être pour ça qu’ils sont aussi disposés à en parler. Mais il n’empêche : ce n’est pas pareil dans tous les pays.

A Londres, il y a eu 20 000 journalistes pour les Jeux olympiques, il y a en 800 pour couvrir les Paralympiques. En France, il n’y a aucune diffusion en direct des épreuves sur les chaînes de télévision, il faut aller rechercher du côté d’internet.

Quelque chose est en train de changer, mais il reste tant de chemin à parcourir. Le traitement du handisport, en France, a toujours beaucoup de mal à sortir des actualités sociales.

Une passion qui a donné un sens à ma vie

Les sollicitations que j’ai eues ces derniers temps sont surtout venues des magazines spécifiques au handicap (Handicap Zero, Handimag…), plutôt que des journaux liés au sport.

Notre rôle de référents auprès de la population en situation de handicap, surtout des jeunes, est important. Pour moi, le sport est une passion qui a donné un sens à ma vie. Je suis passé d’un ado inhibé à quelqu’un de valorisé.

Et le relais ne peut pas se faire que par des médias spécialisés. Son intégration passe aussi par l’information généraliste, celle dont disposent les personnes dites valides.

La médiatisation des sportifs handicapés se fait souvent à travers leurs histoires personnelles. Elles sont aussi touchantes les unes que les autres, mais veut-on médiatiser des personnes ou des exploits ? Les exploits sportifs ne sont pas considérés à leur juste valeur de performance.

Grâce à ces Jeux paralympiques, j’aimerais que chacun puisse découvrir ces athlètes repousser leurs limites, avec ce corps qu’ils n’ont pas choisi.

Il n’enlève rien aux émotions universelles du sport, à la joie de la victoire, à la détresse de la défaite. Il est sûr que la multitude des catégories de handicaps ne facilite pas la compréhension des journalistes et du grand public.

Les règles du rugby sont bien complexes et ça ne l’empêche pas d’être un sport populaire.

Entre les olympiades, on existe pas

La continuité d’un traitement médiatique dans le temps permettrait au public d’intégrer les règles et d’apprécier plus justement la performance ou la contre-performance de l’athlète.

Au lieu de ça, les Jeux sont la seule fenêtre de visibilité au niveau national, l’intermède entre deux olympiades ressemble à un désert. On n’existe pas.

Le parcours du sportif handicapé qui veut pratiquer sa discipline est semé d’embûches :

  • Il faut trouver un partenaire d’entraînement valide ;
  • comme on est peu nombreux, c’est difficile de se regrouper. Du coup, il n’y a pas trop de compet’ régionales, mais surtout des compets nationales ;
  • c’est difficile financièrement. Le matériel du handisport coûte cher parce qu’il est souvent spécifique ;
  • on manque d’encadrement, d’éducateurs spécialisés ;
  • enfin, on aimerait faire plus de courses avec des valides.

Y avoir droit, c’est toujours une victoire, le bout d’un combat. Cette année, avec mon partenaire valide, on a réussi à obtenir une dérogation et à faire une course de haut niveau. On est arrivé 11e parce qu’on est tombé sur plus forts que nous mais c’est une bonne dynamique.

Il ne s’agit pas de se lamenter, je suis d’esprit positif, mais c’est difficile. L’injustice que je ressens, c’est qu’on doit se battre pour avoir le droit d’être au début de la course.

MERCI RIVERAINS ! KayOo
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  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 13h44 le 09/09/2012
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    J’ai entendu à l’instant France Info se féliciter que « les jeux handisports ont ramené plus de médailles, que les sportifs » !
    A dans quatre ans, donc !

  • A déménagé le 24-12-2012
    • Posté à 14h23 le 09/09/2012
    • Internaute 154051
      non connue

    Il y a un problème spécifique à la France. On a toujours fait en sorte de « cacher » les handicapés, pour ne pas les voir. Les entreprises françaises préfèrent encore aujourd’hui payer des amendes plutôt que de les embaucher. L’école qui est censé prendre en charge les handicapés n’a pas beaucoup évolué non plus. Ce rejet est culturel chez nous. Cette spécificité française est vraiment criante lorsque l’on se trouve à l’étranger. Notamment en Europe pour avoir un point de comparaison objectif.
    Ceci étant dit, j’ai allumé ma télévision l’autre jour pour regarder les jeux paralympiques de Londres. Malheureusement je n’ai pu m’y intéresser. J’ai trouvé trop de différence de niveau et de handicape entre les athlètes au sein d’une même épreuve. Pour moi, cela nuit grandement à l’intérêt du spectacle sportif proposé. Mais je reconnait aussi que c’est une fenêtre médiatique qui est salutaire.

