1500 mètres 04/08/2012 à 17h54

Yoann Kowal, le coureur qui a importé le Kenya dans son Périgord

Alain Mercier | Alinea (agence de presse sportive)


Yoann Kowal lors des championnats du monde en salle à Istanbul, 9 mars 2012 (Gabriel Bouys/AFP)

A sa manière, discrète mais audacieuse, Yoann Kowal, demi-finaliste du 1500 mètres à Londres, a inventé un genre nouveau dans l’athlétisme français : l’entraînement avec des sparring-partners étrangers. Les siens sont kenyans.

Deux jeunes coureurs à pied « ramenés », au sens premier du terme, d’un village de la Rift Valley, dans l’ouest du pays. Benjamin Kipchumba-Rotich et Meshack Kandie-Kipkurui ont accompagné chacun des pas du sélectionné olympique du 1500 m, au quotidien, depuis près de trois mois. Le Français raconte :

« Ils sont logés à la maison, dans ma chambre d’amis. Ils me suivent partout. A l’entraînement, bien sûr, mais aussi lors de mes stages en altitude, à Font-Romeu.

Grâce à eux, je n’ai jamais été seul dans ma préparation pour les Jeux de Londres. J’ai consenti un gros effort financier pour cette opération, car j’ai payé leurs voyages depuis le Kenya et je prends en charge leurs dépenses courantes. Mais je ne regrette rien. »

Yoann Kowal et ses sparring-partners kenyans
L’un des deux, plutôt spécialiste du 800 m, une distance où il vaut 1’49’’, le pousse à améliorer sa pointe de vitesse. Le second, plus à l’aise au semi-marathon, où il a réalisé 1 h 05’ en altitude, l’aide à progresser en endurance.

Yoann Kowal, le champion de France du 1500 m en 2008 et 2010, a rencontré ses deux compagnons de route lors de son dernier séjour au Kenya, au printemps.

« Je les ai croisés lors d’une séance, dans le petit village près d’Iten, où j’ai mes habitudes. Après cinq minutes de footing ensemble, je leur ai demandé s’ils voudraient bien m’aider. Ils ont accepté sans hésiter. Puis l’idée de les faire venir chez moi, à Périgueux, a fait son chemin. »

Lâché par un gardien d’hôtel

Le Kenya, Yoann Kowal en parle comme de son deuxième pays. Plus jeune, il s’avouait fasciné par ses coureurs, les meilleurs du monde en demi-fond. En 2009, il a sauté le pas et tenté l’aventure d’un premier séjour africain.

Il a traversé une partie du pays en bus, à la façon d’un routard, sac sur le dos. L’année suivante, le Français est revenu. Bouabdellah Tahri, le vice-champion d’Europe 2010 du 3000 m steeple, lui avait glissé le nom d’un petit hôtel, dans les environs d’Iten, en altitude. Yoann Kowal se souvient :

« Le premier matin, en discutant avec le gardien, j’ai découvert qu’il était marathonien. Il avait déjà couru la distance en 2 h 18’. On a décidé d’aller faire un footing ensemble. Il m’a lâché très vite… »

L’entraînement avec Rudisha et Kiplagat

Depuis, Yoann Kowal a pris ses habitudes sur les hauts plateaux. Il s’y rend au moins deux fois par an, pour des séjours de quatre à six semaines. Les coureurs du coin le reconnaissent et l’acceptent dans leurs groupes. Avec le temps, il a gagné un surnom, Kipyoko :

« Dans cette partie du pays, kip signifie “né au soleil levant”. Et le jour se levait quand ils m’ont vu débarquer. Quant à yoko, c’est ainsi qu’on m’appelle en France depuis l’enfance. »

A Iten, Yoann Kowal a découvert des athlètes kenyans à la culture très éloignée de celle des coureurs français. L’entraînement se partage, en groupe, sans distinction de niveau ou de palmarès. Les anciens aident les plus jeunes. Les débutants apprennent au contact des médaillés.

« J’ai eu l’occasion de courir avec David Rudisha, le champion du monde du 800 m. Et j’ai vu un jour Silas Kiplagat, l’un des meilleurs Kenyans au 1500 m, m’attendre deux heures à mon hôtel pour qu’on s’entraîne ensemble. »

Quarante kilos de matériel médical et scolaire dans les bagages

Le coureur de Périgueux, fils d’un bon spécialiste national du 3000 m steeple, vante leur état d’esprit, ouvert à tout et conquérant, subtil mélange d’ambition et d’humilité.

