Maître Capello ? 01/08/2012 à 15h35

Doit-on dire « une judokate » ou « une judoka » ?



Gévrise Emane face à la Coréenne Joung Da-Woon le 31 juillet 2012 à Londres (Franck Fife/AFP)

Il y a des erreurs que l’on regrette toute sa vie. Et puis d’autres, ça va, on ne va pas en mourir. Depuis le début des JO, nous nous félicitons des médailles de bronze gagnées par les judokates françaises – Priscilla Gneto, Automne Pavia et Gévrise Emane.

Dans notre live permanent, nous débattons du voile de la judokate saoudienne et rions de la bourde de la ministre des Sports Valérie Fourneyron, qui a dit que c’était agréable de voir les combats de la judokate Laura Flessel (elle fait de l’escrime).

A chaque fois, il y a quelqu’un pour gâcher notre joie, nous reprendre et nous humilier : on ne dit pas « judokate » mais « judoka ».

Le guide de 1999

On a fait beaucoup d’efforts pour vérifier ça. Rien dans les dictionnaires, pas de recherche Google toute trouvée. On a fouiné les forums pointus qui nous ont appris que le ushiro geri keage est « un coup de pied arrière percutant avec le talon » mais rien sur notre sujet.

Comme vous vous en doutez, le judo est un mot japonais, signifiant « voie de la souplesse ». Le judoka est donc un terme étranger et la référence pour la féminisation de ceux-ci se trouve dans le « guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions » de 1999, préfacé par Lionel Jospin, alors Premier ministre. Y est écrit :

« Pour les mots empruntés à une langue étrangère dans l’intégralité de leur signe, sans adaptation morphologique, la forme féminine est identique au masculin, ex. : une clown, une gourou, une imprésario, une jockey, une judoka… »

Martine Dupont, responsable des équipes de France féminine de judo, nous l’a confirmé à Londres :

« On dit judoka, parce que c’est un terme étranger. Les Japonais ne l’accordent jamais et ne le mettent jamais au pluriel. Tant que ce ne sera pas écrit dans le dictionnaire, ça restera comme ça. Mais peut-être qu’un jour judokate passera puisque tout le monde le dit... »

Fin du débat ?

Fin du débat : on ne peut dire que « une judoka ».

Sauf que... Sauf que le guide précise que si des formes féminines sont « attestées », on peut les utiliser. Et il ajoute :

« Judokate est une forme attestée. »

La féminisation des mots, c’est un truc totalement anarchique où chacun – l’Académie française et les pouvoirs publics – a son avis. Ce guide a été pas mal critiqué, en particulier par les défenseurs de la langue traditionnelle mais nous assumons notre volonté de la moderniser.

On a aussi contacté Kevin Moreau, ceinture noire de judo, qui nous a écrit :

« Il faut dire judokate. Mais te dire pourquoi c’est cette orthographe et pas une autre... »

Judoka = Professionnel du judo

Par contre, il y a un hic : en japonais, le suffixe « ka » désigne le professionnel, le judoka est donc le professionnel du judo. Et en France, il n’y a techniquement pas de femmes qui ont fait du judo leur métier : Lucie Décosse et Automne Pavia sont par exemple employées par le ministère de l’Intérieur.

Nous avons donc le choix entre deux approches :

  • la rigoriste : on arrête de dire « judoka » et on dit « pratiquant du judo » ou on trouve un autre mot (« judoteur » et « judoteuse » ou blague de Greubon dans notre live : « judokatewoman » ?) ;
  • la cool : au féminin, on peut dire « judokate » aussi bien que « judoka »

On assume, on n’a pas fait d’erreur, on continue à dire « judokate ».

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  • Ryuu
    Ryuu
    Informaticien parisien
    • Posté à 16h44 le 01/08/2012
    • Internaute 28569
      Informaticien parisien

    C’est marrant, mon dictionnaire japonais -> anglais, outre le fait de ne pas préciser que judoka désigne explicitement un professionel, donne en version anglaise... judoist.

    Edit : d’ailleurs, on ne devrait pas écrire judoka, mais plutôt judouka ou, à la rigueur, judôka.

  • patoche999
    patoche999
    professeur de guitare
    • Posté à 19h09 le 01/08/2012
    • Expert 171862
      professeur de guitare

    On dit comme on veut. Les censeurs on s’en fout.

  • Foggia
    Foggia
    Salaryman
    • Posté à 10h45 le 02/08/2012
    • Internaute 82281
      Salaryman

    Pour info, ça s’écrit 柔道家
    柔 = la souplesse
    道 = la voie
    家 = la maison, et sous certains sens, le magasin. Par extension, ceux qui y vivent/y travaillent. Donc, plus ou moins, un professionnel, mais quelqu’un dont c’est juste l’occupation pourra aussi entrer dans ce mot.

    Pour résumer :
    - Pas de masculin, de féminin, de singulier ou de pluriel
    - Pas de limite stricte pro/amateur

    Mais bon, ça, c’est pour l’utilisation en Japonais. Et comme indiqué, l’utilisation de mots d’origines étrangères en français, c’est souvent l’anarchie. Donc bon.

  • Tilô
    Tilô
    déLivre-moi
    • Posté à 12h23 le 02/08/2012
    • Internaute 105036
      déLivre-moi

    « Rien dans les dictionnaires »

    Bah, il suffit de consulter les bons dicos, le Bordas des difficultés de la langue française par ex. :
    « Le dérivé judoka peut s’employer au féminin : Cette jeune fille est une excellente judoka - Prend la marque du pluriel : Des judokas. Ces filles sont d’excellentes judokas. »

    Pas la peine de chercher aussi loin que dans les forums pointus sur le judo ! : -)

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