inconnus 08/08/2012 à 18h01

Kiné pour chevaux ou météorologue : ces métiers méconnus des JO

Raphaëlle Peltier | Journaliste

Il n y a pas que des sportifs et des entraîneurs à Londres. Nous avons rencontré cinq personnes qui ne passent pas à la télé.

(De Londres) L’équipe de France olympique, ce sont bien sûr des athlètes, des entraîneurs, des médecins et des kinés, mais pas seulement... Le petit guide qui m’a été distribué à mon arrivée à Londres m’apprend qu’y figurent aussi des métiers dont j’ignorais parfois jusqu’à l’existence.

Poussée par la curiosité, je suis donc allée à la rencontre de ces hommes de l’ombre.

1

Hervé Baldassari

Kiné et ostéopathe des chevaux de l’équipe de France


Hervé Baldassari (Marie-Anne Theriez/Equicare)

Hervé Baldassari suit depuis de très nombreuses années certaines montures des cavaliers de l’équipe de France. Et pourtant, c’est la première fois qu’il est du voyage pour les Jeux olympiques. Sa spécialité, la kinésithérapie et l’ostéopathie équine, commence tout juste à se faire une place dans le monde de l’équitation depuis quatre ou cinq ans.

Lui en est un des précurseurs. Cela fait vingt ans qu’il adapte les techniques de la « kiné » et de l’ « ostéo » aux chevaux.

« J’ai commencé à monter à cheval tout petit et je voulais en faire mon métier.

[...] Mais après quelques années, j’ai compris qu’il y avait des choses dans ce métier que je ne voulais pas faire. La dimension commerciale ne m’intéressait pas. Ce que j’aimais, c’était travailler les chevaux et les soigner ».

Il a donc cherché un métier qui lui permette de vivre correctement et qui puisse s’appliquer aux chevaux. Les techniques qu’il utilise sont les mêmes que celles qu’emploient les kinés « traditionnels » avec les athlètes de haut niveau : mobilisations articulaires, massages, drainage, stretching, « mais adaptées au fait que le cheval pèse dans les 600 kilos et marche sur quatre pattes ».

A Londres, Hervé Baldassari passe en moyenne quatre heures par jour, avant et après les compétitions, à manipuler les chevaux.

Le soir, il lui arrive aussi de recevoir la visite des cavaliers.

« A leur niveau de pratique, l’équitation n’est pas un sport très physique [...] Mais avec les JO ils ont plus de stress que d’habitude, alors ils ont mal au dos ou mal au ventre. Je m’occupe donc de leurs petits bobos ».


Hervé Baldassari avec un cheval (Marie-Anne Theriez/Equicare)

2

Jean-Marc Lejot

Batelier de l’équipe de France de canoë-kayak


Jean-Marc Lejot (DR)

« Je n’aime pas trop le mot batelier », commence Jean-Marc Lejot quand je l’interroge sur son rôle au sein de l’équipe de France de canoë-kayak.

« Pour moi, ça désigne plutôt les conducteurs de péniche. Je préfère l’anglais ’boatman’. »

« Boatman » donc, même si ça n’est pas beaucoup plus clair. Pilier de l’équipe de France depuis quinze ans, Jean-Marc Lejot en est en quelque sorte l’homme à tout faire, sans connotation péjorative.

Il est le responsable du parc à bateaux, prépare les canoë et les kayaks avant les entraînements et les compétitions et les répare en cas de besoin. Il est aussi en charge de toute la logistique, du chargement des talkie-walkie au ravitaillement des athlètes - et selon les préférences de chacun, s’il vous plaît.

« Mon rôle », conclut-il, « c’est d’être complètement transparent et qu’à la fin de la journée, tout soit fait. »

« Pendant les Jeux comme en Coupe du monde, je suis le premier parti le matin, le dernier rentré le soir. »

Entretemps, il court. Quand nous nous parlons au téléphone par exemple, il est en route pour donner le départ d’une course d’entraînement, car personne d’autre n’est disponible pour le faire. C’est la passion, dit-il, qui lui permet de tenir ce rythme effréné.