    • caro
      caro répond à A déménagé le 24-12-2012
      délinquante avérée
      • Posté à 15h01 le 09/09/2012
      • Internaute 6484
        délinquante avérée

      J’ai regardé aussi plusieurs épreuves. Si dans certains sports individuels les différences de niveau sont flagrantes c’est l’exploit pur que j’ai apprécié pas tant la place. Mais je me suis passionnée pour les sports co le cécifoot,le basket, le volley assis etc

      • A déménagé le 24-12-2012
        A déménagé le 24-12-2012 répond à caro
        non connue
        • Posté à 11h39 le 10/09/2012
        • Internaute 154051
          non connue

        Vous avez raison j’ai effectivement regardé des sports individuels, natation et athlétisme pour l’essentiel.

  • Fantomax
    Fantomax
    génie du mal
    • Posté à 15h55 le 09/09/2012
    • Internaute 157606
      génie du mal

    C’est vache, de mettre des articles où on peut pas se moquer.

    • defix
      defix répond à Fantomax
      www.defix.org
      • Posté à 17h27 le 09/09/2012
      • Internaute 6431
        www.defix.org

      Juste un tout petit peu au sujet du règlement :
      -Si un mec sans bras arrive quatrième, doit-on quand même lui décerner une médaille en chocolat ?

  • Julie79
    Julie79
    Autoentrepreuneuse
    • Posté à 19h08 le 09/09/2012
    • 184840
      Autoentrepreuneuse

    Bien que je puisse dans une certaine mesure comprendre votre désarroi, il ne faut pas oublier que le sport en France n’est pas franchement valorisé. De nombreux athlètes valides ne sont pas non plus professionnels et de nombreux sports sont à peine médiatisés, voire pas du tout (ou alors, il faut s’abonner à des magazines spécialisés).

    Je trouve que cette année, les chaînes ont fait un bel effort, on en a parlé (j’ai découvert le volley assis, par exemple), les athlètes ont été valorisés. On a même eu droit à de belles boulettes bien ridicules de la part de certains journalistes... Ca va bientôt finir par entrer dans les moeurs. Mais bon, les chaînes diffuseront si les personnes regardent les évènements sportifs. Et comme je le disais plus haut, les Français ne regardent pas tant que cela le sport (à part le foot masculin, le rugby, Roland Garros et le Tour de France masculin) à la TV.

  • simla
    simla
    desperate housewife
    • Posté à 02h07 le 10/09/2012
    • Internaute 164811
      desperate housewife

    Effectivement, c’est dommage que les athlètes handicapés ne soient pas plus valorisés....et aidés !

    Bravo malgré tout à ces magnifiques sportifs !

  • DBL8
    DBL8
    Retraité
    • Posté à 13h05 le 10/09/2012
    • Internaute 19562
      Retraité

    Après ?
    Ben... rien !
    Vous ne voulez pas que les bancales viennent nous pourrir la vie avec leurs béquilles et autres fauteuils roulants que l’ont prend dans les mollets ? Sans compter ceux qui nous balance des coup de canne !
    Vont pas nous faire chier ceux-là ! (pour info, je suis bancal, alors les donneurs de lecon... voir l’avatar)
    PaulTron l’écrit très bien : à dans 4 ans.
    En attendant, SILENCE !

    @ Fantomax : mais si, faites-le ! C’est amusant de lire des remarques qui souvent tombent à plat, NOUS, nous savons beaucoup mieux que vous rire de nos handicaps !
    @ simia : La solution (dû moins UNE solution) serait que les jeux hadic. se déroule en même temps que ceux des valides ; « il paraît » que ce n’est pas faisable, que cela gênerait le déroulement des jeux.
    Voyez le niveau de ses m’sieurs dames...

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