« Au Kenya, un champion du monde sait qu’il peut être battu, à l’entraînement, par un jeune inconnu. Mais, en même temps, ils n’ont pas peur de voir grand et d’annoncer des objectifs chronométriques élevés. »

Attaché à ce pays comme à une terre d’adoption, Yoann Kowal a accepté de parrainer une association humanitaire, Fungana, dédiée à l’aide à l’enfance. Sur son site Internet, il propose d’acheter bracelet et t-shirt pour financer les projets de l’ONG. En priorité, la création d’une école. A terme, la construction d’un centre d’entraînement au cœur de la Rift Valley. Lors d’un récent voyage, le Français a chargé ses malles de plus de 40 kilos de matériel médical et scolaire.


Yoann Kowal avec sa médaille de bronze des championnats d’Europe en salle à Turin, 08 mars 2009 (Damien Meyer/AFP)

Avec un record personnel à 3’33’’75, et comme seul titre de gloire une médaille de bronze européenne en salle, Yoann Kowal ne semble pas de taille à empêcher une razzia africaine sur la piste des Jeux de Londres. Tant pis. Et peu lui importe.

Depuis son premier footing, à l’âge de… 4 ans, cet ébéniste de formation a toujours observé la course à pied avec des airs de passionné. Gamin, il s’épuisait à courir tous les jours, par tous les temps, le long d’un canal. Son entraîneur, Patrick Petitbreuil, raconte :

« La première fois qu’il est venu me voir pour me demander de m’occuper de lui, je me suis rendu compte qu’il en faisait trop et ne savait pas s’arrêter. Il courait à l’instinct. Je lui ai seulement conseillé de se reposer deux mois avant de venir me revoir. »

Il se rêvait en Kenyan : il y est presque.

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  • 10958 visites
  • 8 réactions
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  • Gérard Manhut Aussichot
    • Posté à 18h28 le 04/08/2012
    • Internaute 167544

    Un sparring-partner ça va, c’est Kenyan a plusieurs qu’il y a des problèmes

    • Tibokaya
      Tibokaya répond à Gérard Manhut Aussichot
      Jeune flegmaticien mayennais
      • Posté à 19h19 le 04/08/2012
      • Internaute 4477
        Jeune flegmaticien mayennais

      « J’ai consenti un gros effort financier pour cette opération, car j’ai payé leurs voyages depuis le Kenya »
      => J’ai toujours dit que les esclaves coutaient chers, surtout quand on est obligé de les importer de contrées lointaines...

      Socialement,

      • yoaken
        yoaken répond à Tibokaya
        学生
        • Posté à 02h56 le 06/08/2012
        • Internaute 189971
          学生

        Je trouve que c’est un échange de bons procédés. Les Kenyans aussi pourront s’améliorer en rencontrant des coureurs du monde entier dans leurs déplacements. Au Kenya, ils auraient certainement accueilli le coureur français chez eux si jamais celui-ci avait voulu s’entraîner au Kenya pendant des années. Evidemment, ils ne lui auraient pas payé son billet d’avion ou ses frais puisque le Français aurait eu les moyens de se les payer. Celui-ci paye leur travail, il ne les exploite pas.

  • damienl
    damienl
    Chercheur
    • Posté à 18h33 le 04/08/2012
    • Expert 101560
      Chercheur

    La Vallée du Rift se situe dans l’ouest du pays.

  • Jenefaisquepasser
    Jenefaisquepasser
    impertinent
    • Posté à 18h43 le 04/08/2012
    • Internaute 190386
      impertinent

    Une belle expérience sportive.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 22h37 le 04/08/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Yoann Kowal, le champion de France du 1500 m en 2008 et 2010, a rencontré ses deux compagnons de route lors de son dernier séjour au Kenya, au printemps ».

    Il n’y a pas meilleur endroit pour s’entraîner, que dans les savanes du Serengeti.
    - Le serengeti avec les troupes de lions en vadrouille, font de vous, dès le
    plus jeune âge, des champions de la course de fond... même pieds nus.
    Même si le serengeti est en fait la plaine du pied du Kilimandjaro en Tanzanie,
    croyez moi, avec les lions, vous avez vite fait de franchir la frontière Kenyanne.

    ( c’est d’ailleurs pour ça que les guerriers Masaï ont les gambettes si longues )

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 10h16 le 05/08/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Michel Debré, bien qu’il ait ramené 1630 enfants de la Réunion dans la Creuse dans les années 1970 n’a jamais réussi à être qualifié pour les jeux olympiques.

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