Notre « boatman », compétiteur à ses heures perdues, a fait de son sport de prédilection son métier. Ca n’est pas dans son contrat, mais Jean-Marc Lejot fait aussi « du soutien aux athlètes », plaisante-t-il.

« Ils aiment bien me donner un coup de main sur leur bateau, même si souvent ils ne m’aident pas vraiment… Pendant ce temps-là, ils se confient, on discute. Ça les aide à se sentir bien ».

Homme à tout faire on vous disait, même psy…

3

David Lanier

Météorologue de l’équipe de France de voile


David Lanier (DR)

Les JO de Londres sont les tous premiers de David Lanier. Comme le reste de l’équipe de France de voile, cela fait quatre ans qu’il les prépare. Son rôle : étudier la météo sur le plan d’eau de Weymouth, où se déroulent les épreuves.

Avec son équipe restée en France, il a mis au point des outils permettant aux athlètes et à leurs entraîneurs d’adapter leur stratégie à l’élément crucial de la voile : le vent. Sur place, pendant les épreuves, David Lanier affine encore ce travail.

Il se lève chaque matin à 5h30 pour préparer le bulletin météo du jour.

La journée, il revoit ses prévisions et s’avance pour le lendemain. Le soir, il dresse un bilan distribué à toute l’équipe. Le tout, sans avoir ou presque le droit à l’erreur. La réussite d’une régate tient souvent dans la précision de son travail.

Et comme nous avec Météo France, les athlètes et leurs entraîneurs n’apprécient pas les erreurs. « C’est la partie la plus critique pour moi », explique-t-il.

« En météo, il y a toujours un écart entre les prévisions et ce qui se passe. Je dois minimiser cet écart. Je peux me tromper sur une journée, mais pas plus ».

Une contrainte que David Lanier comprend mieux que personne, ayant lui-même régaté en équipe de France il y a vingt ans, avant de devenir entraîneur. « La météo, c’était déjà un de mes points forts à l’époque », se souvient-il.

L’instinct de la « Grenouille », comme on l’appelle dans l’équipe, est-il toujours infaillible ? Réponse après la fin des régates, le 11 août.

4

Patrick Biebuyck

Armurier de l’équipe de France de tir

En tant qu’armurier de l’équipe de France, Patrick Biebuyck bichonne depuis 1999 les pistolets et les carabines de nos tireurs. Il est, dit-on au sein de la Fédération française de tir, un orfèvre en la matière.

Toute l’année, il fait de la maintenance ou des réparations plus importantes chez lui dans le Nord, où il a son atelier. Pendant les grandes compétitions, championnats du monde, d’Europe, Jeux olympiques, il accompagne l’équipe.

Dans ces moments-là, le moins qu’on puisse dire est que la pression qui pèse sur ses épaules est grande.

« Normalement, il n’y a pas de gros travaux à faire en compétition, mais on a parfois des surprises. [...] Quand on a un pépin assez important avec une arme, on a 15 minutes pour faire les réparations, alors c’est assez chaud ».

Il ne peut se fier qu’aux indications du tireur et à sa propre intuition. Et espérer avoir les bons outils, qui sont très nombreux du fait de la diversité des armes utilisées.

Même quand il n’a à faire face à aucun pépin majeur, Patrick Biebuyck ne reste pas pour autant les mains vides. Il passe ses journées dans l’armurerie, sur le site des épreuves de tir, disponible pour de la maintenance ou des réglages de dernière minute, parfois juste avant avant une compétition.

« On fait souvent quelques ajustements, ça met le tireur en confiance. C’est important de les rassurer, vu que le tir est un sport plus mental que physique ».

A la fin des Jeux, l’armurier des Bleus retrouvera le métier d’entraîneur pistolet, qu’il exerce en parallèle, et la compétition, avec son club de tir local.

5

Jean-Jacques Poupon

Cordeur de l’équipe de France de tennis


Jean-Jacques Poupon, deuxième en partant de la gauche, lors d’une rencontre de Coupe Davis (Christophe Saidi/FFT)

D’un petit magasin de raquettes de Concarneau à l’équipe de France, le parcours de Jean-Jacques Poupon était loin d’être tout tracé. Ce tennisman du dimanche n’est pas arrivé là par hasard, mais presque.

Le haut niveau en tout cas n’avait jamais fait partie de son plan de carrière. Il y a une trentaine d’années, une grande marque a repéré son savoir-faire et l’a fait venir à Roland-Garros.

Le métier de cordeur, explique-t-il, est un artisanat, mais aussi une véritable discipline. En compétition, Jean-Jacques Poupon corde entre 15 et 20 raquettes par jour, parfois plus. Chaque joueur a ses préférences quant à la tension de ses raquettes.

A Roland Garros, Jean-Jacques Poupon a aussi fait la connaissance de Yannick Noah, qui lui a proposé le poste de cordeur de l’équipe de France de Coupe Davis en 1991. De là, il a fait son chemin vers l’équipe de France de Fed Cup en 1996, puis vers les Jeux olympiques en 2004.

« Il ne faut absolument pas faire d’erreur »

La surface du court et la météo imposent des réglages spécifiques. Parce qu’elle peut vite ressembler à du travail à la chaîne, son activité demande une intense concentration.

« Il faut être très attentif quand vous enchaînez des séries de raquettes. Il ne faut absolument pas faire d’erreur. Avec l’évolution du matériel, la moindre erreur se remarque. »

Alors qu’ils sont d’habitude logés à l’hôtel, à Londres, les joueurs et le staff de l’équipe de France ont partagé deux maisons, à deux pas de Wimbledon.

« Quand on se côtoie comme ça du matin au soir, on se crée un peu une vie de famille. »

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  • 16 réactions
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  • inspecteur crouton
    • Posté à 18h39 le 08/08/2012
    • Internaute 118828
      modéré

    - Chef chef, y a pas moyen d’approcher les grands champions, ils disent qu’ils connaissent pas Rue89 ou que c’est lu que par des crevards !
    - Eh ben débrouillez vous mon vieux, vous êtes sur place, interrogez n’importe qui, c’est l’été de toute façon, tout le monde s’en fout.

  • Mamz
    Mamz
    Etudiante
    • Posté à 19h07 le 08/08/2012
    • Internaute 50318
      Etudiante

    « cinq personnes dont on ne soupçonnait pas l’existence. »

    Vous ne saviez pas que les chevaux ont des kinés, les tennisman des cordeurs, et les tireurs un armurier ?
    ...
    Vraiment ? L’article n’est pas totalement inintéressant mais l’annonce est un peu grosse, c’est plutôt évident que les sportifs ne viennent pas qu’avec leur entraineur et leur kiné ...

  • Pas tripette.
    Pas tripette.
    Si j'aurais su, j'aurais po lu.
    • Posté à 20h21 le 08/08/2012
    • Internaute 117974
      Si j'aurais su, j'aurais po lu.

    Des métiers méconnus, vraiment ?
    Vous nous auriez parlé de l’écriveur de tartines, j’aurais compris, mais un cordeur de raquettes, c’est d’un banal.
    Ou alors, pourquoi ne pas parler des véto-météorologues pour chevaux, ces spécialiste d’Éole et des vents. Tiens à propos de vents et de chevaux, mon frère qui était vétérinaire... mais c’est une autre histoire, connue seulement de quelques trop rares spécialistes.

  • Beaufort
    Beaufort
    ville
    • Posté à 19h54 le 08/08/2012
    • Internaute 190490
      ville

    On s ennuie tant que ça à London en ce moment pour nous sortir de tels marronniers ?
    Encore un effort, on devrait pouvoir trouver le gonfleur de roues de vélo, le cireur de chaussures à pointes, voire le psy qui console les perdants...
    Vivement les JO d hiver

  • kikko
    kikko
    En freelance
    • Posté à 20h20 le 08/08/2012
    • 176790
      En freelance

    Hey les gars, faut sortir un peu de votre rédaction le dimanche !
    Bien sûr que ces métiers existent ...

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 21h53 le 08/08/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Vous avez oublié les accordeurs d’arcs à poulies, calibreurs de ballons, réparateurs de marteaux, astiqueurs de poids, gonfleurs de pectoraux, pompeurs d’air,.... Il y a un tas de petits métiers méconnus qui mériteraient d’être mis en lumière pour redonner de l’espoir à nos jeunes en recherche d’emploi.

    • frankoa
      frankoa répond à padiran
      ectoplasme a roulettes
      • Posté à 22h16 le 08/08/2012
      • Internaute 186732
        ectoplasme a roulettes

      N’oublions pas l’honorable corporation des enculeurs de mouches.

      • padiran
        padiran répond à frankoa
        Chroniqueur Grolandais
        • Posté à 22h28 le 08/08/2012
        • Internaute 5159
          Chroniqueur Grolandais

        enculeurs de mouches. ?
        Métier sans avenir, trop de monde et de plus en plus dévoyé par des amateurs.

      • John Merrick
        John Merrick répond à frankoa
        pachyderme que ça
        • Posté à 13h32 le 09/08/2012
        • 179410
          pachyderme que ça

        Quoiqu’on lui préfere depuis quelques années le terme « rétro-fornicateur de dipteres »

        oui je sais, le politiquement correct tout ca...

  • simla
    simla
    desperate housewife
    • Posté à 07h41 le 09/08/2012
    • Internaute 164811
      desperate housewife

    Et qui sait que les chevaux ont aussi des dentistes ? Voilà une profession aussi inconnue du grand public !

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 08h28 le 09/08/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Il y a aussi le rare métier de terroriste en CDD à usage unique qui veut faire sa pub gratuitement aux JO pour faire comme les autres franchises multinationales , mais pour l’instant, il a sans doute pu être empêché d’exercer par d’autres métiers plus silencieux comme agents de renseignements, agents de sécurité, policiers, militaires, barbouzes, indics et autres....

    • alangaja
      alangaja répond à Joseph Gratteur
      éthiopique
      • Posté à 11h33 le 09/08/2012
      • Internaute 93690
        éthiopique

      « policiers, militaires, barbouzes, indics et autres.... »
      ça, c’est les JO de Syrie...

      • Joseph Gratteur
        Joseph Gratteur répond à alangaja
        Working class bléro
        • Posté à 13h20 le 09/08/2012
        • Internaute 164574
          Working class bléro

        Non ce sont des métiers universels, qui résistent à tout même à la démocratie, et qui peuvent se passer du sport. En syrie, c’est plutôt le CAP de boucher qui à la cote en ce moment.

  • ICI.Flanby
    ICI.Flanby
    Bienpensance et normalitude
    • Posté à 08h34 le 09/08/2012
    • Internaute 190881
      Bienpensance et normalitude

    Et connaissez vous Madame Fourneyron, notre Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire (sic) et de la vie associative, celle qui parlait si bien de Laura Flessel, notre judokate nationale !

    Lien

    Une longue carrière socialisto-sportive, qui méritait de sortir de l’ombre !

  • M. de Wolmar
    M. de Wolmar
    explorateur
    • Posté à 12h02 le 09/08/2012
    • Internaute 59614
      explorateur

    Et pendant ce temps
    Lien
    C’est sûr, les JO, les kinés pour chevaux, c’est tellement plus intéressant (et combien de médailles pour la « France » ? Après deux « belles jambes », les ouvriers/salariés pourront porter des shorts, merci patrons).
    Elle est belle la presse « de gauche », ils sont beaux les réformistes de « gauche ». La gauche de la bourgeoisie patauge dans la mélasse, ça va finir par se voir qu’ils sont comme la droite, c’est à dire simplement des bourgeois.

  • Taladris
    Taladris
    Ancien observateur
    • Posté à 12h08 le 09/08/2012
    • Internaute 141499
      Ancien observateur

    Une source d’inspiration pour les prochains articles de Rue89 :

    Topito

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